Évangile selon Markos (Marc), i
plutôt lorsque l'hallucination sera connue du public dans sa cause et dans son mécanisme, les religions auront vécu.
Pour en revenir au maleâk d’Iahvé, sans doute l’imagination orientale eut tendance à se représenter les dieux comme des rois entourés d’une cour et ayant leurs généraux et leurs messagers. Mais ces messagers n’eurent de valeur mythique que le jour où ils apparurent aux hallucinés, ou lorsque les dégénérés mystiques prirent pour des maleâks d’Iahvé de vulgaires vagabonds.
Le maleâk, en effet, se présentait parfois en chair et en os sous l’apparence d’un de ces théomanes ambulateurs qui portent aujourd’hui en Orient le nom de santons. J’ai tout lieu de croire que c’est d’un de ces vagabonds qu’il s’agit dans le récit des Juges. En effet :
1° Il fut vu par un grand nombre de personnes.
2° Il ne venait point du ciel, comme les maleâks hallucinatoires, mais d’un point précis, de Guilgal. Guilgal (aujourd’hui Djebâal Hàarabout) était un lieu saint. C’était là que les
Benê-Israël s’étaient fait circoncire après avoir traversé l’Iardèn (Jourdain), lors de leur arrivée en Kenaân. On y avait élevé un monument commémoratif de douze pierres en l’honneur des douze tribus, on y alla longtemps en pèlerinage, et nous voyons Schaoul (Saül) y sacrifier à Iahvé, Or, les lieux saints sont toujours des foyers psychopathiques, d’où rayonnent une foule d’inspirés;
3° Il tient le langage ordinaire des théomanes, plein de reproches et de menaces ;
4° Il ne disparaît pas tout à coup comme les visions de Guideôn et de Manoah;
5° Enfin l’expression de maleàk d’Iahvé servait fréquemment à désigner les nabis. Nous la trouvons dans les livres prophétiques à la suite du nom de Haggai (Aggée). L’auteur d’un de ces livres n’est même désigné que par ce surnom, dont les Grecs ont fait un nom propre Malachias, traduit chez nous par Malachie. Le nabi ainsi désigné nous apprend d’ailleurs que ce surnom était parfois donné aux prêtres.
Pour toutes ces raisons, je crois, avec un grand nombre d’interprètes (Jonathan, François
Watebled, Hugo van Groot, etc.) que le Maleâk de Bokim était un théomane errant.
La seule objection qu’on puisse faire à cette opinion est que, dans son discours, il s’identifie à Iahvé. Mais ceci ne doit pas nous surprendre.- En effet, plusieurs nabis, atteints de dédoublements de la personnalité, se figuraient, non pas qu’ils étaient les interprètes d’Iahvé, mais qu’lahvé parlait réellement par leur bouche. Il en fut de même chez la plupart des prophètes cévenols.
Nous trouvons, au chapitre Vil de ce même livre des Juges , un récit très analogue au précédent. Mais, cette fois, le mandataire d’Iahvé est désigné sous le nom de nabi i ce qui ne laisse aucun doute sur son existence objective :
« Les Bénê-Israël ayant fait le mal devant Iahvé, il les livra à la main de Midian (Madian) pendant sept ans. Elle fut violente contre Israël, la main de Midian. Aussi les Bénê-Israël se
réfugièrent-ils dans les gorges des montagnes, dans les endroits cachés et inaccessibles Israël semait-il? Midian montait avec Àmaleq et les Bénê-Qédem; ils établissaient leur camp près des Israélites, et détruisaient la récolte jusqu’à l’entrée de Ghazza. Ils ne laissaient en Israël rien de vivant, ni brebis, ni boeufs, ni ânes. Iis montaient avec leurs troupeaux et leurs tentes, semblables, par la multitude, à la sauterelle; on ne pouvait compter ni leur nombre, ni celui de leurs chameaux. Ils venaient dans ce pays pour le saccager.
Souffrant beaucoup devant Midian, les Benê- Israël appelèrent Iahvé.
Il envoya vers eux un nabi, qui leur dit :
Voici la parole d’Iahvé, l’Elohim d’Israël :
« Je vous ai fait monter de Miçraïm Et vous ai tirés de la maison des esclaves.
Je vous ai délivré de la main de Miçraïm Et de la paume de vos ennemis.
Je les ai chassés devant vous Et vous ai donné leur pays.
Je vous ai dit : « C’est moi qui suis Iahvé, votre Elohim; vous n’adorerez pas l’Elohim de
1 Emorite dont vous habitez la terre, mais vous n’avez point entendu ma voix l . »
Ce nabi fait, on le voit, aux Benê-ïsraël les mêmes reproches que leur avait fait le maleâk de Bokim.
Un troisième nabi anonyme intervient dans un des livres qui portent le nom de Schemouël (Samuel).
Le grand eohène (prêtre) de Schilo, Eli, de la tribu de Lévi, avait deux fils, Hophni et Pinéhas, dont le genre de vie était un sujet de scandale. Ils s appropriaient, au besoin de vive force, une partie de la viande qui revenait aux fidèles après le sacrifice pacifique, et couchaient avec les dévotes qui veillaient à l’entrée de l’ohelmohed. Il n était bruit que de leurs vols et de leurs débauches, si bien qu’un jour
« il vint près d’Eli un homme d’Elohim qui lui