‹ Les prophètes d'Israel (volume 2)Chapitre 42 sur 110 · Jérémie, XXII · texte numérisé non relu

Jérémie, XXII

n'eurent ni l'une ni l'autre. La politique des prophètes était de rester fidèle à Babylone, avec qui Juda s'était lié dès le temps d'Ézéchias et qui avait délivré le monde de Ninive. C'était pour cette politique que Josias s'était fait tuer à Megiddo : c'était la politique de Jérémie, qui sans doute avait approuvé, peut-être conseillé, la marche de Josias : car autrement, avec le style de l'homme, au lieu de pleurer sur sa tombe, il y eût versé l'anathème. Déjà d'ailleurs, dans le grand duel entre l'Égypte et Babylone, l'Égypte reculait : l'Egypte n'avait de puissance que le souvenir de son passé, et Babel contre rÉgypte, c'était la réalité de la force luttant contre l'ombre. Néchao, vaincu à Carchemis, s'enfuit de l'Euphrate sur le Nil : Nabuchodnozor parut devant Jérusalem et reçut les hommages de Joiakim. Le devoir politique était clair : les jeunes gens qui se succédèrent sur le trône de Jérusalem ne le virent pas. Ils intriguaient avec l'Egypte épuisée, prêtaient l'oreille à ses promesses, s'appuyaient sur le roseau qui leur perçait la main. Trois ans plus tard, après

sa soumission au Clialdéen, Joiakim soulevait le joug et refusait le tribut. C'était le commencement de la fm. Une première déportation et le pillage du temple châtièrent la révolte (598). Joiakim était mort durant la guerre : son fils Joiachin, âgé de dix-huit ans, alla, après trois mois de règne et de siège, mourir captif à Babylone. Le dernier fils de Josias, le dernier roi de Jérusalem, Sédécias, renouvelle la folle tentative : elle amène le siège de Jérusalem, la prise et la destruction de la ville, l'incendie du temple, la déportation des hautes classes (588 av. J.-C).

Dès les premiers jours de Joiakim, on put voir clairement que ce n'était point seulement la politique extérieure de Josias qui était abandonnée, mais aussi sa politique intérieure, la politique de réformation prophétique. Néchao, en installant Joiakim, lui avait imposé un lourd tribut : Joiakim dut écraser le peuple pour trouver l'or. Pour refaire le pays, il aurait fallu beaucoup de vertus modestes et tout d'abord l'économie : il ne songeait qu'à se faire bâtir

80 LKS PROPHÈTES d'israel.

de nouveaux palais, à la façon des rois, au moyen de la corvée. Et pourtant la loi de Jéhovah disait : « Tu ne retiendras pas le salaire de l'ouvrier. » Et Jérémie allait à la porte du palais, criant : <( Malheur à celui qui se bâtit sa maison avec l'iniquité et qui fait travailler son prochain sans salaire ! Serais-tu roi par hasard pour te rengorger dans des palais de cèdre ? Ton père mangeait et buvait aussi, mais pratiquait la justice et la charité : béni soit-il ! Il faisait droit aux humbles et aux pauvres : béni soit-il ! C'est pourquoi voici ce que dit Jéhovah au sujet de Joiakim, fils de Josias, roi de Juda : les pleureurs ne pleureront pas sur lui : Ah ! mon frère ! ah ! mes sœurs ! Les pleureurs ne pleureront pas sur lui : Où est mon Seigneur? Où est sa gloire? C'est la sépulture d'un âne qu'on lui donnera, traîné et jeté dehors loin des murs de la ville*. » Et il lance à la royauté et aux classes dirigeantes l'ultimatum de Jéhovah : « Roi de Juda, qui sièges sur le trône de

Page 1