‹ Les prophètes juifsChapitre 116 sur 136 · I. — Myriam · texte numérisé non relu

I. — Myriam

Les prophétesses sont rares.

Peu de femmes disposent de cette énergie et de cet ascendant sans lesquels la foi en soimême ne saurait se communiquer aux foules.

J’imagine que la prophétesse doit tenir de la virago.

La Bible ne fait mention que de cinq prophétesses.

De la première, Myriam (Marie), sœur dé Mosché (Moïse) et d’Aâron, je dirai peu de mots. On lit dans \Exode qu’après que les Benê-Israël

eurent heureusement traversé la mer Rouge,

« Myriam, la musicienne, sœur d’Àâron, prit un tambourin dans la main ; à sa suite sortirent toutes les femmes avec des tambourins et des chœurs dansants.

Myriam répétait le cantique :

« Chante Iahvé, parce qu’il est grand. Le cheval et son cavalier, il a enfermés dans la mer. »

Myriam nous est, ici, dépeinte comme une musicienne exaltée, entraînant des femmës à sa suite, pour chanter des événements heureux.

Dans les Nombres , elle nous apparaît comme une mystique qui se croit l’interprète d’Iahvé.

« Myriam et Aâron s’élevèrent contre Mosché à cause de la femme kouschite qu’il avait prise, lui reprochant d’avoir épousé une kouschite : a Est-ce seulement par Mosché qu’Iahvé a parlé ? s’écrièrent-ils. Ne s’est-il point aussi exprimé par nous ? »

Propos qu'entendit Iahvé... Aussitôt Iahvé dit à Mosché, à Aâron et à Myriam : « Rendez-

vous tous les trois vers l’ohel-mohed. » Et tous les trois obéirent. Alors, descendant dans la colonne de nuée, lahvé s’arrêta sur le seuil du pavillon, et appela Aâron et Myriam qui vinrent tous les deux.

« Écoulez-moi, leur dit-il, s’il y a parmi vous quelque prophète d’iahvé, c’est que dans la vision je me manifeste à lui et qu’en songe je lui parle.

Il n’en est pas de.même pour mon serviteur Mosché, l’homme éprouvé par-dessus toute ma maison. Bouche à bouche, je lui parle visiblemsnt et non dans l’obscurité; c’est la forme même d’iahvé qu’il contemple. Pourquoi donc ne craignez-vous pas de murmurer contre mon serviteur Mosché ? ».

Ainsi s’alluma contre eux la narine d’iahvé.

A son départ, quand la nuée se fut éloignée du pavillon, Myriam fut couverte de lèpre comme d’une neige 1 . »

Et alors Aâron de supplier lahvé et de dire : « qu’elle ne soit pas comme l’enfant mort, qui

1. On sait combien les maladies de peau sont fréquentes chez les névropathes.

LES PROPHÈTES JDIFS

sortant du sein de sa mère, a déjà sa ehair à moitié mangée 1 ! »

Ce passage est, au point de vue psychopathologique, extrêmement important. Une distinction très nette y est établie entre les trois perceptions qui sont l’origine de la théomanie : le rêve, l’hallucination consciente et l’hallucination inconsciente.

Suivant qu’il est le théâtre de l’un ou de l’autre de ces phénomènes, le théomane en fait ou en puissance croit bien entrer en communication avec la divinité, mais par des procédés absolument différents.

Dans le premier cas, il se figure que le rêve lui est envoyé par le dieu. Cette croyance n’implique pas à proprement parler un trouble mental, mais une certaine ignorance et une certaine crédulité. Toute l’antiquité a cru que les rêves étaient d’origine divine.

Dans le second cas, le malade a des hallucinations, c’est-à-dire des rêves à l’état de veille. 11 se rend parfaitement compte que ce sont

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