Juges, VL
comme de nos jours Fange Raphaël apparut à Thomas-Ignace Martin, ce cultivateur de la Béauce que le pieux Louis XVIII reçut en audience particulière, et qui fut envoyé par Pinel à Charenton.
A ce propos, je tiens, dès maintenant, à attirer l’attention du lecteur sur le rôle que jouent le rêve et surtout l’hallucination dans la genèse des mythes.
L’imagination normale ne suffît pas à créer des êtres mythiques qui s’imposent à la foi du vulgaire. Jamais un personnage de poème, de conte ou du roman, si puissamment construit qu il soit, n’est devenu un personnage religieux. Les héros de Valmiki, d’Homeros et d’Aischydos ! Eschyle) n’ont cessé d’appartenir à la littérature, et l’Eviradnus de Victor Hugo ou le docteur Pascal d’Émile Zola ne seront jamais entourés que de ce culte qu’on doit aux belles créations de 1 art. Le littérateur et l’artiste empruntent aux religions, mais ne leur prêtent point; et voici, selon moi, comment naissent les dieux.
Les hommes constatent en dehors d’eux-
mêmes la succession des phénomènes, mais ce n’est qu’en eux-mêmes qu’ils puisent l’idée de causalité.
Cette idée procède d’ailleurs d’une illusion. Les hommes ne percevant pas, dans son intégralité, la succession des phénomènes nerveux et mentaux dont ils sont le théâtre, et qui, nés, aux pôles centripètes, des phénomènes extérieurs, retournent au monde extérieur par les pôles centrifuges, ont l’illusion de jouir de leur libre arbitre, et se considèrent comme une cause première, comme la cause première de leurs actes. Ils ont même décoré cette cause du nom de mot
De là, chez eux, une tendance à attribuer à quelque chose de semblable ou d’analogue à eux-mêmes, tout phénomène qu’ils ne voient pas nettement procéder d’un autre phénomène.
L’anthropomorphisme ne s’explique pas autrement. L’homme ne peut concevoir les dieux que sous la forme humaine ou sous une forme très analogue à la forme humaine. Ce n’est pas lahvé, comme le crut l’auteur de la Genèse, qui a créé l’homme à son image, c’est l’homme qui, à son image, a créé les dieux.
Si l’idée de dieu n’avait pas dépassé ce stade, il y aurait des métaphysiques, mais il n’y aurait pas de religions.
Les religions sont nées le jour où des hommes de bonne foi ont déclaré qu’ils avaient vu un dieu en songe ou à l’état de veille, et ont été capables de le décrire. Sans l’illusion, qui d’un simple mortel fait un personnage mythique, sans le rêve ou l’hallucination, une religion n’est pas viable. C’est dans ces phénomènes qu’elle puise sa force, dans l’hallucination surtout; et l’on peut dire que les religions sont l’œuvre des visionnaires. Quel regain, en effet, donnent au culte du Christ ou de la Vierge, les hallucinations de grandes hystériques comme Marguerite (Marie) Alacoque ou Teresia de Cepeda y Ahumada (sainte Thérèse).
D’ailleurs, l’hallucination engendre l’hallucination, et, qui plus est, une hallucination chez un premier sujet engendre souvent, chez un second sujet, une hallucination semblable ou analogue. Le second sujet est profondément impressionné par le récit de la vision ou de l’audition du premier. Il est obsédé par les images
que ce récit fait naître; et bientôt ces images s’intensifient, jusqu’à donner lieu chez lui à une hallucination, qui est la reproduction plus ou moins exacte de la première.
Voici un exemple de ce phénomène.
Sous l’influence de l’émotion subie au cours de son baptême dans le Jordanes (Jourdain), leschou de Nazareth eut une de ces hallucinations visuelles de bas en haut qui sont si fréquentes chez les dégénérés mystiques. « Il vit les deux se fendre, et le Saint-Esprit sous la forme d’une colombe descendre sur lui i . »
Or, un aliéné observé par Maurice Legrain eut une hallucination identique. Ce sujet, âgé de vingt-cinq ans, se croyait, comme Ieschou, le Messie annoncé par les prophètes. Il avait trouvé les lois qui régissent le monde, était chargé de le réformer, de foncier une société nouvelle et d’assurer l’universelle paix. Un jour, il vit le Saint-Esprit sous la forme d'une colombe faite de points lumineux descendre sur sa tête.
Lorsqu’il n’y aura plus d’hallucinations, ou