Isaïe, XI
caustes, de béliers et de graisse de veaux. Ne continuez pas dem'apporter vos vaines offrandes ! Vos parfums me font horreur, et vos nouvelles lunes, vos sabbats, vos assemblées solennelles : je les hais, ils me sont à charge, j'en suis las. Quand vous tendez vos mains vers moi, je voile mes yeux devant vous, car vos mains sont souillées de sang. Lavez-vous, purifiez- vous! Otez-moi de devant les yeux vos actes méchants ! Cessez de faire le mal. Apprenez à faire le bien, cherchez la justiceM »
Souvent, le découragement le prenait. En vain, le séraphin avait purifié ses lèvres avec le charbon allumé à l'autel du Seigneur : ce peuple auquel il parlait restait impur, et ses paroles tombaient sur des oreilles indifférentes et sourdes. Alors, comme tous les apôtres désillusionnés, comme jadis Moïse, il en appelait de la génération présente à une génération à venir, et par une ironie amère se déclarait envoyé par Dieu pour endurcir le cœur de son peuple :
« Va dire à ce peuple : Entendez, mais sans
i. Isaïe, 1, 11 sq.
comprendre ! Voyez, sans reconnaître ! Rends insensible le cœur de ce peuple, bouche-lui les oreilles, ferme-lui les yeux, pour qu'il ne voie de ses yeux, qu'il n'entende de ses oreilles, que son cœur ne comprenne, ni ne se convertisse, et qu'il ne soit guéri !
» Et je dis : Jusques à quand. Seigneur? Et il dit : Jusqu'à ce que les villes soient ruinées et dépeuplées et que le pays soit dévasté et désert. Et s'il y reste un dixième des habitants, ils seront décimés à leur tour. Et comme le térébinthe et le chêne dont il reste un tronc en terre quand on les coupe, leur tronc deviendra une race sainte ^ »
Et cependant, sous le coup même de ces déceptions, l'âme et le rêve du prophète s'élargissaient. Amos et Osée ne rêvent de salut moral que pour Israël et le peuple élu : le reste du monde leur est inconnu ou n'est que l'instrument inconscient de la réforme et du salut d'Israël. Ce que voit Isaïe, c'est Israël sauvé et sauvant