‹ Les prophètes d'Israel (volume 2)Chapitre 67 sur 110 · Isaïe, VII, 1 sq.; Rois II, xvi, 1 sq · texte numérisé non relu

Isaïe, VII, 1 sq.; Rois II, xvi, 1 sq

procédé de style bien étrange pour un homme d'action qui ne vit et ne vibre que des passions de l'instant. Et vraiment, pour que ses lecteurs aient compris et goûté tant d'allusions latentes, il leur fallait une sagacité et une puissance de divination que, de nos jours, les écrivains du genre, non seulement les brutaux comme l'auteur des Propos de LabiémiSy mais les délicats comme Beulé et Paradol, n'auraient jamais osé demander à leur public.

La Bible contient un apocryphe, que la science a reconnu depuis longtemps, le Livre de Daniel. Pour saisir le son de lapocryphe comparé au son de l'authentique, il n'y a qu'à lire Daniel au sortir des Prophètes. Le héros, comme on sait, est un des Juifs déportés par Nabuchodnozor à la prise de Jérusalem et qui, ayant résisté aux menaces et aux tentations du roi qui veut lui faire abjurer sa religion, est inspiré de Dieu et reçoit la révélation de l'avenir jusqu'à la fin des temps, l'arrivée du Messie et la résurrection des justes. Daniel appartient précisément à la période et au mouvement auxquels M. Havet attribue l'ensemble des Prophètes.

Ce qui prouve l'apocryphe et la fraude littéraire, ce qui prouve que Daniel n'est pas le contemporain d'Ezécliiel et de Nabuchodnozor, mais des Maccabées et d'Epiphane, c'est que, dans ce livre, l'histoire, pour toutes les périodes anciennes et voisines de l'époque supposée, est une histoire de roman et de fantaisie, qui confond Darius et Astyage, qui fait prendre Babylone par les Mèdes, qui fait de Xerxès le contemporain d'Alexandre ; au contraire, à mesure que l'on se rapproche de la période grecque, les prédictions deviennent précises et entrent dans le dernier détail; la prophétie connaît l'établissement de l'empire d'Alexandre et son démembrement en quatre royaumes ; elle connaît les luttes des dynasties rivales de Ptolémée et de Séleucus se disputant la Palestine, les guerres successives qui les mettent aux prises, les tentatives de rapprochement par mariages royaux, l'avènement parmi les successeurs d'Alexandre d'un roi qui profanera le temple de Jérusalem, qui fera cesser le sacrifice quotidien et qui sera abattu sans l'intervention

l'autuenticité des prophètes. 137

d'une main humaine \ La date de Daniel est donnée d'une façon précise par la dernière prédiction qu'il contient, la mort d'Anliochus Epiphane, frappé de la peste en 163, au moment où il marchait contre les Juifs soulevés, et par l'esprit de tout le livre, qui est l'esprit d'inflexible résistance du fidèle qui ne veut pas se courber devant les idoles. La prédiction concrète et précise est le signe certain auquel on reconnaît l'apocryphe : l'apocryphe est un décalque du passé, une reproduction presque servile, une sorte d'Annales oii les verbes sont au futur. En fait, la prédiction proprement dite est la marque qui distingue l'apocryphe du Prophète. Le Prophète ne prédit jamais. Il voit les grandes lignes de l'avenir, parce que, s'étant fait une doctrine et une philosophie du monde, il se fait une idée nette et précise de la destinée qui attend son peuple, suivant la voie où il s'engage : le grand mouvement des choses et des idées, avec leurs conséquences lointaines et

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