Les propos de table de M. Luther
La vie de Luther, envisagée sons le point de vue catholique on protestant, a été écrite maintes et maintes fois : nous n’avons point l’intention de raconter de nouveau l’histoire de ce réformateur célèbre ; il occupe incontestablement une des premières places dans les annales des quatre derniers siècles ; sa fougueuse et puissante parole n’a-t-elle pas secoué l’Europe jusque dans scs fondements?
Quel que soit le jugement porté sur ce grand agitateur du seizième siècle, il faut reconnaître en lui, ainsi que l’a heureusement exprimé certain de ses biographes, un homme qui a été homme à la plus haute puissance , un homme complet de pensée et d’action. Nul, depuis une longue série de généra tions, n’a rempli, dans les annales de l’esprit humain, un rôle aussi important.
Luther s’est lui-même dépeint dans l’immense collection de ses œuvres ; on possède encore sa volumineuse correspondance. Mais il existe, en outre, un livre qui nous introduit dans l’intérieur de son ménage, qui nous fait asseoir auprès de son foyer domestique : à l’aide de ce livre nous pouvons, après avoir suivi à la promenade le docteur de Wittemberg , le voir auprès de ses enfants et de sa femme ; nous nous mettons à table avec lui et avec ses amis ; il discute , il prie, il s’emporte, il rit, et pas une syllabe tombée de sa bouche ne nous échappe.
Les paroles de Luther ont été saisies par des disciples trop empressés , leur zèle n’a pas toujours été selon la science. Le
INTRODtCnON.
^rave, le trivial, l’insignifiant, ils prenaient tout ; ils étaient là, tablettes en main , lorsque leur maître quittait ou repre nait la jilume ; par-dessus son épaule , ils venaient lire scs lettres ; une exclamation de tristesse ou de joie venait-elle à lui échapper, aussitôt elle était recueillie. Ce que le docteur Martin, pensant tout haut, se disait à lui-même, ils l’ont entendu ' . Il ne pouvait parler dans son lit, dans son sommeil, sans rencontrer un écho. U était épié jusqu’en ses moindres gestes. Les secrets les plus murés de la vie privée, les aixanes du foyer étaient enregistrés avec édification.
« Un homme observé et suivi de si près », observe fort judicieusement M. Michelet, « a dû, à chaque instant, laisser « tomber des mots qu’il eût voulu ravoir. Plus tard les luthc- « riens y ont eu regret. Ils auraient bien voulu rayer telle « ligne, arracher telle page. Quod scriptum est scriptum « est *.»
Il ne saurait s’élever aucun doute sur l’authenticité des paroles de Luther, telles que les ont rapportées les compilaleuis des Propos de table {Tischreden). Témoins auriculaires, pé-
' Voici une anecdote que raconte W. ZincgrelT, et qui montre avec quel soin était recueillie la moindre des paroles qui passaient par les lèvres do l.iiilicr. A la suite d’une longue conversation où il s’était montré tout aussi animé, tout aussi Joyeux que de coutume, il aperçut un étudiant,, assis a une table voisine, prenant note de ses propos et les enregistrant sur un carnet. Luther s’avance vers lui, sans lui laisser le temps de fermer le livre ; il jette à la ligure du scribe une poignée de gruau : « Tiens, dit-il en riant, lu peux aussi y mettre cela.»
’ Quelques théologiens de la Germanie ont refusé, mais sans alléguer do preuves, de reconnaître dans les Propos de table l'expression de la pensée de Luther; consultez notamment Amman de l’olansdorf [Sijulagma iheologlce chrlstianœ, I, 292), Gisbert Voet {Seleciœ dispal. theolog-, I, 997), Jean Gerhard, Ejceges. arlieulor. de Scriplura sacra, p. 5t), J. A. Schertzer (Breviar. theolog. i p. iio), Osiander, L. Ilutter, Zeamann, et pliuioiirs antres qu’il serait sans intérêt de nommer. Scckendorf, dans son Uistorla iutherana (lib. III, p. 634), qualifle l’ouvrage qui noua occupe de libnnn iiiiiius caute eompositum aiit vttlgotum. Ileumann (Pœcil-, 1. Il, p. 6) reste convaincu que Luther n’aurait jamais permis que l’on imprimât sous son nom tout ce qu’il disait dans l’intimité. « Sœpe
INTRObüCTION.
néti'és du respect ie plus profond pour celui qu’ils nomment sans cesse le vénérable homme de Dieu, ils auraient cru commettre un sacrilège en supprimant une seule phrase sortie de la bouche de leur maître , en la modifiant , en y ajoutant. L’oracle avait parlé ; ils mettaient leur orgueil et leur gloire à transcrire iidclcment scs décisions.
Nous dirons tout à l’heure avec quelle rapidité se succédèrent les éditions des Tischreden ; l’Allemagne protestante les lut avec le plus vif empressement , elle ne put s’en rassasier. Lors de leur apparition , nulle voix ne réclama contre leur authenticité.
Cet ouvrage si curieux n’est guère connu que de nom ; l’édition latine ne se trouve nulle part dans le commerce, et il est douteux qu’il y en ait quatre exemplaires en France ; les anciennes éditions allemandes sont également devenues d’une rareté excessive, et pour les bien comprendre, il faut que les personnes, même les mieux versées dans la connaissanec de l’idiome germanique , aient fait une étude particulière de ce style vieilli, familier, traitant habituellement d’objets dont s’écartent les études contemporaines.
M. Michelet, dans le travail remarquable auquel il a donné le titre de Mémoires de Luther (1835, 2 vol. in-8®), a fait passer dans notre langue un certain nombre des Propos de table , mais il entrait dans son plan de se l^orner à quelques
guldquid in buccam vertil loqultur. Aurifaber aulem Lutherum habcbai pro oraculo quodam, alque etiam sputa eju» omnia puiabat esse lingenda. » Chrialophe Berold a dit de mCine [et nous sommes de son avis) que Luther n’eut Jamais l’intention de publier des propos échappés dans une demi-ivresse et en des lieux où l’on peut tout se permettre, tout si ce u’esl de montrer de la piété. Vbl omnia cum liceanl, non licei esse piton. L'n pasteur hollandais , J. Verheyden, observait qu'il eût été é désirer que les Propos de table n’eussent jamais vu le jour , parce qu’il s’y trouvait beaucoup de choses qui excédaient la licence accordée même aux raiseursde comédies. Plurimu quœ pia castiga^ lœqtie aures etiam in Itidis alque thentris comicorm non ferrent.
INTRODUCTION
fragments de peu d’étciidue. Jusc|u’ici c’était à l’aide de ces lambeaux (choisis d’ailleurs avec pénétration , avec un tact digne de l’éloquent auteur àeV Histoire de France), c’était en consultant quelques pages de cette vigoureuse attaque contre le moine saxon, que M. Audin a intitulée Histoire de la Vie et des Écrits de Luther , que le public français a pu se former quelque . idée d’un livre dont il n’ÿ avait pas de nfodèles , dont il n’y a eu que des imitations incomplètes, et qui, mieux que personne, vient nous dévoiler tous les secrets de bonhomie et de dureté, de foi et de doute, d'égoïsme et de dévouement, d’originalité et de bizarrerie, d’enthousiasme et de prostration, de bon sens et de superstition, d’éloquence et de trivialité, de grandeur et de petitesse du père de la réforme. On retrouvera ses défauts et ses qualités dans l’ouvrage que nous avons essayé de traduire ; il se montrera derechef avec cette imagination rapide qui lui servit à remuer les masses; ayant d’ailleurs, comme tout controversiste, l’habitude de se vanter et le besoin de prodiguer à ses adversaii-es les plus virulentes injures ; intolérant, fougueux, toujours prêt à s’exalter, tombant aussi par moments dans l’abattement, et doué de poumons de fer. Visitez-le tant qu’il a le verre à la main, écoutez aux portes ; vous le trouverez parfois éloquent et touchant; parfois vous lui entendrez dire les choses les plus étranges : après avoir efl’rayé ses auditeurs en leur faisant de^ contes de sorciers , après leur avoir dépeint le diable rôdant sans cesse autour d’eux , il leur débite des contes grivois que saluent les plus bruyants éclats de rire.
Les discussions théologiques tenaient une grande place dans sa conversation, c’est tout simple ; mais il était également nécessaire pour nous de laisser de côté tant de pages consacrées aux abstruses questions du libre arbitre , de l’inamissibilité de la justice, de la volonté divine et de la prédestination.
Apeun lecteur catholique ne devra se scandaliser de voir
IHTR0ÜUCT105.
les dcclaniatioufs aux(|ucllcs se livre Luther ciiaqiie fois que le mot de Rome sort de sa houcho ; seuls au monde , quelques méthodistes anglais vont encore adirmant que le pape et l’anlechrist c’est tout un. I)e nos jours, il est peut-être en Enrope quelques habitations souveraines où fermentent des vues de cupidité et d’ambition cajTables d’agiter les peuples, mais ce n’est pas au Vatican. Les jours d’Alexandre VI et de Léon X sont passés pour ne plus revenir.
Arrivons à quelques détails assez peu connus et nécessaii rs sur les diverses éditions des Tischreden.
Ce fut Jean Aurifaber qui, le premier, rédigea les Propos de table^ en se servant des notes prises par les commensaux et les amis les plus intimes de Luther ; il désigne spécialement Antoine Tjauterbach , Veit Dietrich , Jérôme Besoîdi , Jean Schlagenhauflen, Jean Mathesius, George Rorer, Jean Stols et Jacc|ues Weber L’un de ces personnages, Jean Mathesius, dit en effet , dans son douzième sermon sur l’histoii'e de Luther (p. 131), que, admis en 1540 à la table du docteur Martin, il avait noté avec soin tout ce qu’il y avait entendu, et il nomme diverses personnes qui l’avaient secondé dans ce travail.
Luther était depuis vingt ans descendu dans la tombe , lorsque ces notes furent mises en ordre et publiées. L’édition originale parut en 1566 , in-folio , à Eisleben , par les soins de J. Aurifaber ; il mit en tête un avis adressé aux conseils de Strasbourg, Augsbourg , Ülm , Lubeck , Francfort^sur- Mein, Ratisbonne, Lunebourg et Brunswick*. En 1567, deux nouvelles éditions. Tune in-8", l’autre in-folio, virent le jotir
' Un théologien de Lubeck, George Henrf Gol/e, a écrit une disscrt.iiion spéciale sur les familiers du père de la réforme : fie âomeaticij Liitheri singularia, 1807, in-4a.
’ Dans celte très-longue épitre dédicatoire, Aurifaber sc plaint de re nue la doctrine de son maître est tombée dans l'oubli et le mépris ; r.\llemagne en est lasse, le nom de L<|iher sonne désagréablement atix
)>TBODi;CTION.
àFiancfort, et l’année snivanle, nue (jnatriènie réiinpiession in-folio parut dans la incinc ville. Cette dernière est précédée d’nn avis d’Aurifaher, qui commence par annoncer cpie son travail a été fort Inen accueilli dn pnldic , mais qu’il a à se ]>laindre du docteur Kugling, qui se permet des changements et des suppressions dans le texte des Propos de table; il est l)ien triste pouj' lui AnrifalM’r, de voir gâter un livre, fruit de tant de soins et de peines.
' L’on doit croii e que la révision contre laquelle il s’élevait ainsi n’a point été livrée à l’impression , du moins elle est restée inconnue aux bibliographes ; les quatre éditions que je viens de signaler, ont été faites les unes sur les autres et avec une trop scrupuleuse fidélité , car des leçons évidemment vicieuses de l’in-folio de 1566 sont reproduites dans celui de 1567.
En 1569, nouvelle édition in-folio , publiée à Franfort : celle-ci renlèrnte un appendice intitulé « Colloquia on « Propos de table dn docteur Martin Luther, on Conversations « que le vénérable homme de Dieu a , peu de temps avant sa « mort et son heureux départ de ce monde , tenues avec di- « vers savants théologiens et ecclésiastiques , avec beaucoup « de lettres de consolation , d’avis , histoires, réponses à des « questions sur düTércnts objets, etc. » La dédicace au conseil fl<> la ville de Kauschemljourg est datée du 24 mars 1568 ; Jean Fink , qui l’a signée, annonce qu’il a tiré scs conversations de Luther , de divers livres et écrits. A la suite on
trouve : Propheceyungen « Prophéties du docteur
Martin Luther , pour rappeler et exhorter à la pénitence ~ »
on'ii!e.<, Seine l.ehre ùl jelzl abso verachlel , maii ist ilirer aucli iitiu itücrdrüiisig , niüde and sali ivorden Un Deutschen Lande dass WH» st ines Samens schier nichl tjerne horei gedenken. 11 appelle les l'rnpos tiii Irwor; ers mieUes tombées de la table de cet homme de tiirii .'irroiii bien uiilcs peur apdiirr, étancher la (aim et la soif des fidèles.
INTRODUCTION
chrétienne , réunies avec ordre et avec grand soin par maître George Wallher, prédicateur à Halle, en Saxe. »
Deux autres éditions in-folio parurent à Eisleben, en 1569 et 1577; Fabricius les signale {Centifolium Lutheranum, p. 301); elles sont devenues introuvables, et, meme au delà du Rhin, les dépôts littéraires les plus riches ne les possèdent plus.
André Stangwald, ne en Prusse, et l’un des continuateurs de l’ouvrage historicjue connu sous le nom des Centuries de flfagdebourg, s’occupa de son côté des Propos de table ; il se plaint de ce que les premières éditions étaient défectueuses et très-incorrectement irapi’imécs ; il dit avoir revu le texte de nombre des conversations de Luther sur les copies manuscrites en son pouvoir ; d’ailleurs il a fait usage des corrections et additions qu’un des amis du docteur, Joachim Merlinus , avait déposées sur les marges d’un exemplaire de l’édition originale. Le travail de Stangwald fut imprimé eu 157 1, à Francfort , chez les héritiers de Thomas Rcbart ; vingt ans plus tard, en 1590, on le voit reparaître imprimé avec une dédicace au conseil de Mulhouse. Dans sa préface, Stangwald promettait, sous le bon plaisir de Dieu, de donner une autre partie des colloques et apojihthcgmcs de Luther. Cette suite n’a pas paru.
Le texte donné par Stangwald fut publié derechef à Jena, en 1603, à Leipzig, en 1621, in-folio; mais la préface de cet éditeur fut supprimée et remplacée par celle que Aurifaber avait mise en tête du volume de 1566.
La faveur publique à laquelle l’on devait cette rapide succession d’éditions nouvelles se ralentit, il se passa quqpevingts ans avant que les Propos de table fussent remis sous presse ; ils reparurent enfin, en 1700, à I>eipzig, chez André Zeidier, in-folio. Cette édition donne les deux préfaces de Aurifaber (1566), et de Staingwald (1591) ; elle reproduit
IS INTRODUCTION
le texte de ce dernier, en y ajoutant les Prophéties qu’arait recueillies George Wallher, ainsi que nous l’avons dit cidessus. Il en .fut donné, en 1723, une réimpression fîdèle, sous la rubrique de Dresde et Leipzig, chez J. -G. Zimmermann et J. -N. Gerlach.
Un autre contemporain de Luther, Nicolas Selneuer', avait de son côté recueilli les propos de son maître ; il s’occupa, lui, troisième, à les rédiger. Ce U’avail parut en 1577 ; il reparut en 1580, in-folio. Il est précédé d’un discours historique sur la vie du vénérable maître et homme de Dieu, Martin Luther. Selneuer a suivi l’ordre- adopté par Stang— vvald, dont il reproduit le plus souvent le texte, sc permettant toutefois de temps à autre quelques additions et quelques changements. Dans la préface de son édition de l59l, Stangwald blâme le travail de Selneuer; il dit que le discours sur la vie de Luther renferme beaucoup d’inexactitudes, et il s’engage, s’il en trouve le temps, à donner une relation étendue de la vie et des écrits du réformateur.
La plupart des théologiens allemands du dix-septième siècle ont regardé les éditions de Stangwald et de Selneuer comme préférables à celle d’Aurifaber, et c’est au travail de Selneuer qu’ils décernaient la palme *. Quant à nous, nous regardons au contraire le travail d’Aurifaber comme le plus
digne de foi, comme celui qui reproduit le mieux les paroles
' Né en 1.S30 à Hersbruck, en Franconie, ce théologien , assez célèbre de son temps, Tut un des disciples les plus assidus de Mélanchton ; il ^ mourut à Leipzig en I3!»2. G. II. Goëlz a publié une notice étendue et rédigée avec soin sur sa vie et sur ses écrits.
* Citons entre autres travaux spéciaux le Schediasma hisioricum de beati Lutheri colloquiis mensalibus d'Adam liechenberg (Leipzig, 1698 ; réimprimé à la suite des Exerciianones inüovam Tesiamenium.historiam ecclesiaslicam etlitlerarlamda même auteur, 1 707, in-b») et la dissertation de I. G. Holler : De mctoriiaie scrlpii sub titulo : Luiherl colloquiorum mtnsalium in germanico, anglico et latino idiomaie ediii (Rostock 1693).
Digilized by Coogif
INTRODUCTION
de l’intraitable ennemi de la papauté, du propagateur de cette dissolvante liberté plénière d’examen eu matière de religion, .qui, au sein des communions réformées, n’a peutêtre pas encore confessé , au moins hautement , son dernier mot. D’ailleurs, la connaissance bibliographique de ces diverses éditions est restée longtemps fort incomplète, et le docte J, A. Fabricius, si exact d’ordinaire, est tombé dans diverses méprises à cet égard.
Les Propos de table , après avoir été écartés des diverses éditions allemandes des œuvres de Luther, furent admis dans celle de Halle, 1743, 24 vol. in-4®, due aux soins de Jean George Walch; ils forment le vingt-deuxième volume de cette trop lourde collection . Ils n’ont pas été admis dans les différentes éditions in-folio, où les écrits latins ont été réunis.
Ils parurent séparément en cette langue presqu’en mémo temps qu’en allemand.
La première édition a pour titre : Silvula senlentiarum, exemplorum, historiarum, allegoriarum, similUudinum, facetiarum , partim ex reverendi viri D. Martini Lutheri ac Philippi Melanch tonis cvm privatis tum puhlkis relationibus, partim exaliorumveterum atque recentium doctorum monumentis observata ; elle est due à Nicolas Etriceus, et elle parut à Francfort en 1566, in-8®. Ce mince volume, très-incorrectement imprimé, est fort loin de contenir tout ce qu’a donné Aurifaber ; mais parfois il renferme des choses que ne donne pas l’in-folio allemand, mis au jour la même année, ou bien il les présente différemment. C’est un recueil de dits de Luther, de Melanchton et de quelques autres docteurs sur toutes sortes de sujets ; le compilateur les dispose dans l’ordre alphabétique. On y trouve aussi quelques lettres de Luther, une entre autres, pag. 42, à un habitant de Grimma , sur cette question : Peut-on baptiser un enfant qui est encore dans le sain de sa mère? f, pag. 45,
14 INTRODlT-TIOf».
une lettre à Melchior Frcntzel, pasteur à Kanneberg, sur cette autre question : Peut-on employer de l’eau chaude dans la cérémonie du baptême?
Plus tard, Henri Pierre Kebenstok, pasteur à Escliersheim, mit au jour , à Francfort-sur-Mein , deux tomes petit in-8®, sous le titre de Colloquia , meditationes , consolationes , consilia , judicia , sententiœ , narrationex , respnnsa , facetiœ, D. Martini Lutherie piœ et sanctœ memofiæ in mensa prandii et coenœ et in pereyrinationibus observata et fideliter transcripta. T.e premier tome est daté de 1558, le deuxieme de 1571, et le frontispice annonce que ce n’est pas d’après Aimifabcr, mais d’apres un autre collecteur que ces propos ont été réunis. Bien (|ue cette édition latine s’écarte parfois du texte allemand de 1566, elle y est cependant presque toujours conforme , et l’annonce du premier feuillet promet en fait de nouveauté plus qu’elle ne tient ‘ .
C’est d’après cette édition, écrite en un latin barbare, riche en solécismes de toute espèce et en fautes d’impression des plus énormes, que Bayle étics anciens critiques ont mentionné ou cité les Propos de table ; elle est devenue d’une extrême rareté ; nous l’avons inutilement cherchée à la Bibliothèque du Roi ; M. le marquis Du Rourc, heureux possesseur
' Rebcnslock affirme, dans la dédicace de son recueil à Philippe Louis, comte de Hanau, que ce fut i table que I.uthcr enseigna fldèlement la parole de Dieu, ce fut U qu'il ht la distribution de cet inestimable trésor. Luiherus in mensa Del verbrnn, thesaurwn pretiosissimum, fuieUier docnil suisgue dislribuit. Après avoir dit que déjà un partisan de la vérité évangélique [S. Ericeus] avait fait passer on latin ces pieux et salutaires propos, dans le but de contribuer à la louange de Dieu et i l’utilité de l’Eglise, il ajoute que cette rédaction laissant à désirer, il en a entrepris une nouvelle, d’après l'avis de quelques hommes doctes et pieux ; bien qu’il se regardât comme indigne de cet emploi, il n'a pu s’en défendre ul verbum Del omnibus nolum fierel, Deisque in omnibus languis celebrarelur ; il finit par. dire que c’est dans les Propos de Luther qu’il faut puiser, comme i une source sacrée , le fondement de la vraie piété, j
INTRODUCTION
de l’excniplairc du comte d’Hoym, en a parlé dans son Ana- ' lectabiblion (Techencr, 1840, 2 vol. in-8"), t. II, pag. 3.
Nous ne nous sommes astreint à aucune édition spéciale, mais nous les avons toutes consultées : à force de peines et de démarches non interrompues durant deux arts, nous avons pu réunir sous nos yeux les diverses éditions primitives du seizième siècle, celles auxquelles il était d’autant plus nécessaire de recourir, (|ue les réimpressions moins anciennes sont singulièrement adoucies ou modifiées'. C’est en comparant, en rapprochant les textes latins et allemands, que nous avons formé celui dont nous présentons une traduction fidèle. Nous avons reproduit dans toute leur incohérence , parfois dans toute leur crudité, certains propos qui ne cho(|uaient nullement une époque moins sévère sur les bienséances ; nous avons cru toutefois devoir laisser en latin quelques passages qu’il nous aurait paru difficile de fair« passer dans notre langue sans mériter le reproche de manquer de respect au lecteur.
Les diverses éditions des Tischreden ou des Colloquia suivept chacune un ordre différent; nous avons réuni en chapitres distincts les divers propos relatifs au même sujet.
11 existe une traduction anglaise sous le titre de D’^ Martin Luther' s divine Discourses at his table, etc. I.«ndres , 1652, in-folio. Cette version fut l’œuvre d’un olficier, le capitaine Henry Bell ; il raconte, dans sa préface , les circonstances plus ou moins authentiques qui le décidèrent à entreprendre cette besogne. Selon lui, presque tous les exemplaires
' C’csl ainsi que l’on chercherait inutilement dans l’in-t» de Halle, 1743, quelques hislorietU'S contenues dans l’in-S» de Francfort, 1571 ; xNobilis quidam uxori suæ, l. I, f» . 52 , verso; In inferiori Germania fcrlur sponsus.... f» 230, recto; .M. L. dicchat de Flandns. . .. 231 rccio, etc., etc.
Par contre, l’histoire du démon qui prend les traits d’une femme morte, est bien plus déta.llée dans l’in-4» (colonne 1169) que dans l’in-8»
IMROiDUCTION.
de l’édition originale furent détruits par ordre du pape Grégoire XllI. En 1652, un gentilhomme allemand, nommé Gaspard von Sparr, était occupé à faire creuser les fondements d’une maison sur un terrain près duquel avaient séjourné ses ancêtres ; il trouva , enfoui à une grande profondeur , un volume plié avec soin dans une toile grossière ; ce paquet était cacheté ; on l’ouvrit, on trouva les Propos de table de Luther ; le grand-père de von Sparr les avait enterrés afin de les soustraire aux agents de Rome. A cette époque , Ferdinand II était assis sur le trône impérial ; il manifestait la plus vive inimitié contre les protestants, et von Sparr, n’osant pas garder le livre si inopinément découvert, ne voulant pas le détruire, était dans un grand embarras. Il se souvint qu’il avait en Angleterre un ami intime, le capitaine Bell, fort versé dans la connaissance de l’idiome germanique ; il lui fit passer l’œuvre de Luther comme un dépôt sacré ; il lui recommanda de la manière la plus expresse de la traduire, afin que l’Église réformée profitât de ce travail. Le capitaine négligea d’abord de se mettre à l’ouvrage; une circonstance surnaturelle vint lui révéler l’importance de cette tâche. Laissons-le parler.
« Six semaines après avoir reçu ce livre, je me trouvais dans mon lit, encore éveillé, enti’e minuit et une heure du matin ; j’aperçus près de moi, au côté du lit, un vieillard, revêtu d’une robe blanche, ayant une longue barbe blanche et touflue qui lui venait jusqu’à la ceinture ; il me tira l’oreille droite et me dit : « Drôle, ne prendrez-vous pas le temps de traduire « ce livre qui vous est envoyé d’Allemagne? Je vous pro- « curerai bientôt le temps et la demeure qu’il vous faudra « pour cela, n Et à ces mots il disparut. »
Quinze jours plus tard, le capitaine était enfermé dans une des prisons de Londies (à Gate-House, Westminster) ; il y resta captif, et U employa cinq années à traduire l’ouvrage
ISTRODl’CTION.
en question. L’archcvcquc Laud vint à apprendie qu’il s’occujpait de ce travail, et ce prélat envoya son chapelain auprès du capitaine pour le prier de prêter son manuscrit. Après l’avoir gardé deux ans, Laud déclara que cette lecture lui avait causé la plus vive satislaction, et il promit d’intervenir en faveur du prisonnier qui avait fait un si bon usage de «es loisirs. Il tint parole, et, peu de temps après, non content d’avoir fait remettre Bell en liberté, il lui donna une gratification.
En 1646, la Chambre des Communes, informée que la traduction dont il s’agit était terminée, ordonna de la publier : mais l’on sait avec quelle promptitude s’exécutent les travaux littéraires votés par les assemblées législatives ; l’impression ne fut terminée que six ans plus tard, et le traducteur avait cessé de vivre. L’ordonnance de la Chambre s’exprimait ainsi ; « Comme le capitaine Henry Bell a étrangement découvert et trouvé un livre de Martin Luther, intitulé : Divins Discours, lequel a longtemps été miraculeusement conservé en Allemagne, et comme ledit Bell a, avec beaucoup ^ de peine et de dépense, traduit ce livre de l’allemand en anglais, la Chambre ordonne, etc. »
Cette ordonnance avait été rendue sur le rapport de deux commissaires. Ch. Herleet W. Corbet, rapportqui s’exprimait ainsi : « Nous trouvons que beaucoup de choses divines et excellentes sont contenues dans ce livre et qu’elles sont dignes d’être mises en lumière et présentées au public; mais nous y trouvons aussi beaucoup de choses impertinentes {many impertinent things), quelques-unes qui auront besoin d’un grain ou deux de sel, et quelques auti-es qui requerront une note marginale ou une préface.
L’in-folio de 1652 est devenu rare; il en a été rendu compte dans une publication périodique digne d’estime, mais qui n’a vécu que peu d’années (Rétrospective Review, Lon-
INTRODUCTION
don, 1822, tom. V, pag. 283). Apres une courte préface, ou sont relatés les faits que nous mentionnons, le traducteur anglais a translaté exactement la préface d’ Aurifaber ; mais il s’écarte souvent du texte de cet éditeur, et il nous paraît avoir introduit dans son li’availdes modifications arbitraires. Il « traduit les Prophéties qu'avait recueillies Walther. ,
Les bibliographes anglais mentionnent une autre édition in-folio, sous la date de 1791 .
En 1832, il a paru à Londres un Choix de propos de table (Luthcr’s select table talk ; 1 vol. in-12 de 323 pag.) ; mais le compilateur de ce volume, protestant zélé et sans critique, n’a pris chez le réformateur que des discussions théologiques et des controverses contre Rome. Il a supprimé avec le plus grand soin tout ce qui montre dans son intérieur le père de la réforme ; il a voulu le peindre en beau ; il en a fait un prébendier anglican, poli, bien élevé, à la parole grave, et dont la place est toute marquée dans les cercles aristocratiques du dix-neuvième siècle. Ce Lutber-là, c’est celui ’ de Wittemberg, c’est l’adversaire de Léon X , tout comme Orosmane est musulman, tout comme Alzire est Péruvienne.
Si nous n’avons pas trop présumé de notre audace en engageant ce duel dangereux avec la phrase et la pensée d’un homme tel que Luther ; si cette traduction faite , refaite , revue, corrigée durant deux fois douze mois , obtient les suffrages de quelques juges irrécusables dont nous attendons l’arrêt, nous donnerons pour pendant aux Propos de table un volume qui en sera le complément nécessaire , un choix de ces lettres où le docteur Martin a retracé si vivement la part immense qu’il a prise aux grandes crises de l’époque qu’il a soulevée , où il parle de omnibus rebus et mUltis aliis, des Turcs, du baptême, des moines, de la communion sous les deux espèces, de la critique biblique, des femmes, de l’antechrist, des auteurs classiques, du diable, des princes
INTRODLCTION.
de l’Allemagne, de ses enfants, de scs amis, de ses ennemis , lettres ' qui nous font entrer en plein dans rexistcncc agitée, dans le drame saisissant de la vie de ce moine audacieux, fils d’un pauvre mineur, ne possédant rien au monde*, et que l’on vit en quelques années remuer l’Europe , en arracher une grande moitié à la puissance papale alors si redoutable, tenir en échec un empereur tel que Charles-Quint, et réunir en lui tous les contrastes. G. B.
' Dn célèbre penseur anglais, Coleridgp, affirmaU qu’une portion de la correspondance de l.ulhcr formerait le plus délicieux des volumes ; l ran scurcelij conceive n more (leliyihful volume thon might be marie from iMther’n leiters, expèricilhj ihosc lhai were wrilten (rom the Warl- ’burg. (Coleridge’s Table-Talk, 1836, p. 16 T.)
' NihilUmeo quare nihUhabeOyéeûy&A le docteur de Wittemberg.