Juges IV
C est à lahvé qu’elle attribue la victoire.
« Bénis, lahvé...
Bénissez lahvé. »
« De ce que les chefs d’Israël se sont levés, De ce que le peuple s’est offert volontiers, Bénissez lahvé. »
« Là où vous êtes, chantez les juslicesd’Iahvé ! Les victoires de ces chefs en Israël ! »
Mais si lahvé a remporté la victoire, il l’a remportée par l’intermédiaire de Débora :
« Les villes ouvertes avaient cessé d’être habitées en Israël,
Elles n’étaient point habitées,
Jusqu’à ce que moi, Débora, je me sois levée, Je me sois levée comme une mère en Israël.»
« Dresse-toi, dresse-toi, Débora ;
Dresse-toi, entonne un chant. »
« Le puissant est demeuré avec les princes du peuple.
lahvé avecles héros est descendu vers moi. »
Ces quelques citations donnent la mesure de sou orgueil.
Ce qu'elle chante en réalité, ce n’est pas la victoire des Benê-Israël, ce n’est pas même la victoire d’Iahvé, c’est sa propre victoire.
Comment cette conception délirante qu’elle était l’agent du dieu d'Israël, avait-elle pris naissance?
Très probablement, comme chez la plupart des théomanes, à la suite d’hallucinations.
Une phrase du cantique donne une certaine force à celte hypothèse :
« Du ciel, les étoiles combattaient.
Elles combattaient du ciel contre Sissera. »
Au premier abord, il semble qu’il n’y ait là qu’une image poétique, les étoiles étant prises pour l’atmosphère, où se déchaîna l’orage néfaste à l’armée d’Iabin.
Mais ce que nous savons du délire prophétique nous conduit à une conception tout autre.
Les hallucinations visuelles des mystiques offrent ceci de particulier qu’elles sont en général lumineuses, et que le malade localise en haut les objets qu’il perçoit.
C’est ainsi que, dans le Théâtre sacré des
Cévennes, un témoin de l’épidémie camisarde, Jacques du Bois, déclare :
« J’ai vu plusieurs fois des personnes inspirées, de l’un et de l’autre sexe, qui, dans le temps de leur ravissement, avaient les yeux ouverts et tendus vers le ciel, et voyaient alors des armées d’anges, quelquefois des combats d’anges contre des armées d’hommes. Il est souvent arrivé qu’en se retirant des assemblées, quelques-uns de ceux qui parlaient dans l’extase déclaraient alors que Dieu faisait tomber des feux ou des lumières du ciel pendant la nuit, pour éblouir les yeux des ennemis, et pour nous conduire 1 2 3 . »
Cette relation commente éloquemment la phrase de Débora. Elle est d’autant plus instructive qu’au temps de la prophétesse, les étoiles étaient considérées comme l’apparence des maleâks (anges) d’Iahvé.
Dans Neiiemya 2 (Nehémie), les maleâks et les astres sont confondus. Dans Iyob % (Job), les