‹ Les prophéties et leur accomplissement littéralChapitre 42 sur 42 · CM. XV. LES SEPT ÉGLISES D ASIE · texte numérisé non relu

CM. XV. LES SEPT ÉGLISES D ASIE

îuis le sceau à son jugeniciit. Toutes ces désolations que l'Eternel a ainsi foit descenelie sur la terre, et qui tendent à prouver la vérilé de sa parole qui révèle la vie et rimniortalilé, ue devraient-elles pas apprendre à Tliomme dont ce monde est le Dieu, a ne plus le juger digne de son adoration et de son culte? Pourquoi n'apprendrai Ul pas par elle à renoncer à Ta varice qui est une idolâtrie, et pourquoi Tidole de Mammon qui est dans le temple ne tomberait - elle pas comme l'image de Dagon tomba devant l'arche qui renfermait le témoignage du Seigneur?

Mais pour ceux qui , comme tant de millions d'hommes, font profession de la foi du Seigneur Jésus, sans sortir de la route du péché, il est une autre voix qui peut arriver plus directement à leurs oreilles. Et ce n^'est pas seulement des régions désolées, jadis habitées par des païens, mais aussi des ruines de quelques-unes des villes où les apôtres avaient établi des églises et où la religion de Jésus brilla jadis dans toute sa pureté, que tous peuvent apprendre que Dieu ne fait point acception de personnes, et qu'il « ne tienl « point le coupable pour l'innocent.» — «Que celui « qui a des oreilles écoute ce que l'esprit dit aux « églises, i)

Quelle église pourrait réclamer ou désirer un titre plus élevé que celui qui est donné dans l'Ecriture aux sept églises d'Asie , dont les anges étaient les sept étoiles dans la main droite « de « Celui qui est le premier et le dernier, qui vit et « qui était mort, qui est vivant aux siècles des « siècles, et qui tient les clefs de l'enfer et de ht « mort ; » ces églises qui étaient elles-mêmes « les « sept chandeliers d'or au milieu desquels il mar- « chait ? » Et quel est celui qui a des oreilles pour entendre , et qui n'écoutera pas humblement, et

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pour le nietlieà profit, ce que l'Kspiit dit à ces éjjlises*'?

L'Kjîlise (r^PiiÈSE, qaoiijue louée poisr ses preuiières œuvres, auxquelles il lui est ordonné de retourner, était accusée d'avoir abandonné sa première charité, et menacée de voir ôter son chandelier de sa place, si elle ne se repentait*'. Ephèse est située h environ cinquante milles de Smyrne. Elle était la métropole de Flonie , elle était grande , riche, et, suivant Strabon , le marché le plus considérable de l'Asie mineure. Elle était surtout fameuse par son temple de Diane, « lequel toute l'Asie révérait », orné de 127 colonnes de marbre de Paros, toutes d'un seul bloc, hautes de soixante pieds, et regardé comme une des sept merveilles du monde. On voit encore les restes de son magnifique théâtre, oii l'on dit que 20,000 spectateurs pouvaient s'asseoir commodément. Mais quelques monceaux de pierres, quelques misérables huttes en terre, passagèrement |habitées par des Turcs sans qu'aucun chrétien y demeure jamais, sont tout ce qui reste de Fancienne Ephèse *^. Ce n'est plus, suivant la description de divers voyageurs, qu'un lieu abandonné , d'un aspect triste et solennel. Partout dans l'univers on lit Tépitre aux Ephésiens ; mais à Ephèse il n'y a personne aujourd'hui qui la lise. Ils ont abandonné leur première charité, ils ne sont point retournés à leurs premières œuvres. Leur chandelier a été ôté de son lieu, et la grande cité d'Ephèse n'existe plus ^^.

L'Église de Smyrne fut louée comme «riche», et aucun jugement ne fut prononcé contre elle; mais elle fut avertie d'une affliction de dix jours ( les

(J7) Apocalypse, II et III. — (18) Ibid., II, 5.

(19) Actes, XIX, 29.

(20) Voyag s d'Amndel aux sept Eglises d'Asie,

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dix années de persécution sous Dioclétien ), et il lui fut recommandé d'être fidèle jusqu'à la mort, pour mériter que la couronne de yie lui fût accordée ^*. Smyrne n'a point partagé le sort d'Ephèse, plus fameuse qu'elle ; c'est encore aujourd'hui une grande yille , contenant près de cent mille habitants et plusieurs églises grecques ; l'Angleterre et d'autres nations chrétiennes y ont eu des ministres. La lumière, il est vrai, y a perdu de son éclat, mais le chandelier n'y a pas été ôté de son lieu.

L'Église dePERGAMEfut louée de ce qu'elle retenait le nom de l'Eternel , et pour n'avoir pas renoncé sa foi dans des temps de persécution et au milieu d'une ville corrompue; mais il y en avait dans son sein qui retenaient de mauvaises doctrines et qui commettaient de mauvaises actions que l'Eternel haïssait. L'Eternel devait com^ battre contre eux par l'épée de sa bouche et tous étaient appelés à la repentance. Mais il n'était pas dit, comme d'Ephèse , que son chandelier serait ôté de son lieu^^. Pergame est située au nord de Smyrne à une distance de près de 64 milles , et était autrefois la capitale de la Mysie Hellespontique. Elle contient encore aujourd'hui quinze mille habitants dont quinze cents Grecs et deux cents Arniéniens qui ont leurs églises séparées.

Dans l'Église de Thyatike, comme dans celle de Pergame, quelque ivraie s'était bientôt mêlée au bon grain; celui qui a ses yeux comme une flamme de feu distingua l'un et l'autre. Mais heureusement pour les âmes des fidèles, plutôt que pour la conservation de la ville, voici comment l'apôtre décrit le caractère général de cette église, tel qu'il était alors :

(21) Apoc, II, 8-11. — (22) Ibid., 12-16.

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« Je connais tes œuvres, la eliarilé, Ion niiiiis- ^^ 1ère, la loi, la palienee, et que les dernières «œuvres stirpasseul les préiuièies ^\ » Mais à réf^ard de eeu\ qui s'èlaieul rendus coupables de fornication , qui avaienl nianj^è des choses sacrifiées aux idoles, car il y en avait quelques-uns (ians celle église, et à qui le Seigneur avait donné Je temps pour qu'ils serepenlissent de leur fornication, et qui ne s'étaient point repentis, la nieliace d'unegrande afiliction était prononcée contre eux, et il devait être rendu à chacun selon ses œuvres. Ces pécheurs, ainsi inutilement avertis pendant qu'ils étaient sur la terre, sont allés depuis longtemps dans ce lieu oii il n'y a ni occupation, ni science, ni sagesse, ni repentance efiicace. « Mais quant aux autres qui sont à Thyatîre, je « ne mettrai point sur eux d'autre charge, dit « l'Eternel'\ » Il y avait à Thyatire assez de jusles pour sauver une ville. ïhyatire existe encore, tandis que de plus grandes cités sont tombées. M. Hartley, qui la visita en 1826, dit qu'elle est comme perdue au milieu des cyprès et des peupliers ; que les Grecs y occupent trois cents maisons et les Arméniens une trentaine , chacune de ces sectes ayant son église.

L'Église de Sardes différait de celle de Peri'ame et deThvatire : ces deux églises n'avaient point renoncé leur foi, cependant rEteniel avait plusieurs griefs contre elles, car il y avait dans leur sein quelques hommes faisant le mal et sur qui devait tomber le jugement, s'ils ne se repentaient pas. Mais à Sardes , toute grande qu'était cette ville, et bien que son église eût été fondée par uii apôtre, il n'y avait que quelque peu depersonnes qui n'eussent point souillé leurs vêtements , et

(23) Apoc, II, 19 — (2/|) Ibid., 2/i.

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l'Esprit avait dit a l'ange de cette église: «Je « connais tes œuvres; c'est que tu as le bruit de V « vivre, mais tu es mort. »

Mais l'Eternel est patient, et ne veut pas la mort du pécheur, mais son repentir; et tel fat l'avertissement adressé à l'ange de l'église d(» Sardes: « Soisvigiîanteteonîirmeie reste qui s'ea « va mourir, car je n^ai point trouvé tes œuvres « parfaites devant Dieu. Souviens-toi donc des « choses que tu as reçues et entendues, et garde- « les et te repens. Mais si tu ne veilles pas , je « viendrai contre toi comme le larron , et lu ne « sauras point à quelle heure je viendrai conti e « toi ''^ »

L'état actuel de Sardes nous montre que Taverlissement fut inutile, et en même temps que les îîienaces de l'Eternel, quand on les néglige ,> se changent en arrêts inévitables. Sardes, capitale de la Lydie ^ était une ville grande et célèbre, oii avaient été accumulées ces richesses de Crésus devenues proverbiales. Aujourd'hui les seules habitations que Sardes renferme sont quelques mauvaises huttes en terre , éparses parmi les ruines, demeures de bergers turcs, seule population de cette antique cité. Comme siège d'une église chrétienne elle a perdu tout ce qu'elle pouvait perdre, jusqu'à son nom. « On y chercherait en vain un seul adorateur de Jésus-Christ. »

« Ecris aussi à l'ange de l'Eglise de PinLADEL- « PHFE. Le saint et le véritable qui a la clef de Da- « vid, qui ouvre et nul ne ferme, qui ferme et « nul n'ouvre, dit ces choses : Je connais tes œu~ « vres. Voici, je t'ai ouvert une porte, et per- (( sonne ne la peut fermer, parceque ta as i\u i.^ peu de force , que tu as gardé ma parole , et qua

(25) Apoc, m, 2-3.

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« Uin'as poiiil roiioncéa mon nom; parccque lu « as p^ardé la parole de ma patience ^ je te ^^arde- « rai aussi à Tlieure de la tentation qui doit arri- « ver dans tout le monde ^'^. » — Les promesses de TEternei sont aussi infaillibles que ses menaces. Philadelphie seule résista h)ngtemps à la puissance des Turcs, et, suivant l'expression de Gibbon, capitula enlîn avec le plus fier des Ottomans. Parmi les colonies et les églises grecques de l'Asie , ajoute Gibbon , Philadelphie est encore debout; c'est une colonne sur un vaste théâtre de ruines ^\ Quoi de plus intéressant, dit M. Hartley, que de trouver le christianisme plus florissant ici que dans beaucoup d'autres parties de l'empire turc ! la population chrétienne y est encore nombreuse, et occupe trois cents maisons; le service divin se fait chaque dimanche dans cinq églises. Ce qui n'est pas moins intéressant, dans ces temps si fertiles en événements , et malgré la dégénération de l'église grecque en général , c'est d'apprendre que ré\'éque actuel de Philadelphie regarde la Bible comme le seul fondement de toute croyance religieuse, et qu'il admet qu'il s'est glissé dans l'église des abus que l'on pouvait tolérer dans les siècles passés, mais qu'il faut détruire aujourd'hui. — ^ Nous croyons à propos d'ajouter ici une observation de M. Hartley ^% c'est que Philadelphie est aujourd'hui appelée Allah Schehr, « la ville de Dieu, » et qu'en rapprochant cette circonstance des prédictions faites à cette église, et surtout de la promesse d'écrire le « nom de Dieu » sur ses membres fidèles, on ne peut s'empêcher d'y trouver une coïncidence singulière, pour ne rien dire de plus. — Lesjniquités des hommes ont plus d'une fois prouvé combien

(26) Apoc, III, 7, 8, 10. — (27) Gibbon, t. XI, ch. lxiv, (28) Missionary Register du mois de juin 1827.

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les jugements de Dieu sont terribles; mais parceque réglise de Philadelphie a persisté à garder sa parole 5 un monument de la fidélité de Dieu a remplir ses promesses a été laissé sur la terre, en attendant qu'une gloire plus grande, promise à ceux qui vainquent, leur soit donnée dans le ciel. — Le Rédempteur glorifié confirmera à leur égard la vérité de ses paroles : « Celui qui vaince era, je le ferai une colonne dans le temple de «mon Dieu; » il la confirmera aussi sûrement que Philadelphie, lorsque tout tombait autour d'elle, est restée debout, au jugement de nos ennemis eux-mêmes, « comme une colonne au milieu des ruines. »

« Ecris aussi à l'ange de l'Eglise de Laodicée : « L'Amen, le témoin fidèle et véritable, le corn- « mencement de la créature de Dieu, dit ces cho- « ses. — Je connais tes œuvres, c'est que tu n'es «ni froid ni bouillant, et si tu étais ou froid ou « bouillant! Parce donc que tu es tiède, et quiî « tu n'est ni froid ni bouillant, je te vomirai de « ma bouche; car tu dis : Je suis riche et je suis « dans raboudance , et je n'ai besoin de rien ; mais « tu ne connais pas que tu es malheureux, misé- « rable, pauvre, aveugle, et nu. Je te conseille « d'acheter de moi de l'or éprouvé par le feu , « afin que tu deviennes riche, et des vêtements « blancs, afin que tu sois vêtu , et que la honte de « ta nudité ne paraisse point, et de couvrir tes « yeux d'un collyre, afin que tu voies ^^. »

La voix qui se fait entendre dans l'Apocalypse avait trouvé quelques éloges à donner à toutes les autres églises; dans toutes, il était resté quelque chose de bon. L'église d'Ephèse avait travaillé, et »e s'était point lassée, quoiqu'elle eût aban-

(29) Apoc. III, 14-18.

'So8 m:s skt»i églises d^asik. r.u. xv.

donné sn priMniire charité; vl lo cliandelicîr h\\ oté de son lion : Ici lui son clialiincnL In petit nombre d'inddèles souillèrent les éf^lises de Ter- * i;ame et de Thyatire, parleurs doctrines et par leur vie, mais le corps était sain, et ces églises appartenaient à Christ .Môme dans Sardes, quoiqu'elle tut morte, quelque peu de personnes n'avaient point souillé leurs vêtements, et devaient marcher avec le Seigneur en vêtements blancs, car ils en étaient dignes.

Mais le Saint-Esprit n'adressa pas un seul mot d'approbation h l'église de Laodicée; elle était tiède sans exception; elle fut donc vomie de la bouche du Seigneur. La religion de Jésus était devenue pour les chrétiens de cette église comme une chose ordinaire. Ils ne s'en occupaient absolument que comme de divers autres objets pour lesquels ils ne se sentaient ni plus ni moins de goût. Le sacrifice du Fils de Dieu sur la croix ne faisait pas plus d'impression sur leur pensée qu'un présent vulgaire qu'ils eussent reçu de la main d'un homme . et l'amour de Christ n'avait pas plus d'empire sur leurs cœurs que d'autres affections. Ils pouvaient répéter le premier et le plus grand commandement, et le second qui lui est semblable, sans que rien en leur conduite montrât leur respect pour cette loi d'amour. — Il n'y avait point parmi eux de Dorcas pour vêtir les pauvves, point de Philemon à qui l'on pût écrire : « A l'église qui est dans ta maison, yy — Il n'y avait point parmi eux de serviteur qui regardât à l'œil de son père céleste, plus qu'à celui de son maître terrestre; rien n'était fait plutôt pour obtenir la récompense éternelle que par égard aux récompenses de la terre ; il n'y avait personne qui cherchât à faire honorer partout la doctrine de son Dieu et Sauveur.

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— On n'y foisaitrien comme tout doitèlre fait, <^ de bon cœnr, comme pour le Seigneur et non [)our les hommes. »

En effet 5 rien dans leur vie ne semblait mon-^ trer qu'ils eussent appris que ce qui n'est pas seion la foi est pèche. Leur tiédeur était cent fois pire qu'une froideur décidée; car elle laissait bien moins d'espoir d'amélioration. Un homme de Sardes aurait plutôt senti le frisson de la mort s'emparer de lui , et appelé un médecin à son secours, qu'un homme de Laodicée, comptant tranquillement les battements réguliers de son pouls, n'eût imaginé qne la mort s'approchait de lui, et qu'il ne pouvait lui échapper. — Le caractère des chrétiens tièdes, deux mots qui se contredisent d'eux-mêmes, est le même dans, tous les temps. — Telle était l'église de Laodicée. Mais quel est aujourd'hui l'état de celte ville, et combien elle diffère de ce qu'elle a été jadis !

Laodicée était la métropole delagrande Phrygie; au rapport des auteurs païens, c'était une ville grande et célèbre. Loin d'offrir aucun syniptôme de décadence, vers le commencement de l'ère chrétienne^ elle s'était élevée a son plus haut point de prospérité. Ses trois théâtres, son

cirque immense, capable decon tenir plus de trente mille spectateurs, et dont on voit encore des restes considérables, ainsi que d'autres ruines ensevelies sous des ruines, attestent son ancienne splendeur et sa nombreuse population, preuves frappantes en même temps que dans cette ville, dont tous les chrétiens sans exception s'étaient attiré les censures de l'apôtre , habitait une multitude d'hommes « qui aimaient les voluptés plutôt que Dieu. » L'amphithéâtre fut construit postérieurement à l'Apocalypse, et après que l'Es-

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prit eut averti ré*;lise de Laodicée d'avoir « du « zèle et de se repeutir. » Mais leurs cœurs ne s'ouvrirent ni à un renouvellement de zèle pour le service et pour la gloire de Dieu, ni à un profond chagrin de leurs péchés, ni k un sincère repentir.

Aussi quel contraste frappant entre le sort de Laodicée et celui de Philadelphie! On chercherait en vain aujourd'hui dans les environs de Laodicée des monuments de la grandeur d'un peuple, et ces lieux consacrés aux plaisirs et à la séduction des sens. Peu de mots suffisent pour en exposer la déplorable catastrophe. Elle était tiède, elle n'était ni froide ni bouillante, etDieu l'a vomie de sa bouche. Elle fut aimée inutilement, inutilement réprimandée et châtiée, et elle a été effacée de dessus la terre. Elle est maintenant aussi dénuée d'habitants que les habitants étaient dénués de toute crainte et de tout amour de Dieu, et que son église était dépourvue de foi véritable au Sauveur et de zèle pour son service. ^

Elle est véritablement déserte , dit le docteur Smith dans ses voyages, elle n'a pour habitants que des loups, des chacals et des renards. Les seules créatures humaines qui y apparaissent passagèrement sont des Turcomans vagabonds qiii viennent dresser leurs tentes dans les ruines de son vaste amphitéâtre. On a pratiqué, dit Arundel, des fouilles parmi ses ruines et on y a trouvé à une profondeur considérable les fragments de sculpture les plus précieux ^^. Il y a peu d'anciennes villes , dit le colonel Leake , qui promettent un plus grand nombre d'antiquités curieuses, si Ton voulait chercher sous la surface du sol. D'après son ancienne opulence et les tremblements de

(30) Voyages d' Arundel, p. 35,

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terre aux^quels elle était sujette, il est plus que probable que les plus précieux ouvrages de Fart ont souvent été ensevelis sous les débris des édifices publics et particuliers"*. — Voilà ce qui explique ces paroles du Saint-Esprit: « Parce- « que tu es tiède et que tu n'es ni froide ni bouilw lante, je te vomirai de ma bouche. »

« Que celui qui a des oreilles écoute ce que c( l'Esprit dit aux églises. — L'Esprit sonde toutes « choses 5 mêmes les choses profondes de Dieu"'^. » Chaque église et chaque membre de ces églises furent pesés dans les balances du sanctuaire. Chacun d'eux fut approuvé , censuré ou averti selon son caractère et suivant ses œuvres. L'église elle-même était-elle pure, ses membres corrompus devaient seuls être retranchés. L'église étaitelle morte, les noms du petit nombre de membres encore vivants étaient tous écrits devant Dieu , et aucun n'était effacé du livre de vie. Les sept églises furenttoutes exhortées séparément parle Saint-Esprit, selon le besoin qu'elles avaient de ses avertissements. « La foi qui avait été donnée aux « saints » leur fut prêchée , et toutes , en tant qu'églises chrétiennes, possédaient les moyens de salut. Le Fils de Fhomme passa au milieu d'elles, démêlant ceux qui étaient à lui et ceux qui ne Fêtaient pas.

Par la prédication de FEvangile et par la parole écrite, chaque membre de ces églises fut averti, et tout homme fut enseigné en toute sagesse , afin que tout homme fut rendu parfait en Jésus- Christ; et dans tout ce que FEsprit dit à toutes ces églises et h chacune d'elles en particulier , il fait sans restriction et sans réserve, et sous les plus brillantes images, la promesse d'une félicité

(31) Journal, p. 252. (32) I, Cor., II, 10,

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éternelle à celui qui vaincra. Le langage de Tamour, non moins que celui de la remontrance et de la censure, fut adressé aux Laodicéens. Et si des chrétiens de cette église ont péri, ils ne peuvent l'imputer qu'à leur résistance à l'Esprit, à leur obstination à préférer tout autre joug à celui de Jésus; à leur tiédeur, à leur manque actuel de foi, à l'indifférence avec laquelle ils rejetaient une grâce qui leur était librement offerte et qui avait été si chèrement achetée ; grâce suffisante , s'ils l'avaient cherchée , s'ils avaient voulu en profiter, pour les faire triompher dans ce combat auquel Jésus a appelé ses disciples , et oîi il est en son pouvoir, comme consommateur de leur foi, de rendre le chrétien plus que vainqueur.

Mais si les églises et les chrétiens étaient alors tels que l'Esprit les dépeint, que dirions-nous des églises et des chrétiens de nos jours, ou plutôt nous vous le demanderons h vous-même , lecteur, quelle est votre propre espérance en Dieu? quelles sont les œuvres de votre foi? Si à une époque oîi le christianisme était encore dans son premier éclat, lorque les vérités divines avaient à peine cessé de découler des lèvres des apôtres , sur qui l'Esprit-Saint était visiblement descendu, et sur les tètes desquels il s'était reposé en langue de feu; si, dis-je, à cette époque même une des sept églises d'Asie avait abandonné sa première charité, si deux autres étaient déjà souillées en partie par des erreurs dans la doctrine et par des fautes dans la pratique; si une autre n'avait que quelque peu de personnes qui fussent dignes des vêtements blancs; si dans une autre il ne s'en trouvait pas une seule ; si enfin la dernière et la pire de ces églises se croyait riche et dans l'abondance, et ne savait pas qu'étant tiède elle çtait misérable^ pauvre et nue ; avez-vous, lecteur,

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des oreilles pour entendre et un cœur pour comprendre ces faits ? Vous qui vous donnez aussi pour chrétien, ne voyez-vous rien dans tout ceci qui puisse vous décider à vous examiner vousmême et à sonder, en invoquant sur vous le même Saint-Esprit, votre charité, votre foi, votre patience?

Quelles sont vos œuvres d'amour? et en quoi avez-vous travaillé pour la gloire de Celui dont vous portez le nom? quelles épreuves votre foi endure-t-elle avec patience? de quelles tentations sort-elle victorieuse? Christ est-il en vous l'espérance de la gloire? cette sainte espérance purifie-t-elle votre cœur? Vous appartenez à une église quelconque, mais quel est le royaume établi au-dedans de vous? Etes-vous dirigé parles principes qu'enseignaient Christ et ses apôtres ? Oil sont les fruits de l'Esprit, l'amour, la joie, la paix, la douceur, la bonté, la tempérance? Faites-vous des questions sur les préceptes de l'Evangile, et demandez-vous ce que vous dirait TEsprit qui parla aux sept églises?

Ce que l'Esprit dit aux églises primitives et apostoliques auxquelles présidait Jean, l'apôtre bien-aimé, doit nous prouver que nul de ceux qui ont abandonné leur première charité, que nul de ceux qui ont cherché à attirer les autres au péché, que nul de ceux qui ont le bruit de vivre et qui sont morts, que nul de ceux qui sont tièdes, n'est un digne membre d'aucune communion chrétienne, et que tant qu'il persistera dans cet état, aucune communion chrétienne ne peut lui être profitable. Mais à ceux-là est donné du « temps « pour se repentir. » A ceux-là s'adressent les paroles de l'Esprit, en supplications, en encouragements, en exhortations et en avertissements, afin qu'ils puissent revenir de leurs péchés et

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letourncr au Seii;ncnr, afin qu'ils puissent vivre et ne pas mourir. — Mais il y avait dans Sodonie un seuljuste; il y en avait quelques-uns dans Sardes; FEternel les connaît et les nomme^ et la mort de ses saints est précieuse à ses yeux. D\in autre côté il eu est un grand nombre dont la place est déjà marquée dans les profondeurs de l'empire de Satan^ quoique étant h Textérieur en communion ayec une église aussi pure que Tétait celle de Tliyatire. Ainsi^ quelle que puisse être votre profession de foi, cherchez le royaume de Dieu et sa justice, le royaume qui est la paix et la joie dans le Saint-Esprit, et cherchez cette justice qui consiste dans la foi en Jésus-Christ, lequel s'est sacrifié pour PEglise, afin de la sanctifier et de la purifier; et, quels que soient les périls qui TOUS environnent, ne craignez point, croyez seulement; toutes choses sont possibles à celui qui croit. Ce fut parcequ'elle avait gardé la parole de l'Eternel^ parcequ'elle était demeurée ferme dans sa foi , parcequ'elle avait été docile aux avertissements de l'Esprit, que l'église de Philadelphie a tenu ferme ce qu'elle avait, et que personne ne lui a enlevé sa couronne, quoique cette église fût située entre celle de Laodicée, qui était tiède, et celle de Sardes qui était morte; et toute morte qu'elle était, le Seigneur y avait trouvé quelques personnes qui n'avaient point souillé leurs vêtements, quelqueschretiens qui vivaient comme vous devez vivre, dans la foi au Seigneur Jésus; qui étaient morts au péché et vivants pour la justice, tandisque tous ceux qui les entouraient étaient morts dans leurs fautes et dans leurs péchés. Eprouvez donc votre foi par ses fruits, jugez-vous vous-même, afin que vous ne soyez pas jugé; sondez votre propre cœur, et mettant à profit le conseil de Dieu, tel que l'Evangile vous

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le révèle, que la règle de cet examen soit ce que l'Esprit dit aux sept églises.

Si dans la loi de l'Eternel , si dans les jugements de Dieu qui ont épouvanté la terre , des choses merveillenses vous ont frappé d'étonnenient, ah! gardez que le souvenir ne s'en efface quand vous ne tiendrez plus ce livre. N'agissez pas comme si vous n'aviez fait que lire quelques récits oiseux, ou comme si vous n'étiez pas destiné vous-même à être témoin et plus que témoin d'un plus grand jugement qui vous touchera de près , et qui vous intéresse persoiiàellement.

Si en parcourant quelques-unes des parties les plus claires des prophéties, vous avez été conduits par une voie qui vous était inconnue auparavant, qu<3 cette voie vous mène h la fontaine d'eau vive jaillissante en vie éternelle , pour quiconque en a soif et y boit. Que les paroles de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ soient pour vous cette $ource de vie. Que les paroles de Dieu éclairent vos yeux, et elles réjouiront aussi votre cœur. Cherchez aussi les Ecritures, elles ne contiennent aucun oracle faux et mensonger; elles rendent témoignage de Jésus, et vous y trouverez la vie éternelle. — Implorez les lumières et l'aide de F Esprit- Saint qui les a inspirées. Au-dessus de toutes les vertus chrétiennes qui peuvent attester votre foi, mettez la charité, l'amour de Dieu et l'amour des hommes , cette charité ou cet amour qui est le fruit de l'Esprit, la fm des commandements , l'accomplissement de la loi ^ le lien de la perfection , don supérieur à celui des langues , à celui d'interprétation et de prophétie, et sans laquel vous seriez comme si vous n'étiez pas, quand même vous auriez pénétré tous les mystères et épuisé toutes les sciences. Faute de ce don , la terre a été couverte de ruines. Qu'il de-

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vienne votre partage, et quelque pauvre que soit votre héritage sur la terre, il vous sera plus utile que tous les royaumes du monde et toute leur gloire. Quant aux prophéties, elles seront abolies, et quant aux langues elles cesseront, et quant à la connaissance, elle sera abolie. La terre elle-même sera consumée avec tout ce qu'elle contient; mais la charité ne périt jamais '^^

Si vous avez gardé la parole de TEternel, et si vous n'avez pas renoncé à son nom, tenez ferme ce que vous avez, afin que personne ne vous enlève votre couronne. — Mais si vous avez été tiède jusqu'à ce jour, si vous n'avez eu ni la foi ni le zèle, ni l'espérance, ni l'amour d'un chrétien^ tous les avertissements d'une voix mortelle vous seraient inutiles; mais écoutez ce que ditl'Esprit, et n'endurcissez pas votre cœur contre la voix céleste, et contre les glorieux encouragements qui vous sont donnés par ce Jésus à qui les prophètes ont rendu témoignage, et à qui le Père a remis maintenant toutes choses. — « Je te con- « seille d'acheter de moi de l'or éprouvé par le « feu , afin que tu deviennes riche , et des vête- « ments blancs, afin que tu sois vêtu, et que la « honte de ta nudité ne paraisse point, et d'oîn- « dre tes yeux de collyre afin que tu voies. Je re- « prends et je châtie tous ceux que j'aime ; aie du « zèle et te repents. Voici, je me tiens à la porte « et je frappe; si quelqu'un entend ma voix et « m'ouvre la porte, j'entrerai chez lui, jesouperaî « avec lui et lui avec moi. Celui qui vaincra , je « le ferai asseoir avec moi sur mon trône, ainsi « que j'ai vaincu , et me suis assis avec mon « père sur son trône. Que celui qui a des oreilles « écoute ce que l'Esprit dit aux églises '*. »

(33) I. Cor., XIII, 8. — (u) Apoc, lïl, 18-22.

Tout ce qu'on vient de dire est une esquisse , bien incomplète à la vérité, mais qui pourtant résume les prophéties les plus marquantes et les faits qui en démontrent Taccomplissement : il serait donc inutile d'y revenir encore. Nous avons passé sur un grand nombre de prophéties, un peu obscures peut-être , quoiqu'elles puissent fournir des preuves assez éclatantes en faveur de la religion. Nous avons suivi cette marche pour éviter l'accusation d^'ambîguité qu'on porte contre toutes les prophéties indistinctement. Mais y après avoir démontré par une foule d'exemples que les plus claires des prophéties se sont accomplies à la lettre , nous n'hésitons plus à les soumettre au jugement des ennemis du christianisme ou de ceux dont la foi est mal assurée. Sans exiger d'eux aucune concession , nous leur demanderons s^il leur serait facile de détruire par des preuves contraires les preuves positives de la vérité de la religion de Jésus, que nous avons puisées dans l'étude des prophéties. — Si cette incrédulité qui révoque en doute toute « révélation » les a portés à renier les promesses et les menaces contenues dans l'Écriture-Sainte , ne peuvent-ils pas du moins découvrir ici des témoignages surnaturels de vérités également surnaturelles? La vue ne suffit-elle pas ici pour con-

3G8 co?fCLUsioiv.

duii e à la « foi » ? Ne seront-ils pas forces d'à- TOiier que l'espoir du chrétien repose sur des bases raisonnables? et ne devront-ils pas au moins se livrer à un examen attentif et impartial^ non-seulement des prophéties, mais de toutes les preuves en faveur du christianisme ?

On serait mal fondé à dire que les prophéties dont nous nous sommes occupés ne sont pas des plus claires ; à prétendre qu'elles tiennent de la nature des oracles qui sortaient du nuage dont était ton jours surmonté le temple d'Apollon, ou bien qu'elles ressemblent à ces prétendues inspirations qui émanaient du caveau d'Héra. On ne saurait nier que ces prophéties n'aient précédé de centaines et de milliers d'années les événements qui en sont les corollaires et l'accomplissement : on ne saurait nier non plus le silence absolu de tous les autres oracles de l'antiquité. Les faits historiques et géographiques, objets des prophéties, ont en général un caractère si extraordinaire, que le langage des prophètes, alors même qu'il décrit les choses à la lettre, paraît exagéré, hyperbolique. On a surtout reproché auxprophéties d'Esaïe d'être « remplies de métaphores extravagantes * 5 » mais, plus la métaphore pa-

(1) A part rimpiélé dont elles abondent, les remarques que Paine tait au sujet des prophéties sont vraiment divertissantes pour toute personne qui a étudié le sujet. l\ dit du livre d'Etaïe que c'est « une suite de déclamations ampoulées, pleines de métaphores extravagantes, sans application et vides de sens, » Les prédictions au sujet de Babylone, de Moab, etc., il les compare « au conte du Chevalier de la montagne de feu, à Cendrillon » et autres contes de cette esp(ce. Esaïe, en un mot, était un praphijte menteur et un imposteur, g Que dirons-nous, ajoute-t-il, de ces prophètes, si ce n'est qu'ils sont tous des menteurs et des imposteurs ? » Ce langage n'est pas seulement absurde à force de violence, il a pour utilité de montrer que si d'un cCté l'histoire, les faits, la raison, le témoignage involontaire des incrédules eux-mêmes, attestent la vérité des prophéties, de l'autre, on ne peut les combattre que par des « déclamations ampoulées, pleines de mélaphores c.\lvuvaû:uv.lep, ^^;âu^

CaNCLUsioN. 369

raît outrée, ou, en d'autres mots, plus le fait annoncé semble extraordinaire, plus aussi la divine origine des prophéties doit se faire sentir.

On nous saura gré d'intercaler ici en entier l'exposé suivant de la question, que nous avons extrait d'un compte rendu de la première édition de cet ouvrage.

« L'argument géographique, c'est-à-dire l'accomplissement de celles des prophéties qui décrivent l'état à venir de certaines nations et l'aspect futur des pays qu'elles habitaient, nous a toujours pai'u être la preuve la plus concluante en faveur des prophéties chrétiennes en général. Il n'y a dans le langage du prophète aucune obscurité . et il ne saurait v avoir deux opinions quant à l'objet qu'il avait en vue. On ne peut nier que le changement par lui prédit ne se soit accompli ; on ne peut convaincre de fausseté les témoins qui déposent de la vérité des faits. L'antique gloire de ces pays et de ces royaumes nous est attestée par la plupart des écrivains païens qui ignoraient la prédiction de leur décadence ; l'état actuel de ces mêmes pays se trouve décrit par des voyageurs modernes, ïa plupart faisant profession d'incrédulité 5 et souvent peu au fait des prophéties dont leurs écrits sont la vérification. Il ne s'agit pas ici d'un événement

application et vicies de sens. » Or, comme îa vérité ne saurait être (les deux côtés, qui est-ce qui ment ? Est-ce Esaïe le prophète, ou Paine l'incrédule ? Et « que dirons-nous» de ce vigoureux défenseur des droits, si ce n'est que le droit qu'il a au surnom d'incrédule ne lui est pas disputé, et que ses paroles seules, quand on n^en pourrait citer d'autres, suffiront, dans tous les siècles éclairés, pour entacher sa mémoire des injures odieuses qu'il a si injustement déversées sur les autres? Vouloir argumenter avec un tel homme, ce serait perdre son temps; mais, s'il y a de la prodigalité et de la folie à jeter des perles aux pourceaux, du moins on peut refouler daRS leur auge l'ordure qu'ils en ont fait déborder, afin de leur rendre k eux et à qui leur ressemble ce qui leur appartient.

370 CONCLCSION.

isolé qui a passé san^ laisser de traces après lui , il ne s'agit pas de rechercher dans la vaste page de l'histoire un caractère individuel, avec lequel d'autres ont tant de points de ressemblance que l'on ne sait à quoi s'en tenir. Le prophète a nommé les lieux et les hommes, et l'état actuel des uns et des autres s'offre aujourd'hui même à notre observation. L'accomplissement des prophéties se trouve ainsi en quelque sorte gravé sur un monument public qui se présente aux regards de quiconque peut aller visiter les pays en question; et les ruines qui servent d'inscription k ce monument parlent une langue comprise de tous les hommes. Les scènes prédites par les prophéties sont une démonstration oculaire qui nous autorise à faire usage du langage de l'évangéliste, et à dire avec orgueil au philosophe in» crédule : « Viens et vois. » Les nombreux voyageurs qui ont depuis peu visité la Terre-Sainte et les pays environnants , ont fourni des preuves abondantes et authentiques à l'appui d'un argument si victorieux. La plupart de ces voyageurs n'ont manifesté dans leurs récits aucune intention de soutenir la cause de la révélation, tandis que les autres y étaient décidément hostiles. Néanmoins, les uns, sous l'influence de leurs préjugés, et les autres, dans leur impartialité, ont constaté les faits les plus confirmatifs de la vérité des prophéties. Ajoutons que leurs descriptions, qui souvent rappellent le langage inspiré, portent, quoique évidemment sans intention, sur les points de la scène qui constituent précisément le tableau tracé dans les visions du prophète. »

Assurément, le chrétien pourrait bien ici s'en tenir à la certitude qu'il a « de la fol, jadis transmise aux Saints , » et abandonner l'incrédule à

CONCLUSION. 37 i

ses désolantes théories; mais, en réfutant les raisonnements desincrédules d'une espèce^par les recherches qu'ont faites des incrédules d'une espèce différente 5 nous parviendrons à donner « aux éyidences des prophéties » toute la force qui leur appartient ; or les uns et les autres nous fournissent conjointement les faits les plus clairs et les arguments les plus forts ; ils ont mis à notre disposition des moyens qu'il suffit d'employer, pour terminer promptement la controverse qui subsiste entre eux et nous.

La métaphysique de Hume ' , et les démonstrations mathématiques de La Place , qui ont pour

(1) n n'est pas Lors de propos de parler ici de rofficîeuse et courtoise exhortation que fait aux écrivains clirétiens ce grand maître de la philosophie idéale. Avec autant de sagesse que de modestie, ( t pour mettre leurs arguments au niveau des siens, il leur conseille de rejeter toute espèce de raisonnement, cela étant ce qu'ils ont de mieux à faire dans Tinlérêt de leur cause. Après avoir cité un passage de lord Bacon^ qu'il détourne de son sens véritable, il ajoute : « Cette manière de raisonner (i! s'agit de monstres, de magie» d'alchimie, etc. ) peut servir à confondre ces dangereux amis, ou plutôt ces ennemis déguisés de la religion chrétienne, qui se sont donné la lâche de la défendre par les principes de la raison humaine. » ( Disons, en passant, que lord Bacon et sir Isaac Newton sont du nombre de ces hommes-là.) Hume ajoute : « Notre très sainte religion est fondée sur la foi et non pas sur la raison, et c'est un moyen certain de l'exposer au ridicule que de la soumettre à un examen qu'elle ne saurait nullement soutenir, b (EssaldeHume, §10, vol. II, p. 136-137, édit. Edimb., 1800.) Si l'on ne peut rétorquer cet argument contre la doctrine de l'incrédule, dont on rayerait le mot « sainte », ou s'il est vrai que M. Hume connaissait mieux les principes de la religion chrétienne que celui qui en est l'auteur, et qui en appelait à la raison des hommes, leur reprochant de ne savoir pas juger par eux-mêmes de ce qui était bon ; si , disons-npus, M. Hume connaissait mieux cette religion que Paul, qui enjoint aux chrétiens d'essayer toutes choses et de s'en tenir à ce qui est bon, qui les exhortait à se mettre en état de donner « raison « de l'espé^ rance qui était en eux; s'il en était ainsi, alors l'auteur du présent livre, n'ayant que la dure alternative d'être ou un dangereux ami ou un ennemi déguisé de la religion chrétienne, ferait, quoique avec laplus grande répugnance, choix du premier titre, et déplorerait le mal qu'il a causé à là religion, ayant eu recours, comme on sait , « à une méthode qui ne peut manquer de l'exposer au ridicule j>.

372 CONCLUSIO?(,

but d'attaqiior la crédilnlité des miracles, reposent sur la théorie des probabilités. Après avoir. j)osé en fait (jue cette théorie peut loj^icpienient et légiljnienient s'appliquer aux ténu)ii>nages et aux preuves surnaturelles d'une révélation divine, on conclut que les miracles sont des faits qui contredisent toute expérience, et que leur improbabilité est telle qu'elle ôte toute valeur aux témoignages, quels qu'ils soient, que les siècles nous ont transmis à leur appui. Et , a tout prendre, nous pouvons conclure, dit Hume, qu'il n'est pas de personne raisonnable qui, de nos jours, puisse, à moins d'un miracle, croire à la religion chrétienne.

Hume ignorait-il, ou comptait-il pour rien la preuve que l'on aurait pu lui fournir, qu'il s'opère même de nos jours des miracles, et des miracles permanents qui doivent fonder la croyance à la vérité de la religion chrétienne, chez quiconque n'est pas asse:^ déraisonnable, assez prévenu contre toute conviction pour refuser ele croiremème à une démonstration miraculeuse? On ne saurait, du reste, administrer cette preuve d^lne manière plus convenable qu'en se conformant au calcul des probabilités, si fort en vogue parmi les incrédules , calcul au moyen duquel ils se vantent d'avoir trouvé le côté faible des témoignages produits en faveur de la vérité des anciens miracles.

Archimède ne demandait qu'un point d'appui pour soulever le monde. Si la concession la plus raisonnable n'était pas chose aussi impossible à obtenir de la part de l'infidèle que la demande d' Archimède , s'il consentait à admettre ou la vé-^ rite de ses propres principes, ou la force de la preuve mathémathique; ou bien encore, si ses préjugés n'étaient pas plus inébranlables qu'un mondCj l'accomplissement actuel, palpable, d'une

foule de prophélies suffirait, certes, pour exciter son attention, et pour le convaincre de la vérité.

La doctrine des chances ou calcul des probabilités est devenue une science d'une utilité pratique et réelle dans les affaires de la vie. Mais il est impossible, autant que chose puisse l'être, que l'homme, dont la vue est si bornée, ait pu choisir, d'entre l'infinité d'événements probables que recelait l'avenir , un seul des faits dont les prophéties abondent; et d'après le principe même des probabilités, il y aurait une chance incalculable contre le succès d'une telle prédiction , même dans un cas isolé. L'accomplissement de toute prédiction est un miracle. Mais l'avocat du christianisme peut faire les concessions les plus grandes, et si de son côté l'incrédule ne considère pas sa cause comme perdue, il doit au moins convenir qu'il y avait autant de probabilités négatives que d'affirmatives en faveur de Taccomplissement de chacune de ces prédictions ; en d'autres mots, que les chances étaient égales d'un côté comme de l'autre. Le chrétien ne se refuse pas à combattre même sur ce terrain , qui est celui de son adversaire; car, sans compter tous les détails contenus dans le livre des prophéties sur la vie, le caractère et la mort de Jésus- Christ, sur la nature et l'étendue du christianisme, etc., sur la destruction de Jérusalem, sur le sort des Juifs dans tousles siècles et danstou^ les pays ; sans parler de l'état actuel de la Judée ^ d'Ammon , de Moab , d'Edom , de Philistie , de Babylone, deTyr, d'Egypte, des Arabes, etc., sans parler de l'église de Rome et de l'histoire prophétique qui embrasse un espace de deux mille trois cents ans; ne peut-on pas clairement démontrer que plus de cent faits différents se sont

'^"i CONCLUSION.

accomplis selon la prédiction qui s'y raltacliait? Observons en passant que la moitié de ce nombre serait plus que suffisante pour nous donner gain de cause selon la théorie des probabilités, et que pourtant nous avons cité des preuves incontestables à l'appui de plus du double de ce nombre de faits. Or donc, d'après ces données, et selon le calcul des probabilités, quelle est la chance, en supposant que cette chance diminue de moitié par chaque fait accompli, en faveur de l'accomplissement de tous les faits prédits par les prophètes, ou, en d'autres mots , qu'est la centième puissance de deux par rapport à l'unité *? On voit que le calcul des probabilités ne sert pas ici l'incrédule, puisque , même d'après cette théorie , on peut démontrer mathématiquement que le nombre de chances contre lui est plus grande que ne le serait le nombre de gouttes d'eau de la mer, quand bien même le monde entier ne formerait qu'un vaste océan. Avant de s'en rapporter à une chance pareille, il importerait au moins qu'on la pesât. Mais qui voudrait risquer un atome contre le gain le plus grand, au jeu oîi les incrédules exposent aveuglément à un péril certain les intérêts de l'éternité?

Mais chaque prédiction rapportée dans l'Ecriture, en tant que miracle de science, est égale à tout miracle de puissance quelconque , et n'a pu émaner que de la Divinité. « Toutes les prophéties sont de véritables miracles, et c'est comme miracles seulement qu'elles peuvent servir de preuves à la révélation ^ » On peut même les considérer,

(1) Essai philosophique sur les Probabilités, par M. le comte Laplace. — Emerson, sur les Chances, prop. 3. — L'édition des Malhém. récr. d'Ozanam, par Button, vol. L — Voir les lettres de Grégoire sur la religion chrétienne, p. 124.

(2) EssaisdeHume, vol. II,p. 137. Si Ton rapproche de la vérité manifeste des prophéties ce que Hume dit ici , on verra combien il

dans ce siècle de sciences et de lumières, comme les témoins de Jésus; et Ton ne saurait sans injustice les estimer comme inférieurs en importance ou en autorité à aucun des autres miracles.

On conçoit que le fondateur d'une religion nouvelle 5 que le messager d'une révélation divine , ainsi que ceux d'entre ses disciples qu'il avait chargés de propager sa doctrine , aient, par des miracles, donné des preuves claires et éclatantes que leur mission leur venait d'en haut; mais on ne saisirait pas si clairement le rapport entre un miracle opéré dans la suite des siècles et une religion depuis long-temps établie. Or, même en supposant que ce rapport fût facile à saisir, néanmoins, comme tout acte isolé et passager d'un pouvoir surnaturel est nécessairement circonscrit par sa nature , et vu seulement par un petit nombre de témoins, le témoignage de ceux-ci n'aurait qu'une valeur secondaire et ne pourrait, du moins chez une nation chrétienne , être corroboré par des preuves aussi complètes que celles qui furent scellées par le sang des martyrs. Et, quand bien même la Providence consentirait à manifester perpétuellement son pouvoir miraculeux ( c'est ce que demandent sans raison les

serait facile, au moyen de ses propres aveux, de renverser sa Uiéorie contre la vérité des miracles. Les prophéties étant véritables et Tuniformité étant également vraie, comme toutes les prophéties sont de vrais miracles, les miracles ne sont pas contraires à Texpérience'universelle. « Tant d'analogies les rendent si probables » flbid., p. 134) que, Ton peut, avec des témoignages suffisants, les prouver, même d'après les principes de Hume, et cela d'autant plus facilement que rinspiration de ces mêmes Écritures qui contiennent les miracles dont on dispute, cette inspiration est vérifiée par d'autres miracles dont l'authenticité est établie et reconnue. C'est ainsi que l'on peut non-seulement braver, mais rétorquer les dogmes les plus hardis du scepticisme. Il serait du reste « plus étonnant que le témoignage » scellé de sang et rendu croyable par des miracles également grands , « fut faux, qu'il ne lé serait que les miracles fussent vrdis ».

lioiiiMics qui(îherehent à présenter la ccssalion (les miracles eoinnie l'excuse de leur incrédulité ), si ce pouvoir se manifestait d'a^^e en a^^^e, au vu et au su de cliaque individu, on Unirait i)ar n'y voir qu'un obstacle à l'ordre de la nature; et eu interrompant la régularité et l'uniformité de ses opérations, les miracles cesseraient, k cause mém<3 de leur fréquente répétition , d'etre considérés comme des événements surnaturels. 11 arriverait que, toujours sousl'influence du scepticisme, ceuxlà même qui demandent un signe seraient les premiers à n'y pas ajouter foi. Car la nature et la raison s'accordent à proclamer que ceux qui n'ont pas foi à Moïse et aux prophètes ne se laisseraient pas persuader quand bien même un mort ressusciterait.

Les prophéties ont un rapport direct à la religion, et ce rapport est aussi facile à comprendre qu'à établir. Le sens en est naturel et évident : tous les hommes peuvent le lire et l'interpréter. « Ainsi dit le Seigneur : » voilà leur exorde ; et le fait même de leur existence est la preuve de leur réalité. Loin que leur grand nombre les entache de faiblesse, plus au con traire elles se multiplient^ plus elles nous révèlent de faits inconnus, et plus elles nous mettent sur la voix d'événements non encore accomplis , plus leur authenticité ressort de toutes ces circonstances qui nous font voir en elles les témoins permanents et actuels de la parole de Dieu. De plus, les témoignages que chaque époque dépose en faveur des prophéties sont au-dessus de tonte chicane; ces témoignages ne sont pas de la nature de ceux « qui nous arri- «^ vent imparfaits à travers une longue série de « siècles; » ils nous sont transmis non par desmiracles, mais par des faits , dans l'ordre ordinaire de la nature ^ par des faits géographiques ou

historiques attestés par des preuves concluantes^ et la plupart de ces faits subsistent encore et se prêtent à Tëpreuve de Texamen. Nous n'en citerons que deux : comme ils sont évidents pour tous, ils peuvent se passer de tout témoignage en leur faveur : L'un est l'histoire des Juifs expatriés, et l'autre la conservation jusqu'à nos jours de la parole de Dieu, conservation que l'on doit aux ennemis même du christianisme. Après avoir admis qu'il serait impossible d'offrir à ce sujet des preuves plus fortes, plus concluantes, plus clairement miraculeuses , les disciples de Hume n'ont besoin, pour passer de la foi « académique » a la foi chrétienne, qu'à bien appliejuer les paroles de leur maître qui a dit : « Tout homme sage proportionne sa croyance à la preuve * . » Peut-être alors trouveront-ils ce que Hume s'était vainement flatté d'avoir découvert, une éternelle sauve-garde contre l'erreur^ .

Bolingbroke se vantait, en résumant ses travaux « philosophiques » , d'avoir poussé ses investigations aussi avant que le permettent les véritables règles de toute humaine recherche, c'est-à-dire de ne s'être arrêté que là ou s'arrêtaient les phénomènes qui lui servaient de guides. La philosophie chrétienne n'en demande pas davantage: elle ouvre le livre de l'enquête et nous présente, dans l'accomplissement des prophéties, des phénomènes plus surprenants que la nature extérieure n'en a jamais offerts. Pourvu clone qu'on n'ait d'autre but que d'arriver à la vérité, et qu'on pousse ses recherches aussi loin que possible, la candeur et laraison, éclairées par la lumière de preuves positives et miraculeuses^

(1) Essai sur les Miracles, de Hume, voU II, \\ 117*

(2) Ibîd.,p, 110,

37(i CONCLUSION.

ne pourront manquer d'amener tout homme impartial à reconnaître et à avouer l'inspiration de TEcriture.

L'argument que Volney a basé sur les « ruines « des Empires » s'évanouit en présence des faits qu'il a lui-même établis. Ces faits^ loin de militer contre la religion, établissent directement la vérité des prophéties, de sorte que l'édifice fragile qu'il a élevé s'est brisé entre ses propres mains.

Mais le ridicule seul a souvent usurpé la place de la raison : on en a fait la pierre de touche de la vérité, et c'est aux prophéties surtout qu'on a voulu rappliquer. Or, ne pourrait-on pas trouver une preuve de leur inspiration jusque dans cette dernière retraite de l'incrédulité ? Les ruines du monde moral sont aussi visibles aux yeux de Dieu que les ruines du monde physique, que celles des royaumes et des empires; sa parole peut pré^ dire les unes comme les autres. Si donc les contempteurs de la religion ne savent découvrir de preuves de sa réalité, ni dans les faits historiques ni dans les objets extérieurs, qu'ils reportentleurs regards au-dedans d'eux-mêmes, et ils y trouveront gravée en caractères fort lisibles la confirmation intime de la vérité des prophéties. Et pendant qu'ils substituent la raillerie auraisonnementet se font forts d'anéantir la religion par leurs sarcasmes, aux yeux des autres hommes ils sont des preuves vivantes de sa vérité. « Aux derniers « jours, il viendra des moqueurs qui se conduiront « par leurs propres convoitises, et qui diront : Oîi « est la promesse de son avènement? car depuis ^ que nos pères sont morts, toutes choses sont de- « meurées dans le même état où elles étaient au « moment de la création; car ils ignorent volontaic( rement ceci : c'est que les cieux furent autrefois « créés par la parole de Dieu, aussi bien que la

CONCLtSION. 379

« terre qui fut tirée de Teau, et qui subsistait par- « mi l'eau, et que ce fut par ces choses mêmes que « le monde d'alors périt étant submergé par les « eaux. » — « Il y aura au dernier temps des mo* « queurs * . »

(1) IL Pet., m, 3-6. Jude, 18* . . ^

La religion chrétienne a eu, ainsi qu'il avait élê prédit, à cdttîp* ter parmi ses ennemis de faux docteurs qui, comme le dit l'Ecriture, c parlent en mal des choses qu'ils ne comprennent pas, qui méprisent les puissances, qui sont audacieux et attachés à leurs cens, tenant des discours entlés et pleins de vanité pour amorcer les autres, et leur promettant la liberté, quoiqu'ils soient eux-mêmes les esclaves de la corruption » (IL Pierre, II, v» 1, 10, 12, 18, 19)* Les blasphèmes, les obscénités, les injures, voilà avec quelles armes ils se plaisent à combattre; ils s'eflorcent de ravaler la religion au niveau de leur imagination grossière et rampante ; et, parlant de clioses qu'ils ignorent, ils tiennent des discours fort enflés et pleins de vanité, comme s'il leur suffisait d'un coup d^œil pour mesurer les profondeurs des vérités religieuses. Mais leurs raisonnements sont aussi faibles que leurs principes sont vils» En général , ce que l'on a de mieux à faire pour combattre la fausseté de leurs prémis^ ses, c'est d'y opposer des démentis aussi absolus que leurs assertions sont positives. Par exemple, dans la liste d'aphorismes que^ la société des incrédules de Londres vient de mettre en vente, il s'en trouve un ainsi conçu : « Toutes les autres religions sont fausses , donc la religion chrétienne est fausse aussi » ; il suffit ici d'admettre la prémisse et de dire, attendu que cela sera plus logique : « Toutes les autres religions sont fausses, donc la religion chrétienne est vraie » . Cependant, tout en se lamentant sur le sort à venir de ces tristes philosophes, on pe peut s'emptcher de sourire de pitié aux vaines attaques, aux coups d'épingles dont ils harcèlent la religion chrétienne. Ne dirait-ôn pas (car moins notre comparaison a de dignité et plus elle convient à ceux à qui elle s'applique), ne dirait-on pas d'une multitude de petits poissons mordant quelques herbes jetées par des mains d'homme sur un rocher, et réunissant toutes leurs petites forces pour l'ébranler.

Mais il y a une autre classe d'incrédules h qui les paroles du texte ne s'appliquent pas aussi évidemment. Ces hommes savent, quand ils le veulent, réfuter les arguments les plus subtils du scepticisme, et ne se font pas faute de condamner les moqueries profanes des railleurs les plus déhontés. Ce sont eux qui, de nos jours, ont trouvé un nouvel argument en faveur de l'incrédulité, et qui tend à nier la crédibilité des miracles, sous prétexte qu'ils détruiraient l'inviolabilité des lois de la nature. Cet argument ne saurait être exprimé avec plus de force que l'Apôtre lui-même ne l'a fait, lorsqu'il a prédit ce résultat de la science moderne. Si l'on se fût abstenu de le produire, la partie des preuves du christianisme qui consiste dîtns

Que si les incrédules prétendent jiislcmont art titre de sages, et font un légitime usage de la raison, alors, plutôt que de placer leur sécurité dans des spéculations abstraites, et de se jouer ainsi des immortelles espérances de leurs sem-

raccomnlîssementde cette prophétie nous ferait maintenant défaut, et nous en serions à attendre que l'incrédulité eût fait valoir celte dernière ressource, afin d'en tirer une nouvelle preuve de la vérité* Mais Tapolre ne se contente pas de prédire ce que diront les moqueurs aux derniers jours, il fait plus, il les réfute, non par l'autorité de TEcriture qu'ils no reconnaissent pas, mais à l'aide de principes philosophiques et de faits qu'ils ignorent « volontairement » , c'est-à-dire au moyen de la création du monde et du déluge, d'où il résulte que toutes choses ne sont pas demeurées dans le même état où elles étaient au commencement de la création. Hume^ Bentham et Laplace doivenr céder le pas dans l'académie, aussi bien que dans le temple, aux humbles pêcheurs de Galilée. Il suflit de bien appliquer les raisonnements de ces philosojîhes pour en tirer des conclusions qui militent autant en faveur des miracles et de la divinité de la doctrine que les faits attestés par Gibbon et Volney démontrent que les prophéties de l'Ecriture émanent de l'inspiration de Dieu. Mais si nous nous abstenons ici de tirer tout le parti que nous pourrions decettemanièred'envisager la question, rcla prouve que les preuves à Tappui des prophéties ne manquent pas, puisque nous nous contentons d'en parler ici pour note. Déduire du principal argument de l'incrédulité une preuve nouvelle et fondamentale de la vérité, c'est ce qui demanderait plus de temps, bien que cela puisse se faire à l'aide d'un texte et d'un fuit. L'auteur du présent Essai se propose de traiter ce sujet dans un livre ajant pour titre : a Aperçu général et relatif des preuves du christianisme )), En attendant, il a cru devoir appeler l'atlentio!! des personnes pieuses sur une marche qu'il croit bonne à suivre pour répondre aux raisons des déistes. Cette marche, du reste, n'est pas d'invention humaine, elle est suggérée par la parole infaillible du Dieu vivant; elle est indiquée dans les Ecritures qui sont remplies de tré ors en faveur de ceux qui les consultent, et qui contiennent les paroles de la vie éternelle.

Il est satisfaisant d*ohserver comment, en toutes choses, les progrès de la science tendent finalement à servir la cause de la vérité. La philosophie commence à reconnaître sa grande méprise et à faire amende honorable à la religion. Depuis îa publication de la sixième édition de cet ouvrage, nous avons pu corroborer la note qui précède à l'aide de faits aussi importants par les éclaircissements qu'ils contiennent à l'appui de la vérité du christian-

blables; au lieu de considérer le ridicule comme la pierre de touche de la vérité religieuse, et de donner le nom de liberté à la licence du blasphème; ne leur importe-t-il pas d'examiner les preuves positives et miraculeuses de la révélation , afin d'en découvrir la fausseté ou d'eu avouer la puissance, et d'abandonner enfin leurs faibles retranchements en voyant que l'étendard

(n° CIV, p. 396), le rédacteur s'exprime ainsi qu'il suit à ce sujet ; Cela nous semble fatal à une théorie que nous avons récemment jugée comme contraire à Tuniformité des causes et des effets, ce qui veut dire, en d'autres mots, que c'est une démonstration d'où il résulte que toutes choses ne sont pas restées dans le même état où elles étaient au commencement de la création. On a, ajoute le rédacteur^ reconnu que certaines couches de terre sont contemporaines de la première apparition de l'homme sur la terre. Nous n'avons rien de mieux à faire qu'à ouvrir l'excellent ouvrage du docteur Pritchard, intitulé: «Recherches au sujet de l'histoire physique du genre humain. » Voici le commentaire qu'il fait au sujet du fait qui nous occupe et les conclusions qu'il en tire : « Onsait que toutes les couches dont se composent nos continents ont servi, à des époques plus ou moins éloignées, de lit à l'océan. Il n'y a pas de terre qui n'ait été formée sous la surface de la mer ou qui ne se soit élevée du fond des eaux. Le genre humain a eu un commencement, puisque nous pouvons nous reporter en esprit à la naissance de la terre sur laquelle il se meut. Si maintenant nous nous représentons en imagination l'époque où rien n'existait en ce monde qu'à l'état d'élément informe, si nous reconnaissons que l'époque suivante vit la première créature humaine commencer à respirer et à se mouvoir dans un certain point de la terre, nous aurons par cela même admis le miracle le plus extraordinaire peutrêtre que contienne le volume entier de la sainte Ecriture », etc. C'est ainsi que dans un esprit meilleur et plus philosophique, en s'appuyant sur un fait garanti parlac(nformation de la terre, des hommes, sans avoir la prédiction en vue, ont enfin découvert l'argument même dont l'apôtre se sert pour réfuter les raisonnements sceptiques des moqueurs aux derniers jours, c Les cieux furent autrefois créés, aussi bien que la terre qui fut tirée de l'eau et qui subsistait parmi l'eau ». Au commencement, la terre était sans forme et vide, et c'est postérieurement à la création que l'homme a été créé. On ne peut donc arguer contre la vérité des prophéties chrétiennes d'une expérience inaltérable, car nous avons l'expérience de la vérité « du miracle le plus extraordinaire peut-être que contienne le ^ olume entier des saintes Ecritures ». Les arguments des moqueurs et leur réfutation manifeste confirment également la vérité de la prophétie.

de la foi chrétienne flottera bientôt en dépit de tons leurs efforts sur les plus orj^ueilleux remparts de l'incrédulité? Qu'ils produisent leurs témoins, selon l'expression du prophète, afin qu'ils puissent se justifier, ou qu'ils apprennent que c'est ici la vérité et qu'ils la proclament.

Mais, pour terminer, on peut raisonnablement se demander s'il n'y a pas je ne sais quoi qui répugne aux principes du christianisme, dans l'esprit de l'homme qui ne veut pas entendre parler de Moïse et des prophètes, et don tie cœur est lent h croire à tout ce qu'ils ont dit, bien que la vérité de leurs prédictions ressorte des moyens mêmes que l'on avait d'en découvrir la fausseté ; bien que ces prédictions fussent autant d'appels à des événements sans nombre, que des siècles éloignés devaient produire au grand jour ; bien que l'hisrtoire ait répondu à ces appels et que la démons-? tration oculaire les ait confirmés, comme nos ennemis mêmes en sont garants; bien qu'enfin il n'ait jamais existé d'autre vérité 5 quelle qu'elle fût, qui pût subir une semblable épreuve ? L^homme dont nous avons parlé ne se laisserait-il pas con^ vaincre d'une doctrine moins morale, ou tant soit peu éloignée de la sainteté qui est en Dieu , par des preuves moins miraculeuses? Ne serionsnous pas fondés à croire que ces preuves, quoique suffisantes pour percer les nuages de l'intelligence, sont inefficaces à soulever le voile du cœur? Le scepticisme ne saurait être, en aucun cas , un sujet de vanterie. Quoi de plus facile que de fermer l'œil à la lumière du jour? Il est facile aussi de résister, par l'endurcissement du cœur, aux vérités les plus clair es. Et, quand on considère d'un autre côté qu'il y a des esprits ( New^ton en est un exemple ) sur lesquels les preuves des prophéties produisent un effet tout différent

el qui ne peuvent résister aux rayons concentrés de cette lumière céleste , on se demande d'oîi peut venir une divergence d'opinion si grande sur un sujet identique. Peut-on s'expliquer autrement l'absence de conviction que par la solution que les Ecritures contiennent de cette difficulté, par un cœur mauvais et incrédule? « Ils n'ont « pas voulu venir à la lumière parceque la lu-* « mière les aurait rendus à la liberté. »

Pendant que l'mcrédule rejette tout moyen de conviction , et qu'il fonde son espoir sur la possibilité non démontrée de la vérité de ses dogmes , ce sont des preuves positives du christianisme qui témoignent à l'homme impartial , au croyant raisonnable et sincère, qull est impossible que sa foi soit fausse. Il consulte le livre du Seigneur, et, en voyant que nulle des prophéties ne manque a s'accomplir, il les considère toutes , même alors qu'elles ne sont réalisées que par l'effet de la colère des hommes, comme des témoins de Dieu ; il sait en qui il croit ; il voit s'élever et tomber les potentats de ce monde, et la ruine de leurs empires lui atteste la présence de Dieu , et con*^ firme la parole de Celui qui gouverne les nations delà terre. Il demeure convaincu que la plus précieuse de toutes les vérités, que cet espoir qui ne périt pas, est corroboré par les plus puissants témoignages , et que le ciel lui-même a ratifié la paix qu'il a proclamée. Il est fermement assuré, i( que la prophétie n'a point été apportée autrefois « par la volonté humaine ; mais que les saints « hommes de Dieu , étant poussés par le Saint- « Esprit ,» ont parlé * ; et, bien qu'il ignore par quelles opérations procède le Saint-Esprit, il voit avec ses yeux la démonstration de sa puissance,

(1) II Pierre, 1,21,

S8i rONCLLSION.

Le \rai croyant puise ainsi dans les ëvënenienls passés la certitude des choses qui sont à >enir. 11 ne se contente pas de savoir que la >ie est en Jésus-Christ ; mais ayant obtenu cette foi précieuse qui contient le germe de l'immortalité, et qui est comme le gage de la yie éternelle , il éprouve déjà en son cœur le pouvoir du monde à venir et joint la pratique de la religion à la théorie de ses dogmes. Non moins zélé que ceux qui consument leur force à ce qui est vain et périssable^ et dont le travail est sansfruit^il dirige ses efforts vers l'acquisition d'un héritage incorruptible, car il sait que son travail ne lui sera pas inutile, s'il s'y consacre en toute obéissance à cette parole qui est la charte de son salut , et qui porte en caractères si éclatants le sceau et le seing du Roi des Rois.

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