LA PROPHÉTIE DE MICHÉE
Michée
Nous retrouvons dans les prophéties de Michée de Moresheth', les principaux traits de la prédication d’Esaïe.
Cependant Michée est un homme du peuple habitant une obscure bourgade et non un hiérosolymite influent, l’un des chefs de la nation. Il a la manière violente du berger Amos. Comme lui, il maudit les riches, les maitres égoïstes et oppresseurs ; il dénonce leurs vices et leurs iniquités. Les nobles exploitent le peuple au lieu de le gouverner, les prêtres et les faux prophètes l’égarent par leurs mensonges. Et Michée annonce la destruction de tous les coupables et il crie lui aussi malheur à la nation pécheresse. Juda a commis les mêmes crimes qu'Ephraïm et il doit subir le même châtiment. Michée est essentiellement un prophète de destruction. Ii est rempli de la force de lesprit de Iahvé « pour dénoncer à Jacob son crime, et à Israël son péché” ».
Et malgré les protestations de ceux qui annoncent de bonnes nouvelles pour de l'argent et de ceux qui s’abusent par des espérances trompeuses :
« Tahvé est au milieu de nous, Comment le malheur pourrait-il venir sur nous ? » 3
1 Les critiques contemporains, Wellhausen, Die Kleinen Propheten, p. 134 à 150 ; Marti, Dodekapropheton ; Cornill, Einleitung, p. 188- 192, ont réduit le Michée primitif aux trois premiers chapitres. Encore faut-il retrancher II, 12-13.
Nous croyons pouvoir maintenir l’authenticité de IV, 1 à 8 et du chap. V. L’allusion à celle qui doit enfanter, V, 21, l'annonce du Messie davidique, V, 1, 3, 4, et du reste de Jacob que Iahvé doit sauver, IV, 7 ; V, 6, sont des traits caractéristiques de la prédication prophétique du vin* siècle.
2 Michée IIX, 8.
8 Michée III, 11,
le prophète délivre hardiment son message et annonce la destruction radicale de la nation : Les étrangers viendront, ils envahiront le pays et se le partageront au cordeau! ; et la colline de Sion sera labourée comme un champ, et de Jérusalem il ne restera qu’un monceau de ruines ”*.
Cette prédication paraît avoir produit une profonde impression. Au temps de Jérémie, les anciens se répélaient encore les paroles du prophète Michée*,
Les historiens modernes n’ont pas manqué d’opposer les deux prophètes judaïtes qui, à la même époque, annoncent, l’un l’inviolabilité de Sion, et l’autre sa ruine complète. On dirait, en effet, que Michée de Moreshet polémise contre l’optimisme d’'Esaie. Pourtant l’opposision n’est qu'apparente. Il faut se rappeler : 1° Que nous n'avons pas conservé toutes les prophéties de Michée et que nous n’avons pas le droit de tirer de telles conclusions des quelques fragments qui nous restent ; 2° Si, comme nous tendons à le croire, les textes de Michée IV 1à8et V sont authentiques’, le prophète a annoncé lui aussi les temps messianiques, la restauration glorieuse de l’avenir. La destruction du peuple n’est pas définitive. De même que chez Amos IX, 8 à 15, l'invasion et la domination assyrienne ne sont qu’un châtiment temporaire, une épreuve.
Quand les temps seront accomplis, celle qui doit enfanter, enfantera, et le Messie, fils de David paraïtra.
1 Michéc IL, 4.
2 Michée III, 12.
8 Jérémie XXVI, 17 à 19.
* Nous ne nous dissimulons pas la gravité des objections à Vauthenticité de Michée V. Nous reconnaissons avec Wellhausen que
cette prophétie a d’étranges allures apocalyptiques : les sept pasteu#k&” ”
et les huit princes, la puissance mondiale du Messie, Mais que savons-nous des origines de l’apocalypse juive ?