‹ Les prophètes d'Israel (volume 2)Chapitre 78 sur 110 · Voir plus loin, page · texte numérisé non relu

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d'en manifester les déceptions et Terreur : c est le démon qui a la clef du sanctuaire. De là le grand rêve du prêtre : non de brûler le Juif, mais de le convertir ; on ne le brûle, sauf accident, qu'en désespoir de cause. Convertir des milliers de Sarrasins ou d'idolâtres n'est rien, ne prouve rien : mais convertir un Juif, faire reconnaître la légitimité de la foi nouvelle par l'héritier de la foi préparatoire, voilà le vrai triomphe, la vraie "preuve, le témoignage suprême et irrécusable : tant qu'il reste un membre de l'ancienne Église qui nie, l'Église nouvelle se sent mal à l'aise et troublée dans sa quiétude d'héritière. De là toutes ces controverses solennelles provoquées par l'Église, toujours terminées en apparence par sa victoire, — abjuration, expulsion ou bûcher, — mais dont elle sort ébranlée sans le savoir, car la réponse, humble et accablante, des accusés, trouve çà et là, parfois dans l'enceinte d'un couvent, une oreille qui la recueille, une âme inquiète où elle descend et travaille. C'est pis encore avec des laïques : saint Louis, effrayé, veut que le laïque

l'histoire du peuple juif. 185

ne discute avec le Juif qu'à coups d'épée^ Mais plus d'un, entré dans quelque maison sordide du Ghetto, où il va porter son gage ou chercher son horoscope, s'attardant sur le soir à causer des choses du mystère, sort de là troublé et bon pour le bûcher. Le Juif s'entend à dévoiler les points vulnérables de l'Église, et il a à son service, pour les découvrir, outre l'intelligence des livres saints, la sagacité redoutable de l'opprimé. Il est le docteur de l'incrédule; tous les révoltés de l'esprit viennent à lui, dans l'ombre ou à ciel ouvert. Il est à l'œuvre dans l'immense atelier de blasphème du grand empereur Frédéric et des princes de Souabe ou d'Aragon : c'est lui qui forge tout cet arsenal meurtrier de raison-

1. (Grande folie avail-il fail) d'assembler telle desputoison; car avant que la despiitoisons fust menée à fin, avoit-il céans grant foison de bons crestiens, qui s'en fussent parti tuit mescreant, par ce que il n'eussent mie bien entendu les Juis. Aussi vous dis-je, fist li roys,que nulz, se il n'est très bon clers, ne doit desputer à aus; mais li hom lays, quant il et mesdire de la loy creslienne, ne doit pas défendre la loy crestienne, ne mais de l'espée, de quoy i doit donner parmi le ventre dedens, tant comme elle y peut entrer. )> (Joinville, 53.)

nement et d'ironie qu'il léguera aux sceptiques de la Renaissance, aux libertins du grand siècle, et tel sarcasme de Voltaire n'est que le dernier et retentissant écho d'un mot murmuré, six siècles auparavant, dans l'ombre du Ghetto, et plus tôt encore, au temps de Gelse et d'Origène, au berceau même de la religion du Christ \

Par deux fois, l'Eglise effrayée s'aperçoit du péril, et, pour couper court, ne voit qu'un moyen, brûler les livres juifs : une première fois, sous saint Louis, elle réussit et du même coup étouffe les écoles juives de France et arrête l'éclosion de l'exégèse biblique qui venait d'y naître, cinq siècles avant Richard Simon ; la seconde fois, c'est au seuil du xvi*" siècle : mais Reuchlin se lève et l'Europe derrière lui ; le grand souffle de la Renaissance étouffe la torche dominicaine et la Réforme éclate. L'Espagne seule a échappé au péril, par la proscription en masse, et elle entre superbement dans son agonie.

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