‹ Les prophéties et leur accomplissement littéralChapitre 27 sur 42 · PROPHÉTIES CONCERNANT LA JUDÉE ET LES CONTRÉES ADJACENTES · texte numérisé non relu

PROPHÉTIES CONCERNANT LA JUDÉE ET LES CONTRÉES ADJACENTES

Non-seulement les prophètes juifs prédirent quelle devait être la destinée de ce peuple pen- (îant la durée d'une infinité de générations , dont les premières ne devaient naître que plusieurs siècles après l'époque que le scepticisme luimême assignerait à leurs prédictions; mais au temps même où l'abondance régnait dans la Judée , oil une population innombrable remplissait ses cités , ils en annoncèrent la longue et épouvantable désolation. Le pays lui-même est donc un témoin irrécusable, non moins que la nation. L'aspect de ces contrées, et de nos jours et depuis plusieurs siècles, est précisément celui que décrit la plume des prophètes, à une époque où chaque trait qui pouvait admettre un changement était parfaitement le contraire de ce qu'il est aujourd'hui. Il suflit de comparer les prédictions avec les preuves de leur accomplissement, fournies par les païens

et par les infidèles eux-mêmes. Il était prédit que les calamités d'Israël augmenteraient graduellement avec ses iniquités, qu'il serait châtié « sept fois à cause de ses péchés^^ » . Et parmi les terribles châtiments qui devaient remplir la mesure de sa punition , le plus affreux de tous devait être la longue désolation de son pays. Les prophéties qui annonçaient ces grands malheurs ont reçu un accomplissement littéral.

«Je réduirai aussi vos villes en désert, je^dé- « solerai vos sanctuaires, je désolerai ce pays « tellement que vos ennemis qui s'y établiront « s'en étonneront; et je vous disperserai parmi « les nations; je dégainerai l'épée après vous, et « votre pays sera en désolation , et vos villes en « désert. Alors cette terre se plaira dans ses sab- « bats tout le temps gu'elle sera désolée, et lors- « que vous serez au pays de vos ennemis la terre « se reposera et se plaira en ses sabbats , et cette « terre sera abandonnée par eux, et elle se plaira « dans ses sabbats quand elle aura été désolée à « cause d'eux* ; et alors la génération à venir dira, « savoir : vos enfants qui viendront après vous et « l'étranger qui viendra d'un pays éloigné , quand « ils verront les plaies de ce pays et ses maladies « dont l'Eternel l'affligera : Pourquoi l'Eternel a-t- « il ainsi traité ce pays? quelle est la cause de l'ar- « deur de cette grande colère? La colère de l'E- « ternel s'est embrasée contre ce pays pour faire « venir sur lui toutes les malédictions écrites dans « ce livre ^. » — « Votre pays n'est que désolation « et vos villes sont en feu; les étrangers dévore- « ront en votre présence votre pays , et cette dé- « solation sera comme une ruine faite par des « étrangers; et la fille de Sion restera comme une

(99) LéviU, XXVI, 18-21. 24. — (1) Ibid., 31-34, 43. (2) Deut., XXIV, 22, 24, 27.

^^^ LA JUDÉE. en. IX.

« cabane dans une vigne, comme une loge dans « un champ de concombres, comme une ville ser- « rée de près. Si TEternel des armées ne nous eût «réservé quelque petit reste, nous aurions été « comme Sodome, et nousserions devenussembla- « blés à Gomorrhe ^ » — « Car vous serez comme « un chêne duquel la feuille déchoit, et comme un « verger qui n'a point d'eau \ » — « Je réduirai ma « vigne en désert; si plusieurs maisons ne sont c( réduites en désolation et si les plus grandes et «plus belles ne sont sans habitants! Même dix «journaux de vigne ne produiront qu'un bath, « et la semence d'un homer ne produira qu'un « épha. Les agneaux paîtront à leur ordinaire et « les étrangers mangeront les déserts où le bétail « devenait gras ^. » — « Et je dis : Jusques à quand, « Seigneur? Et il répondit : Jusqu'à ce que les « villes et les maisons aient été tellement déso- « lées qu'il n'y ait aucun homme et que le pays « soit mis dans une entière désolation , et que l'E- « ternel ait éloigné les hommes , et que le pays ait « été longtemps abandonné. Toutefois, il en res- « tera une dixième partie qui sera de nouveau « broutée , comme la fermeté des chênes et des « ormes consiste en ce qu'ils rejettent ^ » — «Car « le Seigneur, l'Eternel des armées, va faire ve- « nir la destruction qu'il a résolue au milieu de « toute la terre \ » — « Et il arrivera en ce jour-là « que la gloire de Jacob sera diminuée , et que la « graisse de son corps sera amaigrie , et il en sera « comme quand le moissonneur cueille les blés et « moissonne les épis avec son bras; même il en « arrivera comme quand on ramasse les épis dans « la vallée des Rephaïns ; mais il en demeurera « quelques grappillages, comme quand on secoue

(3) Esaïe, I, 7, 9. — (4) Ibid., 30. — (5) Ibid., V, 6, 9, iO, 17. (6) Ibîd., VI, 11, 13. — (7) Ibid., X, 23.

€H, IX. LAJUDÉE.^ 179

« Tolivier et qu'il reste deux ou trois olives au . <^ bout des plus hautes branches , et quatre ou ^ cinq au haut des branches fertiles , dit TEter- « nel, le Dieu d'Israël \ » — «Voici, le Seigneur ^ s'en va rendre le pays vide et l'épuiser, il le fera ^ changer de face, et il dispersera ses habitants; « le pays sera entièrement vidé et entièrement «pillé, car l'Eternel a prononcé cet arrêt-là. La « terre est dans le deuil , elle est déchue , le pays « a été profané par ses habitants , parcequ'ils ont « transgressé les lois, ils ont changé les ordonnan- « ces et ont violé l'alliance éternelle. C'est pour« « quoi l'imprécation du serment a dévoré le pays, « et ses habitants ont été mis en désolation et peu « de gens y ont demeuré de reste. Le vin excel- «lent pleure, la vigne languit, tous ceux qui « avaient le cœur joyeux soupirent , la joie des « tambours a cessé, le bruit de ceux qui se ré- « jouissent est fini, la joie de la tente a cessé; on « ne boira plus de vin avec des chansons, la cer- « voise sera amère a ceux qui la boivent; la ville <x de la confusion a été minée , toute maison est « fermée tellement que nul n'y entre. Il y aura « des cris dans les places, parceque le vin man- <f quera; toute la joie est tournée en obscurité; « l'allégresse du pays s'en est allée , car il arri- « vera au milieu du pays et parmi les peuples « comme quand on secoue l'olivier et quand on « grappille après avoir achevé de vendanger ^ » — <« Car la ville forte sera désolée, la maison de plai- « sance sera abandonnée et quittée comme un dé- « sert. Le veau y paîtra et y gîtera, et broutera les « branches quiy seront; quand son branchage sera « sec il sera brisé, et les flammes y venant en allu- « nieront du feu , car ce peuple n'a point d'inte W

(8) Esaïe, XVII, /i-6. -- (9) Ibid., XXÏV, 1, 3-11, 13-

w ligeiice *^ )> — (^ l onimcs qui eles à votre aise, « levez-vous : clans un an et queUfues jours, vous u qui el es assuîés, vous serez troul)lés, car lavenc( danjje nuuHjuera et on ne fera point de récolte. « Vous qui êtes a votre aise , tremblez; vous qui c( vous tenez assurés, soyez troublés; dépouillez- (( vous, quittez vos habits pour vous ceindre les (( reins; frappez-vous la poitrine a cause de vos « belles campagnes et de vos vignes fertiles. Les « épines et les ronces monteront sur la terre de « mon peuple même, et en toutes les maisons de « plaisir et sur la ville qui est dans la joie, car le « palais va être renversé, la multitude de la ville « va être abandonnée, les lieux élevés du pays et <c les forteresses seront autant de cavernes à ja- « mais; ce sera là que se joueront les ânes sau- « vages et que paîtront les troupeaux jusqu'à ce « que l'esprit soit répandu d'en haut sur nous et « que le désert devienne un Carmel, et que Car- « mel soit réputé comme une forêt ". » — «Les « chemins ont été réduits en désolation ; les pasce sants ne passent plus parles sentiers ; il a rompu « l'alliance , il a rejeté les villes , il n'a fait aucun « cas des hommes; le pays est dans les pleurs et « languit; le Liban est confus et coupé. Saron est « devenu comme une lande et Bascan et Carmel « ont été secoués *^ » — « Une ruine est appelée « par une autre, car toute la terre est détruite. « J'ai regardé et voici, Carmel est un désert, et « toutes ses villes ont été ruinées à cause de la 'c présence de l'Eternel , car ainsi a dit l'Eternel : c( Toute la terre ne sera que désolation , toutefois « je ne la détruirai pas entièrement; c'est pour- « quoi la terre sera dans le deuil, parceque je Tai c( prononcé, je l'ai pensé et je ne m'en repentirai

(10) Esaïe, XXVII, 10, 11, — (11) Ibid., XXXII, 9, 10-15. (12) Ibid., XXXfti, 8, 9.

« point *\ » — «Jusqu'à quand la terre sera-t-elle « dans le deuil et l'herbe de tous les champs sè-^ « chera-t-elle à cause de la malice des habitants? « J'ai abandonné ma maison , j'ai quitté mon hé- « ritage. Plusieurs bergers ont gâté ma vigne ^ ils « ont foulé mon partage et ils ont réduit mon par- « tage désirable en une solitude déserte. On l'a « réduit en désolation , il est tout désolation et en « deuil devant moi. Toute la terre a été réduite « en désolation , parcequ'il n'y a personne qui « pense à elle. Les destructeurs sont venus sur « tous les lieux élevés du désert , il n'y a point de « paix pour qui que cela soit. Ils ont semé du fro- « ment et ils moissonneront des épines. Ils se sont « donné de lapeine et ils n'y profiteront rien; vous « serez frustrés de vos revenus par l'ardeur delà « colère de l'Eternel *\ » — « Vous^ montagnes « d'Israël, écoutez la parole du Seigneur l'Eter- « nel aux montagnes et aux coteaux , aux cours « des rivières et aux vallées : Me voici , moi 5 je « vais faire venir l'épée sur vous et je détruirai « ces hauts lieux; les villes seront désertes et les « hauts lieux seront désolés dans toutes vos de- « meures , en sorte que vos autels seront rendus « déserts et désolés. J'étendrai donc ma main sur « eux et je rendrai leur pays désolé et désert dans « toutes leurs demeures plus que le désert qui « est vers Dibla*^. » — «Et je ferai venir les plus « méchantes des nations qui posséderont leurs « maisons 5 et je ferai cesser l'orgueil des puis- « sants, et leurs saints lieux seront profanés, et tu « diras au peuple du pays : Ainsi a dit le Seigneur « TEteTnel touchant les habitants de Jérusalem « qui sont au pays d'Israël : Ils mangeront leur « pain avec chagrin et boiront leur eau avec étonne- « ment, parceque le pays sera désolé, étantprivé

(13) Jérémie, IV, 20, 26-28. -- (14) Ibid., XII, 4, 7, 10-13. (15) Ezéchiel, VI, 3, 6, 14.

« de son abondance à cause de l'iniquité de « tous ceux qui l'habitent. Quiconque passera au- « près d'elle sera étonné *^ » — ((Ecoulez ceci, tous « les habitants du pays, une telle chose a-t-elle (ï été faite deVotre temps, ou même du temps de « vos pères? Faites-en le récit à vos enfants et « vos enfants à leurs enfants, et leurs enfants à « une autre génération. La sauterelle a brouté le « reste du hanneton, et le grillon a brouté le reste « de la sauterelle, et le vermisseau a brouté le « reste du grillon. Les champs sont ravagés et la « terre en gémit; la joie a cessé parmi les hom- « mes. Et je vous rendrai le fruit des années que « la sauterelle , le grillon , le vermisseau et le « hanneton avaient broutés , et mon peuple ne « sera plus jamais confus*^» — «La ville de la- « quelle il en sortait mille n'en aura.de reste que (( cent, et celle de laquelle il en sortait cent n'en « aura de reste que dix. Ne cherche point Bé-^ (( thel, car Bethel sera réduite à rien *^ » — « Je « vais mettre le niveau au milieu de mon peuple « Israël et je ne lui en passerai plus, et les saints c< lieux d'Isaac seront désolés , et les sanctuaires « d'Israël seront détruits '^. » — «Je réduirai Sa- « marie comme en un monceau de pierres qu'on « fait dans les champs oii l'on plante des vignes, « et je ferai rouler ces pierres dans la vallée et je « découvrirai ses fondements ^^. »

Quelque claires , quelque nombreuses que fussent ces menaces, cependant, loin de produire la repentance et l'humilité , l'incrédulité des Juifs fut telle qu'ils se moquèrent de la longue attente de leur Dieu, et ces paroles étaient passées en proverbe dans leur pays : « Les jours seront prolongés

(16) Ezéchiel, VII, 24; XII, 4 9. — Jérém., XIX, 8.

(17) Joël, I, 2-4, 10, 12; II, 25, 26. — (18) Araos, V, 3, 5. (19) Amos, VII, 8, 9. — (20) Michée, I, 6.

et toute Yision périra^'. » Ce proverbe , ainsi qu'il avait été prédit , cessa de se faire entendre lorsque de grandes calamités vinrent fondre sur eux ; mais les malédictions prononcées contre eux ne furent pas effacées par un accomplissement partiel et passager; au contraire, dès que le peuple recommença ses iniquités, elles retombèrent sur sa tête selon qu'il lui était prédit, avec une sévérité sept fois plus terrible.

Ce fut dans le but spécial de décider leur choix que Moïse et tous les prophètes annoncèrent tout à la fois aux Juifs des bénédictions et des malédictions. Hélas! toute l'histoire du peuple d'Israël prouve que tous leurs avertissements ne rencontrèrent que du mépris ; mais la parole de Dieu demeure : «Ma parole, dit-il, ne retournera point à « moi sans effet, mais elle fera ce que j'aurai or- « donné, et aura son effet dans les choses pour lesc( quelles je l'aurai envoyée ^'. « Ainsi, après que les statuts et les jugements de l'Eternel eurent été mis devant les Israelites pendant l'espace de mille ans, « la parole de l'Eternel par la bouche de Mala- « chie,» au lieu déparier de jugements révoqués, termine par la déclaration suivante : « Souvenezc( vous de la loi de Moïse , mon serviteur, auquel « je donnai en Horeb des statuts et desordonnan- « ces pour tout Israël '\ » Toutes ces prophéties démontrent clairement que, quelque long que fût le support de Dieu envers les Juifs, pour leurs transgressions, cependant, lorsqu'ils refuseraient de se repentir quand « le prophète » qui devait être « le messager de l'Eternel » serait venu, alors l'Eternel viendrait frapper la terre « à la « façon de l'interdit *^ >>

Le temps de la durée de ces jugements et ce-

(21) Ezéchiel, XII, 22-25. — (22) Esaïe, LV, il. (23) Malachie, IV, 4. — {U) Ibid., 5-6.

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lui de leur entier aeeuniplissenjent est elairement indiqué conune devant se prolon^^er autant que la dispersion des Juifs et se terminer à leur restauration linale. Tant qu'ils resteront dans le pays des ennemis, leur terre restera désolée. I.a malédiction ne doit pas être ôtée « jusqu'à ee que « l'esprit soit répandu d'en haut et que le désert « devienne un CarmeP". »

Ces prophéties ne se bornent pas non plus à dépeindre la Judée abandonnée parle Seigneur et donnée à ses ennemis; mais elles décrivent le caractère et la condition de ceux qui y habiteront pendant la dispersion et l'exil de ses anciens possesseurs jusqu'au temps où « l'Eternel régnera à « Jérusalem et oîi il sera glorieux en présence de t< ses anciens^^ » Les promesses d'une restauration finale accompagnent presque toujours les malédictions prononcées contre le peuple , et dans toutes les prophéties on trouve clairement annoncé que le temps doit venir où les enfants d'Israël seront rassemblés d'entre les nations, où les villes qui ont été « désertes d'âge en âge » seront rebâties, où les montagnes d'Israël, si longtemps « désolées, « ne le seront plus, et où l'on ne parlera plus de la « nation délaissée ^^ » Il était prédit par Daniel : « Le Christ sera retranché, et le sacrifice et l'obla- « tion cesseront. Et alors la désolation fondra sur le « désolé ^^ » Et Jésus-Christ lui-même déclare que Jérusalem sera foulée par les nations (gentils), jusqu'à ce que les temps des nations soient accomplis ^^.

Ni la dispersion des Juifs , ni la désolation de la Judée ne doivent donc cesser, selon qu'il a été

(25) Esaïe, XXXII, 15. — (26) Ibid., XXIV, 1, 23.

(27) Ibid., LXI, 4. — Ezéchiel, XXXVI, 8, 10; XXXVII, 21 ; XXXVIII, 8. — Esaïe, LXII, 4.

(28) Daniel , IX, 26, 27. — (29) Luc, XXI, 24.

prédit, jusqu'à ce que, par cet événement, une nouvelle évidence ne soit donnée à la vérité de Tinspiration propliétique. Il s'en suit que les prophéties concernant la désolation de la Judée s'appliquent aux temps modernes. Et plus ces prédictions sont nombreuses, plusl'épreuveàlaquelle on les soumet est sévère. Et aussi longtemps que les Juifs ne seront pas ramenés de leur captivité , qu'ils ne seront pas « plantés sur leur terre pour « n'en être plus arrachés ^^; » aussi longtemps que ceux c( qui Font réduite en désert ne seront « pas sortis du milieu d'elle"*; » aussi longtemps que « les lieux déserts depuis longtemps » ne seront pas « rebâtis » ; aussi longtemps que les « fonce dements abandonnés depuis plusieurs généra- « tions ne seront pas rétablis ^^ » ; aussi longtemps que la désolation du pays n'aura point cessé, l'effet de toutes ces prophéties sera visible; de sorte que , de nos jours encore , il existe partout d'abondantes preuves que tout ce qui avait été déterminé a été accompli, et que « toutes « les malédictions écrites dans le livre du Sei- « gneur ont été répandues sur ce pays ^% «

La désolation de la Judée est tellement étonnante , et la pauvreté de cette contrée si remarquable, qu'oubliant toutes les prophéties qui s'y rapportent, les incrédules ont tiré de ce fait même un argument contre la vérité du christianisme. Ils tournent en ridicule l'existence d'une population aussi nombreuse que celle dont parle l'histoire sainte, dans ce pays si singulièrement aride et si peu susceptible de culture '\ Ils ont,

(30) Amos, IX, 14, 15. — (31) Esaïe, XLIX, 17. (32) Esaïe, LVIII, 12. ■— (33) Deut., XXIX, 27.

(34) Sans citer d'autorité à l'appui de ses assertions, et sans nous apprendre si, à défaut de preuves, il était doué d'en haut de la connaissance de l'histoire et de la géographie, Voltaire parle de

dans plus d'un cas, abandonné d'enx-niêmes cette objection insoutenable; ils ont rendu un témoignaf^e non suspect de la vérité des prophéties et ont servi à établir la cause qu'ils cherchaient à détruire. Les ouvrages des écrivains de l'antiquité, la richesse naturelle du sol , les restes de terre végétale que Ton trouve jetés par des moyens artificiels sur le flanc des montagnes et qui les couvraient des récoltes les plus riches, et enfin la multitude de villes en ruines disséminées dans les plaines maintenant incultes et désertes, attestent qu'autrefois il y avait dans ces mêmes lieux une population immense et florissante, et que si l'histoire parle de la grandeur de ce pays, si les prophéties en annoncent la désolation , l'histoire et les prophéties ont été également veridiques. Les aveux de Volney et la description qu'il fait

Tancienne Palestine en termes de mépris, et la décrit comme un des plus mauvais pays de TAsie ; il la compare à la Suisse et prétend qu'on ne peut la considérer coinme fertile que par rapport au désert, a La Palestine n'était que ce qu'elle est aujourd'hui, un des plus mauvais pays de l'Asie. Cette petite province, etc. (OEuvres de Voltaire, t. XXVII, p. 107). » Sans opposer à ce passage l'autorité de Josèphe et de Jérôme, tous deux habitants de la Judée, et meilleurs juges du fait que Voltaire, nous renvoyons le lecteur au récit suivant qui n'est pas entaché de la partialité que Ton remarque chez les écrivains juifs ou chrétiens. Nous serions surpris, disons-le en passant, que Voltaire n'eût pas mieux apprécié ce passage, si nous ne nous rappelions que le grand-prêtre de L'incrédulité moderne avait pris l'habitude de sacrifier la vérité sur l'autel du sarcasme.

« Corpora hominum salubria et ferentia labor um ; rari imbres, uber solum, fruges nostrum ad morem ; praeterque eas balsamum et palmae. Magna pars Judœae vicis dispergitur : habent et oppida. Hierolyma genti caput. Illic immensae opulentiœ templum, et primis munimentis urbs (Taciti Hist,, 1, V, c. vi-viii) » — « Ultima Syria est Paleslina, per interval la magna protenta, cultis abundans terris et nitidis, et civitates habens quasdam egregias, nullam sibi cedentem, sed sibi vicissim velut ad perpendiculum aemulas ( Ammianus Marcellinus , 1. XIV, c. vui, §41). » — « Nec sane viris, oppidis, armis quicquam copiosius Syria (FioriHist., 1, II, c. viii, % Â). » — «Syria in hortis operosissima est, indeque proverbium Graecis : Multa Syrorum olera (Plinii Hist, nat,^ 1. XX, c. v). »

d'après ses observations personnelles , suffisent seuls pour détruire les fausses données et les sarcasmes dédaigneux de Voltaire; et tout étonnant que cela peut paraître, ce même écrivain.^ par son témoignage involontaire sur les faits dont il a été lui-même témoin, rend un aussi grand service au christianisme qu'il lui a fait de tort par ses vaines théories et par ses vues erronées sur sa nature et sur son influence.

On ne saurait en effet trouver un témoignage plus fort 5 pour confirmer la vérité des prophéties, que celui que rend Volney lui-même, renversant ainsi par des faits ses propres doctrines. Au sujet de la fertilité naturelle du sol et de son ancienne population, il dit : «La Syrie réunit sous un même sol des climats différents,

sauces que la nature a dispersées ailleurs à de grandes distances de temps et de lieux. A cet avantage qui perpétue les jouissances par leur succession , la Syrie en joint un second , celui de les multiplier par la variété de ses productions ; avec ces avantages nombreux de climat et de sol , il n'est pas étonnant que la Syrie ait passé de tout temps pour un pays délicieux, et que les Grecs et les Romains l'aient mise au rang de leurs plus belles provinces, à l'égal même de l'Egypte '^ » Après avoir donné plusieurs raisons justes et suffisantes qui rendent probable la grande population de la Judée dans les temps reculés , il ajoute : « En n'admettant que l'état conforme à l'expérience et à la nature, rien ne prouve contre les grandes populations d'une certaine antiquité ; sans parler du témoignage positif de l'histoire, il est une foule de monuments

(35) Volney, 1. 1, c, xx, § 8.

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qui déposeiil en leur faveur. Telles sont les ruines innoinlnahles semées dans des plaines et même dans des montagnes aujourd'hui désertes. On trouve aux lieux écartés du Carmel des vignes et des oliviers sauvages qui n'y ont été portés que par la main des hommes^ et dans le J.iban des Druses et des Maronites les rochers abandonnés aux sapins et aux broussailles offrent en mille endroits des terrasses qui attestent une ancienne culture et par conséquent une population encore plus forte que de nos jours ^^

La Syrie 5 dit Gibbon, un des pays qui jouirent les premiers des avantages de la culture , n'était pas indigne d'obtenir cette préférence. La chaleur du climat est tempérée par le voisinage de la mer et des montagnes et par l'abondance de bois et d'eau ; et les productions d'un sol fertile fournissent à la subsistance et encouragent l'accroissement des hommes et des animaux. Depuis le temps de David jusqu'à celui d'Héraclius, toute cette contrée était couverte de villes anciennes et florissantes; leurs habitants étaient nombreux et riches. — Ce témoignage n'est rapporté ici que parcequ'il est non équivoque ; mais on pourrait encore en produire beaucoup d'autres. Le pays environnant Jérusalem même est à la vérité rocailleux 5 comme Strabon le représente , et maintenant il est complètement stérile; mais on était parvenu à rendre fertiles les montagnes les plus arides des environs de Jérusalem en les coupant en terrasses élevées par degrés les unes au-dessus des autres, et en y entassant de la terre par un travail étonnant^^ «Dans toutes les parties de la Judée , ajoute Clarke, les bons effets d'un

(36) Volney, t. II, c. xxxiii,

(37) Voyages de Clarke, vol. II, p. 520. — Le général Straton représente ces terrasses comme ressemblant aux gradins d'un théâtre ,

changement d'administration sont bientôt visibies/car les plaines arides prennent aussitôt un air de fertilité. Sous un gouvernement sage et paternel, les productions de la Terre Sainte seraient incalculables. Ses abondantes récoltes, la salubrité de son air, la pureté de ses eaux , ses rivières, ses lacs, ses belles plaines, toutes ces choses, ajoutées à la douceurdu climat, indiquent bien que c'était ici la terre que le Seigneur avait bénie ^\ »

Mais ce fait de l'ancienne fertilité de la Judée, aussi bien que celui de sa désolation actuelle , sont si bien établis qu'il n'y a plus lieu à les discuter ; et en essayant de faire douter à cet égard de la vérité de l'histoire sainte, les incrédules ont fait choix d'un terrain qu'ils ont été obligés d'abandonner, et toutes leurs déclamations n'ont servi qu'à prouver, avec leur incrédulité, leur insigne mauvaise foi. En terminant donc sur ce sujet, on peut ajouter que l'étendue et la durée de cette désolation , sur laquelle ils se fondent pour rejeter la description biblique de l'ancienne gloire de la Judée, ayant été clairement prédites, plus il est difficile d'accorder ce qui était avec ce qui est, plus les prophéties qui l'ont révélée sont étonnantes, et plus il est visible qu'elles ne sont que la voix du ciel; et les arguments de l'incrédule conduisent à une conclusion qui tourne contre lui. Tel est le témoignage positif de l'histoire; telles sont les preuves patentes de l'ancienne grandeur et de l'ancienne fertilité de la Palestine ; et maintenant nous pouvons examiner avec calme le changement complet qui s'est opéré dans ce pays, et la con-

et les considère précisément comme des restes et les preuves du luxe de Tancien temps.

(38) Clarke, vol. II, p. 521.

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foiniilé qui existe entre ce chan^^enient et les paroles de la prophétie.

Il y a tout lieu de croire que sous un {gouvernement réf^ulier et solidement élahli, un pays si favorisé par son climat, si divers dans sa surface, d'un sol si riche et si productif, aurait pu réellement retrouver son ancienne opulence et sa puissance; sa constante et continuelle désolation est donc contraire également à tous les calculs derexpérience et de la raison, et paraît inconcevable à l'homme. « Mais le pays avait été désolé « par des étrangers. Malheur devait venir sur « malheur, une ruine être appelée par une autre « ruine: car toute la terre devait être détruite. » Les Chaldéens dévastèrent la Judée, et tous ses habitants furent menés en captivité : les rois de Syrie et d'Egypte ruinèrent ce pays par leurs extorsions et leur oppression continuelle : longtemps il fut soumis au joug de fer des Romains, et les Perses essayèrent de s'en rendre maîtres; mais quelque temps plus tard, des ennemis plus terribles encore parurent sur la scène et mirent le comble à cette œuvre de destruction. « L'an 622 ( 636 ) les tribus de l'Arabie rassemblées sous l'étendard de Mahomet vinrent s'en emparer ou plutôt la dévaster. Depuis ce temps , déchirée par les guerres civiles des Fatimites et des Ommiades, soustraite aux califes par leurs lieutenants rebelles , ravie à ceux-ci par les milices turkomanes, disputée par les Européens divisés, reprise par les Mamelucks d'Egypte et ravagée par Tamerlan et ses Tartares, elle est enfin restée aux mains des Turcs Ottomans ^^ « Elle a été dé- « voréepar des étrangers, foulée par les nations; « malheur est venu sur malheur. »

(39) Volney, c. xxji, p. 350.

« Les villes seront désertes ; » d'après le témoignage unanime des voyageurs, on peut appeler la Judée un vaste champ de ruines. Sur toute l'étendue de la Syrie, des colonnes, des monuments d'une magnificence passée, sont ensevelis sous des ruines et des décombres '\ Du sommet du mont Tliabor on contemple une immense étendue de plaines entrecoupées de hameaux , de forteresses et de monceaux de ruines. Les édifices élevés sur cette montagne furent détruits par le sultan d'Egypte en 1250, et les nombreux restes des forts et des ruines ne sont plus qu'une triste masse de désolation ^*. Des monceaux de décombres sont tout ce qui reste des anciennes et célèbres villes de Capharnaûm, de Bethsaïde, de Gadara, de Zanthée et de Chorazin''.

On peut encore voir quelques vestiges d'Emmaiis. Cana n'est qu'un tout petit village. — Les murs de Tékoa ne présentent plus que les fondements de quelques grands édifices ^\ — La ville de Naïn n'est plus qu'un hameau. — Les ruines de l'ancienne Sapphura prouvent l'existence d'une ville autrefois considérable, et son nom se retrouve encore dans celui d'un misérable village appelé Séphoury '\ — Lourd , anciennement Lydde, et Diospolis ressemblent à des lieux récemment dévastés par le feu ou par l'épée, et ne sont plus qu'un amas de débris et de décombres ^^ — Ramla, autrefois Arimathée, est presque aussi délabrée; on ne trouve que décombres dans toute son enceinte. Dans tous les pays environnants, on rencontre à chaque pas des puits sèches, des

(40) Voyages de Mariti , vol. II, p. 14i.

(41) Buckingham, p. 109. — Mariti,

(42) Ibid. — Voyages de Wilson, p, 221.

(43) Voyage à Constantinople, par Macmichael, p. 156. f44) Clarke, vol. II, p. 401. — (45) Volaey.

192 LA JUDÉE. eu. lï,

citernes crevassées et de f^^raiids réservoirs voûtés^ qui prouvent qne jadis cette ville devait avoir au moins une lieue et demie de eirconférence*\ — Césarée ne peut plus exciter l'envie d'un concjuerant; il y a longtemps qu'elle ne connaît que le silence de la désolation *^ — La ville de Tibériade est maintenant presque abandonnée, et sa subsistance est précaire. Jl ne reste plus de traces des villes qui autrefois entouraient le lac^^. — Zabulon , jadis la rivale de Tyr etde Sidon, n'est qu'un monceau de ruines. — Quelques pierres sans forme, indignes de l'attention d'un voyageur, indiquent le site de la Saffra^^ — Les ruines de Jéricho, ne couvrant pas moins d'un mille carré, sont environnées d'une désolation complète, et tout a l'entour de cette ville abandonnée on ne pourrait trouver un arbre de quelque espèce que soit, et à peine le moindre indice de verdure ^^. — On ne rencontre point de traces de Bethel; les ruines de Sarepta et de plusieurs grandes villes de son voisinage ne sont plus que des monceaux de décombres ; et on ne les reconnaît comme ayant été des emplacements de villes que par les tas de pierres et les fragments de colonnes ^V; mais à Djerash (Gerasa, à ce que l'on suppose) on retrouve encore les restes d'une ville magnifique, la forme des rues jadis entourées d'une double colonade et couvertes de pavés encore presque entiers, sur lesquels on distingue les traces des roues; de chaque côté un trottoir élevé, deux théâtres, deux grands temples construits en marbre et d'autres d'une architecture inférieure , des bains, des ponts , un cimetière contenant beaucoup de monuments qui

(hQ) Volney. «— (M) Light, p. 20/». —Buckingham, p. 126.

fAS; Ibid. — (li9) Mariti, vol. II, p. 158, 169.

(50; Buckingham, p. 300.

(5J j Voyages des capitaines Irby et Mougles, p. 199.

VM.n. LA XUDÉE. 193

environnait la ville, un arc de triomphe, une grande fontaine, un tombeau pittoresque garni de colonnes, un aqueduc, et plus de deux cent trente colonnes encore debout au milieu des ruines désertes delà ville qu'elles devaient embellir, tout cela réuni présente à l'œil du voyageur, à ce que disent ceux qui sont à même de faire la comparaison, une masse de ruines qui l'emportent en magnificence sur celles de Palmyre si vantées^^ Ah ! que les prédictions qui annoncent cette désolation sont merveilleusement accomplies , lorsque partout on ne trouve que des ruines, là où florissaient autrefois ]es belles villes de la Judée: lorsqu'on voit cette multitude de villes entourées d'assez de vestiges pour en montrer le nombre , mais sans le moindre signe qui en indique le nom ! « Votre peuple sera en désolation , et vos « villes en désert. Alors cette terre se plaira dans « ses sabbats tout le temps qu'elle sera désolée: « lorsque vous serez au pays de vos ennemis , la « terre se reposera et se plaira en ses sabbats ^^) . Il suffit de jeter un coup d'œil sur la loi mosaïque et sur ce qui regarde le sabbat, pour comprendre toute la portée de cette prédiction. « En la septième année il y aura un sabbat « de repos pour la terre ; ce sera un sabbat à l'E- « ternel. Tu ne sèmeras point ton champ et tu « ne tailleras point ta vigne ^^ » ; c'est ainsi que

(52) Voyages deliby et Mangles, p. 317-318.

C'est en {1806 que Scetzen découvrit pour la première fois les ruines de Djerasb. Parmi les personnes qui les ont visitées depuis se trouvent Sheikh Ibrahim (Burckhardt), sir William Chalterton, M. Bankes, le capitaine Irby, le capitaine Mangles, M. Leigh c. M. Leslie et M. Buckingham. Burckhardt et Buckingham nous eu ont Pun et l'autre laissé une description. Plusieurs d'entre ses édifices furent bûtis longtemps après l'époque de la prophétie. II paraît qu'ils ne devaient pas, pour cela, échapper ù la sentence de désolation prononcée contre la ville entière.

(53) Lév., XXVI, 33-3/i. — (54) n)id., XXV, 4.

I9i I A JUDÉE. CH. IX.

la terre de Judée a joui de ses sabbats pendaul tout le teuips qu'elle a été désolée. I.à ou eliaque pouce de terraiu était cultivé comme nu jardin par le possesseur, là où chaque petite colline rapportait des fruits en abondance, là oii chaque endroit escarpé était rendu fertile par le pénible travail deThomme, là où les rochers même cessaient d'être arides, à force de peines et d'efforts, dans ce même pays, sous le même climat "^, avec le même sol , on ne voit depuis de longs siècles que des plaines sans culture et une désolation universelle. Jamais, depuis que les descendants d'Abraham ont dû quitter leur patrie, jamais depuis leur expulsion de leur terre natale, cette terre n'a été si fertile ni si peuplée ; elle a semblé se refuser constamment à devenir la propriété d'un autre peuple. Elle s'est reposée de siècle en siècle, et tant que cette race dispersée, réprouvée, maudite , possédant cependant la promesse de Dieu , et la conservant comme le gage de sa restauration finale, « tant que ce peuple restera au pays « de ses ennemis, la terre se reposera )). On pourrait presque dire qu'il semble exister une sympathie secrète entre ce peuple exilé et son pays abandonné ; comme si la terre d'Israël gémissait sur les malheurs de ses enfants, attendait leur retour , et répondait de son côté à leur invincible attachement, en se refusant à donnei* à ses possesseurs actuels ces riches récoltes qui, du temps de leur soumissisn au Très-Haut, étaient la marque spéciale et particulière de la bénédiction qu'il répandait sur eux. Et quelque frappant que soit ce parfait accord entre le sort des Juifs et l'état delà Judée àl en existe un non moins remarquable entre ce sort et les prédictions faites par

(55) Voyez le Journal philosophique de Brewster, n° 16, p. 227.

la bouche de Moïse ^ avant que les liibus d'Israël eussent mis leur pied sur la terre de Glianaan : « Et lorsque vous serez au pays de vos ennemis ^ « la terre se reposera et se plaira en ses sabbats » . Tous les voyageurs se trouvent d'accord en parlant de la désolation de la Judée. La malédiction prophétique s'adressait aux montagnes et aux collines^ aux rivières et aux vallées, et leur beauté a été flétrie. Là où les habitants vivaient en paix, chacun à l'ombre de sa vigne et de son figuier , la tyrannie des Turcs et les continuelles incursions de leurs anciens oppresseurs, les Arabes, ont laissé une désolation presque universelle. La plaine d'Esdraelon, naturellement si fertile, dont le sol consistait en « une « terre riche et grasse « , unie comme un lac, sauf aU centre où s'élevait le mont Ephraïm , bornée par le mont Hermon , le Carmel et le Thabor^% dont l'étendue occupait plus de trois cent milles carrés, n'est plus maintenant qu'une vaste soli tude^^ Toute cette contrée est entièrement déserte ^^ La vallée de Saron n'estplus qu'un désert. Il n'existe plus aucun vestige de culture dans la vallée de Chanaan, autrefois si belle, si délicieuse, si fertile ^^. Des tribus infidèles parcourent constamment le pays dans tous les sens; les Arabes nourrissent leurs bestiaux du produit spontané de ces riches plaines ^^. On y a détruit toutes les anciennes bornes. Il n'y existe aucune loi. La vie et les propriétés y sont également sans protection. Les vallées ne sentent jamais le tranchant de la charrue , les montagnes ont perdu leur verdure ;

(56) Voyages manuscrits du général Straton.

(57) Clarke, vol. II, p. 497. — Voyages deMaundrell, p. 95.

(58) Burckhardt, p. 334, 342.

(59) Siraton.

(60) Clarke, vol. II, p. 484, 491.

19B LA JUDÉE. Cil. IX.

les rivières arrosent un pays désert et aride; fout ce que les honiuies [)()uvaient détruire de ce qui taisait la beauté du Ttiabor, ils l'ont anéanti ; d'inmienses ruines qui en couvrent la sommité sont tout ce qui reste d'une cité magnifique, et le Carmel est la demeure des animaux sauvages *^*. « L'art de la culture, dit Volney, est dans un état déplorable ; il faut que le paysan sème le fusil à la main, et l'on ne sème qu'autant qu'il faut pour vivre. Chaque jour je trouvais des champs abandonnés par la charrue *^^ » En faisant la description de son voyage en Galilée , Clarke observe que la terre était couverte d'une telle variété de chardons que la collection en eût été précieuse pour l'étude de la botanique ^^ ; luimême il en découvrit six nouvelles espèces dans une petite collection qu'il fut à même de faire. « Depuis Kanc-Leban jusqu'à Bir 5 ditMaundrel, au milieu de ruines de villes , le voyageur ne distingue, aussi loin qu'il peut porter ses regards , que des rochers arides, fles montagnes et des précipices. A cette vue les pèlerins sont frappés d'étonnement, déçus dans leur attente et presque ébranlés dans leur M^\ » Du haut des élévations voisines, dans les environs de Jérusalem, on ne voit qu'un désert sauvage, aride et montagneux; point de troupeaux sur les sommets, point de forêt pour en embellir les pentes escarpées; point de fleuves pour arroser les vallées; rien qu'une scène triste, mélancolique; une désolation sauvage, au milieu de laquelle, veuve de son antique gloire, la Judée courbe sa tête abattue ^^ 11 est inu-

(65) LeUres de Joliffe sur la Palestine, vol. I, p. 104. ((M) Marili, vol. II, p. 140.

(62) Volney, Voyages, cli. xxxvii et xxxvm. — Ruines.

(63) Clarke, vol. II, p. 45i.

(6A)Maundrell,p. 169.

Cîl. IX. LA KJDÉE. 197

tile de continuer nos citations pour prouver la désolation d'un pays possédé par des Turcs et dépouillé par des Arabes^ pendant une longue suite de siècles. Il a été suffisamment démontré que « la terre a été réduite en désolation^ qu'elle est « toute désolée et en deuil. »

« Toutefois 5 il en restera une dixième partie, « qui sera de nouveau broutée ; mais comme la « fermeté des chênes et des ormes consiste en ce «qu'ils rejettent 5 ainsi la semence sainte sera « sa fermeté ^® )) . — Quoique les villes soient désertes et la terre désolée., si Ton a cessé de cultiver le sol 5 ce n'est pas qu'il soit appauvri , et si la terre se repose depuis tant de siècles, ce n'est pas que son ancienne fertilité soit diminuée. La fertilité de la Judée ne provenait pas seulement de moyens artificiels ou de telle ou telle cause locale ; dans ce cas , il n'aurait pas été nécessaire qu'un prophète prédît qu'une fois désolée et dévastée elle retournerait à sa stérilité première. Dans tous les temps, la Ph^nicie occupa un rang bien différent parmi les plus riches contrées de la terre; ce n'était pas une possession inculte et stérile, ce n'était pas une terre désolée et abandonnée que Dieu aurait donnée, dans son alliance, à la semence d'Abraham. La Judée, il est vrai, n'étant plus cultivée comme un jardin, est bien diffé rente de ce qu'elle était; tout ce que le génie de l'homme avait pu imaginer ou exécuter a été détruit par la main de l'homme ; « tous les nombreux « biens y^ dont elle était enrichie, embellie et bénie, ont disparu comme des feuilles sèches lorsque leur verdure est flétrie. Dépouillée de son ancienne splendeur, elle est semblable à un chêne puissant dont les feuilles sont mortes ; mais elle

(66) Esaïe, VI, 13.

198 LA JUDÉE. CH. iX.

conserve en elle-même la source secrète de sa ferlilité ; la richesse naturelle du sol est toujours la même ; « sa fermeté est en elle, pareille au chêne w ou à l'orme dont la fermeté consiste en ce qu'ils « rejettent». Et semblable au chêne qui attend, dépouillé de ses feuilles, la douce chaleur du printemps pour se revêtir d'un nouveau feuillage, de même la terre de Judée, jadis si riche et si flo~ rissante , est encore pleine de force et de puissance végétative, et elle est prête a revivre, plus belle encore que dans le commencement, dès que le soleil d'en haut daignera luire sur elle et que la semence sainte lui sera confiée. « La fermeté qui « est en elle » ne peut être mieux décrite que par les paroles suivantes d'un des plus grands ennemis de la religion : « La terre des plaines est grasse, légère, et annonce la plus grande fécondité ; — - si l'art venait au secours de la nature, on pourrait y rapprocher dans un espace de vingt lieues les productions des contrées les plus distantes ^^ » — « La Galilée, dit Malte-Brun, serait un paradis, si elle était habitée par un peuple industrieux sous un gouvernement éclairé. On y voit des plants de vignes qui ont plus d'un pied et demi de diamètre^^ » « Et je la livrerai au pillage dans les mains des « étrangers et en proie aux méchants de la terre, « et des voleurs y entreront et la profaneront ^^ Au lieu d'être soumise a un gouvernement stable et éclairé, la Judée a eu constamment à subir de nouvelles invasions qui y ont introduit et établi successivement plusieurspeuples étrangers. Lorsque les Ottomans enlevèrent la Syrie aux Mamelouks , ils ne la regardèrent que comme la dépouille d'un peuple vaincu. Or, suivant ce principe, le vaincu est entièrement à la discrétion du

(67) Volney, vol. I, § 7, 8. — (68) Schulze, dans Pallas, cité par VlaUe-Bniti, Géog,, v. II, p. 140. — (69) Ezéchiel, VII, 21, 22,

vainqueur; sa vie^ ses biens lui appartiennent. Le gouvernement est loin de condamner ce système de vol et de brigandage dont il retire un si grand profit '^.

« Plusieurs bergers ont gâté ma vigne , ils ont « foulé mon partage '*.» — Les ravages que commet une armée étrangère ne sont ordinairement que de courte durée; ou, si un conquérant prend possession du pays qu'il a vaincu, il s'y établit, le cultive et le protège. C'est le propre d'un gouvernement sage de protéger les personnes et les propriétés. Il n'en a jamais été ainsi de la Judée; car, outre les nouvelles invasions qu'il lui a fallu constamment subir, et outre le système de spoliation exercé par son despotique gouvernement, d'autres causes se sont réunies à celles-ci pour maintenir cet état de désolation, et pour rendre inutiles les richesses qu'elle pouvait conserver en elle-même. Parmi ces causes est le fait que, littéralement, « elle a été foulée par plusieurs ber- « gers » . — Volney consacre un chapitre tout entier à la description de ce qu'il appelle « les « peuples pasteurs ou errants de la Syrie » , particulièrement des Arabes Bédouins qui parcourent constamment la Judée. On peut compter environ 30,000 Turkmans dans le pachalik d'Alep et celui de Damas ; tous leurs biens consistent en bestiaux. Dans le même pachalik on estime que cette peuplade dépasse 20 mille tentes, c'està-dire 120 mille hommes armés. Les Kourdes passent presque partout pour des brigands ; comme les Turkmans ils sont pasteurs et vagabonds ^^ . Un troisième peuple errant dans la Syrie sont les Arabes Bédouins ^^ « Souvent il arrive que des individus, devenus voleurs pour se sous-

(70) Volney, toI. IL — (71) Jérémie,XII, 10. (72) Volney, ch, xxiii, § 2. — (73) Ibid., xxiii, § 3.

200 LA JUDÉE. en. IX.

traire aux lois ou à la tyrannie, se réunissent et forment de petits eamps cjui se maintiennent à main armée, et deviennent, en se multipliant, de nouvelles hordes ou de nouvelles tribus.

On peut donc dire que dans les terrains cultivables la vie errante n'a pour cause que la dépra vation du gouvernement; et tout indique que la vie sédentaire et cultivatrice est celle a laquelle les hommes sont le plus naturellement portés '\ On sent qu'un tel pays ne peut avoir qu'une agriculture précaire, et que, sous un régime comme celui des Turcs, il est plus sûr de vivre errant que laboureur sédentaire'^ Les Turkmans, lesKourdes et les Bédouins n'ont pas de demeures fixes, mais ils errent sans cesse avec leurs tentes et leurs troupeaux dans l'étendue restreinte des districts dont ils se regardent comme les propriétaires. Les Arabes campent sur toute la frontière de la Syrie et même dans les plaines de la Palestine ''^ Ainsi, contrairement à leur inclination naturelle, les paysans sont souvent forcés d'abandonner leurs demeures fixes, et beaucoup de tribus de pasteurs sans habitations se partagent le pays par consentement mutuel, pour ainsi dire , et se le divisent en districts par une espèce de droit de propriété qu'elles se sont arrogé. Les Arabes, subdivisés à leur tour en différentes peuplades, parcourent les plaines de la Palestine, et, par leurs courses interminables, semblent vouloir la fouler aux pieds. Quel état de choses aurait pu paraître plus improbable ou moins naturel ! et cependant en est-il un plus littéralement vrai! et l'effet de la prédiction pouvait-il être plus frappant ! « Plu- « sieurs pasteurs ont gâté ma vigne ; ils ont foulé « mon partage ! »

(74j Volney, ch. xxiii, §3, p. 350. — (75) Ibid., p. 354. (76) Ibid., ch. xxir, p. 326.

« Vous serez comme un verger qui n'a point « d'eau ". Jusqu'à quand la terre sera-t-elle dans « le deuil, et l'herbe de tous les champs sèchera- « t-elle à cause de la malice de ses habitants ^^? » Dans les pays chauds , partout où il y a de Feau, on peut entretenir la végétation dans un travail perpétuel ^^ et faire succéder sans relâche des fruits aux fleurs et des fleurs aux fruits. On trouve par toute la Judée des restes de citernes ou réservoirs pour l'eau de pluie , et on remarque encore des traces de canaux au moyen desquels on arrosait les champs. De ce travail résultait nécessairement une prodigieuse fertilité^ sous un soleil ardent^ la oii il ne fallait qu'un peu d'eau pour activer la végétation *^^. A fort peu d'exceptions près, ce travail est maintenant inconnu. La Judée est un verger qui n'a point d'eau , et l'herbe de tous les champs est desséchée. « L'on n'y voit point ces riants tapis d'herbes et de fleurs qu'étalent les prairies de la Normandie et de la Flandre 5 ni ces massifs de beaux arbres qui donnent tant de vie et de richesse aux paysages de la Bourgogne et de la Bretagne; la terre en Syrie a presque toujours un aspect poudreux^\ » Toute la montagne, près de ïibériade, est couverte d'herbe desséchée ^^ « Peut-être , si la main de l'homme n'eut ravagé ces campagnes , seraientt-elles ombragées de forêts; si donc il arrive que les produits ne répondent pas à ses moyens, c'est moins à son état physique qu'à son régime politique qu'il en faut reporter la cause ^^ »

« Les forteresses seront autant de cavernes à toujours » . « A chaque pas l'on y rencontre des

(77) Esaïe, I, 30. -— (78) Jérémie, XII, /|. — (79) Volney, vol. II, p. 381. — (80) Géoî^Taphie de Malte-Biuii, vo). I, p. 15Zi, 4 57. (8J) Volney, vol. II, p. 330. — (82) Burckhardt, p. 331. (83) Volney, vol. II, p. 331.

202 LA JUDÉE. eu. IX.

ruines de (ours, de donjons, de ehaleanx avec des fosses ; ils son! abandonnés « aux chacals , « aux hiboux el aux scorpions ))°\

« La ville forte sera désolée, la maison de plaies sance sera abandonnée. » — H y a un nombre prodigieux de ruines dispersées sur les plaines, el jusque dans les montagnes maintenant désertes °".

« Le veau y paîtra et y gîtera, et broutera les « branches qui y seront; les troupeaux y paîtront; «les agneaux paîtront à leur ordinaire; et les « étrangers mangeront les déserts où le bétail deft venait gras ». — Josèphe, en parlant de la Galilée dont il était gouverneur, dit : « Elle est pleine de plantations de toutes sortes d'arbres ; le sol est universellement riche et fertile, et tout le pays, sans en excepter la moindre partie, est soigneusement cultivé par ses habitants : de plus, ajoute- t-il, les villes sont en grand nombre, et il y a beaucoup de villages où le sol est si riche et les habitants si nombreux que la population du moindre d'entre eux est de plus de 15,000 âmes^^ » Telle était la Galilée au commencement de Tère chrétienne, plusieurs siècles après cette prophétie. Mais maintenant la plaine d'Esdraelon et toutes les autres parties de la Galilée qui offrent des pâtures sont occupées par des tribus arabes, et autour de leurs tentes grisâtres les moutons et les agneaux dansent au son du cor qui le soir leur fait entendre le rappel ^^ Le veau se couche et se nourrit parmi les ruines des villes ; il dévore sans obstacle les branches des arbres ; quelque changé que soit rétat des habitants , les agneaux paissent à leur ordinaire , et tandis que la terre est désolée,

(8/i) Volney, ch. xxxi.

(85) Ibid.

(86 JosLphe, De bello judaico, 1, III, ch. m, § 2.

(87) Sciiulze, cité par Malte-Brun, vol, II, p. 148.

et que les joyeux de cœur gémissent, eux ils sautent au son des instruments-

II est évident qu'il s'est opéré un changement complet dans tout ce qui autrefois faisait la beauté et la gloire de ce pays : à cet égard , les différents récits des historiens juifs et romains , et toutes les descriptions des voyageurs s'accordent parfaitement^ même dans les plus petites circonstances. Josèphe représente le sol de la Galilée comme tellement riche et fertile, et tellement couvert de plantations d'arbres, « qu'il semblait inviter les plus paresseux à le cultiver » . Il décrit les autres provinces de la Terre-Sainte comme abondantes en arbres qui portent leur fruit en automne, tant ceux qu'on cultivait que ceux qui croissaient sans culture ^^ Tacite raconte que non-seulement tous les fruits de l'Italie venaient dans le sol fertile de la Judée , mais qu'on y trouvait encore le palmier et le baumier ; et il parle des précautions extrêmes avec lesquelles, lorsque la sève était en circulation, on faisait une incision dans les branches du baumier , soit avec une coquille ou une pierre aiguë, parcequ'on n'osait les toucher avec une lame. On chercherait inutilement aujourd'hui et cet art et ces soins. Le baumier a disparu du soi qui l'a longtemps nourri : d'autres plantes plus robustes ont péri également. Et au lieu de remarquer maintenant la culture de tel ou tel arbre délicat , ou de raconter comment on en extrait telle ou telle essence médicinale, avec un art que Tacite trouvait digne de son attention et de ses éloges 5 la tâche du voyageur se réduit à étudier les mœurs de ceux qui occupent présentement ce même territoire. Les oliviers (aux environs d'Arimathée ) dépérissent de vétusté , par les

(88) Josèphe, De bello judaico, 1. III, ch. m, § 2,

204 LA JUDKIi. eu. iX.

ravages des factions opposées ef môme par des délils secrets. Les Mamelouks ayant coupé les oliviers, pour le plaisir de détruire ou pour se chauffer^ Yafa a perdu la plupart de ses avantages et de ses agréments ''^ )> — Au lieu donc « de l'abondance d'arbres provenant d'une culture soignée» , l'effet des ravages de l'ennemi a été tel que dans plusieurs parties delà Palestine on ne trouve pas même de Ijois k brûler. Cependant cette destruction, son progrès et son étendue accomplissent littéralement les paroles de la prophétie, qui nonseulement déclare que les villes désertes de la Judée deviendront des lieux oîi les troupeaux paîtront, où le veau gîtera et broutera, mais qui dit aussi que «quand son branchage sera sec, il « sera brisé, et les femmes y venant en allumeront « du feu. — Car ce peuple n'a pas d'intelligence ! » Les arts les plus simples sont dans la barbarie , les sciences sont entièrement inconnues ®^.

« Les épines et les ronces monteront sur la terre « de mon peuple. » La terre ne produit que des ronces et des épines®*. Les plaines et les montagnes désertes de la Palestine abondent en une espèce de plante épineuse appelée mérar, et en d'autres du même genre. Plusieurs des montagnes sont tellement couvertes de ces plantes qu'il est fort difficile de parvenir a leur sommet, et tout le district de Tibériade est parsemé d'un arbrisseau épineux ®^!!

« Vos chemins seront déserts ^'\ Les chemins « ont été réduits en désolation , les passants ne « passent plus par les sentiers ®^ » . Les communications étaient tellement fréquentes autrefois dans la Judée, et les communications sirégulière-

(89) Volney, ch. xxxi, p. 307, 308. — (90) Ibid., ch. xxxi. (94) Ibid., Ruines, ch. ii. — (92) Burckhardt, p. 333. (93) LéviU, XXVI, 22, — (94) Esaïe, XXXIII, 8.

ment entretenues par les voyages ordonnés au peuple, pour se rendre à Jérusalem, à la célébration du culte 5 et pour obéir au précepte de l'ancienne loi, qu'il n'y a jamais eu de pays oîi les grands chemins fussent aussi fréquentés ou aussi nécessaires. Du temps d'Esaïe, « le pays abondait en chevaux, et il n'y avait fin de ses chariots ; » et même encore aujourd'hui il existe de nombreuses traces de chemins pavés construits par les Romains ^^, et d'autres qui, évidemment , ne sont pas d'origine romaine ; mais parmi les précieux monuments littéraires qui sont parvenus jusqu'à nous, se trouvent trois itinéraires romains que nous pouvons invoquer. D'après ces itinéraires, et aussi d'après le témoignage d'Arrien et de Diodore de Sicile, de Josèphe et d'Eusèbe, il paraît, comme Reland le fait voir aussi, que dans la Palestine , longtemps après sa décadence, il existait quarante-deux grands chemins différents (viœpublicœ)^ tous distinctement spécifiés, et qui parcouraient des lignes d'une longueur de près de neuf cents milles ^^.

Cependant la prophétie a été littéralement accomplie. Dans l'intérieur, ni grandes routes , ni canaux ; pas même de ponts sur la plupart des rivières et des torrents, quelque nécessaires qu'ils fussent pendant l'hiver. Il n'y a de ville en ville ni poste ni moyens de transport. Personne ne voyage seul, vu le peu de sûreté des routes. Il faut attendre que plusieurs voyageurs veuillent aller au même endroit, ou profiter du passage de quelque grand qui se fait protecteur et souvent oppresseur de la caravane. Les chemins des montagnes sont très pénibles, parceque les habitants, loin de les adoucir, les rendent le plus

(95) Straton. — (96) Relandi Palœstina ex monumentis veterîbus illustrata, t. I, I. II, ch, m, p. 405, 425.

(liflicilos possible, alin.^ discMil-ils, d'ôter aux Turcs l'envie d'y amener leur cavalerie. Il est remarquable (|ue dans toute la Syrie l'on ne voit pas un chariot 5 pas une charrette '^^ Il n'y a d'auberges en aucun lieu, continue Volney; les logements dans les kans ( bâtiments destinés aux voyageurs) sont des cellules oii l'on ne trouve que les quatre murs, de la poussière et quelquefois des scorpions. Le gardien du kan est chargé de donner la clef et une natte , le voyageur a dû se fournir du reste; ainsi il doit porter avec lui son lit, sa batterie de cuisine et même ses provisions ; car souvent on ne trouve pas de pain dans les villages'^ — Il n'y a aucune espèce de voiture dans ce pays, dit un autre voyageur. — Il est impossible de traverser lesmontagnes de la Palestine, rapporte un troisième témoin ; le chemin en est impraticable ^^. Le voyayeur se trouve au milieu d'une infâme race de voleurs qui lui couperaient le cou pour un liard, et lui enlèveraient son argent par pure oisiveté ' . Dans un pays oîi il y a ainsi absence complète de voitures , il faut que les chemins, quelque nombreux et quelque excellents qu'ils aient été autrefois, restent déserts; et là ou à chaque pas on rencontre des périls sans nombre et des privations inouies, on ne peut pas s'étonner de ce que « les passants ne passent plus par les « sentiers » . Mais que les disciples de Volney nous disent à leur tour comment la sagesse humaine a pu imaginer et transmettre tous ces détails comme Moise et Esaïe l'ont fait, l'un trente-trois et l'autre vingt-cinq siècles avant que le fait pût s'accomplir ?

« Les destructeurs sont venus sur tous les

(97) Volney, ch. xxxviii, p. 382. — (98) Ibid.» p. 38^.

(99) Voyages de Wilson, p. 100.

(1) Voyages de Richardson, vol. II, p. 225.

CH. IX. La /udée. 207

« lieux élevés du désert. » — Les précautions dont nous parlons plus haut sont surtout nécessaires dans les pays ouverts aux Arabes, tels que la Palestine et la frontière du désert \

« Les habitants de Jérusalem qui sont du « pays d'Isragl mangeront leur pain avec cha- ^< grin 5 et boiront leur eau avec étonnement , « parceque le pays sera désolé, étant privé de « son abondance à cause de l'iniquité de tous « ceux qui y habitent. » On observe que dans les grandes villes (de la Syrie, car il n'y en a pas en Palestine) le peuple a beaucoup de cet air dissipé et sans souci qu'il a chez nous; pourquoi cela? c'est que là comme ici, ditVolney en parlant de la France, endurci à la souffrance par l'habitude, affranchi de la réflexion par l'ignorance, le peuple vit dans une sorte de sécurité; il n'a rien à perdre , il n'a pas peur qu'on le dépouille. Le marchand, au contraire, vit dans la crainte perpétuelle et de ne pas acquérir davantage et de perdre ce qu'il a ; il tremble d'attirer les regards d'un gouvernement rapace pour qui un air de satisfaction serait l'enseigne de l'aisance etle signal d'une avanie. La même crainte règne dans les villages, oii chaque paysan redoute d'exciter l'envie de ses égaux et la cupidité de l'aga et des gens de guerre. Dans un tel pays, où l'on est sans cesse surveillé par une autorité spoliatrice, on doit porter un visage sérieux , par la même raison que l'on porte des habits percés ^; ou bien, pour terminer par les paroles du prophète , « à cause de l'iniquité de tous ceux qui y « habitent. »

« Vous serez frustrés de vos revenus. » — D'après l'état des contributions de chaque pachalik,

(2) Volney, ch. xxxviii, p. 383. — (3) Ibid, , xl, p. 437.

208 LA JUDÉE. Cil. IX.

il paraît que la soiuine annuelle que la S>rie verse au kazna on trésor du sultan se monte à 2^5 i 5 bourses, savoir :

Pour Alep 800 bourses.

Pour Tripoli 750 »

Pour Damas 45 - »

Pour S^-Jean-d'Acre 750 »

Et pour la Palestine 0

Total 25845 bourses

qui font 2,931 ,250 livres de notre monnaie. Après avoir spécifié quelques autres sources de reve~ nus. Fauteur ajoute : « On doit se rapprocher beaucoup de la vérité, en portant à 7 millions et demi la totalité du revenu que le sultan tire de la Syrie, total, 7,500,000 livres^ » ce qui ne fait pas la septième partie du tribut payé à l'Egypte , tel qu'il était longtemps après cette prédiction. Voilà tout ce que le gouvernement le plus despotique est parvenu à tirer de la Syrie appauvrie ; mais quelque insignifiante que soit cette somme, comme revenu de possessions aussi étendues, qui autrefois contenaient plusieurs états opulents et puissants, il faut encore en déduire la plus grande partie avant de pouvoir connaître exactement quelle est la cliétive pitance qu'à titre de revenu, et à force d'extorsions, on tire de la terre d'Israël. En jetant un coup d'œil rapide sur le tableau cidessus, il est facile de se convaincre de la désolation et de la pauvreté respective des différentes provinces de la Syrie ; et encore les moins stériles de ces provinces, c'est-à-dire les pachaliks d'Alep et de Tripoli, ne faisaient point partie de l'ancienne Judée. La Palestine, contenant l'an-

(4) Volney, ch. xxxii, p. 332.

cienne Philistie et une partie de la Judée 5 fut partagée en deux portions par le sultan, et soumise à l'autorité de deux individus. Le vaste pachalik de Damas , si peu productif en revenus, contient cependant Jérusalem et une grande partie de Tancienne Judée ; ainsi on peut en dire avec encore plus d'exactitude que de tout le reste ^ : « Vous serez frustrés de vos revenus. »

Au lieu d'examiner à part chaque prédiction relative à la désolation de la terre de Judée, on peut en envisager plusieurs à la fois, et le sens en est si clair qu'il serait fort inutile de les expliquer plus au long. La preuve de leur parfait accomplissement n'est pas non plus difficile à trouver, car Volney confirme six prédictions dans une seule phrase, à laquelle il ajoute une réflexion qui ne tend pas moins à établir la vérité des paroles prophétiques.

« Je détruirai vos hauts lieux, je ruinerai vos « tabernacles. » — « Je désolerai vos sanctuaires. » — « Le palais va être renversé. » — « Je ferai pé- « rir le reste de leurs ports de mer. » — c( Je ré- « duirai aussi vos villes en désert. » — « Les habi- « tants du pays sont consumés et peu de gens y «sont demeurés.» — «Toute la terre ne sera a que désolation. » — Les temples se sont écroulés, les palais sont renversés , les ports sont comblés , les villes sont détruites, et la terre, nue d'habitants, ressemble à un vaste cimetière ^ Grand Dieu ! s'écrie Volney, d'où viennent d'aussi funestes révolutions? Par quels motifs la fortune de ces contrées a-t-elle si fort changé? Pourquoi tant de villes sont -elles détruites? Pourquoi cette ancienne population ne s'est-elle point reproduite et perpétuée? Je l'ai parcourue, cette

(5) Ruines de Volney.

210 LA jldép:. ch. ix.

terre ravagée ; j'ai dénombré les royaumes de Damas et dldumée, de Jérusalem et de Samarie. Cette Syrie, me disais-je, aujourd'hui presque dépeuplée , contenait alors cent villes puissantes, et ses campagnes étaient couvertes de villages, de bourgs et de hameaux. Que sont devenues tant de brillantes créations de la main de l'homme? Que sont devenus ces ages d'abondance et de vie ? etc.

En cherchant à être sage, l'homme devient insensé, tant qu'il ne veut se fier qu'à son imagination trompeuse , au lieu de chercher la sagesse dans cette parole de Dieu qui confond les sages, mais qui rend intelligents les simples. Ces paroles, prononcées par la bouche de l'incrédule, rendent témoignage à cette vérité même qu'il était trop aveugle ou trop orgueilleux pour apercevoir et pour admettre. Car les « pasteurs arabes » n'accomplissent pas plus, sans s'en douter, une prédiction, quand ils « foulent aux pieds >> la Palestine, que Volney l'académicienne confirme l'aiîcomplissement d'une autre, lorsqu'il parle ainsi en son propre nom et en celui des autres. « Et la gêné- « ration à venir dira, savoir vos enfants qui « viendront après vous, et l'étranger qui viendra « d'un pays éloigné, quand ils verront les plaies « de ce pays et les maladies dont l'Eternel l'af- (^ fligera : Pourquoi l'Eternel a-t-il ainsi traité ce « peuple? Quelle est la cause de Tardeur de sa « grande colère^? »

Ce n'est point un « ana thème secret , » comme le dit Volney, que Dieu a prononcé contre la Judée ; c'est la malédiction résultant d'une alliance abandonnée qui pèse sur cette contrée ; ce sont les conséquences des péchés de l'ancien peuple main-

(6) Dent., XXIX, 22.

CH. IX. la' JUDÉE. 211

tenant dispersé^ et de ceux de ses habitants actuels. Ce n'est pas le respect que les peuples ont porté à une religion révélée qui a causé la ruine des empires; la source en est bien différente. La destruction de Jérusalem et celle des autres villes de la Palestine fut l'œuvre des Romains, païens idolâtres , et la dévastation , pendant des siècles, fut continuée par les Sarrazins et par les Turcs, disciples de Mahomet l'imposteur; et toutes les désolations y furent apportées par des ennemis de la dispensation mosaïque et chrétienne. Ces désolations elles-mêmes n'ont été ordonnées par la volonté divine qu'en tant qu'elles ont été une suite de la violation de la loi de Dieu. — C'est la décadence de la foi qui a amené la destruction. Et la terre n'a eu à subir d'autres malédictions que celles qui sont décrites dans le Livre Saint. — Là, le caractère et la condition du peuple, et l'aspect du pays, frappé de malédiction à cause du péché de ses habitants , se trouvent dépeints avec la même exactitude. Et quand l'incrédule demande : Pourquoi l'Éternel a-t-il ainsi traité ce peuple? la même parole qui prédit que cette question serait faite fournit aussi la réponse : « Et on répondra : C'est parcequ'ils ont aban- « donné l'alliance de l'Éternel , le Dieu de leurs « pères. »

« Le pays a été profané par ses habitants , parce- « qu'ils ont transgressé ses lois ; ils ont changé les «ordonnances, et ont violé l'alliance éternelle, « c'est pourquoi l'imprécation du serment a dé- « voré le pays. » — Ces paroles si expressives, en déclarant la cause des jugements et des désolations, décrivent aussi la méchanceté de ceux qui devaient occuper la terre de Judée pendant le temps de sa désolation, et pendant que ses anciens habitants seraient « dispersés sur la terre. » — Et

quoique rif^norance de ces peuj)lcs puisse être un sujet de pitié, cependant on ne peut nier leur excessive dégénération. La férocité des Turcs, les mœurs désordonnées des Arabes, l'état d'avilissement du petit nombre de Juifs à qui l'on permet encore de vivre sur le sol de leurs ancêtres, les disputes sans cesse renaissantes parmi ce peuple mélangé, et la grande dépravation qui règne dans toutes les classes, ont complètement changé l'aspect moral de ce pays qu'au temps d'autrefois on appelait « la Terre Sainte. » Et cette région , où , pendant plusieurs siècles , le seul vrai Dieu fut connu et adoré ; ce pays qui présentait aux regards des hommes l'unique exemple d'une parfaite morale , est maintenant une des parties du monde les plus dégradées; et on peut véritablement dire que cette terre a été profanée par ses habitants.

Et il y a bien des siècles qu'il est ainsi profané. Le Père des miséricordes n'afflige pas volontairement les enfants des hommes. , C'est le péché qui est toujours l'avant-coureur des malédictions du ciel. Ce fut à cause de leur idolâtrie et de leurs iniquités que les dix tribus furent d'abord «retranchées de la terre d'Israël. » Plus tard, à leur propre prière et d'après la mesure de leurs péchés, le sang de Jésus retomba sur les Juifs et sur leurs enfants ; et avant leur expulsion finale de cette terre que leur iniquité avait profanée , elle fut arrosée du sang de plus d'un demi-million de leur peuple. La Judée se reposa ensuite pendant un court espace de temps, lors du premier établissement des églises chrétiennes^ mais dans cette terre, berceau du christianisme, les semences de corruption ne tardèrent pas à paraître. La puissance morale de la religion commença à s'effacer, le culte des

images se propagea^ elles disciples apparents de la vraie foi violèrent Talliance éternelle ^ La doctrine de Mahomet ^ le Coran ou Tépée, fut le fléau ou la guérison de l'idolâtrie; mais toutes les impuretés de la croyance mahométane succédèrent à un christianisme corrompu et grossier. Depuis lors^ des hordes de Sarrazins^ d'Égyptiens , de Fatimites, de Tartares, de Mameloucks et de Turcs ( assemblage de noms barbares sans pareils , du moins dans les temps modernes) 5 ont pendant l'espace de douze cents ans «profané la terre» des enfants d'Israël par l'iniquité et par le sang. Ainsi la prophétie n'a rien d'hyperbolique : « Les plus méchantes « des nations posséderont leurs habitations , et « leurs saints lieux seront profanés ^ » Quant aux saints lieux ^ Omar , à la première conquête de Jérusalem par les Mahometans , construisit une mosquée sur l'emplacement même du temple de Salomon, et quelque jaloux de sa gloire que soit le Dieu d'Israël , les disputes continuelles et sanglantes entre les sectes chrétiennes, autour même du sépulcre de l'auteur de leur foi , qu'ils déshonorent , témoignent encore aujourd'hui de la vérité de cette prédiction. Le zèle frénétique des chrétiens croisés ne put extirper de la Judée les païens qui la possédaient , quoique l'Europe se répandît comme un torrent sur l'Asie. Mais la profanation de la terre, comme celle des lieux saints^ n'est pas encore passée, et la Judée est encore profanée à l'heure qu'il est, non-seulement par des gouverneurs tyranniques, mais aussi par des peuples sans lois et sans principes. La barbarie est complète dans la Syrie, dit Volney*. J'ai souvent pensé, dit Burckhardt, en

(7) Esaïe, XXIV, 5. — (8) Ezéchiel, VII, 24. (9) Volney, ch. xxxix.

21 \ LA JUDÉE. Cil. IX.

décrivant lacoruluilc inimoralo d'un j)ielre grec dans le Jlauran ( mais en termes qui ne sont que trop suseej)tibles d'une api)lication (générale), que si le code pénal anj^^lais était soudainement proclamé dans ce pays, à peine y aurait-il un homme dans les affaires , ou ayant avec d'autres des relations pécuniaires, qui ne fût sujet à la déportation *^. « Sous le nom de christianisme » on professe ou Ton tolère toutes sortes de superstitions et de cérémonies profanes, également éloignées des saintes doctrines de l'Évangile et de la dignité de la nature de l'homme. Le pur Évangile de Christ 5 partout le précurseur de la civilisation et de la science, est presque aussi inconnu dans la Terre- Sainte que dans la Californie ou la Nouvelle-Hollande. Quelques légendes, quelques traditions, empreintes de vestiges de judaïsme, et les misérables visions d'ermites ignorants , font cependant apercevoir de temps en temps une lueur de la lumière céleste ; mais, si nous recherchons les effets du christianisme sur la terre de Chanaan, il nous faut attendre ce bienheureux temps oil « le désert fleurira comme la rose » **. « Le pays a été profané parceque ses « habitants ont transgressé ses lois; ils ont changé « les ordonnances et ont violé l'alliance éternelle , « c'est pourquoi l'imprécation du serment a dé- « voré le pays. » ( Esaïe, xxiv, 5,6.)

« Les habitants ont été mis en désolation. » — Le gouvernement des Turcs en Syrie est un pur despotisme militaire, c'est-à-dire que la foule des habitants y est soumise aux volontés d'une faction d'hommes armés qui disposent de tout selon leur intérêt et à leur gré. Dans chaque gouvernement, le pacha est despote absolu. Le

(10) Burckhart, p. 84. — (11) Clarke, vol. II, p. 405.

peuple^ gêné dans la jouissance des fruits de son travail , restreint son activité dans les bornes des premiers besoins. — On n'est en sûreté ni dans les villes ni dans les campagnes '^.

« Et peu de gens y seront demeurés de reste. » Si le caractère du peuple est ainsi corrompu, si sa condition est misérable , son nombre est aussi bien petit , comparé à l'étendue du pays et à la fertilité du sol. Après avoir évalué le nombre des habitants de la Syrie , Volney ajoute : « On a droit de s'étonner d'une population si faible dans un pays si excellent; mais l'on s'en étonnera encore davantage , si on la compare à la population des temps anciens. Les seuls territoires de Jamma et de Joppé en Palestine 5 dit le géographe philosophe Strabon 5 furent jadis si peuplés qu'ils pouvaient entre eux armer quarante mille hommes; à peine aujourd'hui en fourniraient-ils trois mille. D'après le tableau assez bien constaté de la Judée au temps de Titus, cette contrée devait contenir quatre millions d'âmes , et aujourd'hui elle n'en a peut-être pas trois cent mille. Si l'on remonte aux siècles antérieurs, on trouve la même abondance d'habitants chez les Philistins, chez les Phéniciens, et dans les royaumes de Samarie et de Damas *\)> En estimant l'ancienne population de la Judée à son taux le plus bas et celle d'aujourd'hui au taux le plus élevé , le pays ne semble pas contenir la dixième partie de ses anciens habitants, qui subsistèrent pendant des siècles , uniquement par ses propres ressources et par la richesse de son sol. Qui aurait pu s'imaginer que ce même pays ne devait donner un jour qu'une chétive nourriture au « peu de « gens qui y seraient demeurés de reste?»

(12) Volney, ch. xxxii, § 3. — (13) Ibid., xxxii.

— c( Toutefois il en restera un dixième. « — « La ville de laquelle il en sortait mille n'en « aura de reste que cent; et celle de la([uelle il « en sortait cent n'en aura de reste que dix^\ >) La population actuelle de la Judée a été évaluée, sans aucun rapport aux prophéties, à un dixième de ce qu'elle était avant la dispersion du peuple juif. Volney, d'après une estimation comparative, révalue à moins encore. Il est impossible d'en obtenir la proportion exacte. Les paroles de Pierre lîello, citées par Malte-Brun, quoique rendant au fond un témoignage semblable à celui des autres voyageurs, nous offrent cependant la supputation la plus précise : Le même district qui aujourd'hui ne fournit à cent individus qu'une faible subsistance fournissait autrefois abondamment à mille *^

« La joie des tambours a cessé , le bruit de « ceux qui se réjouissent est fini ; la joie de la « harpe a cessé *^ » — La musique instrumentale était fort en usage chez les Juifs. Le tambour et la harpe, la cymbale, le psaltérion et le clairon é talent en vogue parmi eux , et faisaient régulièrement partie du service au temple. A l'époque de cette prédiction, la harpe, le clairon, le tambour, la viole et la flûte résonnaient dans toutes leurs fêtes; et quoiqu'il y ait longtemps que les Juifs ne font plus une nation , cependant ces instruments se trouvent encore parmi eux. Mais hélas! dans la terre de la Judée, jadis si heureuse, la voix joyeuse de la musique a cessé de se faire entendre. Dans une esquisse de l'état des arts et des sciences en Syrie et dans toute la Terre-Sainte, Volney observe qu'on ne rencontre que rarement des personnes initiées à l'art de la mu-

(U) Amos, V, 3. — (45) Géog. de Malte-Brun, vo]. II, p. 181. (16)Esnïe, XXIV, 6.

Ca. IX. LA JUDÉE. 217

siqiie. Toute leur musique est vocale; ils ne connaissent ni n'estiment le jeu des instruments, et ils ont raison ; car les leurs , sans en excepter les flûtes 5 sont détestables*'. « La joie du tam- « bour a cessé , la joie de la harpe a cessé. »

Encore n'est-ce pas ici le seul trait mélancolique qui semble avoir passé du pays au cœur de ses habitants. Et le langage plaintif du prophète se trouve réalisé à la lettre (quoiqu'on eût fort bien pu s'attendre h un accomplissement moins littéral) lorsqu'on le compare simplement aux paroles d'un incrédule célèbre.

« Car ceux qui avaient le cœur joyeux sou- « pirent ; on ne boira plus de vin avec des chan- « sons ; toute la joie est tournée en obscurité ; l'aide légresse du pays s'en est allée. Le chant de la « vendange n'y retentira plus *^

Leur expression (en chantant) est accompagnée de soupirs. On peut dire qu'ils excellent dans le genre mélancolique. A voir un Arabe la tête penchée, la main près de l'oreille en forme de conque; a voir ses sourcils froncés, ses yeux languissants, à entendre ses intonations plainlives, ses tenues prolongées, ses soupirs sanglotants, il est presque impossible de retenir ses larmes '\ Le même auteur, dans ses tristes récits, nous reproduit encore les visions du prophète. Dans le chapitre où il donne la description des habitudes et du caractère des habitants de la Syrie, il appuie surtout sur l'expression de tristesse répandue sur les physionomies. — Au lieu de ce visage ouvert et gai , dit-il , que chez nous l'on porte ou l'on affecte, ils ont un visage sérieux, austère ou mélancolique; rarement ils rient, et renjouenient de nos Français leur paraît un accès

(d7) Volney, cb. xxxii.

(18) Esaïe, XXIV. — Jérémic, XLVIII, SS.—CîO) Voiney, du xl.

ÏO

218 LA JUDÉE. en. IX.

(le délire. S'ils parlent, e'esl sans empressement, sans geste, sans i)assion ; ils éeonlent sans interrompre, ils {^ardent le silenee des jonrnees entières, et ils ne se piquent point d'entretenir la eonversation. Toujours assis, ils passent des journées entières rêvant, les jambes croisées, la pipe à la bouche, presque sans changer d'altitude. — Les Orientaux en général ont l'extérieur grave et fîegmatiqne; s'ils marchent, c'est posément et pour affaires; ils regardent l'inaction comme un des éléments de bonheur ^^

Après avoir ainsi énoncé le fait, Volney s'efforce de combattre, par plusieurs arguments également justes et judicieux, l'idée que la nature du climat, du sol, puisse être la cause radicale d'un phénomène si frappant; et après avoir exposé un grand nombre d'exemples tirés de l'histoire ancienne qui prouvent l'insuffisance de cette cause, il remarque que les Juifs eux-mêmes, quoique bornés à un petit état, ne cessèrent de lutter pendant mille ans contre des empires puissants. Si les hommes de ces nations, ajoute-t-il, furent des hommes inertes, qu'est-ce que l'activité? s'ils furent actifs, où est l'influence du climat? Pour- , quoi, dans les mêmes contrées où se développa jadis tant d'énergie, règne-t-il aujourd'hui une inertie si profonde^*? Et après avoir affranchi l'avocat du christianisme de la nécessité de prouver que ce contraste entre les anciennes mœurs et les habitudes du peuple de la Syrie ne peut provenir d'une cause naturelle que peut-être il y aurait eu possibilité de prévoir, Volney continue à démontrer quelle en est la véritable source , c'est-àdire le genre de gouvernement et l'état de la religion et des lois, qu'il eût été impossible à la

(20) Volïiey, ch. xl. — (21) UM.

CH. iX. LA JUDEE. 219

sagacité de Thomme de décrire d'avance, et qui n'ont commencé à agir que bien des siècles après l'époque où leur action et leur effet furent révélés aux anciens prophètes d'Israël.

Non-seulement on est étonné d'un état de choses ainsi clairement prédit et prouvé par rapport aux habitants de la Judée, et aussi en raison du contraste complet et frappant qu'il présente, mais encore cet état est tellement contraire aux usages et aux mœurs des peuples qu'il est impossible d'expliquer comment, par des moyens purement humains, il aurait pu être prédit : car cetteprédiction^ qui a trouvé son parfait accomplissement sur la terre jadis heureuse de la Judée, est également en contradiction avec la nature humaine partout oii on Tenyisage, sous quelque climat qu'on l'étudié. — Voyez les groupes de sauvages reunis autour de leurs misérables habitations , s'égayant par de grossières harmonies, ou s'exaltant par des chants guerriers ? Allez de là dans les cercles élégants de notre société civilisée, et vous y trouverez encore la même jouissance et le même entraînement. Dans les cabanes des déserts, dans les palais de l'Asie et de l'Europe, dans les vastes solitudes de l'Amérique, dans les immenses plaines de FAfricjue, sur lesprairies de la Grande-Bretagne, dansles champs de la France ou dans les vallées de l'Italie, l'observation de l'homme à cet égard donne partout le même résultat; mais peut-être ce fait n'aurait-il été que lentement établi, et les paroles de la prophétie n'auraient été regardées que comme l'hallucination d'un esprit prévenu, si un chrétien, au lieu de Volney, avait rendu le même témoignage. « On ne boira plus de vin avec une chanson. « La cervoise sera amèreàceux qui la boivent'^ >> .

(22) Esaïe, XXIV.

220 LA JUDÉE. ^:ii. IX.

— Plus raulenr des «Ruines » exainine la cause de la désolalion de ces reliions et la source des caiauiilés (|ui ont Tondu sur leurs habitants, plus il fournit de preuves que les prophéties qui se rapportent h ce sujet ne peuvent avoir qu'une orii^^ine divine. — Cheznous^ ditVolney, l'une des sources de la gaîté est la table et Tusaj^e des vins; chez les Orientaux ce double plaisir est presque inconnu. La bonne chère attirerait une avanie, et le vin une punition corporelle, vu le zèle de la police à faire exécuter les préceptes du Koran. Ce n'est pas môme sans peine que les musulmans tolèrent dans les chrétiens l'usage d'une liqueur qu'ils leur envient ^^ — A cette déclaration on peut ajouter le témoignage d'autres voyageurs également désintéressés. Les vins de Jérusalem, dit M. Jolifie , sont exécrables. Dans un pays oîi toutes les espèces de jus de raisin sont prohibées, autant par la loi que par l'Évangile, uue seule fontaine a une plus grande valeur que beaucoup de pressoirs '^\ M. Wilson assure qn'il est impossible de trouver de plus mauvais vin que celui que l'on boit à Jérusalem ^^.

Tandis que d'un côté l'intolérance et le despotisme des Turcs, la rapacité et le vagabondage des Arabes ont entièrement annulé toute l'influence du climat et la fertilité de ces vignobles, d'un autre côté la prohibition peu naturelle de l'usage des vins et la rigueur qui force à l'obéissance de cette loi ont complètement découragé la culture de la vigne; le pressoir n'est plus qu'un travail onéreux et odieux; cependant, dans un pays où la vigne croît naturellement, oii elle était célèbre par Texcellence de ses produits, il ne fallait rien de moins que des causes surnaturelles et extraordi-

(23) Volncy, ch. xl, p. W. — (2/i) Jolilfe, vol. I, p. 3 84. (?5) Voyages de Wilson, p. 180.

en. iX. LA JIDÉE. 221

naires pour réaliser le langage du prophète. Dans ce cas-ci, comme clans tous les autres, la récapitulation des prophéties est le meilleur sommaire des faits que Ton puisse établir. Il suffit de changer le futur en présent et en passé ^ pour prouver qu'il serait impossible à un témoin oculaire , écrivant sur les lieux mêmes , de représenter plus exactement l'état actuel de la Judée que ne le fait Esaïe dans son langage prophétique , si riche, si clair et si varié.

« La vendange manquera et l'on ne fera point « de récolte. Frappez-vous la poitrine à cause de <^ vos belles campagnes et de vos vignes fertiles, tf Les épines et les ronces monteront sur la terre <f' de mon peuple , même sur toutes les maisons « de plaisir et sur la ville qui est dans la joie; car « le palais va être renversé , la multitude de la « ville va être abandonnée; les lieux élevés du « pays et les forteresses seront autant de ca- « vernes à jamais; ce sera là que se joueront les <« ânes sauvages et que paîtront les troupeaux ^^ » <i — Les chemins ont été réduits en désolation , «f les passants ne passent plus par les sentiers; le <i pays est dans les pleurs et languit; le Liban est « confus et coupé , Saron est devenu comme une a lande, et Bascan et Carmel ont été secoués ^^ » « Le pays sera entièrement vidé et entièrement « pillé; le monde est languissant, il est déchu. « Le pays a été prc-fané par ses habitants, parce « qu'ils ont transgressé les lois. C'est pourquoi « l'imprécation du serment a dévoré le pays ; à a cause de cela les habitants du pays sont con- « sûmes, et peu de gens y sont demeurés de reste ; « la vigne languit et tous ceux qui avaient le « cœur joyeux soupirent. La joie des tambours

(26) Esaïe, XXXIÎ, 10, 12, IS-l/j. — (27) îbid., XXXIII, 8, 9.

222 i.A jiiDÉii:. CH. IX.

i< a cessé; le hniil de ceux qui se réjouissent est « fini, la joie de la harpe a cessé; on ne boira « plus de Ain avec des chansons; la cervoise sera « amère à ceux qui la boivent; la ville de confu- « sion a été ruinée; toute la joie est tournée en « obscurité , l'allégresse du pays s'en est allée ^\ »

Ace tableau d'une destruction et d'une dévastation générales ^ le prophète , comme pour y mettre la dernière main , ajoute : « Il arrivera au « milieu du pays comme quand on secoue Toli- « vier et quand on grapille après avoir achevé « de vendanger ^^ » — « La gloire de Jacob sera « diminuée, et il en sera comme quand on secoue « l'olivier et qu'il reste deux ou trois olives au i< bout des plus hautes branches, et quatre ou cinq « au haut des branches fertiles ^^. » Ce qui veut dire, comme ailleurs on le déclare sans métaphore, qu'une petite portion serait réservée ; que quoique la Judée dût devenir aussi pauvre qu'un champ qu'on vient de moissonner, ou semblable à une vigne après la vendange, cependant sa désolation ne serait pas tellement complète qu'on ne pût encore découvrir quelques indices de son abondance première, comme ces épis laissés par les moissonneurs après la récolte , ou ces raisins suspendus encore à la vigne , ou les fruits restés sur l'olivier après qu'on l'a secoué.

Aperçoit-on donc encore un reste de Tancienne gloire d'Israël? oui, certes; et il serait impossible de trouver une image plus exacte ou qui peignît mieux son état présent. Naplouse (anciennement Sichar ou Sichem) est environné des^plus délicieux bosquets ; il est à moitié caché par les riches jardins et les arbres magnifiques

(28) Esaie, XXIV, 3-11. — (29) Ibid., 13. (30) Ibid., XVII, 4-6.

répandus dans la belle yallée où il est situé ^'. Le jardin de Jeddin , situé sur les confins du mont Saron , et protégé parle flanc de cette montagne, s'étend sur plusieurs lieues dans une large vallée, et abonde en excellents fruits, tels qu'olives, amandes, pêches, abricots et figues; il est traversé par nombre de ruisseaux qui descendent de la montagne et arrosent les cotonniers qui viennent très bien dans ce sol fertile "^ La plaine de Zabulon ne le cède pas en beauté à la riche vallée située au sud de la Crimée ; elle rappelle au souvenir du voyageur les paysages les plus pittoresques du Kent et du Sussey ^\ Le sol, quoique pierreux, est extrêmement riche, mais totalement négligé; et la délicieuse plaine de Zabulon paraît couverte d'une végétation spontanée, abondante et sauvage. Même parmi les montagnes de Gilead, la nature est d'une richesse extraordinaire. A chaque pas on rencontre des paysages ravissants; on voit de magnifiques forêts entrecoupées de gazons fleuris , et de vastes plaines d'un sol rougeàtre sont couvertes de chardons, preuve de fertilité ^\ La vallée de St. Jean,

(31) Clarke, vol.11, p. 506. — Capernaum, capitale de la Galilée, qui « était portée jusqu'au ciel n , c'est-à-dire qui était dans Fétat de la plus grande prospérité à Tépoque où Jésus- Christ et ses apôtres s'y firent entendre en vain , se trouve mairitenant « abaissée jusqu'en enfer », ou ea d'autres mots « entière- (i ment détruite», et ne présente, comme Choraiin et Bethsaïde, qu'une masse de ruines. D'un autre côté, Samarie, capitale du pays de ce nom , est également « renversée dans la vallée » . En présence de ces faits, le lecteur chrétien verra avec intérêt que Sicliar, l'une des villes inférieures de la Samarie, que Sichar, dont les habitants vinrent au-devant de Jésus et crurent en lui après l'avoir entendu, forme maintenant , au dire des voyageurs qui en parlent, une des exceptions les plus frappantes à la désolation générale des pays qui l'entourent , et qu'elle est le seul vestige qui rappelle les villes de la Judée, de la Samarie et de la Galilée.

(32) MariU, t. II, p. 151. — (33) Clarke, t. II, p. /4OO, (3/4) Buckingham, p. 332.

?2i LA H]\)i:E, eu. ix.

:iu\ environs dc Jérusalem, est entièremenl: couverte à sa sonnniLé d'oliviers et de vij^Mies, tandis (jne le fond de la vallée produit des lijjniers et des amandiers''. Dès qu'un lieu devient la propriété d'un aga turc ou d'un sheik arabe, ou qu'il en fait sa résidence, alors il faut que le sol fournisse à son luxe ou à ses besoins, et la fertilité et la beauté de la terre de Clianaan reparaissent bientôt; mais ces endroits ne se voient que de loin a loin , au milieu d'une vaste désolation. Et comment aurait-on jamais pu prévoir que d'un côté la même cause, c'est-à-dire la résidence de chefs avides, causerait une immense désolation sur toute la surface du pays, et que de l'autre il faudrait lui attribuer le peu qui reste de son ancienne gloire? ou enfin , que les fruits rares que Ton cueillerait au bout des plus hautes branches seraient conservés parles mains mêmes de celui qui aurait « secoué l'olivier » .

Parmi un si grand nombre de prophéties , oîi la prédiction et son accomplissement forment un miracle si frappant, il est presque impossible d'en désigner une qui soit plus remarquable cjue les autres; mais, certes, celle qui regarde Samarie n'est pas la moins digne d'attention. Pendant longtemps cette ville fut la capitale des dix tribus d'Israël. Hérode-le-^Grand Tembellit , l'agrandit , et en honneur de César-Auguste lui donna le nom de Sébaste. On conserve encore plusieurs rnédailles en cuivre qui y furent frappées "^ C'était un évêché , comme le prouve la signature de plusieurs de ses évêques apposée h de vieux documents. On peut ainsi faire remonter son histoire à une époque considérablement éloignée de celle de la prédiction ; le récit d'un

(35) Straton. — (36) Dictionnaire de Calniet. — - Relandi Pa» lestiiia.

^.H. IX. LA JODÈE. 225

voyageur fait sans égard à la prophétie , et que les commentateurs n'ont pas même remarqué ^ nous en montre l'entier accomplissement.

Parmi d'autres passages relatifs à la destruction de cette ville 5 remarquons cette parole de l'Eternel sortie de la bouche de Michée : « Je « réduirai Samarie comme en un monceau de « pierres qu'on fait dans les champs oii l'on plante « les vignes, et je ferai rouler ses pierres dans la « vallée et je découvrirai ses fondements ^^ >^ Cette grande ville est maintenant entièrement changée en jardins , et tout ce qui reste pour en prouver l'existence, c'est, du côté du nord, une grande place carrée entourée de colonnes, et à l'est les ruines d'une ancienne église. C'est tout ce que Maundrell rapporte sur cette ancienne capitale en 1696, et Buckingham confirme ainsi ce qu'il en dit : La distance relative, la position et le nom prouvent que c'est bien ici le site de Samarie, et le prophète Michée a fait lui-même la description de ce qu'elle est maintenant ^^

Mais le sort prédit à Jérusalem a été encore plus clairement accompli que celui de la capitale des dix tribus d'Israël; c'est le sujet de la prophétie de Jacob sur son lit de mort; et comme siège du gouvernement de Judas, le sceptre ne devait pas être ôté du milieu d'elle jusqu'à ce que le Messie fût venu, c'est-à-dire dix-sept siècles après la mort du patriarche, et jusqu'à ce que le temps de la désolation prédite par Daniel fût accompli : une destinée diamétralement opposée

(37) Miellée, 1,6.

(38) Buckingham, p. 511-512. D'autres voyageurs ont fait une description semblable, et presque dans les mêmes termes. Les pierres sont roulées dans la vallée, les fondements sont à découvert et on ne voit plus que « la colline où fut jadis Samarie ». Un voyageur a pris Naplouse pour l'antique Samarie.

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à sa siluali(Mi picMiiière devait ralteinclro dans le lointain; et avant qn'cllc perdit rien de sa grandenr, an temps même oîi les Jnifs en foule se rendaient dans son sein pour célébrer leurs fetes, au temps même oii elle contenait une population nombreuse et paisible, son arrêt fut prononcé; elle devait être foulée aux pieds parles nations ( gentils ) jusqu'à ce que le temps des nations fût accompli. Le temps des nations n'est pas encore accompli, car aujourd'hui encore Jérusalem est foulée par les nations.

Les Juifs ont fait, pour la recouvrer, maintes et maintes tentatives; ni le temps ni l'espace n'ont pu l'effacer de leurs affections ; dans les cérémonies de leur culte ils ont le visage tourné vers elle, comme vers l'objet de leur adoration et de leur amour ; et quoique le désir d'y retourner soit toujours vivant et indélébile dans le cœur de chaque Juif qui se regarde comme un exilé, cependant ils n'ont jamais pu ni rebâtir leur temple ni arracher Jérusalem de la main des gentils. Ils n'ont pas fait seuls cette tentative, dont le succès devait annuler le jugement de Dieu. Julien, empereur des Romains, ne permit pas seulement aux Juifs de rebâtir Jérusalem et leur temple , mais il les invita à le faire , et leur promit de les rétablir dans la cité de leurs pères. Par ce seul acte il aurait pu, plus que par tous ses écrits, détruire l'influence du christianisme et amener le retour de son paganisme chéri. Le zèle des Juifs fut égal au sien. On commença par poser de nouveau les fondements du temple. — Tite était parvenu à entourer toute la ville d'une haute muraille ; ce travail ne lui avait pris que trois jours, en présence d'une ville remplie de ses ennemis; car, loin d'être interrompu, ce grand ouvrage se continua avec une merveilleuse

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activité^ et par là s'accomplissaient les paroles de Jésus. Qu'est-ce donc qui a pu empêcher Fempereur Julien de rebâtir le temple 5 lorsque tous les Juifs se mettaient à l'œuvre avec tant de courage? rien ne lui était contraire ^ sauf une seule phrase prononcée quelques siècles auparavant par la bouche du Crucifié ! Si cette parole avait été d'un homme 5 aurait-elle pu lutter contre la toute-puissance du Maître du monde ?

Et pourquoi Julien 5 avec sa profonde haine contre le christianisme , pourquoi n'est-il point parvenu à exécuter un travail si facile et si durable? Un historien païen rapporte que des tourbillons de flamme sortaient de terre et brûlaient les ouvriers 5 qui, ne pouvant plus résister à ce terrible élément, furentforcésd'abandonnerleurs travaux "^ D'autres auteurs rendent le même témoignage. Ghrysostôme, contemporain de cet événement, en appelle à l'état des fondements et au témoignage universel sur ce fait; et un voyageur moderne fort distingué, et quia visité ce lieu avec soin, assure qu'il y a tout lieu de croire que les restes mutilés qui occupent l'emplacement de l'ancien temple sont un monument de l'inutilité

(39) Imperii sui memoriam magnitudine operum gesliens propagare, ambitiosum quondam apud Hierosolymam templum quod, post multa et interneciva certamina, obsidente Vespasiano, posteaque Tito , îegre est expugnatum , instauraie sumptibus cogitabat immodicis ; negotiumque maturandum Alypio dederat Antiocbensi, qui olim Britannias curaverat pro praefectis. Cum itaque rei eidem instaret Alypius, juvaretque provinciae rector, metuendi globi flammarum, prope fundamenta, crebris assultibus erumpentes, fecere locum exustis aliquoties operantibus inaccessum; hocque modo, elemento destiiiatius repeliente, cessavit inceptum (Ammian. Marcel!., I. XXIII, c. i, § 2-3). ))— Rufmi Hist. E c, l.I,c.cxxxvii. — Socrat., 1. II, c. xvii. — Théodoret, 1. III, c. xvii. — Sozomen, ). V, c. XXI. Cassiodorus, Hist. Tripart. 1. VI, c. xliii. — Nicephor, Callis., 1. X, c. xxxiu — Grég, Nazian. in Julian., oralio 11. — Chrysostome de L. Bab. Mart, et contra Judœos, III, p. 491. — Lind. — (Vide Amm, Marc, ITI, p. 2.)

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des (îlTorts de Julien ^'\ Mais indépendaniriieut de ee iiouveaii léinoii^îiaf^e, Gihhoji même n'a pu résisler à la loree de Tévidenee liislorûjiie , et il avoue(|nel'ineiédule ne i)enh|ues'él()nner devant une telle autorité. Mais, même abstraetion faite de l'idée d'une interposition miraculeuse, la prédiction n'en a pas moins été accomplie. On a ouvertement essayé de rebâtir le temple, et il a fallu abandonner la tentative sans cause explicable. Elle n'a jamais réussi et la prophétie s'est accomplie. Et lors même que Julien n'eût jamais fait cette tentative, la prophétie n'en serait pas moins remarquable. Les Juifs n'ont jamais été rétablis dans la Judée. Jérusalem a toujours été foulée par les nations. L'édit d'Adrien fut renouvelé par les successeurs de Julien , et aucun Juif ne pouvait approcher de Jérusalem, si ce n'est en trompant ou en achetant les gardes : le sol leur était interdit par la loi. — Du temps des Croisés, toute la puissance de la chrétienté fut concentrée pour délivrer Jérusalem de la main des païens , et elle ncNput y réussir. Romains, Grecs, Périmes, Sarrazins, Tartares, Mamelouks, Turcs, Egyptiens, et encore Arabes et Turcs.^ l'ont foulée tour-à-tour, pendant plus de dix-huit siècles. Y avait-il événement moins probable, et pouvait-on prévoir chose plus impossible que cet état d'un peuple qui, banni de son pays et de sa capitale, en resterait exilé pendant dix-huit cents ans? Oii est la nation qui ait jamais subi un pareil sort? L'Ecriture contient-t-elle un seul point plus difficile à croire que ne l'était ce seul fait au moment de la prédiction ? et même avec cet exemple des Juifs devant nos yeux , est-il possible, ou est-il croyable quQ les habitants de quelque autre contrée de

(AO) Clarke, vol. II. — Note 1, à la fin de ce volume.

notre globe soient jamais dispersés parmi toutes les nations^ qu'ils conservent leurs traits distinctifs, qu'ils aient à endurer des vicissitudes sans pareilles, qu'ils existent comme peuple sans gouvernement et sans patrie ^ et que tel soit constamment leur sort 5 jusqu'à ce qu'un certain événement prédit autrefois soit pleinement accompli? A qui donc pourrions- nous attribuer la connaissance de faits semblables à ceux-ci ^ si ce n'est à Celui dont la prescience embrasse en même temps les voies et les volontés des peuples», et qui connaît d'avance toutes les actions et toute l'histoire des nations 5 jusqu'aux générations les plus reculées? Mais les prophètes ne bornent pas leurs prédictions à la terre de Judée ; elles parcourent un vaste champ ^ elles embrassent un espace immense. Après un laps de plusieurs siècles on commence à connaître les contrées voisines de la Judée ^ et à mesure que les voyageurs les visitent^ leurs relations développent la description que les prophètes ont donnée de leur pauvreté et de leur désolation futures 5 au temps même de leur plus grande prospérité et de leur luxe prodigieux. — Les pays des Ammonites^ des Moabites, d'Edom, d'Idumée et de la Philistie ont été tour-à-tour le sujet des prophéties. Leurs positions relatives, clairement désignées dans les Saintes-Ecritures , ont été constatées, et les territoires des anciens ennemis des Juifs, si longtemps occupés par les ennemis du christianisme, vont nous offrir des preuves de l'inspiration divine des Livres Juifs et de la vérité la religion chrétienne ^* .

(41) Relandi Palestina illustrata. — Carte de d'Anville. — Cartes, dans les Voyages de Volney, de Burckhardt et de Buckingham. — Géographie sainte de Wells. — Histoire de Gibbon. — Voyages de Shaw, etc.

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