LE NOUVEAU TEMPLE
réalité. La capitale, située sur une haute montagne d’où l’on découvre toute la Palestine, n’est plus la Jérusalem historique. Elle s’appelle d’un nom allégorique Jahvé shamma (Iahvé est là). Avec ses douze portes orientées vers les douze tribus d'Israël et les quatre points cardinaux, elle rappelle la voûte du ciel et les douze constellations zodiacales ‘. Un fleuve sort du temple large et profond et il se jette dans la mer Morte qu’il assaipit. Toutes les contrées que ce fleuve arrose deviennent fertiles et à la place du désert aride, c’est une vie intense et une végétation luxuriante.
Ces eaux coulent vers le district oriental, elles descendent dans la plaine jusqu’à la mer afin que l’eau de la mer devienne saine. Et il y aura de la vie partout où arrivera le torrent. Au bord de cette mer se tiendront les pécheurs ; d'En-Guédi à En-Eglaïm des filets seront étendus ; il y aura des poissons de toute espèce, comme ceux de la grande mer, très nombreux... Sur les rives du torrent croîtront toutes sortes d'arbres fruitiers, leur feuillage ne se flétrira pas et leurs fruits n'auront point de fin ; ils müûriront tous les mois parce que les eaux sortiront du sanctuaire. Leurs fruits serviront de nourriture et leurs feuilles de remède ?.
Nous retrouvons ici la tradition du Paradis avec le fleuve aux quatre bras qui arrosait l’Eden*. C’est ainsi
4 Dans toute cette description, il n’est plus question des montagnes d'Israël. Il semble que la Palestine soit une plaine. Des territoires rigoureusement égaux et parfaitement rectangulaires sont assignés à chaque tribu, même aux tribus disparues depuis longtemps.
1 Ezéchiel LXVIII, 30 à 35.
Gunkel, Zum religionsgesch. Verständniss des N. T. Gôttingen, 1903, p. 48-49. Dans les descriptions postérieures de la nouvelle Jérusalem, ce caractère mythologique et astral devient de plus en plus évident. Tobit XIII, 11 à 23 ; Apocalypse, XXI ; Comp. Hénoch LXXII.
? Ezéchiel XLVII, 1 à 12. Conf. Apoc. XXII, 12.
8 Gunkel, op. cit., p. 49 et Bousset, Offenbarung Johannis, 6 aufl. Gôttingen, 1906, p. 49, voient dans le fleuve sacré une désignation
que le Sémite rêvait de terres verdoyantes, de forêts aux splendides frondaisons, de torrents où il y aurait toujours de l’eau. Et ce rêve a trouvé son expression dans les antiques légendes des peuples. C’est le mythe classique de l’eau vive et de l'arbre de vie dont les branches et les feuilles donnent l’immortalité et qui plonge ses racines dans les eaux pures du fleuve sacré ’.
Mais ces visions apocalyptiques ne sont que l’accessoire, elles constituent seulement le cadre du tableau. Ezéchiel le visionnaire est avant tout un réformateur. Il reprend l’œuvre législative du Deutéronome. Car depuis la réforme de Josias, il ne pouvait y avoir de religion sans thora et l’idéal des prophètes s’exprimait en commandements et en ordonnances. D’autre part, Ezéchiel est prêtre. En lui s’achève cette alliance du prêtre et du prophète que nous avons vu commencer dès le temps d’'Hilqiah. Et il faut bien reconnaître que nous avons ici une tendance toujours plus accentuée vers le ritualisme et le sacerdotalisme. Ezéchiel prépare la réforme d’Esdras. |
Le temple est une véritable ville de prêtres. Tout v est disposé pour un culte aux proportions magnifiques. Un clergé très nombreux habite dans les vastes édifices qui s'élèvent autour des parvis. Pour la première fois
symbolique de la voie lactée. C’est peut-être pousser un peu loin l'interprétation astronomique. Bertholet, Das Buch Hezechiel, p. 242. rappelle que sur la colline du temple il y avait une vraie source (fons perennis aquæ, Tacite Hist. v. 12), d’où sortait sans doute un mince filet d’eau. La plupart des sanctuaires sémitiques étaient bâtis près d’une source sacrée. Le point de départ du rêve d’Ezéchiel serait non dans les traditions syncrétiques de l'Orient, mais dans la simple réalité.
1 A, Wünsche Die Sagen vom Lebensbaum und Lebenswasser, Leipzig, 1905 et pour les parallèles babyloniens dans le mythe d’Adapa et la description du séjour des bienheureux dans l’épopée de Gilgamesh, Conf. Zimmern, K. 1. A. T.?, p. 520 à 530,
LÉGISLATION CULTUELLE. SAINTETÉ 217
dans la législation d'Israël, ce clergé est savamment organisé et hiérarchisé. Le Deutéronome ne distinguait pas entre les prêtres et les lévites. Il avait seulement supprimé les sanctuaires ruraux et avait rassemblé à Jérusalem « toute la tribu de Lévi ». Mais il est probable que la distinction s’était faite d’elle-même. Les lévites venus des villes de Juda avaient été subordonnés aux prêtres de Jérusalem. Avec Ezéchiel, cette subordination est constatée et dûment motivée. Les prêtres, fils de Sadok ont été de tout temps fidèles à Iahvé et n’ont jamais sacrifié aux idoles. C’est pourquoi ils s’approcheront de Iahvé pour le servir. Maïs les autres lévîtes se sont éloignés du vrai Dieu, et tout Israël avec eux. Ils porteront la peine de leur péché. Ils ne seront que les serviteurs de la maison de Iahvé et les gardiens des portes ; ils restent à jamais exclus du sacerdoce ‘. Quant aux Sadokides ils sont tous égaux ; le Kkohen haggadol n'existe pas encore. Ils font les sacrifices et offrent à Iahvé le sang et la graisse, ils dirigent les pompes sacrées, ils enseignent au peuple la thora, ils sont juges dans les procès *. |
La distinction du sacré et du profane, du pur et de VPimpur tient une grande place dans cette législation. Entre Dieu et le peuple, entre le culte et la vie, le prophète multiplie les barrières et les précautions. Aucun étranger, aucun incirconcis n’entrera dans le sanctuaire; ni les simples fidèles, ni les lévites ne pourront s’approcher des lieux très saints. Seuls les prêtres, fils de Sadok auront le droit de franchir les portes du parvis intérieur. Pour accomplir les rites sacrés ils porteront une tiare de lin et un manteau de lin. Is prendront
1 Ezéchiel XLIV, 10 à 16.
2 Ezéchiel XLIV, 15, 16, 23, 24.
garde de ne pas souiller ces vêtements de leur sueur, ils les Ôteront quand ils passeront dans le parvis extérieur « pour ne pas sanctifier le peuple ». Ils ne se passeront pas le rasoir sur la tête, mais ils couperont leur chevelure ; ils ne prendront pour femme qu’une vierge ou qu’une veuve de prêtre ; ils ne s’approcheront d’aucun mort (à l’exception de leurs parents immédiats) ‘. Il faut prévenir les graves infidélités cultuelles dont le peuple pouvait se rendre coupable. Pour cela Ezéchiel ordonne par avance toutes les formes du rituel. Chaque matin on offrira un holocauste à Iahvé. Ce sera un agneau âgé d’un an, sans défaut, avec une offrande d'huile et de farine *. Le jour du sabbat la porte du parvis intérieur sera ouverte, et les prêtres offriront un holocauste au nom du prince : six agneaux sans défaut et un bélier sans défaut, plus une offrande de farine et dhuile. Le jour de la nouvelle lune on sacrifiera un jeune taureau sans défaut, six agneaux et un bélier sans défaut, plus l’offrande*. Le premier jour du premier mois aura lieu l’expiation du sanctuaire. Le prêtre aspergera du sang de Ïa victime expiatotre les poteaux de la maison de Iahvé, les quatre angles de l’autel, les poteaux de la porte du parvis intérieur. Le septième jour on célèbrera une expiation analogue pour les péchés involontaires des enfants du peuple‘.
1 Ezéchiel XLIV, 15 à 22, 25 à 27.
2 Ezéchiel XLVI 13 à 15.
3 Ezéchiel XLVI, 1 à 7. Avec l’exil, la célébration du sabbat devient un acte cultuel d’une importance essentielle. Dans le code de l’alliance et dans le Deutéronome, le repos sabbatique n’était recommandé que pour des raisons humanitaires : « afin que ton serviteur et ta servante se reposent comme toi. Tu te souviendras que tu as été esclave au pays d'Egypte et que Iahvé, ton Dieu, t’en a fait sortir à main forte et à bras étendu : c’est pourquoi Iahvé, ton Dieu, t’a ordonné d’observer le jour du repos ».
# Ezéchiel XLV, 18 à 20.