LA LOI DES MÉTAMORPHOSES
La Renaissance italienne marque pour l'Occident une volte-face et un recommencement de vie. C'est rheure oii l'Europe civilisée passe de l'adolescence à la virilité, oii l'esprit humain prend possession du Kosmos visible. C'est le siècle où Christophe Colomb découvre l'Amérique par delà l'Océan, où Copernic perce la voûte du ciel, où Galilée lance la terre dans l'infini en la faisant mouvoir autour du soleil. L'analyse prend le dessus sur le sentiment, l'intellect commence à contrôler la foi et la raison tend à se substituer à l'autorité traditionnelle. Mais, dans le domaine de l'art, ni l'analyse, ni l'observation, ni la raison ne suffisent
pour créer. II y faut une nouvelle iliuminalion, une véritable révélation. Cette révélation fut, pour les hommes de la Renaissance, l'enthousiasme qu&. leur causa la découverte de la nature vivante et l'étreinte de la beauté grecque, après mille ans de discipline ascétique et de réclusion daûs un mysticisme morose.
Toutefois, en s'abreuvant à pleines gorgées à ces sources vives, les maîtres de cet âge ne se contentèrent pas de reproduire telles quelles la nature ou la beauté antique. Ils les transformèrent en leur infusant leurs sentiments et leurs passions. D'autre part ils ne voulurent pas davantage renoncer à la foi et aux traditions du christianisme, mais ils les revêtirent de grâces inconnues avant eux. Par ce contact brûlant, l'antiquité et le christianisme furent également renouvelés. L'art passionné spiritualisa la première et humanisa le second. De cette collaboration et de ce contact sympathiques qui eût révolté les Pères de l'Église, mais dont ne se scandalisèrent en aucune façon les papes et les cardinaux du xvi® siècle, se dégagèrent à la longue une série de conceptions intellectuelles, qui devinrent des idées directrices pour les âges suivants. Ces idées dominent les religions antiques et le christianisme en les synthétisant, l'allés viennent de plus haut ; car elles descendent de la sphère des Archétypes, où s'élaborent d'avance dans leurs grandes lignes les destinées de l'humanité. C'est là que se tisse la trame de l'évolution et que se dessinent les modèles, sur lesquels la liberté humaine brodera ses arabesques. Ces moules, où se forment les Dieux eux-
mêmes datent d'un passé immémorial et commandent au plus lointain avenir.
Ce sont quelques-unes de ces Idées-Mères, que j'essayerai de formuler ici.
Et tout d'abord, la première de ces idées, l'idée essentielle dont sortent toutes les autres, est l'idée même de la Renaissance. Car ce fut le nom que cette époque se donna à elle-même dans sa joie de renaître, de revivre et de créer. De là cette secousse profonde, cette vibration de toutes les fibres, cette fièvre d'innovation et d'audace. Embrassez d'un seul coup d'œil ce spectacle grandiose de la Renaissance, puis allez jusqu'à sa source — et il vous révélera une loi historique de premier ordre, une loi d'une importance suprême, inconnue avant elle. A savoir que toutes les époques décisives de l'histoire sont des retows d'époques anciennes sous une forme nouvelle, imprévue et inerveilleuse. Ce ne sont pas des renaissances identiques mais des métamorphoses.
Toute grande époque est une refonte d'éléments anciens et leur résurrection sous l'empire d'une idée