Eman avait en outre trois filles
certain, c’est que, sous l'influence de cette musique, Assaph, Kman, ledouthoun et leurs fils entraient en crise et déliraient à la façon des Aïssaouas et des derviches tourneurs. Ils faisaient les nabis, comme on disait alors, c’est-à-dire les fous.
Le fait est bien spécifié au premier livre des Chroniques (x.xv).
« David... mit à part, pour le service,les descendants d’Assaph, d’Eman et d’Iedoulhoun, faisant les nabis , avec des kinnors, des nebels et des cymbales. »
Voici une description de Paul Bert qui permettra de se faire une idée exacte de ce que la Bible entend par faire les nabis.
L’auteur put assister à une réunion des Aïssaouas de Bougie.
« La cour est pleine de fidèles, mais aucun ne détourne la tête et ne daigne faire attention à moi. A l’entrée de la Koubba, sont accroupis trois vieillards qui prient à haute yoix; devant eux, quelques bougies allumées et une grande natte. Les assistants répètent la prière sur un ton bas
tout d’abord, puis la psalmodie s’anime, et les corps .accroupis s’inclinent en oscillant pour accompagner ce chant monotone.
Soudain, un cri terrible : « Hidji Afssa! »
(Seigneur Jésus !) Un des fidèles est debout, les bras en l’air, les yeux hors de la tête, poussant de rauques vociférations. Il saute lourdement sur place, en agitant le haut du corps et balançant la tête sur les épaules, à faire croire qu’elle est désarticulée.
Il se précipite sur la natte. Un des vieillards lui tend une raquette de cactus, toute hérissée de longues et dures épines; il la saisit et la mâche, en grognant à la façon d’un chien qui ronge un os ; le sang sort de sa bouche, les épines traversent sa joue. Bientôt sa furie est calmée, et on l’emmène dans un coin.
Pendant ce temps, les chants ont continué avec une ardeur croissante. Un autre fidèle, puis deux, puis dix se dressent en criant : « Hidji Aïssa ! » El les exercices varient. Celui-ci mange des scorpions à pleine poignée; cet autre se perce la joue avec un fer pointu; un troisième avale des morceaux de verre; un autre lèche
avec délices une pelle rougie an feu. Les cris, les vociférations redoublent; tous se balancent d’arrière en avant avec une rapidité croissante :
« Hidji Aïssai Hidji Aïssa! » Peu s'en faut que je ne crie moi-même, tant cette folie semble contagieuse, avec la mélopée monotone et sinistre qui l’accompagne.
A un certain moment, un grand diable apparaît, hurlant plus fort que tous. Celui-ci paraît être un favori, et l’on s’empresse autour de lui. 11 enlève burnous et haïcks et il ne garde que la chemise. Alors deux des vieillards lui entourent la taille d’une longue corde à nœud coulant, et commencent à le serrer lentement, mais sûrement, pendant que les deux vieux, qui ont lâché, pressurent et malaxent le ventre du patient. Celui-ci, qui ne crie plus, mais qui s’agite encore, diminue, diminue, s’amincit à vue d’œil; sa taille devient littéralement semblable à celle d’une guêpe, et il secoue toujours la tête, qui semble près de tomber des épaules.
Je me demande si ces bourreaux ne vont pas le couper en deux, quand tout à coup il s’affaisse et s’écrase sur lui-même, inanimé. Aussitôt, on
le desserre, on le malaxe avec soin, puis on l’emporte 1 . »
Ces crises délirantes, qui sont évidemment des crises hystériques, présentent d’ailleurs la plus grande analogie avec celles qui ont été décrites par Carré de Montgeron chez les convulsionnaires de Saint-Médard.
Assaph, Eman et Iedouthoun vivaient encore, lorsque Schelomo (Salomon) fit transporter dans le temple qu’il avait fait construire le mobilier de la tente d’Iahvé.
Ils assistèrent à cette cérémonie, et l’auteur du deuxième livre des Chroniques nous les montre, avec leurs fils et leurs frères, « vêtus de lin, portant des cymbales, des luths et des harpes », et se tenant à l’est de l’autel. Avec eux se trouvaient cent vingt prêtres, qui jouaient de la trompette 2 .
La fonction de ces lévites musiciens devint héréditaire, comme la psychopathie elle-même ; et, sous Iehoschaphat (Josaphat), roi d’Iehouda, nous voyons, à la suite d’un jeûne public, et dans
i . Paul Bert. Lettres de Kabylie.