I. — Ahiya
Schelomo (Salomon) était un roi galant. Il eut, si l’on en croit la Bible, sept cents épouses et trois cents concubines. Un homme que sollicitent un millier de femmes est peu enclin au mysticisme. L’incontinence et la sainteté ne vont gu ères ensemble. On ne saurait d’ailleurs expliquer cette antinomie en disant que le dévot ne fait qu’obéir aux prescriptions de la morale religieuse, qui condamne le libertinage. Car, s’il en était ainsi, il n’y aurait aucune raison
pour que les mystiques ne se recrutent pas aussi aisément chez les gens mariés que chez les célibataires, puisque la morale religieuse tolère le mariage. Or nous savons qu’il n’en est rien. Les mystiques, pour la plupart, ne sont pas mariés.
En fait, il existe réellement une relation de cause à effet entre la continence et le mysticisme. C’est précisément la constatation de cette relation qui a conduit les moralistes religieux à exalter la chasteté, le paganisme à imposer la virginité à ses vestales, le catholicisme le célibat à ses prêtres. Il y a un monde entre la mentalité du prêtre catholique et celle du pasteur protestant.
J’ai dit que le problème psychologique de la puberté se réduisait à un problème de toxicologie. Il en est de même du problème du mysticisme. Au surplus, ces deux, états se pénètrent intimement dans un grand nombre de cas.
Le mysticisme apparaît très souvent à l’âge de la puberté, lorsque les glandes génitales commencent à secréter et à verser dans la circulation des substances nouvelles. Nous savons,
grâce à des études récentes S que ces substances sont toxiques, et nous sommes en droit d’inférer qu’elles jouent un rôle capital dans les enivrements et les souffrances morales de la puberté et de l’amour platonique. Car, — les romanciers psychologues l’ont souvent remarqué, — l’amour n’acquiert toute son intensité émotive et ne verse dans la perversion sentimentale que lorsqu’il est incomplet. La rétention au moins partielle des sécrétions génitales, telle est la principale cause des troubles mentaux de la puberté, en particulier du mysticisme pubère.
C’est à l’âge de la puberté que les Jeanne d’Arc, les Teresia de Cepeda y Ahumada (S te Thérèse), les Marguerite (dite Marie) Alacoque, les Schemouël et les Giovanni Bernardone (S 1 François d’Assise) commencent à s’adonner à la rêverie religieuse, à avoir des visions et à entendre des voix.
Voulez-vous guérir un saint ou une sainte célibataire de sa sainteté? Mariez-le ou mariezla. C’est le plus sûr moyen de mettre un frein
1. Ch. Perez. Les poisons des glandes génitales. Revue des idées, 15 nov. 1905.
aux oraisons jaculatoires, aux in-manus et aux extases, qui, du coup, par une sorte de commutation nerveuse, ne s’adresseront plus qu’à des objets tangibles et consubstantiels, pour le plus grand bien de l’individu et de la société.
Souvent aussi le mysticisme réapparaît chez la femme à l’époque de la ménopause et chez l’homme vers la cinquantaine, lorsque les toxines génitales, tout en étant encore sécrétées en petite quantité, ne sont plus régulièrement éliminées.
En un mot, le mysticisme paraît dû, dans un grand nombre de cas, à une autointoxication d’origine génitale; et, lorsque, par levait de coïts répétés, cette autointoxication devient impossible, il est rare qu’on observe ce trouble mental.
Donc Schelomo, ayant neuf cents femmes, n’était pas un roi dévot.
Beaucoup de ces femmes étaient étrangères et professaient des religions différentes. C’étaient des Çidoniennes, des Ammonites, des Moabites. Pour leur être agréable, et peut-être aussi dans un but politique, en vue de l’hégé-
monie juive, le roi rendait hommage à leurs divinités, Àschthoreth (Artarté), Molok, Milkom, Kemosch, pour lequel il construisit un bamoth à l’orient d'Ierouschalaïm.
On conçoit la colère des iahvéistes fanatiques, des terribles prophètes. Schemouël et le parti clérical avaient suscité David contre le trop indépendant Schaôul. Ce même parti suscita Iarobeâm contre Sehemolo.
L’intérêt ne suffit pas à provoquer les brusques transformations sociales. Pour remuer une foule et soulever un parti, iLfaut ce levier d’Archimèdès qu’on appelle la foi, foi scientifique ou foi religieuse, celle des encyclopédistes ou celle des théocrates. La cause principale, la cause profonde de ces révolutions à rebours qu’on appelle les coups d’état, réside souvent dans le sentiment religieux. Grattez l’usurpateur, et vous trouvez le prêtre. Grattez l’armée en révolte, et vous trouvez le clergé. Lorsqu’un régime plus ou moins libéral s’écroule sous la bourrasque réactionnaire, c’est que ses solives et ses chevrons ont été depuis longtemps rongés par les termites religieux. L'édifice écroulé, ils
se répandent en foule sur les décombres, et l’on s’aperçoit que le coup de vent n’a fait que précipiter un dénouement inévitable.
Prêtres, nous écrirons sur un drapeau qui brille :
— Ordre, Religion, Propriété, Famille.; —
Et si quelque bandit, corse, juif ou païen,
Vient nous aider'avec le parjure à la bouche.
Le sabre aux dents, la torche au poing, sanglant, farouche,
Volant et massacrant, nous lui dirons : c’est bien 1 ! »
Iarobeâm était un ancien ouvrier du bâtiment, devenu chef de chantier, un « homme d’une grande vigueur », doublé d’un névropathe.
C’étaient ces caractères qui avaient fixé sur Schaoul le choix de Schemouël. Ce furent eux qui imposèrent Iarobeâm au choix du nabi Ahiya.
Ahiya était né ou habitait à Schilo, lieu saint, où jadis se trouvait l’arche, et, comme tous les lieux saints, foyer de prophétisme.
« Or, en ce temps-là, Iarobeâm étant sorti d’Ierouschalaïm, lit-on au premier livre des Rois, Ahiya dë Schilo, le nabi, le rencontra sur