‹ Les promesses de la vie américaine;Chapitre 22 sur 123 · DEMOCRATES ET LES WHIGS · texte numérisé non relu

DEMOCRATES ET LES WHIGS

gères pendant la crise qui précéda la guerre de 1812. La politique d'embargo commercial semblait pusillanime à Jackson et aux autres démocrates de l'Ouest. Ils ne croyaient pas à ces moyens pacifiques de faire la guerre. Leur conception différente des moyens de combattre d'une manière efficace un ennemi étranger indiquait une profonde divergence d'opinions et de caractère. La démocratie de l'Ouest ne partageait pas l'aimable cosmopolitisme de Jefferson. Elle était, au contraire, prête et résolue à affirmer, dune manière agressive, les droits et à défendre les intérêts des Etats-l'nis contre toute tentative d'agrandissement européen. Si grande que fût sa préférence pour une politique intérieure de laisser-faire. tous ses instincts se révoltaient contre une politique extérieure coupable de faiblesse. Ses instincts étaient blessés et humiliés par cette conception d'hostilités pacifiques, qui nous causaient plus de tort et de dommages qu'à l'Angleterre, non seulement parce que les pionniers étaient des hommes d'action et de lutte par conviction et habitude, mais aussi parce qu'ils avaient, plus que Jefferson et Madison, des sentiments de patriotisme sincère et ardent.

Les démocrates de l'Ouest réussirent enfin à forcer Madison et les autorités républicaines à déclarer la guerre à l'Angleterre, parce que Madison préféra même une guerre avec l'étranger à la perte de sa popularité. Mais, bien qu'il eût accepté la nécessité d'une guerre, il était absolument incapable de la diriger d'une manière efficace. L'insuffisance de notre organisation nationale, notre défaut de cohésion nationale, se révélèrent aussitôt lamentablement. La superstition républicaine au sujet du militarisme avait empêché la formation d'une armée régulière capable de répondre aux besoins de notre politique nationale. Quant à la flotte américaine, bien qu'à la hauteur de sa mission dans les circonstances ordinaires, elle était trop peu nombreuse pour con.stituer un sérieux in.sirumcnt de

guerre maritime. D'ailleurs le même Congrès, qui annonçait hautement lintention de déclarer la guerre à la Grande-Bretagne, ne songea pas à fournir et à prévoir les moyens nécessaires pour la poursuivre avec énergie. Le résultat de cette politique à courte vue fut désastreux. Le cœur de tout Américain patriote se serre à la lecture de cette page douloureuse des annales de son pays, l'histoire de la guerre de 1812. La petite flotte américaine se couvrit de gloire ; mais, en dépit de ses succès, elle ne put, à cause de sa faiblesse numérique, tenir la mer devant ses nombreux adversaires. Les opérations militaires ne furent qu'une suite de bévues comme stratégie et exécution. Sur la frontière du Nord un certain nombre de généraux incapables conduisaient de petites armées de soldats à moitié découragés à des défaites inutiles ou à des victoires sans effet. Le succès militaire le plus remarquable fut remporté à la Nouvelle-Orléans par les pionniers de l'Ouest, qui n'éprouvaient aucun scrupule constitutionnel à se battre en dehors des limites de leurs propres litats et qui étaient animés de vifs sentiments patriotiques. Après tout, si la lecture de cette guerre nous est douloureuse, ce n'est pas du fait que la capitale nationale ait été prise presque sans résistance et que nous ayons subi des défaites si fréquentes, mais parce que, en raison de notre désorganisation, de l'incompétence du gouvernement national et de la (léfecti<jn d'un si grand nombre d'Américains, nous avions mérité une guerre moins hourciis»' et un«> paix ]ilus humiliante encore.

L'intérêt principal d»' l;i seconde gucrr»' avec l'Angleterre, pour le dessein de cet ouvrage, c'est (ju'on y voit clairement où résidait à cette épo(|ue l'esprit national américain. Cet esprit ne se trouvait pas le long des c6tes de l'Atlantique, dont les habitants étaient aigris (it aveuglés p;ir des préjugés de p.irli cl de Irrritoire. Il se manifesta au milieu des Ktats plus récents de r(>>uest et du Stid-Oucst. Une démocratie national»* vraiment

Page 1