‹ Les propos de table de M. LutherChapitre 2 sur 62 · LE DIABLE, LES SOUCIEES, LES INCCBES, ETC · texte numérisé non relu

LE DIABLE, LES SOUCIEES, LES INCCBES, ETC

L,a plus grande punition qu’on puisse infliger aux impies, c'est lorsque l'Eglise, pour les châtier, les livre à Satan qui avec la

' On «ail quel rOlc important joue le diable dans la vie de Luther; nous aurons occasion d’en reparler ; la vie du père de la réforme , telle qu’il la raconte lui-méme, n’aurait été qu'une suite de combats toujours terminés au désavantage du malin. Nous ne traduirons pas toutes les horrifique* histoires que Luther rarontait i ses commensaux épouvantés, nous ne répéterons pas tout ce qu’il a dit sur un sujet qu’il trouvait inépuisable; dans l’édition de Walcii, le chapitre consacré au diable (et il est loin'de renfermer tout ce qui se rencontre dans d’autres éditions) ne remplit pas moins do 6S colonnes. Un critique distingué nous semble avoir fort bien apprécié ce côté curieux de la vie du terrible antagoniste de la papauté, et nous ne pouvons mieux faire que de transcrire ses paroles ; « Le diable commente avec Luther la Bible et les conciles ; on dirait que les sympathies du l'orgueil et de la révolte rapprochent le réformateur et le démon. Que Luther écrive ou médite, qu'il veille ou qu’il dorme, le diable eH près de lui qui l’encourage, le gourmande, l’approuve ou le désapprouve par des arguments tirés de saint Thomas, de Scott ou de saint l’aul. Tantôt il encourage Luther à la guerre ; tantôt, comme effrayé des chines qu'il prépare, il lui conseille la paix et lui demande avec des repruches amers : «Luther, qii'as-tu fait de l’autorité 7 •• Et par ces reproches il jette dans l'éme du réformateur cette souffrance du doute, cette tristesse de l’incertitude, que le réformateur avait jetées dans la conscience du monde catholique. C’était bien la peine de nier le pape et les saints, pour affirmer Satan ; c’était bien la |>eino d’évoquer l’espi it des temps modernes, pour se replonger dans les ténèbres du passé et se montrer plus crédule eùcore que ces docteurs du moyen ige dont l’hérésie insultait la foi ! Pour Ln-

permission de Dieu les tue, ou qui leur fait subir de grandes calamités. Il y a dans beaucoup de pays des lieux qui servent de demeure aux démons. La Prusse est pleine de démons; la basse Allemagne rèiiferme une foule de sorciers. Dans la Suisse, près de Lucerne, sur une montagne très-élevée, il y a un lac que l’on nomme le lac de Pilate, et Satan y déploie sa fureur. Dans mon pays, ajouta le docteur Luther, sur la haute montagne de ProCknesberg, il y a un lac : si l’on y jette une pierre, il s’élève une grande tempête et tout le pays tremble aux environs. C’est un lieu qui sert de demeure à des démons qui y sont retenus prisonniers.

Un pasteur, près de Torgau, vint trouver le docteur Luther, se plaignant que le diable le tourmentait sans relâche. Le docteur lui dit : Il me vexe et me tracasse aussi, mais je lui résiste avec les armes de la foi, et je lui oppose ce verset : « Mon Dieu est celui qui a créé l'homme , et toutes choses sont sous ses pieds. »

Il lui raconta ensuite l’histoire d’une dame de Magdebourg qui avait mis Satan en déroute en faisant un pet '. Ces exemples ne conviennent pas à tous les hommes; ils sont dangereux ; car le diable est un esprit de présomption, et il ne cède pas facilement. On s’expose à bien des périls lorsqu’on veut faire plus qu’on ne peut; il en est des exemples. Unhomme se gloriliaitde son ba|>tème, et le diable s’étant présenté à lui, la tète munie de cornes, il lui arracha une de ses cornes ; un autre voulut en faire autant, et le diable le tua.

Henuing le Bohémien demanda au docteur Luther pourquoi le

ther, le diable eat le matlrc absolu, le prince de la terre ; il est partout, dans l’air que nous respirons, dans ie pain que nous mangeons. On dirait que Satan s’est relevé de son antique déchéance, et qu’il vient de conquérir l’ubiquité qui n’appartient qu’ànieu. Ainsi se confondent souvent dans un même homme, dans un même temps, toutes les grandeurs, toutes les misères. Luther croit rcconualire le diable dans les mouches qui se posent sur sa Bible et sur son nez, et le retrouver même dans des noisettes.» (Ch. Louandre, Hevue des Deux-Uondes, t. XXXI, p. 579.)

* Saihùnam crepiiu venirU fitgavil.

LE DIABLE, LE» SORCII Kl>, LES INCUBES, ETC.

diable portait au genre humain une haine si furieuse ; le docteur répondit : « Cela ne doit pas te surprendre ; vois quelle haine a contre moi le duc Geoj ge *, qui ne peut rester en repos et qui songe, jour et nuit, aux moyens de me nuire. Ije plus grand plaisir qu’il pourrait avoir serait de m’Ihlliger des milliers de supplices. Si telle est la haine de l’homme , que ne doit pas être celle du diable ! »— Henning dit alors : « Je voudrais bien connaître le diable. » — Le docteur Luther répondit: «Prends le Décalogue au rebours, et tu auras la véritable image de Satan, car st's ordres sont précisément l’opposé des ordres de Dieu. »

Le diable si'îduit d’alwrd par l’attrait du i>éché , afin de nous pousser ensuite dans le désespoir; il réjouit la chair, afin d’attrister l’esprit. L’on n’éprouve aucune douleur en péchant, mais ensuite l’esprit demeure triste et la conscience reste troublée.

Celui qui veut avoir pour maître et pour roi Jésus-Christ qui est né d’une vierge, et qui a pris notre chair et notre sang, celuilà aura le diable pour ennemi.

Le docteur Luther dit : Le diable est un esprit plein d’orgueil , aussi ne peut- il souffrir d’être humilie; lorsqu'il se targue le plus, un pauvre prédicateur peut venir et rabaisser toute sa superbe. Nous lisons dans les des Pères, qu’un jour un vieft anachorète était en prière ; le diable vint derrière lui et fit un grand bruit , de sorte que l’anachorète croyait entendre une troupe de cochons qui l’entouraient en grognant et en faisant hou ! hou! boulet le diable en usait ainsi pour effrayer le solitaire et pour le détourner dq son oraison. L’anachorète dit alors : « Tu es bien ravalé, démon ; tu étais jadis un ange

‘ Le duc George, Bouverain de Misnie et de Tburinge ; il montra toujours un grand zèle contre les luthériens.

puissant, et voici que tu es devenu un cochon > . » Alors le bruit cessa immédiatement, car le diablé est tout hors de lui lorsqu'on lui témoigne du mépris. Et lorsqu'il s'attaque à un véritable chrétien, il est toujours repoussé avec humiliation, car il ne peut rien gagner là où il y a foi et confiance dans le Seigneur.

Le ministre du village de Supz, près de Torgau , vint trouver le docteur Luther , se plaignit à lui que le diable faisait dans la nuit un grand vacarme dans sa maison, brisant toute sa vaisselle et tous les vases de bois, ne lui laissant aucun repos; il dit que le diable lui jetait à la tète les assiettes et la vaisselle, et souvent il l’entendait rire, mais il ne le voyait pas. Ce manège durait depuis un an , et la femme ainsi que les enfants du pasteur ne voulaient plus rester dans la maison, mais bien en sortir sans délai. Le docteur Luther parla ainsi à ce ministre : « Cher frère, sois ferme dans le Seigneur et sois certain de ta foi en Jésus- Christ ; ne t'inquiète pas de ce meurtrier, ie diable ; souffre avec patience ses passe-temps, et résigne-toi au dégât qu’il peut occasionner à ta vaisselle et à tes assiettes, car il ne peut rien entreprendre contre ton corps ni contre ton àme.Tu l’as éprouvé jusqu'ici ; l'ange du Seigneur se tient à tes côtés ; il te protège et veille sur toi. Laisse donc ie diable s'amuser, s'il le veut, avec des plats et des assiettes ; pour toi, adresse tes prières au Seigneur

‘ Le porc, ainsi que l’a judicieusement remarqué M. Alfred Maury, dans son Casât sur les légendes pieuses du moyen âge (Paris, 1843), le porc, animal impur frappé de réprobation par les Juifs et par les Egjpiiens, le porc dans le corps duquel l’Evangile nous monire le démon allant chercher un refuge au sortir du corps du possédé, devait naiurellemenl devenir un synibule du diable. Chez les Uiieiilaux , le démon est désigné par le nom de porc ; saint Jean Cbrysostéme dit que le diable qui occupait par iniervallea le corps du religieux Stagyrus, paraissait sous la forme d’un pourceau couvert d'ordures. Dans les récits des légendaires , le diable se montre sans cesse transforme en ours, en cerf, en âne, en veau, en crapaud, en corbeau ; il s'est même changé , ce qui est plus bizarre, en queue de veau, (A/io lempore transformai se deemon In caïuiam viiull,— Tissier, Bibliotheea Clstereiensis, II, las.)

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