Juges, IV
jour où Iahvé doit livrer Sissera entre tes mains. Devant toi marche Iahvé lui-même L »
Ces promesses de victoire, d’ailleurs souvent réalisées, par suite de l’effet qu’elles produisent sur les troupes, se rencontrent fréquemment dans les élucubrations des dégénérés mystiques.
Voici par exemple comment s’exprimait le prophète cévenol Élie Marion, le 18 septembre 1706 :
« Les belles promesses que j’ai à vous faire! La trompette va sonner. Le feu, les foudres et les carreaux sont prêts pour tes ennemis 2 ! »
Et, le 24 septembre : « Beaucoup de couronnes sont préparées ; beaucoup de lauriers s’approchent pour plusieurs... beaucoup de délivrances. Victoire, victoire, victoire, victoire, mes enfants, sur mes ennemis 3 ! »
« Baraq descendit du mont Thabor avec dix mille hommes. Par une terreur subite, Iahvé
1 Juges, IV.
2, 3. Avertissements prophétiques (TElie Marion. Londres. Roger, 1707, p. 1.
DES ORIGINES A. ÊLIE
livra Sissera, tous ses chariots et tout son camp, au fil de l’épée, devant Baraq h »
La défaite de Sissera paraît être due à plusieurs causes.
D’après le cantique de Débora, il semble qu’une de ces pluies torrentielles, qui sont si fréquentes en Kenaân, détrempa la plaine d’izréel, et gêna considérablement les évolutions des chars armés de faux, qui constituaient la principale force de l’armée d’Iabin.
Les insurgés auraient laissé l’ennemi traverser le Qischon, puis, s’élançant au signal de Débora, des hauteurs du Thabor, l’auraient culbuté et jeté dans le torrent, grossi par l’orage, et qu’il était du reste obligé de franchir pour regagner le nord.
Mais il semble que Débora fit plus pour la victoire.que les circonstances atmosphériques.
Non -seulement elle choisit avec intelligence la position d’attente des insurgés, non-seulement elle donna au bon moment le signal de l’attaque, mais elle sut communiquer sa
i. Juges IV.
confiance et son ardeur à la horde de cultivateurs et de pâtres qui l’accompagnaient.
On sait combien est grande la suggestibilité des foules. Toujours elles se sont ruées, comme sous Faction d’une force physique, à la suite de chefs ayant foi dans la victoire.
Sissera s’enfuit à pied et atteignit la tente d’une nommée ïaël, femme de Héber, le Qénite.
« Sortant au-devant de Sissera, ïaël lui dit : « Viens te réfugier, ô mon maître, viens te réfugier chez moi ; ne crains rien ». Et il se retira sous la tente, où elle le cacha sous une couverture : « Donne-moi un peu d’eau, car j’ai soif. » Alors elle ouvrit l’outre de lait, le fit boire, et le cacha de nouveau. « Tiens-toi, lui dit-il, au seuil de la tente, et, si quelqu’un vient et te demande : « Y a-t-il quelqu’un ? » tu lui diras :
« Personne. » ïaël, femme de Héber, prit un pieu de la tente, posa le marteau dans sa main, et, s’avançant vers lui doucement, lui enfonça le pieu dans la tempe, de façon à le ficher en terre. C était pendant son lourd sommeil, où il réparait sa fatigue. Sissera mourut.
Alors passa Baraq qui poursuivait le chef ennemi. Allant à sa rencontra, laël lui dit :
« Viens, je te vais montrer celui que tu cherches. » Il entra, et voici que Sissera était étendu mort, le pieu dans la tempe h »
« En ce jour, Debora avec Baraq, fils d’Abinoam, chanta. »
Au point de vue esthétique, le cantique de Bébora est certainement une belle œuvre. La joie de la victoire et la volupté de la vengeance y sont exprimées d’une façon tout à fait remarquables. C’est à la fois un cri sauvage et une éjaculation mystique. C’est, dans toute sa naïveté,, la poésie des temps barbares. De procédé littéraire, peu ou point. Les réduplications qu’on y rencontre, et qui donnent à ce morceau une vie et une chaleur étonnantes, ne sont que les halètements de l’enthousiasme.
La propbétesse est elle-même étonnée de son exaltation :
« Mon âme marche avec force, » s’écriet-elle.