IV. — Ahiya
(Suite.)
A la suite de l’apostasie d’ïarobeâm, toute relation avait cessé entre Ahiya et lui, et il n’osait plus s’adresser directement au prophète, même dans les circonstances graves, bien qu’il eût encore foi en son pouvoir surnaturel. Nous sommes d’ailleurs habitués à l’éclectisme religieux des rois juifs.
« Dans ce temps, tomba malade Abiya, fils d’Iarobeam. — « Lève-toi, dit Iarobeâm à sa femme, et te change, pour qu’on ne reconnaisse point que tu es l’épouse d’Iarobeâm. Tu te rendras à Schilo. C’est là que réside Ahiya, le nabi, celui-là qui m’a prédit que je serais roi sur tout ce peuple. Munis-toi de dix pains, de gâteaux, d’un vase de miel, pour pénétrer jusqu a lui. Il te fera connaître ce qu’a l’enfant. »
Les nabis, on le voit, n’étaient pas seulement
des prophètes, mais aussi des médecins, des thérapeutes qu’on payait en nature, et leur influence était due à cette qualité plus encore qu’aux affirmations de leur délire.
« Ainsi fit la femme d’Iarobeâm. Se levant, elle prit son chemin vers Schilo. Entrée dans la maison du nabi, Ahiya ne put la distinguer, car ses yeux avaient été raidis par la vieillesse. Mais Iahvé avait dit à Ahiya : « Voici que la femme d’Iarobeàm vient pour obtenir de toi une parole sur son fils qui est malade. De telle et telle façon tu lui parleras. En pénétrant ici, elle tâchera de se faire passer pour une autre. »
Il n’est pas besoin de faire intervenir ici la transmission directe de la pensée dont les dégénérés mentaux sont parfois le théâtre. En effet, les nabis, qui avaient leur entrée en tous lieux et qu’on consultait de toutes parts, étaient aussi bien renseignés que les médecins et les confesseurs actuels.
Sans doute un autre dévot était parti de Thirça pour Schilo en même temps que la femme d’Iarobeâm, ou l’avait croisée en route,
et, arrivé avant elle, avait prévenu Àhiya de sa visite.
« An premier bruit des pas de la femme, dès son entrée par la porte, Ahiya cria : « Viens, femme d’Iarobeâm ; pourquoi te déguiser ainsi? J’ai mission de t’apprendre des choses âpres. Voici ce que tu devras rapporter à Iarobeâm.
Ainsi a parlé l’Élohim d’Israël : « Je t’ai élevé du milieu du peuple, et t’ai établi comme guide sur ma nation d’Israël; j’ai scindé la royauté de la maison de David pour t’en donner une part. Mais tu n’as pas été comme mon serviteur David, qui a gardé mes commandements et marché à ma suite de tout son cœur, ne faisant que ce qui est droit à mes yeux; toi, au contraire, tu as surpassé en mal tous ceux qui ont vécu avant toi, allant jusqu’à te fabriquer des dieux étrangers, des sculptures de fonte, pour m’irriter, et me rejetant derrière ton dos. Aussi amènerai-je le malheur sur la maison d’Iarobeâm, et en retrancherai-je tout ce qui pisse contre le mur, qu’il soit enfermé ou libre en Israël ; je balaierai aussi la maison d’Iaro-
DES ORIGINES A ÈLIE 247
beâm, comme on balaie les tas d’ordures, jusqu’à leur effacement. Qui mourra en ville, parmi ceux dIarobeâm, les chiens le dévoreront; et qui succombera dans la campagne sera la pâture des oiseaux du ciel." C’est lahvé qui le déclare!
Mais toi, lève-toi et retourne dans ta maison. En même temps que tu poseras le pied dans la ville, ton enfant mourra. Tout Israël lui fera.la lamentation, et on le mettra dans un tombeau. Il sera le seul de la famille d’iarobeàm qui entrera dans un sépulcre, parce que, dans cette maison d’Iarobeâm, lahvé, l’Élohim d’Israël, aura trouvé en lui quelque chose de bon.
lahvé fera se lever un roi sur Israël qui tranchera, en ce jour-là, et même sous peu, la maison d’Iarobeâm. Et lahvé frappera Israël, comme on frappe un roseau qui s’agite dans l’eau ; et, les arrachant de cette terre excellente qu’il a donnée à leurs-pères, il les dispersera au delà du fleuve, parce qu’ils se sont fabriqué des aschéras, provoquant ainsi la colère d’Iahvé; et il livrera Israël, à cause de la masse des pé-
chés qu’a commis Iarobeâm, et dans lesquels il a entraîné le peuple 1 . »
On reconnaît ici le langage sombre, vindicatif et haineux des théomanes. Le tempérament prophétique est une variété du tempérament bilieux.
Les passages relatifs au meurtre des enfants d’Iarobeâm et à l’exil de Babylone ont été certainement interpolés.
« Après ces paroles, la femme d’Iarobeâm, se levant, s’achemina vers Thirça, qu’elle atteignit. A peine touchait-elle le seuil de la maison, que l’enfant mourut. On l’ensevelit, et tout Israël se lamenta, comme lahvé l’avait annoncé par le ministère de son serviteur Abiya, le nabi 2 . »
Cet accomplissement de la sinistre prophétie n’a rien d’invraisemblable. On devait parler de la maladie du fils du roi dans tout le royaume, et Ahiya devait en connaître les symptômes et