COMTES, APOLOCUES ET JOYEUX DEVIS
Le poêle Lœmmichès ayant fait une pièce de vers , le docteur Luther lui répondit par une autre pièce de dix vers dans le môme style *.
Un ermite ayant vu un homme tué dans un champ, un ange s’approcha de lui pour lui montrer les justes jugements de Dieu, et ils firent route ensemble Et d'abord l'ange déroba à son hôte, qui l'avait très-bien accueilli , une coupe d'or ; secondement, il donna cette coupe à un scélérat ; troisièmement, il convertit un ermite qui l'avait accueilli et qui voulait apostasicr, et, après l'avoir converti . il le tua ; quatrièmement, il tua le fils unique d'un hôte dont il avait été parfaitement reçu. L’ermite, regardant comme injustes ces actions de l'ange, l'ange lui dit : «Ce sont de justes jugements de Dieu. Le premier hôte, ayant perdu cette coupe , a conçu la pensée de s'en procurer plusieurs ; le second est un impie , cl j'ai fait qu'il eût sa récompense en ce monde ; j’ai tué le troisième au moment où il venait de se convertir, et il est allé dans le ciel ; quant au quatrième , il était autrefois charitable, mais depuis qu’il avait ce fils, il ne songeait qu'à thésauriser pour lui et il n'assistait plus les malheureux. C’est ainsi que procèdent les jugements de Dieu. »
On parla de l’histoire de Tobie , et on arguait de cet exemple qu'il ne fallait pas loucher à sa femme les trois premières nuits
' Ce morceau, connu sous le nom de Dyseiiteria lUniini Luikeri in merilipoeiam Lœnmiicheii, est intraduisible au premier chef; voici le texte reproduit dans toute sa pureté :
Quam belle conveniunt tibi res et carmina, Lecbe 1 Merda tibi re.sest. carmina merdatibi;
Dignus cral Li clie merdosiis carminé merdæ ,
Nam vatem nierJæ non nisi merda dccet.
Intelix prinreps, quem laudas c.rmine nierdæ,
Merdosum merda qiiem tacis ipse lua.
Ventre iirges merdam, vellesquc cacare libenter tngeniem. Facial merdipoeta nibil.
Al merilis si digna luis le pcena sequilur.
Tu miserum corvis merda cadavw cris.
38 pftuPUS U£ TABLE BE EAKTLN LUTHEK.
(les noces. Le docteur Luther dit en riant : «Ce n’e^l pas une 6rdonnance ; on est libre de le faire ou de s’en dispenser. » On dit qu’il est arrivé ceci dgns la basse Allemagne : « Un mari avait été séparé, le jour de sa noce, de .sa femme , et des religieuses les gardaient. Allant se coucher, il trouva au lit une religieuse et il prit sou plaisir avec elle. Le lendemain cela se sut , mais la religieuse dit pour s'excuser qu'elle n'avait pas dû enfreindre la loi du silence, car il lui était défendu de parler après compiles. »
Le 10 juillet 1538, le docteur Luther, étant malade, prit un cl jstère d'après l’avis des médecins, et il dit : « Les médecins jouent avec les patients comme les mères avec leurs enfants , et ils su trompent l’un l’autre. » Il raconta alors ce qui était arrivé à un médecin d’Heidelberg. Un jeune homme qui avait engrossé une hliO vint le trouver et lui porta de l’urine de cette iille, alin que le médecin examinàtsi elle était malade. Le docteur considérant longtemps cette urine, le jeune homme, cédant à un remords dé conscience, dit : « Maître, diles-inoi si cette Iille est enceinte , car alors je l’épouserai. »
Le docteur Luther dit que dans la Flandre et dans la basse Allemagne les hommes sont très-grossiers ; jus([u'à douze ans ils montrent beaucoup d'intelligence, et ensuite ils deviennent tout à fait stupides. Il raconta l’histoire de l’un d’eux qui traversait une place, et un autre, faisant ses besoins par la fenêtre lui couvrit le visage d’ordures ; après s’èlre essuyé, il dit : « Je lu vois bien, à présent; oh ! que tu as une grosse face et un long nez! »
ün cita diverses reparties plaisantes , telles que celle de ce bourgeois qui menait sa femhie sur un chariot, et quelqu’un voulant se moquer de lui, lui demanda : « Combien demandes-tu de cette oie? » Il répondit : « De cette oie , je ne vends que les
' AliM per fenetiram eacastil.
CONTFS, I:T JOYEL'X devis. ^
œufs. » — Un moine, étant aux iatriues, récitait son office, et ).e diable vint et lui dit : «Lorsqu'un moine est aux latrines, il ne floit pas prier. » Mais le moine lui repartit : « Ce qui monte en haut est pour Dieu , ce qui tombe en bas est pour toi ; je purge mon ventre et j'honore le Dieu tout-puissant. » — Un prêtre paresseux, au lieu de réciter son bréviaire, récitait l'alphabet, et il disait : « Mon Dieu ! recevez cet alphabet, et, avec ses lettres, faites l'ofiice canonique. »
Un roi d'Angleterre, étant à la chasse s'égara , et il entra dans la chaumière d’un pauvre paysan qui ne le connaissait point , mais qui l'accueillit de son mieux et qui lui .servit de quoi manger. Le roi ayant manifesté du dégoût pour cette nourriture , le paysan lui donna un soulllet, en lui disant : « Ne sais-tu pas que chacun est roi chez soi '! «—Quelque temps après, le roi Invita le paysan à sa cour; et l'ayant fait mettre a table, il lui lit servir une multitude de plats, et le paysan mangea un peu de chacun d’eux. Aloi's le roi lui dit en riant : « Tu es plus sage queVnoi, autrement tu aurais reçu un soufflet. » Et il le renvoya.
Le jour de la fête de saint André, de jeunes Olles priaient durant la nuit, couchées par terre et dépouillées de leurs vêtements, afin de savoir quel mari elles devaient avoir. Elles faisaient celle oraison : « O saint André, fais que j'aie bientôt un bon mari , et montre-moi qui il doit être. » l.’unc d'elles faillit mourir de froid, et cependant il ne vint personne. De même les servantes vont, la veille de Noël, écouter à la porte de l’étable à pourceaux ; si c’est un petit porc qui grogne le premier, cela signifie qu’elles auront un mari jeune; sinon, qu’elles épouseront un homme âgé.
Une femme fort bavarde , et qui se croyait très-habile , alla trouver le docteur Imther, disant qu’elle avait entendu un sermon du docteur Jonas sur ce passage ; a Le Verbe s’est fait
chair, D et que cVtait un grand mystère. Le docteur Luther se tut et la renvoya ; il dit ensuite : «C’était un grand esprit qui était ià, je n'aurais pas eu moyen de parler ; s’il fallait dispute j. avec de telles personnes, on tomberait facilement de l'esprit dans la chair. »
Lorsque nous offrons aux épicuriens d'à présent les mets exquis de l'Eglise, la grâce, le salut, la rémission des péchés, ils font fl de tout cela et ne veulent que des écus. Je voudrais être un ange pour trois Jours seulement, je leur enlèverais tous leurs trésors et je les jetterais dans la rivière ; oh ! alors , il y aurait disette de biens dans le pays, ils voudraient tous se pendre. Je lis avec plaisir l'apologue du loup qui trompa le renard : il est bon qu'un loup trompe un loup; rien n'est agréable comme de voir un impie trompé par un impie. On lit aussi qu’un loup ayant rencontré un cheval , lui demanda comment il se nommait. Le cheval répondit : « Je n’en sais rien, mais mon père a écrit sous mon sabot qui je suis et d'où je viens. » Le loup ayant voulu y voir , le cheval lui lança une bonne ruade au milieu du front ; alors le loup dit : « J’ai été bien trompé; je n'étais pas fait pour être un scribe, mais un chasseur. »