VIII PRÉFACE
3° Lemy stère de fÉlernel-Féminin, qui s'ouvre et rayonne par les manifestations et les cristallisations successives de l'Ame du Monde, dans la lumière astrale, dans la Vierge-Mère du Verbe divin, dans la Madone et dans la Femme inspiratrice (qu'elle s'appelle Béatrice ou Joconde). En celle-ci, le principe féminin, de purement passif et réceptif qu'il était, devient actif &t créateur par l'intuition et l'amour conscient.
On verra ces idées évoluer et chatoyer diversement dans les cinq grands choryphées de la Renaissance et dans leurs cinq Muses. Car chacun d'eux eut son Aimée et son Inspiratrice. Dante eut sa Béatrice, Léonard sa Mona Lisa, Raphaël son Inconnue, Michel-Ange sa Vittoria Colonna, et le Corrège sa Jéromine, Chacun de ces couples a son rythme particulier et sa note personnelle, qui tinte parfois comme une dissonance auprès de sa voisine. Et pourtant de leur ensemble se dégage une beauté et une musique merveilleuses. C'est tour à tour une harmonie d'oiitre-tombe pareille à celle d'une cantate de Pàlestrina, ou une vision éblouissante, pleine de douceur et de majesté, sur laquelle plane la paix élyséenne.
PRÉFAGR IX
Quant aux cinq génies de premier ordre dont j'ai parlé, je suis loin d'avoir montré toutes leurs faces. Elles sont trop nombreuses. Ces colosses de la Renaissance dépassent d-e beaucoup leur propre nation, et leur siècle. Ils sortent des cadres de l'espace et du temps. On s'est efforcé ici de les placer au-dessus des modes qui passent, en dehors do patriotisme local et national et de ne les contempler que sous l'angle de rÉteruel, sub specie œlerni.
Ces pages réalisent ainsi d'une manière imprévue et tout à fait involontaire l'idée primitive et bientôt abandonnée que j'eus de donner une suite aux Grands Initiés et à V Evolution divine^ en écrivant un livre sur l'évolution ésotérique de l'humanité après le Christ. Car les sous-courants spirituels jouent dans l'histoire le même rôle que les idées de derrière la tête dans la vie de l'homme. Celles-ci dominent l'individu et le mènent malgré lui, comme les premiers déterminent les grands événements historiques. On voit ces courants et ces idées se
X PHÉFACa
refléter en une gamme merveilleuse dans le prisme de la Renaissance.
Aujourd'hui s'apprête une autre Renaissance, qui sera, je pense, une véritable Résurrection. Car c'est en vain que les geôliers de l'âme humaine, les athées de toute sorte, habilement camouflés et masqués, qui se font de leur myopie un orgueil et une supériorité d'un genre douteux, ont organisé jusqu'à ce jour la conjuration du silence autour des Idées-Mères du spiritualisme renaissant et synthétique. Ils auront beau redoubler les verrous de leur citadelle et hausser les murs qui empêchent la lumière d'entrer. Le fleuve impétueux des désirs et des volontés renversera toutes leurs barrières. Il délivrera Celle qu'ils enferment pour l'exploiter à leur guise et rendra la liberté du vol et la profondeur du ciel à leur prisonnière — la divine Psyché.
Edouard Schuré.
Paris, mai 1919.
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