‹ Les Prophètes d'Israel et les religions de l'OrientChapitre 86 sur 130 · GOG ET MAGOG · texte numérisé non relu

GOG ET MAGOG

des voyageurs à l’orient de la mer », et l’on appellera cette vallée « la vallée de la multitude de Gog ».

On a beaucoup discuté pour savoir quel ennemi le prophète a désigné dans ces descriptions mystérieuses. S'agit-il ici des hordes scythes qui, quarante ans auparavant, avaient épouvanté le monde, ou de quelque autre puissance historique : la Perse, pays des Mages, ou la Lydie, pays de Gygès ? D’après Wellhausen, Gog et Magog seraient une création fantaisiste du prophète. Dans la grande paix babylonienne, on ne prévoyait pas de nouveaux conflits de peuples, et l’on imaginait la crise de l'avenir en dehors de toute réalité *.

Il est plus vraisemblable que le prophète Ezéchiel a seulement repris et développé le mythe du jour de Iahvé. Gog, roi de Magog” c’est l'ennemi du Nord annoncé par Jérémie. Et le combat titanesque qui aboutit à l’extermination de l’adversaire et de sa grande armée, rappelle les luttes de Iahvé contre les puissances du Téhom primitif*.

Après le grand jugement de Iahvé, commenceront les temps nouveaux, l’ère paradisiaque pour le peuple de l’avenir. Mais ici Ezéchiel ne s’en tient plus aux descriptions vagues et poétiques des autres prophètes ; il précise les moindres détails de l’organisation, il décrit, ïl

1 Wellhausen, /sraelitische und jüdische Geschichtle, p. 152, 153.

2 Pour la première fois, la puissance hostile à Dieu est représentée par un chef unique. Dans les apocalypses qui vont suivre cette figure de l’Adversaire va se préciser. Bientôt elle deviendra un élément essentiel de la mythologie du dernier jour. On l’appellera la Bête de l’abîme et l’Anti-Messie.

% A Ja tradition des luttes du dieu créateur, Ezéchiel a mêlé Ia tradition du festin eschatologique de Iahvé sur la montagne, dont nous trouvons des fragments dans Esaïe XXIV, 6 à 8 ; XXXIV, 7-8 ; Sophonie I, 7-8 ; Jérémie XLVI, 10.

Gressmann Ursprung der isr. jüd. Eschatologie, p. 136 à 139.

mesure, il ordonne la disposition des édifices, il règle les sacrifices et les gestes sacrés.

La nouvelle Jérusalem d’Ezéchiel est une utopie. Elle suppose un peuple isolé dans le monde et sans aucune relation avec les autres peuples. Point de législation civile, point d’armée, point d'Etat laïque. Dans ses premières visions le prophète annonçait la venue du roi, fils de David, qui doit gouverner avec justice le troupeau de Iahvé et qui rétablira la monarchie hiérosolymite dans son ancienne puissance ‘. Mais dans le plan de la restauration finale (chap. XL à XLVIIT) à la place du glorieux Davidide, nous trouvons le nasi (prince). Le nasi est un figurant de pompe sacrée, un roi-prétre, préoccupé avant tout de l’observance des formes liturgiques et de la célébration des sacrifices. Son pouvoir est réduit au minimum et son importance politique est nulle”. Les prophètes ont cessé d’espérer en la royauté Les infidélités des derniers rois de Juda ont découragé le loyalisme des iahvistes”. L’Israël de l’avepir n’est pas une nation, mais une communauté religieuse idéale.

Au centre de la Palestine divisée en douze bandes de terre égales — selon le nombre des douze tribus d’Israël — se trouve un territoire carré, la part des prêtres et des lévites avec la capitale et la maison de Iahvé. La description du sanctuaire n’a rien de fantastique. Les proportions en sont vastes, mais non invraisemblables. C’est un plan destiné à l’exécution. Pourtant à côté de détails architecturaux très précis et très minutieux, nous trouvons des éléments symboliques ; et il est dificile de dire quelle est la part du mythe etla part dela

1 Ezéchiel XXXIV, 23 ; XXXVIIL 24.

? Ezéchiel XLIV, 3 ; XLV, 7 à 9 ; XLVIII, 2 à 12. ® Ezéchiel XXI, 30 à 32 ; XLIII, 7 à 9 ; XLV, 9 ; XLVI, 18.

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