‹ Les prophètes juifsChapitre 109 sur 136 · Rois, XIII · texte numérisé non relu

Rois, XIII

DES ORIGINES A ÉLIE 24i

le besoin de mettre l’intrus à l’épreuve et de le confondre.

L’orgueil et la jalousie sont de règle chez les dégénérés, en particulier chez les dégénérés mystiques, et j’aurai l’occasion d’en rapporter plusieurs exemples. De nos jours encore ces rivalités, auxquelles se mêlent parfois des questions de boutique, sont fréquentes dans le monde religieux, et les prédicateurs de passage ne sont pas toujours bien vus des ecclésiastiques sédentaires.

Se voyant joué, le thaumaturge s’empressa de partir.

« Après qu’il eut pris de la nourriture et qu’il eut bu, il sella l’âne du nabi qui l’avait ramené. Dans la route, un lion se présenta devant lui, qui le tua, et son cadavre demeura étendu sur le chemin, l’âne se tenant auprès. Le lion aussi resta debout près du cadavre. Voici que des passants aperçurent le corps gisant sur la route, avec le lion debout à ses côtés. Ils vinrent dans la ville où habitait le vieux nabi, et racontèrent ce qu’ils avaient vu. A cette nouvelle, le pro-

phète qui l’avait fait revenir sur ses pas s’écria : « C’est l’homme d’Élohim, indocile aux ordres d’Iahvé ; celui-ci Fa livré à un lion, qui l’a broyé et tué, comme Iahvé le lui avait prédit.

— « Sellez-moi l’âne, >, dit-il alors à ses fils. Et ils le sellèrent. Il se mit en route, et trouva le cadavre étendu sur le chemin, l’âne et le lion debout à côté. Le lion n’avait ni dévoré le corps, ni déchiré l’âne. Alors, levant le cadavre de l’homme d’Élohim, le nabi le déposa sur l’âne pour le ramener. »

Que faut-il penser de cette anecdote?

Les exégètes, qui partagent les idées de Maurice Yernes, ne manqueront pas de voir là une composition littéraire ou théologique, un conte ou un symbole.

J ai cherché à aller un peu plus au fond des choses, et voici ce que j’ai trouvé dans le livre de Jules Gérard : Le tueur de lions 1 :

Le bon, qui faisait, aux temps bibliques, partie de la faune palestinienne, suit en général les chemins frayés. Il aime à égorger sa proie

L I Rois, XIII.

pour boire le sang chaud jaillissant des carotides. Tantôt il la déchire en lambeaux, surtout quand il a faim, ce qui le rend cruel, tantôt il ne fait que l’entamer, et n’y revient plus.

Yis-à-vis de l’homme, il se conduit tout autrement qu’avec les animaux qu’il ne tue que pour s’en nourrir. Parvient-il à saisir un homme qui l’a blessé ou bravé, il l’égorge ou lui broie la tête d’un coup de gueule, mais ordinairement ne le mange pas; et si un animal se trouve auprès de l’homme, il lui arrive d’épargner l’animal. Jules Gérard parle d’un lion qui déchira le chasseur Chakar, sans toucher à la chèvre qui lui servait d’appât.

Pour ce qui est de l’âne, voici ce qu’on lit dans le livre de l’arabe Kazouim intitulé Adjaïb et MaMoukat : Le rugissement du lion, « a quelque chose de si épouvantable qu’il met en faite tous les animaux, excepté ïâne dont la frayeur paralyse les membres ».

Il est donc possible qu’un lion, ayant rencontré sur sa route le nabi de Bethel, l’ait tué, sans déchirer son cadavre, et sans toucher à sa monture immobilisée par la peur.

Avant de se lancer dans des explications allégoriques ou anagogiques, il est bon de tenir compte de cette possibilité.

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