JUIFS
partie des boinuies périssaient à la gueri'e , et les femmes survivaient , et Dieu a entendu qu’elles ne fussent pas abandonnées. Si quelqu'un ne voulait pas habiter et coucher avec la veuve de son frère, il devait la nourrir. C'esl à une mesure de ce genre que j’attribue le grand nombre de femmes qu’a eues Salomon.
Les Juifs racontent des fables d’un roi de Basan , nommé Og , qui s’était saisi d’un gros rocher pour le jeter sur ses ennemis; mais tandis qu’il le portait sur son cou , Dieu fit qu’il se troua et qu’il tomba sur ses épaules , entourant son cou comme d'un collier, et il ne put jamais s’en débarrasser. C’est une fable , mais peut-être a-t-elle un sens moral , comme les fables d’Esope ', car les Juifs ont eu des sages fort distingués.
Les Juifs ne peuvent supporter la doctrine que le Christ soit roi. Dieu et homme. Les Âriens sont les plus subtils de tous les hérétiques; mais c’est par le Saint-Esprit, et non par notre raison , que les articles de la foi doivent être jugés. La raison est .tuée par ces articles , elle doit se rendre prisonnière et dire : Ces choses me paraissent entièrement incroyables, mais puisque Dieu le dit , je le croirai , car il est véridique et il ne trompe point.
Salomon n’a jamais bâti un temple aussi beau que celui qu’a maintenant la ville do Torgau. Le temple que les païens élevèrent à Epbèsc à la déesse Diane était peut-être construit dans le but d'imiter et de surpasser le temple des Juifs.
Si j'étais à la place des seigneurs de N., je rassemblerais tous
■ Luther donna en 1S30 une traduction d’un choix dei Fables d’Ësope. Il dit dans son avant-propos, qu’il n’y a peut-être jamais existé d’homme de ce nom, et qu’il est vraisemblable que ces fables ont été recueillies de la bouche du peuple.
76 PROPOS l>E TABLE DE MARTIN LLTHER.
les Juifs et je leur demanderais |H)urquoi ils appellent Jésus- Christ un fils de p— n, sa mère une p— n et la Vierge une coureuse. S'ils pouvaieutme prouveret démontrer qu'ils ont raison, ic leur donnerais mille florins; sinon, Je leur arracherais lu langue. En somme , on ne doit point souffrir les Juifs parmi nous , on ne doit ni manger ni l>oire avec eux. — Quelqu'un dit alors : « N'est-il pas écrit que ies Juifs se convertiront avant le jugement dernier? » Le docteur répondit : « Où est-ce écrit? Je ne connais aucun texte précis à cet égard. On cite un passage do l'cpltrc aux Romains, mais il n'établit pas clairement cette assertion. » — La femme du docteur cita alors le passage de saint Jean ( ch. x, v. |6) : « D'autres brebis entendront ma voix , et il y aura un seul troupeau et un seul pasteur. » — a Oui , chère Catherine, répliqua Luther, mais cela s'est déjà accompli lorsque les païens sont venus à l’Évangile. »
Entre époux , il ne doit jamais être question de ces mots : /e
' Le fameux sermon de Luther sur le mariage ne saurait être ici passé sous silence; il fut prêché eu pleine église, iWittemberg, en 1523, et jamais paroles plus étranges n’ont été prononcées en chaire. Luther admet le divorce contre la femme qui refuse deux ou trois fois de suite le devoir conjugal; il s’écrie ; «Il faut que le mari dise : Si lu ne veux pas, une aiitro voudra; si la maîtresse refuse, vienne la servante.» Il veut que le magisrat emploie la force et, en cas de besoin, le glaive contre la femme revêche. En cas d'impuissance, le mari doit introduire son frère ou un de ses parents dans le lit de sa femme : sinon, qu’elle prenne clandestinement la uitc et qu’elle aille , en pays étranger, chercher un autre époux. Citons quelques passages de cette plus qu’etrange homélie , tels qu’on les trouve dans les diverses éJiiions latines.
« Verbum enim hoc quo Deus ait; Crescile et multiplicamini, non est præceptiim, sed plus quam præceptum : diviiium puta o;>us, quud non est nostrarum viiium ut vel impediatiir, vel omittatur. Sed tani est necessarium quam ut masculus sim, magisque iiecessarium quam edere, bibcrc, purgarc, niucuin emungere, soinuu et obsoniis intentuin esse. Lt non est in (peis viribiis sjlgm qt vir non sim, tam non est ctiam mci jurls
(ï«n, le mtfftt.Toul doit être en commun, et il ne doit pas y avoir moyen de distinguer ce qui est à l’un ou ce qui est à l’antre.
ut absque muliere sim. Rursum ut in tua manu nr>n est ut femina non sis, ncc in te est ut absque viro degas.
« Si roulicri ad rem apte conlingat marilusimpulens, ita mariiumillam compellare debere. « Rcce, mi marilc, debitam niihi benevolenliam præstare « non potes, meque et juvénile corpus decepisti; prælcrea, in Tamæ et salu- « tis meæ periculum me adduxisti, neque coram Oeo inter nos matrimonium «est. Fave.qiiæso, utcum fratre tuo, aut proxime libi sanguine juneto « occultum matrimonium paciscar, sic ut tu nomrn habeas, ne rcs tuœ in «alicnos hæredos perveniani. » Perrrxi porro maritum debere in ea re asscnliri uxori, eique debitam benevob'ntiam, spemque sobolis eo pacto reddere. Quod si renuat, ipsa clandestina fuga saluii suæ consulat, et in aliam profccta terram , alii eliani nubal.
« Reperiuiilur adeo pertiiiaces uxores, quæ eliam si decies in libidinem prolaberetur maritus, pro sua duritia non cnrarent. Ilic oporiunum est ut maritus dical : « Si tu iiolueris, alia volet. » Si domina nolit, adveniat ancilla. Ita tamen, ut antea iterum et tertio uxorcm admoneat maritus, et coram aliis ejus pertinaciam detrgat, ut pub.ice et ante conspretum Eccicsiæ duritia ejus et agiioscalur et repreliendalur. Si tum renuat, répudia eam, et in vicem Vnsihi, Eslher surroga, Assueri régis exemple. >•
Il est permis de s’étonner que M. Michelet, après s’ètre donné la peine d’extraire dans les écrits de Lulbcr nombre de passages assez insigniflants, n’ait rien dit d'un morceau aussi remarquable.
Ajoutons que parfois Luther se montrait en chaire digne rival d'Olivier Maillard, de Menot et d’autres prédicateurs grotesques. Le passage suivant de son sermon sur la irompeiie du jugement dernier le démontre sulTisammcnt. » Quand Sodome et Gomorrhe Turent englouties en un clin d’œil, tous les habitants de ces villes, hommes, femmes et enfants, tombèrent morts et roulèrent dans les abîmes de l’enfer. Alors on n’eut pas le temps de compter son argent, ni d'aller courir la prétantaine avec la
P mais eo un instant tout ce qui vivait tomba mort. Ce fut ia timbale et
la trompette du bon Dieu; c'est ainsi qu’il fit son poumerlé poump! pomnerlti poump ! pliz pluz ! shmi 1 schnurl Ce fut le coup de timbale de Dieu notre Seigneur, ou, comme dit saint Paul, la voix de l’archange et la trompette de Dieu; car, lorsque Dieu tonne, cela fait presque comme un coup de timbale, poumerlé poump Ce sera le cri de guerre et le laraianiara du bon Dieu. Alors tout le ciel retentira de ce bruit : Kir ! kir ! poumerlé ! poump ! poump ! » (On trouvera le passage entier dans Fiogel ; Geschiche der Komischem lUieratwr, 1784 , 1. I, p. 258.)
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78 PROPOS DE TABLE DE MARTiri LUTHER.
Saint Augustin a dit une chose charmante : « Un mariage sans enfants, c'est le monde sans soleil. »
Le mariage est une institution divine d'où toutes choses découlent ; saus lui, le monde serait resté vide ; toutes les créatures eussent été inutiles, s'il n'y avait pas eu Éve et ses mamelles.
Le 2i novembre, maître A. Bern. parlait en sécréta sa liancée. Le docteur Luther dit en riant ; « J'admire qu'un liancé ait quelque chose de particulier à dire à sa fiancée ; je crois pourtant que cet entretien n'est nullement désagréable pour eux ; laissons-les donc , ils ont un privilège de l'empereur qui est audessus de toute coutume. » Il se mit ensuite à faire un grand éloge du mariage que Dieu a institué , puisqu’il a voulu qu’il y eût au monde mâle et femelle; si quelqu'un croit pouvoir faire mieux , qu’il l’essaye à ses périls et risques. Quoique la femme ne soit qu’un vase intiriiie, la maternité est cependant chose fort glorieuse, puisque tous les hommes sont conçus, enfantés, nourris par les femmes. Toutes les lois ont dit favoriser la multiplication des familles. Il y a un canon qui porte que si quchiu’un laisse par testament mille tlorin.s à une vierge, à condition qu’elle demeure dans le célibat , elle a le droit, si elle se marie, de revendiquer ce legs. C’est le pape qui a voulu faire une loi du célibat , et faire mieux que Dieu n’avait fait. » — Quelqu’un demanda alors si saint Paul était marié ; le docteur Luther répondit : « C’est très-vraisemblable, car les Juifs avaient coutume de se marier de bonne heure, et ils vivaient chastement. »
■’ Une fille, à dix-huit aus , est très-propre au mariage ; car cet âge éprouve la brûlure de la chair.
Dieu ne change pas les règles qu'il a.imposees au mariage , il
leu couserve, et il ne s'en est écarté que lors de la conception de son Fils, quoique les Turcs pensent que des vierges conçoivent et enfantent fréquemment ; ils ne sont uuliemeut étonnés que Marie soit restée mère et vierge tout ensemble, car ilsdisent que ce n'est iwintrare. Je ne voudrais pas que celte croyance-là s’établit dans ma maison.
D’où vient que l'on condamne et interdit le mariage, qui est de droit naturel ? C’est comme si l’on prétendait défendre de manger, de boire, de dormir, etc. Ce que Dieu a réglé et institué ne dépend plus de notre volonté ; nous ne sommes plus maîtres de le rejeter ou de le clianger. Il faut adopter ce que Dieu a voulu ; autrement il en résultera de grands désordres, ainsi que rexpérience l'a déjà démontré.
“Dans la première année du mariage, l’on a d’etranges idées. Si l'on est à table , on peut se dire : « Tu étais jadis seul ici , et maintenant tu es deux. » Si l'on est couché, et qu’on vienne à se réveiller, on voit près de .soi une tête qu’on ne voyait pas autrefois. Ma Catherine, la première année de notre mariage, se tenait près de moi quand j’étudiais ; et comme elle ne savait ce qu'elle devait dire, elle me faisait des questions comme celle-ci : « Seigneur docteur, le grand-chambellan, en Prusse, estil le frère du margrave*? »
Dieu a béni l'étal de mariage, et il le protège contre le pape et le diable qui en sont les ennemis. Une marque certaine de l'inimitié de Dieu contre la papauté , c'est qu'il a voulu qu'elle se déchaînât contre l’union conjugale et qu’elle fit tous ses efforts pour la proscrire. ^
Le docteur Martin Luther dit un jour : « Il est aussi impossible de se passer de femmes que de boire et de manger ; car tous les
‘ CcUil ie meme personnage.
paucbants de la nature nous portent vers les femmes. La raison on est que nous avons été conçus et portés dans le corps d'une femme ; notre chair est donc ainsi, pour la plus grande partie, la chair d'une femme, et il ne nous est pas (mssihle de nous séparer complètement d'elles
Sut
Le docteur Luther parla de l'apparence trompeuse de mérite du célibat et des peines inlinies du mariage , disant que la grande raison du célibat des prêtres, c'était leur avarice et la crainte de laisser leurs enfants dans la misère. Les évêques et le pape n'auraient pu, sans le célibat, étendre leur domination. Un autre motif, c’étaient les vices des femmes des prêtres; car s’ils avaient prêché dans leurs sermons contre le désordre , on aurait pu leur répondre : « Pourquoi ne corriges-tu pas d’abord ta femme?» Des épouses modestes sont donc indispensables, aux évêques surtout , mais elles sont fort rares ; car à cause de leurs méchantes femmes, de pieux ministres peuvent encourir la déposition. Ainsi, beaucoup d’inconvénients résultent de l’état de mariage; mais l’ordre que Dieu a donné aux choses et l'autorité de l’Écriture doivent l’emporter sur les opinions humaines; aussi Satan a-t-il, par le moyen des papistes , vomi d’horribles in-
' Dana plusieurs de ses écrits, Luther a reproduit des pensées analogues avec une intraduisible énergie.
Caro séminal se sicui ipsam Deus creavii.
Si fhucw non fîuii in cnrncm, fluil in camisiani.
Tu veux m’empécher de procréer : mais dis donc au feu de cesser de brûler, à l’eau d’humecter, à l’animal de boire cl de manger.
t'acile dicmiipsi, quia concumbunt mutieribusquandocumquevolm!, et dam naliirœ sua: sulficiens spaiiwn ce uercm.
Kaire des enfants, c’est chose aussi implaii ée dans la nature que de boire cl de manger : propieren dédit Deus corpori viembra, venas, fliisu* et omnia quee ad hoc deserviunt.
C’est de la bouche même de Luther qu’est tombé ce fameux proverbe
li er nicht liebl wein , weiber und gesang Der bleibt ein narr sein leben long.
Quiconque n’aime ni les femmes, ni le vin, ni le chant,
Celni-M eat un sot et ie sera sa vie durant.
I)i; MARIAGE ET UC CÉLIBAT. 81
jures contre l'institution du mariage. Cyprien, dans ses livres l)t SingiilaritaU ctericorum, dit que s’il entendait une femme parler, il la fuirait comme une vipère süRanle, et si les p — ns sont pour nous un objet de terreur , alors on tombe facilement dans le péché de Sodome, comme il arriva presque à saint Jérôme.
Wt
Le pape Jules avait un grand attachement i>our un cardinal qui était d'une grande érudition; et ce cardinal ayant une intrigue avec une religieuse , le pape n'en prit nul souci. Mais comme il l'épousa, alors le pape, rempli de colère, le priva de tous ses béuéflces et de toutes faveurs, disant que le mariage était une chose impure.
Il n’est pas au monde de plus grand fléau qu’une épouse morose et impudique. Salomon dit qu’être marié avec une femme <|ue l’on hait, c’est le plus affreux des malheurs. Le docteur Luther plaignit ensuite le sort du très - honorable personnage M. Ant., qui eut une femme d'une extrême impudicité, et qui n’a pas voulu se séparer d’elle , ce qui lui aurait été très-facile s’il s’était plaint de ses débordements. C’est une chose bien cruelle d’avoir un rival sans qu’on le sache, mais le savoir et le supporter, voilà ce qui afllige surtout l’esprit. C’est un effet de la grande malice de .Satan de venir ainsi jeter la discorde entre les époux
Ün parla d’Adam et d’Ève, et quelqu’un dit que .si une femme trompait de nos jours son mari comme avait fait Ève, semblable faute lui serait difficilement pardonnée. — Le docteur Luther dit ; «Si c’était par sottise qu’elle faisait mal, que dirait-on? Heureux et bienheureux celui dont le mariage est heureux , mais ce don est rare. Les Italiens sont jaloux et ne laissent pas aller leurs femmes aux festins , aux temples , aux places publiques ; ils les retiennent dans l’intérieur des maisons; et si elles sortent, c'est couvertes d’un masque. Ils s'élonnent fort des habitudes des Al-
82 PKOHOS UE TABLE UE MAKTIN LUTHER.
leioaiuls, qui laissent leurs femmes se montrer aux étrangers. Les Prançais sont libertins; les Espagnols orgueilleux et féroces; nul peuple ne peut les souffrir, et, cette année , le roi de Hongrie n'a pas voulu recevoir chez lui de soldats espagnols ; ils sont plus féroces que les Turcs.
Si quelqu'un avait avec lui une concubine qu'il ne pût épouser sans compromettre sa sûreté , et pourtant s’ils se conservaient mutuellement la foi , et s'ils avaient dans leur conscience fait vœu de mariage, ce serait un mariage devant Dieu, quoique donnant du scandale ; niais les scandales ne nuisent pas. — Voici un exemple. Un gentilhomme , Nicolas de Seck , vivant dans le célibat, eut une gouvernante qui devint sa concubine, et il eut d'elle de très-beaux enfants ; ensuite , touché de la doctrine de l’Évangile, et par amour pour ses enfants, il voulut l’épouser aGn de tranquilliser sa conscience et légitimer ses Gis. La jurisprudence enseigne qu’un mariage subséquent légitime les enfants. Ces enfants légitimés héritent des biens de leur père, ils peuvent en disposer, mais ils ont de la peine à conserver le blason et les armoiries, la noblesse ne le permettant pas
Si un prédicateur chrétien est obligé de supporter la persécution et la prison pour la parole de Dieu, n’est-il pas tenu d’embrasser aussi l’état de célibat, tout gênant qu’il est?— Le docteur Luther répondit : « Il est plus facile de supporter la prison et les fers que la brûlure de la chair; celui auquel le don de continence n’a pas été accordé ne conserve pas sa chasteté en recourant au jeûne et aux veilles. Quant à moi, je n'étais pas excessivement tourmenté *, et toutefois , plus je me macérais , plus je brûlais. »
Six.
Ce qui est dû en mariage doit être rendu pieusement et chas-
' Cependant il a dit ailleun : Garnis meœ indomiiœ wor ntagnit ignibiu, corna, libidine.
I)t] MARIAGE ET ÜU CI^.LIBAT. ^
tement, selon la règle de Dieu. — Il a réuni deux personnes en une chair, ainsi que l’a dit saint Paul : Le mari n’a pas la disposition de son corps; mais bien son épouse, et réciproquement. Ils ne doivent donc pas se tromper l’un l’autre, mais se séparer d’un consentement mutuel pour quelque temps , dans le but de prier.— Ensuite , le docteur Luther tournant les yeux du côté de sa femme qui étaÿ enceinte, dit : « Ma Catherine, tu m’as fait un grand honneur, puisqu’avec la bénédiction de Dieu ta fécondité m’a rendu père de six enfants ; et quoique j’aie rarement affaire .à toi, il s’ensuit que des enfants sont conçus aCn que nous reconnaissions que Dieu est le père et le créateur de toutes choses, et que le fruit du ventre est son ouvrage et une bénédiction de sa part; ainsi que le dit le psaume cxxviii : « Ta femme sera dans ta maison comme une vigne abondante en fruits , et tes enfants comme des plants d’oliviers autour de ta table. Ainsi sera béni celui qui craint l’Éternel. » Mais ces sales coureurs de p —ns, ces très-impurs célibataires, moines et papistes , qui fuient le mariage, sont indignes d’une pareille bénédiction. C’est à cause des soucis qu’il cause qu'ils fuient le mariage, et ils se couvrent du masque de la religion, feignant d’èlre très-chastes ; mais leurs paroles s'écartent beaucoup de leur cœur. Aussi saint Paul a-t-il dit : « Le mensonge de ceuxqui parlent dans l’hypocrisie ; » c’estè-dire de ceux qui s'expriment d’une manière, et qui , dans leur ùme, pensent tout différemment.
Le mariage des prêtres est défendu par les canons, et la loi civile y ajoute une peine, c’est-à-dire qu’elle les dépouille de leur charge. Voyez ces tyrans qui séparent et qui tuent les époux. Le pape, tyran très-cruel, a abroge les anciens canons et en a imaginé de nouveaux; mais nous affirmons qu’il est soumis à l'Écriture, et c’est ce qui le confondra. Cet àne insensé de pape à montré sa malice en voulant que son ordre fût irréfragable et sans appel. La papauté ne [>eut subsister en présence du mariage des prêtres.
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W PRüKtS nu TABI.»: 1»K MARTIN LUTHER.
Le monde ne comprend ni u’apcrçoit les œuvres de Dieu. Peut'On assez admirer l'union conjugale que Dieu a réglée el établie , et d'où dérive l'espèce humaine ainsi que les institutions domestiques? où serions-nous si elle u’existait pas? Mais , dans son impiété , le monde ne tient nul compte de la volonté de Dieu. Nous sommes tous sortis du corps de notre mère , empereurs, rois , princes ; Jésus-Christ lui-même , le (ils de Dieu, n’a pas dédaigné de naître d'une vierge. Les contempteurs el blasphémateurs du mariage devraient être accrochés à une potence , tout comme les anabaptistes et les adamistes qui ne reconnaissent pas le mariage et qui vivent entre eux comme des bêles. Voyez aussi quelle belle vie mènent les papistes qui atmquent le mariage el le repoussent, et qui en même temps entretiennent des p — ns. S'ils veulent ainsi , au nom du diable, n'jeler le mariage , que du moins ils soient con.séquents et qu’ils chassent leurs p — ns.
Lorsque je commençai à reconnaître l'impiété et la tyrannie du célibat, me défiant de moi , j'allai trouver le docteur Jérôme SchurlT pour qu’il m’indiqu&t, d'après les décrétales, pourquoi une pareille tyrannie était imposée aux misérables consciences des prêtres ; je ne pensais pas de même à l'égard des moines qui étaient liés par un vœu. Il ne put rien m'alléguer de certain , mais il me répondit que le pape ne contraignait personne d’embrasser le sacerdoce ; de sorte qu’il me laissa dans le doute et qu’il ne résolut point la difficulté que je lui avais exposée.
. ' Hérétiques qui avaient l’habitude de paraître dans leurs réunions dé-
pouillés de tout vêtement, sous prétexte d’imiter l’état d’innocence primitive d'Adam. On rencontre, dés le second siècle, quelques traces de cette secte; elle reprit une vie nouvelle du temps des hussites, mais elle ne sortit guère de la Roème et de la Moravie; elle fit quelques prosélytes en Hollande. A la suite de l’Hisioire de la guerre des Uussiles, par Lentant (1731, 2 vol. in-t»), se trouve une disserlaiion de Beausobre sur les adamistes.
DU MAHiA<iC F.T DU otLIBAT. SR
Le mariage est ta plus belle inslilulioit que Dieu ait régl(^e; les lois impies du pape ne sont qu’une oppression violente de la nature, car le but de la vie humaine, toute pauvre, pénible et courte qu’elle est, c’est d’engendrer des enfants. Lorsqu’une femme a , durant vingt ans, eu des enfants, c’en est fait d’elle.
On dit à table au docteur Luther qu’il venait de paraître à Leipzig un livre qui contenait l’apologie de la bigamie ; il ne répondit rien , mais il demeura assis et plongé dans de graves réflexions. Il dit enfin ; « Je suis souvent surpris que le roi de l’Arabie ait pu avoir sept cents femmes. » Alors un des convives lui demanda : « Seigneur docteur, que pensez-vous de Salomon, qui a eu trois cents femmes ou reines et sept cents concubines ‘ ? Et le texte dit que le nombre des jeunes filles qui étaient à sa cour n’était pas compté. » Le docteur repartit ; « Il faut remarquer que ces reines dont parle l’Écriture doivent s’entendre delà race royale et de la famille de David, qui étaient nourries aux frais du roi. L’électeur de Saxe a un grand nombre de femmes autour de lui , des princesses, des demoiselles nobles , une dame du palais , des filles de service , et il ne s’ensuit pas que ce soient ses épouses. Comment serait-il possible que toutes ces femmes eussent été à Salomon afin qu’il dormit avec elles? La raison nous dit que la chose est impraticable. Salomon s’était marié à dix-huit ans ; il était très-fort, et je crois qu’il avait alors toute la vigueur d'un homme de trente ans. Il épousa ensuite la fille du roi d’Egypte, Pharaon; ce fut sa seconde femme. En devenant vieux il épousa trois femmes de la race des Ammonites. S’il avait eu trois cents femmes , et que chaque nuit il eût dû en voir une nouvelle , l’année se serait écoulée sans qu’il eût un jour de repos. Cela ne peut pas être , il lui fallait s’occuper du gouvernement de ses États.»
' Nous pouvons citer un souverain arabe qui, à cet égard, se montra imitateur fidèle de Salomon, t.e khalife Youssouf-Ralkin, fondateur de la dynastie des Zizeîdes (en Afrique) , compta mille femmes dans son sérail, et il lui naquit dix-sepl enfanta le même jour. Ce prince mourut l’an tSt. Voir ta Blogrnphie utiwertelle, I. M, p. SM.
8<j PROPOS IlE TABLE DE MARTIN I.LTHER.
Quelqu’un demanda alors si l'Écrilurc sainte faisait mention que Salomon eût fait pénitence. — Le docleur Luther répondit : « Non, mais l’Écriture dit qu’il s’endormit avec ses pères; de là je conclus qu’il a été admis à la béatitude. » T*;! est le sens de cette expression , et elle n’est point employée à l’égard de Jacob et d’Absalon. Scott a formellement damné Salomon.
Le docteur Luther dit un jour que Dieu , en lui donnant une femme pieuse, lui avait accordé un trésor qu’il regardait comme plus précieux que tous les États du roi de France on que la seigneurie de Venise
C’est une grande chose lorsque deux époux vivent ensemble dans une parfaite union ; le diable ne le permet guère ; s’ils sont éloignés l’un de l’autre, ils ne peuvent supporter cette séparation , et s’ils sont ensemble, ils ne peuvent se supporter l’iiu l'antre. Ainsi que l’a dit un poète ; « Nec tecumvivere possuni , nec sine te. » 11 faut donc prier assidûment. J’ai vu bien des ménages où l’on commençait par ressentir une telle passion que l’on aurait voulu se manger mutuellement au Imutde six mois on était séparé. C'est le diable qui inspire d’abord aux mariés cette ardeur, pour les détourner de la prière : Primo ardent in sexum, deinde frigent etoderunt. Il y eut dans une ville, non loin de Wittemberg , un jeune couple nouvellement marié, et ils étaient si beaux l’un et l’autre que l’on n’aurait rien trouvé de pareil en quatre principautés. Ils ressentirent d’abord une très-grande passion , mais au bout d’un an , la femme était une p — n, le mari ne faisait que courir après les filles ; leurs débordements étaient tels, qiîe c’était une honte ; et pourquoi ? parce qu’ils ne priaient pas.
■ « Je regarde le mariage comme un paradi', même arec la plus extrême misère en partage ; c’est ainsi que s’exprimait Luther dans une lettre à Nie. Gerbell, datée du i" novembre 1521. ParadUitm arbiiror eonjugiim , vel somma inopia laborans.
* Einander haben fressen wollen.
Il ue faut avoir aucune relation avec ceux qui veulent rétablir les inaisuDs de lilles publiques. Il aurait mieux valu ne pas chasser le diable que le recevoir de nouveau et lui rendre ses prérogatives. Ceux qui songent à rétablir semblables maisons ne sont point des chrétiens , mais des païens qui n'ont aucune connaissance de Dieu. Le Seigneur a dit qu'il punirait la débauche ; il ch&tiera également ceux qui la tolèrent et l'autorisent. Mais, répond-on, si l’on ne permettait pas semblables maisons, il en résulterait de grands désordres domestiques. Je réjionds que Dieu , dans sa grâce , a établi un remède , le mariage ou l'espoir de contracler mariage. D'ailleurs , l’exemple de la débauche publique peut amener beaucoup de femmes et de jeunes tilles à se livrer au vice. Nous ne pouvons rien faire , rien permettre , rien tolérer qui soit contre la volonté de Dieu: fiai justUia et pereat tnundus.
Le 27 août 1538, on parla beaucoup des erreurs des saints Pères , qui n’oiit rien écrit de digne au sujet du mariage ; tous se sont laissé décevoir par l'immonde célibat , d’où il est sorti tant d’horreurs , et ils n’ont pas aperçu la dignité et l’éminence qu’attribuent au mariage l’ancien et le Nouveau Tetlament , car Dieu a uni le mâle et la femelle. Le très-pieux Abraham a eu trois épouses. Jésus-Christ a assisté à des noces , et c’est là qu’il a fait son premier miracle. Saint Paul veut qu’un évêque soit le mari d’une seule femme , et il prédit que les temps où les noces seront défendues seront féconds en périls. Nous avons vu autant de péchés, de débauches, d’incestes, de débordements que la lettre de saint Ulrich en déplore. Mais l’estime superstitieuse qu’inspira le célibat l’emporta ; les premiers Pères ont été des hommes pieux , mais ils n'ont pas prévu tous les maux qu’enfanterait cette hypocrisie du célibat, et ils se laissèrent séduire par elle. Le concile de Nicée prohiba expressément la castration', car beaucoup d’hommes , tourmentés des
' On sait qu’Origùiie donna col exemple, cl il Irouva, dans l’anliquilé, d’assez nombreux imitateurs; plusréccmmcnl, des sectaires suisses, des Mommiers, se sont livrés sur eui-mémct i semblables excès , et il exista.
désirs de la passion , el voulant conserver les bénéüces de l'église et ses honneurs , s'ctaicnt volontairement rendus eunuques. C'était une grande folie d'opposer des décrets à la castration et de ne pas vouloir permettre le mariage que Dieu a institué. L’édit qui défendit le mariage fut une loi impie et malheureuse. Saint Paphnuce , évêque célibataire , combattit seul cette mesure dans le concile ; il donna le nom de chasteté au lit conjugal.
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Le célibat est une superstition extrêmement empestée ; elle cmi)êche beaucoup de bien , elle nuit à l’ordre politique et doicestique , elle cause des crimes affreux, des adultères, incestes, débauches, pollutions, illusions nocturnes, ainsi que le dit saint Ambroise dans une de ses hymnes *
Procul recédant somnia Et noctium phantaamata Ke polluantur corpora.
Saint Ambroise connaissait bien pareilles tentations. Ah .' bon Dieu ! les choses que Dieu a ordonnées et créées ne se laissent pas facilement abroger, et il est difficile d’empêcher et entraver la nature. La doctrine du célibat commença à lever la tête du temps de saint Cyprien , qui vécut 250 ans après Jésus-Christ ; elle a donc duré 1300 ans.
11 est très-certain et très-positif que l’état de mariage tel que Dieu l’a ordonné est digne de tout respect; mais Satan, le monde pervers et les hommes ingrats lui ont opposé toutes sortes d’entraves ; il faut beaucoup de peine pour décider des mariages ,
dit-on, aux environs d'Odessa une secte d’eunuques. Un fait curieux d'exaltation mentale, c’est celui d'un cordonnier né dans le Frioul et domicilié é Venise, Matthieu Lovât, qui en iso2, à l’âge de 42 ans se fit une amputation des plus entières, jeta dans la me ce dont il venait de se priver, guérit complètement sans aucun sceonrs de mé.lecine, et finit en 1806 par se crucifier après s'ètrc couronné d'épines, lien mourut. I* existe à l'égard de celte histoire étrange, un opuscii e du docteur C. Ruggicri (Venise, 1806, 24 p. in-»»}. Le llercurc, igoy •, y\\\m, en « donné l’analyre.
et il en faut plus encore pour que des é|)oux ne se séparent pas, ainsi que nous l’enseigne l’expérience de chaque jour. Les magistrats , les pasteurs , les consistoires se fatiguent à juger des causes dont le mariage est la source , à concilier des époux , à prononcer sur des demandes en divorce. La variété de ces cas matrimoniaux est infinie. Chaque jour, avant ou après la consommation du mariage , s’élèvent de nouvelles difficultés , et les règles manquent souvent pour les trancher; il faut entrer dans l’esprit de nos lois et faire attention aux circonstances de chaque affaire. — Le docteur Luther parla ensuite de la difficulté que présentait le double mariage de David , auquel Saül avait voulu donner en mariage ses deux filles, Mirab et Mical , et auquel il avait dit ; «Tu seras mon gendre aujourd’hui par mes deux filles. »
Le l'f février 153* , le docteur Luther, accablé d’affaires et de lettres à écrire, dit: «Voici des jours de correspondance et d’ennui. Pareilles occupations nous ôtent le temps d’étudier, de lire , de prêcher, d’écrire , de prier. Je me réjouis de ce que les consistoires sont établis , surtout à cause des cas matrimoniaux qui se multiplient à l'infini. Beaucoup de parents croient avoir le droit d’empêcher, sans cause légitime , leurs enfants de se marier. L’office du magistrat et du pasteur doit tendre à favoriser les mariages, nonobstant la résistance des ]iarents. Si les enfants sont jeunes et s’ils ont l’un pour l’autre un amour mutuel, ( ce qui est la substance de l'union conjugale ), il ne faut pas, à moins de motifs très-graves, essayer d’entraver leur union. Depuis la prédication de l’Lvangile , le mariage a repris son autorité, tandis qu’il était un objet de mépris du temps du papisme. »
Quel fardeau que le célibat! l’exemple des saints Pères nous le montre. Augustin, déjà vieux, se plaint de pollutions nocturnes; Jérôme se meurtrit la poitrine à coups de pierre, mais il ne peut arracher de son cœur l’image des Romaines; François embrasse une boule de neige; Benoît se roule sur des épines
Bernard se macère le corps d'une façon horrible, li faut donc saisir le remède que Dieu nous a donné, c'est-à-dire le mariage ; des hommes qui valaient mieux que nous ont été engagés en cet état. Saint Pierre avait un gendre ; donc il était marié ; saint Jacques, le frère du Seigneur, et tous les a])ôtres , excepté saint Jean , ont été mariés également. Saint Paul se met au rang des veufs, il parait qu'il s'était marié dans sa jeunesse selon l'usage des Hébreux. Spiridion , évêque de Chypre , était marié , ainsi que l'évêque Hilaire. Ce dernier, durant son exil , éerivait à sa fille et lui disait, entre autres choses , qu'il demeurait ehez un homme riche qui lui avait promis que si elle était bien pieuse , il lui donnerait une robe ornée d'or. C'est ainsi qu'il eorre.<pondaitavec cette enfant , eu se mettant à sa |)ortée.
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Le docteur Luther dit une fois, dans un sermon, qu'il avait lu que saint Ulrich , ancien évêque d'Augsbourg , racontait dans une lettre le fait suivant > : Le pape Grégoire ayant voulu établir la règle du célibat pour les ecclésiastiques , résolut ensuite de faire nettoyer un étang qui était à Rome, à côté d'un couvent de religieuses; et quand l'eau eut été détournée, l'on trouva au fond de cet étang les crânes de plus de six mille enfants que l'on y avait jetés et noyés. Tels sont les fruits du célibat. Saint Ulrich ajoute que le pape Grégoire fut saisi d’horreur à ce spectacle, et ‘ qu’il révoqua la loi du célibat, âlais les autres papes qui lui succédèrent la remirent en vigueur.
Le docteur Luther dit aussi que de notre temps il y avait en Autriche, à Neubourg, un couvent de religieuses qu'on avait été forcé de transporter dans un autre endroit à cause de leur con-
' M. Audio dit avoir inulilemeiit cherché celle lettre de saitil LIricti ; nous nous sommes, de notre côté, livrés dans le même bul à des iuvestigaiious qui sont restées sans résultat. Saint Ulrich, evéque d'Augsbourg, est mort en 973. On trouvera sa vie dans ta collection des Gollandiites,