‹ Les prophètes d'Israel (volume 2)Chapitre 32 sur 110 · Isaïe, II, 2 sq · texte numérisé non relu

Isaïe, II, 2 sq

l'enjeu, — le salut de la nation et le salut des âmes, — un sens surnaturel. Dieu ne l'avait-il pas dit? Juda, à moitié réjoui, à moitié terrifié de la chute de son frère ennemi, vit dans la flamme qui consumait Samarie éclater avec une lueur sinistre la vérité des doctrines prophétiques. Pourquoi Juda échapperait-il au sort de son frère s'il restait sourd comme lui à la voix divine, avec un aveuglement pire, puisqu'il avait sous les yeux l'exemple des menaces réalisées? Et les grands et le peuple cessaient un instant leurs railleries quand les prophètes, reprenant sur eux les charges contre Israël, dénonçaient l'inévitable châtiment suspendu sur l'orgueil et l'égoïsme des riches, sur la dureté et l'impureté des mœurs, sur la folie d'une politique qui se traînait dans l'ornière banale de la duplicité et de la violence internationale.

Au moment de la chute de Samarie, le trône de Juda se trouva, par un hasard favorable, occupé par un jeune homme de vingt-huit ans, Ézéchias, bien doué, lettré, ouvert aux idées nouvelles, quoique assez indépendant pour avoir

-wne politique à lui et conserver son indépendance en face même d'Isaïe. Il mit son enthousiasme et son pouvoir au service du prophète : il fut le Constantin, ou plus exactement l'Asoka -du jéhovisme idéaliste. La réforme se marqua ■d'abord dans le culte, ce qui prouve que la caste sacerdotale, jusque-là indifférente ou hostile et •qui n'avait point d'antipathie particulière pour l'idolâtrie, entrait dans le mouvement prophétique. De ce compromis entre le jéhovisme sacerdotal et le jéhovisme prophétique, allait, en un siècle et demi, sortir le judaïsme organisé. Par ce compromis la conception des prophètes allait descendre des hauteurs : mais une idée descend toujours pour entrer dans la réalité. Une religion, si haute qu'elle soit, ne peut agir sur les hommes que par les formes extérieures •qui lui donnent le moule résistant, par la « grimace » nécessaire sans laquelle les hommes ne |)rennent pas les idées au sérieux. Le prophé- »tisme, restant dans les régions de l'esprit, n'aurait jamais pu pénétrer Israël et par lui le monde. La conversion du jéhovisme rituel au jého-

visme prophétique éleva d'ailleurs puissamment, le niveaumoral de la nation et du gouvernement. Le règne d'Ezécliias fut un règne de prospérité littéraire et politique. Poète lui-même, il s'entourait de poètes; peut-être dans le nombre était l'auteur du poème religieux le plus haut qui ait été écrit, le livre de Job^ ce tragique débat du doute et de la foi, qui concilie à force de poésie la protestation de la conscience contre le triomphe du mal, le doute de l'innocence qui cherche en vain le crime qu'elle expie, et une confiance douloureuse et lointaine en la justice finale de Dieu. L'ancien royaume d'Israël, dévasté et évacué par les Assyriens, avait été^ occupé par Ezéchias à la faveur des troubles qui suivirent en Assyrie la mort du conquérant de Samarie, de sorte que la ruine de Samarie avait abouti en somme au rétablissement de l'unité nationale. Le royaume de David était rétabli, et le prophète, saluant en Ezéchias l'enfant de Jéhovah, poussa un cri de triomphe, d'où sept siècles plus tard naquit le Christ :

« Plus de ténèbres pour ce qui fut jadis dans-

l'angoisse. Le passé a humilié la terre de Neplitali ^ : la suite des temps glorifiera les bords du lac ^, au delà du Jourdain, le district des Gentils. Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière, ceux qui habitaient au pays de l'ombre de la mort. Car un enfant nous est né, un fils nous est donné, l'empire repose sur son épaule. Son nom sera Conseiller merveilleux, Héros de Dieu, Père à jamais, Prince de la paix, né pour agrandir l'empire et donner une paix sans fin au trône de David et à son royaume, pour le rétablir et l'affermir par le droit et la justice d'ores à jamais ^ «

Ezéchias devenait ainsi le prototype du Messie, ou plutôt, — car l'idée du Messie lointain, du Messie des derniers jours, n'était pas encore née, — il était le Messie même, l'oint du Seigneur. Et huit siècles plus tard, aux temps des

1. Formant le district des Gentils ou Galilée, dont la population avait été déportée dans la génération précédente en Assyrie.

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