Jérémie, IX, 21 sq
de Josias, était un homme faible, mais bien intentionné. Un de ses premiers actes sembla annoncer un nouveau Josias et prouver que la politique de réformes revenait sur Teau, que la charte prophétique allait devenir une réalité. Le Deutéronome rendait la liberté de droit à tout esclave hébreu qui avait servi six ans.
Sédécias convoqua les grands et tous les propriétaires d'esclaves et fit proclamer l'émancipation des esclaves, qui furent mis en liberté. Mais le lendemain de cette nuit du 4 Aoât, les privilégiés regrettaient déjà leur générosité, peut-être arrachée par quelque alerte de l'extérieur : l'acte d'affranchissement fut rescindé et les esclaves rentrèrent dans leur esclavage. C'était un de ces incidents qui éclairent jusqu'au plus profond l'abîme d'une société qui ne peut plus être sauvée, et il arracha à Jérémie un cri effrayant qui dut retentir comme l'arrêt sans retour de la justice divine : « Vous avez fait retourner vos frères dans l'esclavage ; vous avez refusé de proclamer leur liberté : eh bien ! moi, parole de Jéhovah I jo proclame la
princes et ses chefs pouvaient en avoir Tappétit, mais il n'avait point les griffes assez puissantes. Le prophète rêvait pour lui un autre rôle : lever, HU milieu des peuples, Tétendard de la loi éternelle : « Je vous ai mis comme une lumière au milieu des nations. » Et c'est au moment où ce rêve prenait corps et réalité, au moment où la loi, destinée à faire la justice et la paix dans le monde, montait sur le trône de Juda, que des enfants étourdis, des viveurs et des intrigants, des politiciens et des charlatans, jetaient Israël à sa ruine, la double ruine, matérielle et morale ; et, pour le plaisir de jouer au jeu de diplomatie, anéantissaient et la nation temporelle et sa mission universelle de tous les temps. Si Jérémie se fût fait tuer sur la brèche, ou si, refoulant son désespoir au fond du cœur, se disant qu'il est peu généreux de triompher de son peuple qui périt, il eût assisté en silence à la ruine de Jérusalem, le monde ne serait peutêtre pas pire, après tout, qu'il n'est aujourd'hui, mais l'humanité n'entendrait pas planer au-dessus d'elle des paroles qui pourraient en-
leur sein et c'est dans leur cœur qu'il l'écrira, de sorte qu'il sera leur dieu et qu'ils seront son peuple. Et Jérusalem sera rebâtie et ne sera plus détruite *.
Cette année même, "Jérusalem et le temple étaient incendiés : le roi Sédécias avait les yeux arrachés devant Nabuchodnozor, après avoir vu ses fils égorgés sous ses yeux, et de nouvelles files de déportés se dirigeaient à travers le désert vers les provinces de Babylonie (588).