I.t ÜiABLK, LLS bOHUthS, LEb INOEliEb, ETE
sieurs fois de cesser, l’esprit le blessa en faisant tomber sur lui une poulfc de la cuisine ; alors le prieur le força de partir.
Le docteur Luther raconta un jour que le diable clail, en un cerlaiu village, entré dans le corps d’un paysan. Un moine avait voulu le chasser, et il s’élait réuni à d’autres moines, et tous ensemble s’acheminèrent processionnelloment et en grande pompe vers la maison du possédé, et(iuand ils -y entrèrent, le diable s’écria par la bouche du paysan : « O mon peuple, que t’ai-je fait ? »
Le docteur Lutlier dit que l’on pouvait singulièrement fiiehcr les sorcières qui volent du lait et du beurre, en s’emparant de ces objets et en les mettant sur des charbons ardents; alors Satan tourmente tellement les sorcières qu’elles sont forcées de venir ; mais le moyen qu'employait Pomerauus était le meilleur de tous ; il satisfaisait ses besoins dans le chaudron et mêlait ses excréments au luit ', de sorte que ces coquines ne pouvaient tirer aucun parti de ce qu’elles avaient dérobé.
Quant aux possédés, je pense que toits les blasphémateurs et les usuriers sont tourmentés par le diable. Les médecins attribuent beaucoup de ces cas à des causes naturelles , et parfois leurs remèdes apportent quelque soulagement, mais ils ignorent quelle est la puissance et la force des démons. Est-ce que Satan ne pourrait pas rendre les hommes frénétiques et insensés , lui qui remplit les cœurs de fornication, de meurtre, de rapine et de tout penchant déréglé ?
L’on a brillé, à Erfurt, un magicien qui, durant quelques années, était en proie à la tristesse , parce qu’il se trouvait dans une grande pauvreté. Satan lui apparut sous une forme visible, et lui promit de le combler de biens s’il voulait renoncer au
‘ Cacabai enim in oUain tu immisceOut lue et uercus.
5i PROPOS DK TABLE DE MARTIN LUrUEIl.
baptême et à la rédemption par Jésus-Christ, et promettre de ne jamais faire pénitence. Le malheureux souscrivit à ces conditions; Satan lui donna aussitôt un miroir avec lequel il pouvait deviner l’avenir, et il devint renommé et riche, car l’on s’adressait beaucoup à lui. Enfin le diable le poussa à déclarer, par l’inspection de son miroir, coupables d’un vol des gens qui étaient innocents, ce qui le fit mettre en prison; et là , violant l’engagement qu'il avait pris envers Satan, il fit appeler un ministre de l'Évangile . et il fit une pénitence sérieuse , exhortant ensuite le peuple à profiter dé son exemple pour ne pas s’écarter de l'obéissancetlue à Dieu ; il subit son supplice avec joie.
Lors de la messe que l’on célèbre le malin de la fêle de Noël •, les sorciers et les sorcières emploient bien des sortilèges , et en voici un entre autres : Un sorcier s’asseoit, après le coucher du soleil, dans un endroit où quatre chemins se croisent ; il prend trente florins et trace un cercle autour de lui , et il ne regarde point derrière lui . autrement le diable lui tordrait le cou surle-champ. Il se met ensuite à compter cet argent jusqu’à ce que sonne l’heure de la messe, comptant d’abord dans l'ordre régulier, et ensuite à rebours 30, 29, 28, 27, etc. S’il se trompe dans l’énonciation de ces chiffres , le diable lui tord aussitôt le cou. Ensuite le diable s approche de lui , et lui montre beaucoup de gens décapités, |)endus et des supplices horribles. Il reçoit enfin du diable un florin magique qui, chaque nuit, en produit un autre. L’on a eu la preuve de cela dans le village de Pantzsch-
■ La Duilile Xoüijoue un graml rôle dans l'histoire de la sorcellerie; c’c.-l une tradition que l’on reuronlre dans toute l’Europe, en Italie comme en Suède. Bornons-nous à un seul exemple que nous fournit la F'rance et que nous empruntons aux savantes et curieuses Recherches de M. Alfred Maury sur les fées du moijen ûge[i%KS , p. 59). En allant d’.tlu\es à Dampii-rre, deux ou trois cents pas environ avant d'arriver é la montée qui conduit de Chartres é Tours, on remarque, à gauche sur le gazon, une pierre plate d'environ trois pieds ; c’est le fameux perron de Carème-prenaiit, où, d’après le dire des gens du pays, tous les chats des hameaux voisins ou plutôt les diables, sous cuile fcim" qu'.ls aiment à revêtir, viennent faire le sabal la nuit de Noël.
COMKS, APÜLOGLKS ET JUVEUX DEVIS. 55
dorff, où notre sénat a fait arrêter une vieille femme qui possédait un semblable florin. Voici commentellea étédécouverte. Elle allait s’absenter pour quelque temps, et elle avait recommandé à sa servante, lorsqu'elle aurait trait sa première vache, de faire bouillir le lait et de le verser dans un pot, et de le serrer ensuite dans un coffre. La servante, pensant que la chose ne pressait pas, trait toutes les vaches ; elle apporte ensuite le lait , et ouvrant le coffre, elle aperçoit un veau tout noir qui ouvre une gueule effroyable; saisie de surprise et d'épouvante, elle lui jette à travers le poêlon plein de lait. Le diable , caché sous la figure de ce veau, s’enfuit alors, et le feu prit à cette maison, mais ce fut la seule qui fut brûlée. La vieille et la servante ayant été arrêtées, celle dernière raconta tout ce qui s’était passé. Le juge promit à la vieille qu’elle aurait la vie sauve si elle avouait tout; et dans sa confession , elle raconta ce qui concernait le florin magique.
CU.M'ES , APOLOGUES ET lOVBDX DEVIS ‘.
Quoiqu’un chrétien doive être circonspect dans ses propos, afin de n’offenser personne , cependant , pour délasser l’esprit , une coniersation enjouée est permise entre amis.
On raconta divers exemples de procès singuliers. L’àne d’uu
' Parmi le» joyeuseti-s dites i la labié de Eulher, il a'en rencontre qui rendent la lâche d’un traducteur bien diûicilo; il court le risque d’dtre beaucoup trop clair, ou de ne donner qu'une bien (aussc idée du texte qu'il a' sous les yeux. Nous prenons le parti de laisser en latin le récit suivant, qui a lout l'air d'une page des Fai éties de Pogge ou des Kouvelles de itiorlino égarée au milieu des Tischrcdeii.
« Deinde dicebaiit de qiiodam magisirn, quem Krasmus Itoterodamus Qlio ducisGeorgii ptedagogum ex l'Iandria miseràt : Is ciim in balnea publics ivissci, sine Temorali, cui cum ancilla obviasse!, fémorale oiTerens,nduit, iia lamen ut testes tegerentur, priapo endnente ; ibi sceunda ancilla con.-ucto more, ei femurale induit. Itcspondit I). Martiiius Lulherus : Majoremne industriam habere deberet quam diix Johannes suus discipuus, qui cum somel in mensa sedisset, ejusque priapus ex tibiahbus prodisset nec cum tegeret, ibi admouuit eum siius architriclimis his verbis :
54 l'RUPOS 1>£ TABLE DE MARTIN LUTHER.
meunier était entré dans une vigne au moment de ia vendange, et ii avala une bonne gorgée dans un vaisseau plein de vin nouveau. Le propriétaire de la vigne cita le meunier en justice, réclamant de lui des douunages. Sentence fut rendue, portant que rine n’ayant fait que boire une gorgée en passant, et sans s’asseoir, le meunier n’était tenu de rien payer. — L’âne d’un autre meunier entra dans la barque d’un pêcheur, et la barque se détachant du rivage s’en fut, avec l’âne, entraînée par le courant. Les deux |u-opriétaires s'accusèrent inulueilement ; l’un dit : L’âne a fait perdre ma barque; l'autre réplique : La barque a emporté mon âne ; et l’affaire n’est pas encore jugée ; adhuc mb judice lii ett.—Ou cita aussi l’exemple d'un avare qui, lorsqu’il envoyait son serviteur clicrclier du vin à la cave, exigeait qu’il s’y rendit la bouche pleine d’eau et qu’il crachât cette eau à son retour, afin de démontrer ainsi son abstinence. Mais le serviteur mit à la cave une cruche pleine d’eau, et après avoir rejeté celle qu’il avait prise avant de descendre, il buvait le vin qu’il voulait et il se remplissait de nouveau la bouche ; et il avoua depuis qu’il n’aurait jamais songé à boire du vin, s’il n’y avait été excité par la ladrerie de son maître.
Un Allemand était sur le point de partir pour l’Italie ; mais ayant entendu dire qu'il n’y trouverait pas de bière de Torgau , il changea aussitôt d’avis, disant : «Je ne puis ni vivre, ni habiter là où je n’aurai pas de celte bière , et je ne visiterai jamais les pays étrangers. »
Un étudiant d’Erfurl n’était jamais sorti de cette ville, étayant le désir de voir Nuremberg, il fit marché avec un cavalier pour l’y conduire. S’étant mis en roule, et ayant à peine fait un demi-
Dominc clrmenlissime, quale rrat animal quod liodie cniplum est a pâtre luo? npspoadit illi ; Tauruseral. Aller e contra bsculo illics priapum lan- Rcns, ilivil ; Li'fdo CltmemiHiii otagnam parlcrn de came (auri oomcJisji-. — IhIoï jtm; pniicipum morts, qui iiiïniio et < imite aliis «iiieire de-
CUNT£8, APOLUtiUtS ht JUVbllX DEVIS.
mille, l’étuiliaut demanda à son compagnon s’ils ariiveraienl bientôt à Nuremberg ; l’autre lui répondit : « Nous en sommes encore bien loin, puisque nous venons à peine de quitter Erfurt. » L’étudiant ayant plusieurs lois ré[)été sa question cl recevant toujours semblable réi)onse, dit enün : « Renonçons à notre voyage, et revenons chez nous, puisque le monde est si vaste et si grand . »
Le docteur Goinerauns raconta «lu’un moine avait secrètement introduit une p... . dans sa chambre pendant 1a nuit, et se rendant à matines, il se frottait le visage d’eau parfumée. La 41
voulut en faire autant, mais dans l'obscurité elle prit une bouteille d'encre et se barbouilla toute la face. Le moine, trouvant à son retour ce visage tout noir, crut que le diable était la en personne , et, agité par la peur et par les reprociies de sa conscience , il se mit à pousser de grands cris. Sa p voulut le
rassurer, mais il n’en fut que pbis éi-ouvanté et il voulut s’enfuir. A ce bruit tout le couvent accourut, et l’intrigue du moine fut découverte.
Il n'y a rien de ridicule comme l'arrogance de certains êtres sans force. Une mouche s’était posée sur une charrette chargée de foin; et comme cette charrette, en cheminant, faisait lever delà poussière, la mouche dit avec orgueil: « Oh! diable, comme une mouche peut soulever de imussièrc !... » C'est comme un moucheron qui, s’étant posé sur un chameau, lui dit en s'envolant : «Je pense que tu t’aperçois de (piel imids tu es allégé?» C’est ainsi que Cochlœus croit avoir fait de grands exidoils et avoir donné de l’embarras à Luther.
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Le docteur Luther raconta une histoire facétieuse : Un gentilhomme ayant "té interrogé par sa femme sur la vivacité de l’aimcbeun'Mit qu'il avait pour elle, lui répondit : « .le l’aime aulani c(u'iini' tKiiiiie dé.i'liarge de M.uilre. » l’.lle lut euiii roueee de
PRUPOS DK TABLK DE MARTIN LLTHER.
cetUi réponse; mais le lendemain il la üt monter à cbcval et il l'y retint toute la journée sans qu'elle pût satisfaire ses besoins; alors elle lui dit : « O seigneur, je sais maintenant à quel point lu m’aimes; je te conjure de t'en tenir là dans rattachement que lu me |)ortes. »
Il y a des poètes qui veulent passer imur hors d'eux-mèmes, et qui feignent des transports d’enthousiasme. Je me rappelle que Richius en agissait ainsi: il était assis sur une croisée, et il appelait le diable avec force malédictions et imprécations. Stiegel passait par là par hasard ; il prit le poète par le pied , et le tirant à lui, il le lit tomber; Richius eut une peur etfroyable, croyant que le diable venait en effet le saisir, et ce fut pour toute la ville un grand sujet de risée.
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Un étudiant étant revenu de ruuiversilé chez son père, quand vint l’heure de souper, la mère posa trois œufs sur la table; lu mari dit : « Pourqui sers-tu si peu de chose , lorsque notre fils est de retour chez nous ? tu aurais dû lui faire faire meilleure chaire. » Le fils répondit : u Nous n'avons pas à nous plaindre ; il y a six œufs. » Le père repartit : « Comment cela? » El le 01s dit ; « Est-ce qu’un, deux, trois, ne fout pas six? »Le père réplique : « C'est juste; aussi, je donne un œuf à ta mère, j’en prends deux pour moi et je te laisse les trois autres. »
Maître Forstheim dit qu’un Vaudois, nommé Laurent, s’était châtré dans sa jeunesse, mais que dans sa vieillesse il s’en repentit ; et il avoua qu'il était plus enflammé qu’auparavanl. Le docteur Luther dit : « Les eunuquesont plus d’ardeur que les autres hommes, car c’est le pouvoir qui périt, non le désir, qui s’ir rite par l’impuissance. »