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CHAPITRE II

* • L’exégèse rationaliste.

Deux écoles se partagent la critique de la Bible : l’école théologique et l’école rationaliste.

Pour l’école théologique, la Bible est un livre divin, la source et la base.du dogme, le fondement de la foi et de la morale.

Avec cette école, pour laquelle les affirmations bibliques ont, si absurdes qu’elles puissent être, le pas sur l’observation et l’expérience, nous autres, gens de science, nous n’avons pas à discuter.

L’école rationaliste ne fait que suivre une tradition fort ancienne, car il est probable que toutes les religions eurent à lutter contre des hommes enclins à mettre la foi à 1 épreuve de la

raison.

II existait dans l’Inde deux écoles analogues.

L’une, celle de Nairouka, expliquait les noms des dieux et les mythes par des phénomènes physiques, l’autre, celle de Aïtihasika, par les faits historiques.

En Grèce, l’école Cyrénaïque se distinguait, par un genre de scepticisme hostile’ aux idées religieuses et aux mythes en vogue dans la société d’alors. Un membre de cette école, Evhémeros, dit l’Athée, qui vivait au iv e siècle avant l’ère vulgaire, ayant retrouvé, au cours d’un voyage dans la mer des [Indes, les prototypes des récits mythologiques de la Grèce, écrivit un livre intitulé Inscriptions sacrées , où il s’efforcait de montrer que ceux qu’on appelait des dieux n’avaient été que des hommes.

Le livre d’Evhémeros ne nous est connu que par Ennius et Diodoros. Il fut détruit par les polythéistes de l’école d’Alexandria, ce qui montre que le tribunal de l’Index n’est pas une invention romaine.

A la suite de l'Athée, nombre d’écrivains grecs reconnurent que plusieurs noms mythologiques

s’appliquaient réellement à des personnages historiques dont les actes avaient été défigurés par l’imagination populaire.

En détruisant le livre des Inscriptions sacrées, les fanatiques alexandrins avaient fait preuve de clairvoyance. Ils avaient compris que cet ouvrage, qui s’adressait à la raison, constituait pour leur religion un très grand danger. Mais cette destruction ne fut 'pas si prompte que les théologiens Aurélius Augustinus (saint Augustin), Firmianus Lactantius (Lactance) et Arnobius (Arnobe) n’aient eu vent des arguments d’Evhémeros, et ne s’en soient servis contre les croyances des Grecs et des Romains, auxquels ils reprochaient, suprême inconscience, d’adorer des dieux qui n’étaient pas des dieux, mais de simples mortels déifiés.

Les païens, du reste, avaient déjà fait aux chrétiens les mêmes reproches.

A peine la religion d’Ieschou de Nazareth (Jésus) était-elle fondée, que le philosophe Celsius (Celse) niait la divinité de son fondateur.

« Jamais, disait-il, on n’a vu un homme tendre des embûches à ceux qui vivent dans son

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intimité. C’esfpourtant ce qu’a fait ce dieu-là; et, ce qui est absurde, il a tendu des pièges à ses amis pour les rendre traîtres et impies. »

11 ne niait pas les miracles du Chrislos. « Nous croyons que ces choses ont été faites, » disait-il, mais il les assimilait aux sortilèges des Goètes et des mages égyptiens, qui, pour quelques oboles, chassaient les démons, guérissaient les malades, et évoquaient l’âme des héros, sans qu’on songeât à en faire des dieux. Ces phénomènes étaient dus, selon lui, aux forces cachées qui dorment au sein de la nature, d’où certains hommes ont le pouvoir de les faire sortir.

En revanche, il refusait tout caractère historique à la résurrection du Nazaréen. Il la rapprochait des légendes analogues, dont Héraklès, Théseus, Orpheus, Pythagoras avaient été les héros. « Pourquoi, disait-il, ce que nous traitons de fable absurde dans l’histoire de ces personnages deviendrait-il une vérité quand il s’agit de Jésus-Christ? Les ténèbres subites, le tremblement de terre, tous ces signes qui, d’après les chrétiens, ont annoncé sa mort, n’indiquentils pas clairement le caractère fabuleux du récit?

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Eh quoi! Celui qui n’a pu s’aider flf^haême pendant sa vie serait sorti vivant du tombeau, et aurait montré les marques de sa mort dans ses mains percées ! » S’il est ressucité, que ne s’estil montré à ses ennemis et à ses juges? Que ne se montre-t-il à l’humanité entière, et pourquoi nous laisse-t-il dans l’incrédulité? Selon Celsius,la croyance à la résurrection résultait de mensonges ou d’hallucinations.

Entre 233 et 303, le phénicien Malk dit Porphyrios (Porphyre), se basant sur des considérations historiques et linguistiques, niait l’authenticité du livre de Daniel. Il se demandait aussi pourquoi la naissance du Nazaréen avait été si tardive, et faisait remarquer que ce prétendu dieu, ayant déclaré à ses frères, à la fin de sa vie, qu’il ne monterait pas à Hiérusalem, s’y était, néanmoins rendu pour la fête des Huttes.

Entre 331 et 363, l’empereur Flavius Claudius Julianus, surnommé l’Apostat, et que Chateaubriand appelle le Luther de son siècle, essaya de secouer le joug de cette nouvelle religion sémitique qui déjà opprimait l’empire. Il déclarait qu’il n’y a rien, dans les fables populaires des

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Grecs, d’aussi absurde que la création d’Adam et d’Ève et que l’anecdote du serpent tentateur.

Il tournait en ridicule cet lahvé sujet de l’envie qui, ayant créé l’univers, avait délaissé tous les peuples pour ne s’occuper que d’un seul.

Remarquant que la nature des êtres résiste invinciblement aux brusques métamorphoses, il faisait sentir l’absurdité du récit qui, en inventant la tour de Babel et la confusion des langues, prétendait rendre compte de la diversité des nations. Il observait qu’on trouve dans Platon une intelligence et des conceptions infiniment plus hautes que dans le code mosaïque. II montrait que la nouvelle loi contredit l’ancienne, qu’alors que celle-ci parle d(un seul dieu, cellelà en invoque deux, le Verbe et le Saint-Esprit, et que d’ailleurs, à l’encontre de& Synoptiques, l’évangile selon loannès (Jean) seul ose affirmer la divinité d’Ieschou de Nazareth.

Il se demandait enfin pourquoi les Galiléens avaient abandonné la circoncision et les sacrifices juifs pour des usages étrangers, alors que le Christos avait dit : « Je ne suis pas venu pour détruire la loi, mais pour l’accomplir. »

Dès lors on conçoit que Flavius Claudius Julianus se soit préoccupé de soustraire la jeunesse à l’influence abrutissante et démoralisante de ceux qu’il appelait les Galiléens. Il ferma leurs écoles, et leur défendit d’en ouvrir d'autres.

« Tous les lettrés et tous les savants galiléens, dit Lainé, comprirent que c’en était fait du galiléisme, si cette loi restait en vigueur pendant quinze ans, pendant le temps de former une nouvelle génération. »

Aussi la calomnie cléricale s’acharna-t-elle sur MâSüS l’apostat, homme simple, intègre et bon, A^ VéritaWe P hilant hrope, l’une des plus pures gloires de paganisme.

H est intéressant de remarquer que les ouvrages de Celsius, de Malk et de Julianus ne nous sont connus que par leurs contradicteurs. Les chrétiens mirent un tel soin à les détruire qu il ne nous en est pas resté un exemplaire. Et cela nous conduit à penser que nombreux peutêtre furent, depuis la fondation du christianisme, les ouvrages dirigés contre cette religion intolérante et, pour ce, livrés aux flammes, sans que le titre même et le nom de l’auteur

nous soient parvenus. Il est probable que, sans cette rage de destruction, la raison humaine n’eût pas attendu le xx e siècle pour reconquérir ses droits. Elle ne les reconquit que grâce à la découverte de l’imprimerie qui, en multipliant les exemplaires des ouvrages rationalistes, en rendit impossible l’anéantissement, et permit à la pensée de Spinoza de traverser les siècles.

Ce fut en 1670 que le philosophe Baruch Spinoza publia son Traité théologico-politique, qui devait soulever tant de tempêtes.

J’analyserai longuement cette œuvre qui fait époque dans l’histoire de la pensée humaine.

Pour Spinoza, la Bible n’est pas un livre ayant son unité, mais une collection d’ouvrages choisis entre beaucoup d’autres et colligés par les théologiens delà décadence juive.

Ces ouvrages sont pour la plupart pseudépigraphiques. Le Pentateuque n’est pas de Mosché (Moïse), pas plus que les livres d’ioschoua (Josué), de Schemouël (Samuel) et deRoulh (Ruth) ne sont des personnages dont ils portent le nom. Quant aux livres prophétiques, ils sont

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loin de contenir toutes les productions des prophètes.

Selon Spinoza, la Bible doit être traitée sur le même pied que tous les livres ayant des prétentions historiques. « La méthode d’interprétation de l’Écriture, dit-il, ne diffère pas de la méthode d’interprétation de la nature. » L’application de cette méthode « ne demande aucune autre lumière que celle de la raison naturelle, dont la fonction et la puissance consistent surtout, comme on sait, à conduire l’esprit par des conséquences légitimes, de ce qui est connu ou donné comme tel à ce qui est obscur et inconnu. »

« Rien n’arrive dans la Nature qui soit contraire à ses lois universelles ; et rien n’arrive non plus qui ne s’accorde avec ses lois ou qui n’en dérive 1 . » Donc : « Tout ce qui est raconté dans l’Écriture comme étant arrivé véritablement est arrivé nécessairement, comme toutes choses, suivant les lois de la Nature. Et si l’on trouve dans l’Écriture quelque événement que

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