LES DÉMOCRATES ET LES WHIGS
Le conflit qui s'éleva entre les Fédéralistes et les Républicains, et se termina par le triomphe complet de ces derniers, fut le trait caractéristique de la première phase de l'histoire politique de l'Amérique. La seconde période fut marquée par une lutte presque aussi âpre et acharnée entre les Démocrates et les Whigs, pendant laquelle les Démocrates se posèrent en défenseurs d'une interprétation nouvelle de l'ancienne tradition républicains, tandis que les Whigs faisaient revivre le fédéralisme. La Démocratie de Jackson différait, sur un grand nombre de points importants, du Républicanisme de Jefferson, et la doctrine des Whigs, soutenue par Henry Clay, s'éloignait con- .sidérablement du Fédéralisme d'Alexandre Hamilton. Toutefois, de 1825 à 1850, le fait le plus saillant dans le développement de la politique américaine fut une lutte continuelle entre une conception imparfaite de la démocratie, représentée par Jackson et ses partisans, et une conception insuffisante de la nati(malité américaine, dont les représentants les plus autorisés étaient ?Ionry Clay et Daniel Webster. Dans ce deuxième conflit la victoire, somme toute, fut remportée par les Démocrates, mais la défaite des Whigs ne fut pas aussi écrasante que l'avait été celle des Fédéralistes. S'ils périrent, à la fin, en tant que parti, ce ne fut pas sous les assauts de leurs adversaires, mais à cause df leur impuissance en ])résentc dune crise luilio-
nale des plus graves. Cependant ils furent battus par les Démocrates sur toutes les questions essentielles, et s'ils furent vainqueurs en quelques rares circonstances, leurs victoires furent sans importance et sans profit.
Les années qui s'écoulèrent entre 1800 et 1825 se distinguent, en ce qui concerne notre développement intérieur, par les progrès ininterrompus de la démocratie des pionniers de l'Ouest, qui accroît son pouvoir et la conscience de sa force. Une des plus graves erreurs de Hamilton et des Fédéralistes fut d'avoir méconnu et suspecté la démocratie des pionniers. Ce fut, au contraire, l'un des plus grands mérites de Jefferson d'en avoir apprécié l'importance et d'avoir mis à son service son influence et son pouvoir pour en favoriser les progrès. Il en résulta que les pionniers devinrent des soutiens enthousiastes et sans réserve du parti républicain Ils répétèrent et célébrèrent les formules jeffersoniennes avec la conviction la plus profonde. Ils devinrent tous imbus de la vraie foi jefFersonienne. Ils furent même sous bien des rapports, plus jefFersoniens que Jefferson luimême et s'efforcèrent de réaliser quelques-unes de ses idées avec plus d'énergie et de constance. Ces idées exprimaient et servaient à merveille leurs ])esoins pratiques; et si Jefferson n'en eût déjà (l(jnné la formule, celle-ci eût trouvé sans doute sa cri.stallisation chez les pionniers politiciens de cette époque. La doctrine de Jefferson a exercé une profonde influence sur l'esprit du peuple américain, non pas qu'il fût un penseur original et profond, mais parce qu'il possédait le lalciu tie donner une forme concise et expressive aux opinions, aux préjugés et. aux intérêts populaires.
Il n'en est pas moins vrai (jue la démocratie des pionniers ne tarda pas à se trouver en désaccord avec Jefferson relativement à quelques points importants <le la politique extérieure. Ils témoignèrent, par exemple, de l>onne heure leur vive tlésapprobalion de la manière <lr)nl Jefferson dirigea les affaires étran-