‹ Les prophètes de la renaissance ... Dante, Léonard de Vinci, Raphaël, Michel-Ange, Le CorrègeChapitre 39 sur 47 · NOUVELLE · texte numérisé non relu

NOUVELLE

Voici une série d'exemples de cette loi, exemples antérieurs à la Renaissance.

1" Lorsque les Aryas du plateau central de l'Asie inventèrent la religion védique attribuée aux sept richis, ils la conçurent grâce à leur nostalgie profonde de la clairvoyance, possédée jadis par leurs ancêtres les Atlantes, clairvovance dont ils avaient

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conservé l'obscure tradition. Chez les Allantes, cette clairvoyance était instinctive et naturelle ; les richis la retrouvèrent par un immense effort de méditation et de discipline savanfee qu'ils appelèrent la yog-a ou la doctrine de l'union (avec Dieu). Alors, la perception des forces cosmiques, qui était confuse et chaotique chez les Allantes, devint chez les Indous la magnifique hiérarchie, la pyraniÉde des Dieu.x: étages dans une superbe ordon nance. Les richis bâtirent ainsi le cadre grandiose de toutes les religions aryennes. C'était à la fois un ressouvenir et u-ne création.

2° Le premier Zoroastre adopta ce cadre, mais en y ajoutant sa révélation personnelle, celle du verbe solaire (Ormuz) et de la lutte du Bien et du Mal (Ormuz et Ahrimane).

3° L'Egypte fit aussi du verbe solaire le centre de sa révélation, mais en la fécondant par l'idée de rEterncI-Féminin (Isis) et de la trinité cosmique (Osiris, Isis, Horus).

4" Dernière venue des religions aryennes, la religion hellénique s'inspira du fonds commun que lui fournirent l'Egypte, la Perse et la Phénicie. Cependant elle métamorphosa si complètement celte matière première qu'elle en composa quelque chose de tout à fait nouveau. Elle ne transfigura pas seulement les Dieux en leur donnant la beauté plastique et en amenant ainsi la forme humaine à sa perfection, elle y ajouta eacore une idée nouvelle, hardie et subversive : celle de la lutte de l'homme contre les Dieux, synrrboiiséedansle mylhe de Prométhée, d'Hercule et de Jason, ainsi que daus toutes les légendes qui se meuvent autour du

cycle des Argonautes et de la guerre de Troie.

5° Considérant enfin le christianisme, nous constatons que le fait sublime qu'il magnifie, à savoir la manifestation du Dieu souverain par un homme, a ses antécédents dans la légende indoue de Krichna comme dans la légende égyptienne de Horus, fils lui aussi du Dieu caché Osiris et d'isis, la Vierge-Mère, la Lumière incréée, l'Eternel-Féminin : seulement à cette idée, la personnalité de Jésus-Christ a ajouté un feu d'amour, un pouvoir de sacrifice et une splendeur de résurrection qui dépassent tout ce qu'on avait jamais vu et qui se manifestent, malgré tous les obstacles et malgré tous les reniements, à travers toute l'histoire du christianisme. Mais Krichna et Horus annoncent le Christ comme l'aube et l'aurore annoncent le soleil.

La Renaissance du xvi* siècle se trouvait donc en face de deux traditions ennemies. Car le christianisme n'avait triomphé qu'en supprimant et en détruisant, autant qu'il le put, la religion païenne. Repris par l'attrait de la nature et de la beauté, les artistes de la Renaissance auraient-ils pu repousser et maudire le christianisme comme le christianisme naissant répudia et maudit le paganisme ? Certes non. La religion de Jésus et toute la ta'adition chrétienne s'étaient infiltrées dans leur sang par un règne de raille a«s. Ils n'avaient pas cessé de croire à la révélation du prophète de Galilée et du martyr de Golgotha. Platon d'ailleurs, qu'on recommençait à lire alors, pouvait concilier dans une certaine mesure le christianisme et l'antiquité. Il advint alors une chose étrange. Les maîtres de la R,enaissance se mirent à regarder le çhrislia-

nisme avec des yeux ensoleillés par la Grèce et à regarder l'antiquité grecque avec des yeux attendris par la religion de Jésus. Inconsciemment ils spiritualisërent les dieux et les déesses ; involontairement aussi, mais avec une égale ingéniosité, ils humanisèrent la légende chrétienne. Ils firent sourire les saintes femmes et déridèrent les apôtres. Chez les plus grands de ces maîtres, on remarque les plus fortes oscillations entre les deux mondes opposés et la recherche passionnée de leurs rapports secrets.

C'est tantôt la bataille acharnée et implacable entre les deux mondes comme chez Dante et chez Michel-Ange, tantôt leur étreinte amoureuse comme chez Raphaël et le Corrège, tantôt un essai de fusion savante entre les éléments contraires par l'alchimie des sentiments, des formes et des idées comme chez Léonard. Mais c'est toujours une double volupté, une double souffrance, une double et insatiable nostalgie du ciel pour la terre et de la terre pour le ciel.

Regardez le profil du jeune Dante peint par Giotto au Palais-Vieux de Florence, ce fin et sévère visage qui flotte sur la muraille vide, comme une âme suspendue dans l'espace et chez qui la sérénité du penseur s'altère du tourment de l'Au-delà ; arrêtezvous devant le buste en bronze de Michel-Ange au Bargello, ce Vulcain convulsé par une mélancolie surhumaine, après un travail de Titan; plongezvous dans la volonté fascinatrice et fascinée qui reluit dans l'œil du magicien Léonard aux Uf/izi; sondez l'ivresse sensuelle et la mystique vision qui se mélangent dans les yeux de Raphaël; contern-

plez la tristesse de Séraphin qui incline les paupières du Corrège dans la fresque du dôme de Parme ; — en tous on voit la double nature, la passion intense, la blessure sacrée. Ils nagent dans leur rêve splcndide, mais sont consumés par l'éternel désir.

Le temps et Tespace, la divergence de leurs tempéraments, les concurrences et les rivalités les divisèrent au cours de leur vie. Maintenant qu'une gloire commune les a réunis dans le même panthéon, si nous pouvions les interroger, leur demander s'ils ont atteint le bonheur rêvé, quel sorte de génie les a rassemblés dans leur existence terrestre et quel est, selon eux, le testament de la Renaissance, voici sans doute ce qu'ils nous répondraient : « Si nos contemporains nous ont abondamment loués, ils nous ont peu compris. Nous fûmes dans notre siècle les pèlerins d'autres âges et les annonciateurs de l'avenir. Nul ne nous a reconnus. L'Etoile des Mages nous a guidés à travers nos incarnations. Désormais nous avons trouvé le port. Vous gémissez aux plages qu'assombrit le triste : Jamais ! nous venons des sphères où retentit le radieux : Toujours ! Nous sommes venus révéler au monde la grande loi des renaissances... Dans Timmense univers, tout meurt pour renaître, de la fleur à l'étoile, du démon jusqu'à l'ange, des homme». jusqu'aux Dieux. Mais l'homme peut se recréer lui-même en remontant à la source des choses. L'Eternel !... Voilà la grande fontaine de Jouvence. Par la magie de l'art, l'homme possède d'avance le paradis oii il aspire. Voulez-vous renaître en échappant au cycle fatal des généra-

tions ? Alors sortez du lugubre campo santo de rhistoire, où la poussière des morts sommeille sous de froids sarcophages et de noirs cyprès — et regardez la floraison des astres au firmament. Quel bouillonnement de lumière dans leur fixité ! Quelle puissance de métamorphose dans leur fulguration constante ! Si vous voulez renaître et croire à l'immortalité, regardez le ciel... et que la contemplation vous attire et vous enchaîne comme l'aimant attire et enchaîne le fer! »

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