‹ Les propos de table de M. LutherChapitre 15 sur 62 · I. Il de Juillet · texte numérisé non relu

I. Il de Juillet

duite irréguliëru et déréglée, et l'ou mit à leur place des franciscains. Ces moines ayant voulu ajouter au couvent de nouvelles Mtisses, on trouva , en creusant la terre |X)ur poser les fondements , douze pots de terre (pii avaient été enfouis avec soin, et dans chaque pot il y avait le cadavre d'un petit enfant. C'est une autre preuve de la sagesse de la mesure du pape Grégoire, loi'squ’il rendit aux ecclésiastiques la faculté de se marier; et tout comme saint Paul a dit : « 11 vaut mieux se marier que brûler », aiusije dis qu’il vaut mieux donner des éixmses aux prêtres pour éviter un état de choses qui donne lieu à la mort de tant de pauvres petites créatures innocentes.

A Rome, les enfants des femmes de mauvaise vie sont si nombreux que l'on a construit, eu faveur de ces enfants trouvés, quelques couvents où ils sont élevés , et ic pape porte le nom de leur père. £t dans les grandes processions qui se fout à Rome , tous ces enfants marchent devant le pape.

Le aojanvier lâ:it>, neuf enfants furent baptisés à la fois; et le. docteur Martin, le docteur Pomer, le docteur Philippe efd’auires personnages honorables et vertueux leur servirent de parrains. Et le docteur Luther dit : « Voici que, depuis plus de iOO ans, le pape a détruit un très-grand nombre d’enfants par sa prescription du célibat. Mais le Seigneur notre Dieu réparera ce mal avant la fin du monde. •

Le docteur Luther dit un jour qu’il y avait deux sortes d'adultère : la première sorte est l’adultère spirituel, qui est commis devant Dieu lorsque l'on convoite le mari on la femme d’autrui; la seconde sorte est l’adultèro corporel, qui est un vice très-honteux, et cependant dans le monde on s’en fait honneur. Un homme honorable me dit un jour : « Je n’avais pas cru que l'adultère fût un aussi grand péché ; mais c’est inicher contre Dieu.

92 PROI'Ug fit TABLE I»E MARTIN LUTHER.

contre la société civile et la famille, et une femme adultère apporte dans la maison de son mari , qu'elle trompe , un héritier étranger. »

Un habitant deWittemberg ayant commis un adultère, la femme du docteur Martin Luther parla àsoumari etluidit: «Mon cher seigneur, comment les gens peuvent-ils être aussi méchants, et se souiller de semblables péchés? » El il lui ré|>ondit : « Ma chère Catherine, ils ne prient pas, et le diable ne reste pas oisif ; car il nous faut prier sans cesse pour nous défendre du démon d'impureté, et nous devons répéter: «Seigneur, ne nous abandonnez pas à la tentation, mais délivrez-nous du malin esprit. »

Le docteur Luther dit un jour à table : « Je suis persuadé que si Dieu n'avait pas ordonné le mariage , mais que l'homme eût pu s'unir indifféremment à la première femme venue, alors les hommes auraient bien vite soupiré pour l'établissement du mariage, et ils se seraient promptement lassés d'une vie désordonnée ; car l’attrait de la défense est ce qui provoque le plus.» Et il cite à ce sujet deux sentences des anciens : IVilimur in vetitum semper cvpimutque negata; et : Quod licel ingratum est, guod non licet acriut urit.

Le docteur Luther dit, en parlant de ceux qui composent des vei*s satiriques, et qui écrivent contre les femmes et contre les jeunes filles, qu’ils ne resteront pas sans punition. Si c’est un noble qui agit ainsi, à coup sûr il n’est pas réellement d’origine noble, mais c’est un bâtard introtluit dans quelque famille distinguée. Si les femmes ont quelque tort et quelque défaut, il ne faut pas les en reprendre par écrit ni en public , mais par des paroles dites en particulier. Les femmes sont un vaisseau fragile, selon l’expression de saint Pierre (If* ép.,ch. iii, v. 7). Le docteur se retourna ensuite , et dit : « Parlons maintenant d’autres choses. »

ou MARIAGE ET DU CÉLIBAT.

Une jeune tille avait été amenée par sa mère au fils d'un roi, afin qu'il accomplit ses projets coupables ; et lorsqu'elle vit que sa résistance était vaine, et qu'il n'y avait plus pour elle espoir de conserver sa chasteté, elle s'élança vers une fenêtre et s'y précipita , de sorte qu'elle se tua en tombant. On disputa là-dessus, et on demanda si elle était répréhensible. Le docteur Luther dit : « Elle a eu la conGance que cet acte de désespoir était sa seule planche de salut, et ce n'est point pour se débarrasser de la vie qu'elle a agi ainsi, mais pour échapper à la perte de sa virginité.» On assure que la chose est arrivée au roi de France.

Le docteur Luther dit un jour: « Il n'y a pas de plus grand Géau, ni de pire croix sur la terre, qu'une femme méchante, acariâtre, hargneuse. Salomon a dit dans le livre des Proverbes (ch. xxx, V. 31-23) : « La terre tremble pour le serviteur quand il règne, pour le fou quand il est soûlé de viande, et pour la femme digne d'étre haïe quand elle se marie. »

On demanda au docteur Luther si la simple fornication était un péché et un crime , car plusieurs légistes maintiennent que non, et qu’elle n'est passible d'aucune peine. Il répondit : « Pourquoi ne serait-ce pas un péché? Saint Paul déclare très-nettement que ni les débauchés , ni les adultères n'entreront en possession du royaume des deux. »

Mention fut faite d’hérétiques nouveaux qui prétendent qu’entre époux l’un ne peut demander à l'autre le devoir conjugal parce qu’il n’est pas exempt de péché. •— Le docteur Luther dit: a Satan répand dans le monde des erreurs innombrables aussitôt que nous nous écartons de la parole divine ; n’est-ce pas une grande honte que l'on fasse ainsi un péché d'une institution de Dieu , tandis qu’autrementil se commet impudemment une foule

94 PROPÜÜ PE TABLK PE MARTIN LUTHER.

de péchés d’adultère, de rornicalion, d'inceste? 11 a été écrit bien clairement que chacun devait avoir sa femme , non-seulement pour avoir des enfants , mais pour éviter la fornication. »

Une femme viut |>orter plainte au docteur Luther, et il publia la sommation suivante :

« Moi , Martin Luther, fais savoir et connaître, en ma qualité de ministre del'Ëglise de Wittemberg, que Marie, fille d’Urbain Pfeifer, de Schliebeu , est venue vers moi et qu’elle s’est plainte de ce que son mari, HansSchwalb, d’Atzainsdorf, près Erfurth , l’avait deux fois quittée , depüis six ans , sans motif légitime, et qu'il parcourait le pays avec une femme non mariée, à ce qu’assuraient des gens dignes de foi. Elle réclamait conseil sur ce qu'elle avait à faire , désirant se séparer de son mari qui l’abandonnait. Je cite donc , en vertu de mon autorité, ledit Hans Schwalb, pour la première, pour la seconde, pour la troisième fois , afin qu’il ait à comparaître devant moi et devant les dignitaires de la paroisse, le 10 juillet prochain, à huit heures avant midi , pour entendre la plainte portée contre lui et pour y faire réponse. En cas qu’il ne paraisse pas en personne ou par un fondé de pouvoir, il sera passé outre à la procédure et il sera décidé selon la Justice. Donné à Wittemberg , le 8S juin 1538. »

Il y avait à Francfort sur l’Oder uu maître d'école , homme pieux et savant dont le cœur s'était porté à la théologie et qui avait prêché plusieurs fois à la grande admiration de ses auditeurs. Il fut appelé à la dignité de diacre; mais sa femme, qui était hère et vaine , ne voulut pas y consentir, et elle dit qu’elle ne voulait pas être la femme d’un ministre. On demanda ce que devait faire ce digne homme pour sortir d’embarras; s’il devait renoncer à la femme ou à l’emploi de prédicateur. Le docteur Luther dit d’abord en manière de plaisanterie et en riant : « S’il a épousé une veuve , comme vous le dites , qu’il fasse ce qu’elle veut. » Mais ensuite il dit : « La femme est obligée de suivre son

UU MARIAGK CT Dt! CÉI.IBAT.

mari , mais le mari n'est pas tenu de suivre sa femme. Ce doit fttre une méchante femme et môme un vrai diable, puis qu’elle a honte de cette charge de prédicateur dont le Seigneur Jésus- Christ et les anges ont été investis. Le diable fait tout ce qu'il peut pour jeter la déconsidération sur les prédicatenrs et pour les vexer. Si elle était ma femme, je lui parlerais ainsi ; «Veux-tu me suivre? dis promptement oui ou non. >» Si elle disait non, j’en prendrais bien vite une autre. »

La peine que le pape a prononcée contre les maris qui ont manqué à la foi conjugale est injuste et mal calculée: ils peuvent s’acquitter du devoir conjugal , mais ils ne doivent pas le réclamer ; cela peut devenir une cause d’incontinence. J’aimerais mieux qu’ou leur iniligeât quelque autre châtiment humiliant, tel que de jeftner au p.Tin et à l’eau.

si quelqu'un a une femme vieille , méchante , querelleuse et toujours malade , il peut dire qu’il est réellement en purgatoire.

On dit un jour au docteur Luther qu’il s’était élevé , au sujet du mariage, une nouvelle opinion hérétique, qu’aucun des époux ne pouvait demander à l’autre le devoir conjugal , car c’était un vrai péché , et le docteur Luther dit : « Satan introduit dans le monde d’innombrables hérésies, si nous abandonnons la parole de Dieu et si nous ne nous y attachons pas fortement. N’est-ce pas une honte que l’on trouve du péché dans les choses que Dieu a réglées , tandis que l’incontinence et l’adultère se commettent effrontément et sans que les pécheurs soient confus? Saint Paul a déclaré en termes formels et précis : « A cause de l'incontinence, que chacun eût sa femme et que chaque femme eût son mari ; la femme n’est point la maîtresse de son propre corps , mais le mari ; aussi le mari n’est point le maître, de son

% FKOPOS DE TABLE DK UARTIN LUTHER.

propre corps, mais la femme {Première Epîtreaux Corinthiens, ch. VII ). L'apôlre ne dit pas que ce doit être seulement pour avoir des enfants, et il ajoute: « Ne vous fraudez point l'un l'autre , si ce n'est d'un consentement mutuel , pour un temps , afin que vous vaquiez au jeûne et à l’oraison , et puis retournez ensemble, de peur que Satan ne vous tente. »

On demanda si celui qui enlève une jeune fille qu’il aime et qui donne son consentement , commet un péché ou un délit , puisque volenfi non fit injuria. Le docteur Luther répondit : « Ce n'est pas à celle qui donne son consentement qu'oii fait tort et dommage, mais à scs parents qu'on prive, malgré leur volonté , de leur fille. C’est donc un vol que le droit impérial punit avec raison de peines très-rigoureuses. Mais le pape, l’antcchrist de Rome , excuse ce crime dans ses décrétales. »

Une affaire de divorce fut portée devant l’autorité ecclésiastique de Witteniberg : un soldat avait , dix ans auparavant , épousé une fille de bafse condition ; il fut mis en prison pour avoir grièvement blessé un homme ; il força la porte , s'enfuit , laissant sa femme enceinte. Deux ans plus tard , il était valet du bourreau dans une autre ville , et il voulut que sa femme vint le rejoindre. Elle s’y refusa , et ils furent tous deux cités devant l'officialité. Elle comparut, mais, pour lui, il ne tint compte de la citation qui lui avait été faite ; depuis huit ans il n’a pas donné de ses nouvelles. La femme tomba alors dans l’incontinence et elle a eu deux enfants.

Les gens chez qui elle avait servi jusqu’à ce moment rendirent d’elle un bon témoignage ; ils ne savaient rien que de favorable sur son compte. Philippe Mélanchton l’interrogea, et il dit ensuite : « Son mari étant un homme grossier et féroce , et l’ayant délaissée sans motifs , je crois qu’il sera bon , pour qu’elle ne tombe pas dans de plus grands péchés , que nous la déclarions libre , » et il demanda aux assistants et aux diacres ce qu’ils en

bK I.A HiLYCAMIK.

peasait'Ut; ils furent de son avis. Alors on la fit venir, et Philip|>e lui dit : « Vois à purifier ta conscience: quant à nous, nous te déclarons libre , non d’après notre puissance et autorité , mais d’après le jugement de Dieu et la sentence de saint Paul : « Si «l'infidèle se sépare , qu'il se sépare , car l'innocent n'est point « asservi en tel cas. «{Première EpUre aux Corinthiens, ch. vu, V. 15 ) Que notre Seigneur Jésus-Christ te protège. Amen. »

Gunther de Bunau demanda au docteur Luther son avis dans la circonstance suivante : « Un noble avait rendu enceinte la veuve de son frère , qui avait déjà trois enfants , et il voulait l’épouser. Le prince se refusait à le permettre, et il avait enjoint , si l’on se saisissait du coupable , de lui trancher la tête. Le docteur Luther répondit : « Nous ne pouvons permettre ni autoriser ce qui serait contre la parole de Dieu. Le pape l’autorise , mais c’est pour la perdition de Tâme et du corps. Je voudrais que ce noble et que cette femme fissent pénitence et qu’ils se séparassent, et qu’ils se remissent aux mains de l’électeur ; je prierais pour eux et j’intercéderais en leur faveur en écrivant au prince. »

C’est une grande grâce, bien remarquable, si les époux sont toujours d’accord ; mais le diable est l’adversaire déclaré de cette union.

DE LA POLTGA.YIIB.

Les jurisconsultes donnent une belle définition de la bigamie ! Salomon a été centogame, et millogame qui plus est , et cependant il a écrit un livre que les jurisconsultes ne seraient pas en état de composer. Et ils veulent alléguer la parole de Dieu! Est-ce que sous la papauté nous n’avons pas pu supporter que les prêtres et les chanoines entretinssent une foule de concubines, que ces pédérastes eussent des Ganymèdes? La-

98 PROI>OS DE TARER DK MARTIN LUTHER.

mech fui le premier qui cul deux femmes à la fois ; Jacob en cul quatre, et, toutef(»is, ce furent de très-saints ministres de Dieu.

Le docteur Luther demanda un jour au docteur Basilius si , d’après les lois, un mari ayant une femme plus morte que vive, pour ainsi dire, et atteinte d’une maladie incurable, pourrait avoir raiitorisation de prendre une concubine. — Basiiius répondit «qu’il était probable que dans certains cas cette autorisation serait accordée », et Luther dit aiors : «C’est là une chose dangereuse ; si les cas de maladie sont admis , il n’est pas de jour où l’on ne puisse venir, avec de nouvelles raisons fraîchement inventées, demander la dissolution des mariages. »

La polygamie des patriarches, de Gédéon , de David , de Salomon et des autres rois n’a pas été sans une très-grande nécessité, et ce n’est pas le libertinage qui en a été cause. Les Juifs * furent contraints d’avoir plusieurs femmes, par la nécessité de la promesse et de la consanguinité ; car Abraham , Isaac et Jacob reçurent de Dieu la promesse qu’il multiplierait leur semence comme les étoiles du ciel ou le sable de la mer. Les Juifs avaient toujours les yeux tournés sur cette promesse ’ et ils étaient obligés de prendre plusieurs femmes afin de l’accomplir. La nécessité de la consanguinité, c’était que lorsqu’un homme était élu pour juge ou pour roi, des parentes pauvres recouraient à lui, et il était obligé de les prendre pour épouses ou pour concubines. Le concubinage fut chez les Juifs chose permise et licite. Il leur fut imposé aün de venir au secours des femmes dans leur détresse , et pour que les veuves et les orphelines trouvassent aliments et vêtements. Ce ne fut pas pour les Juifs un agrément, mais un fardeau et une charge. David eut dix femmes et fut accablé de soucis et de tracas; et dans le cours de l’année , à peine touchait-il une seule fois sa femme ; il était surchargé de soucis : il lit la guerre , il administra son royaume , il composa les psaumes. Les mille femmes de Salo-

DE LA POLTGANIE. 9d

mou étaient pour lui ce que sont pour moi mes parentes Magdeleine et Eiisabeth qui ont demeuré chez moi et qui sont demeurées vierges*.

' Il e«l impossilile, en préience de ce^i linguliérei opiniona de Luther lur la polygamie, de ne paa rappeler la célèbre affaire du laudgrave de Hesie. En voici uii récil auccincl et exact.

U Le landgrave Philippe, le protecteur le plus zélé de la réforme, avait épousé Christine, fille du duc Georges de Saxe. Bien que huit enfants eussent été le fruit de celle union, la discorde réiinaii dans ce ménage. Le landgrave était débauché, violent, très-peu délicat dans ses amours passagers. Il devint épris de Marguerite de Saul, fille d'honneur de sa sœur Elisabeth. Cette coqiielle adroite et ambitieuse , MainW'non du seizième siècle, excita parra résistance les d sirs d'un prince peu habitué à soupirer, à ne pas satisfaire ses fantaisies, et sur-lc champ. Il perdait le sommeil et l’appétit. F.n relisant la Bible (il la feuilletait souvent ainsi que les amis de la réforme), il fut frappé do l’exemple des patriarches de la Genèse, et il conçut le projet d’avoir, lui aussi, deux femmes à la fois. Cette idée devint chez lui ce que la science moderne appelle une monoraanie; il voulut avoir l’autorisation de Luther et des docteurs de Wiliemberg. Il prit la plume, il écrivit une lettre hautaine et impudente, où il disait crûment qu’il lui fallait une femme et que, si on lui refusait Marguerite, il en trouverait d’autres.

En même temps, son confldcnl, le théologien Bucer, portail à l'Eglise saxonne une instruction rédigée et signée par le prince; c’csl un ducument très-singulier. Le landgrave avoue que, peu après son mariage, ils coqimencé à se plonger dans l’adultère et la fornication, mais il ne veut point changer de conduite (talem viiam deserere nolo) , son épouse est acariitre, elle sent mauvais, elle est adonnée i la boisson (quomodo te tuperftiio poiu gérai), aussi n’a-t-il pas gardé trois semaines la foi du mariagd. Il a souvent imploré l’assistance de Dieu, mais il est toujours demeuré le même. Il cite alors l’exemple de l’cm|>ereur Valentinien qui eut i la fois deux épousc.scl qui fil une loi pour rendre général un pareil privilège. (juant à lut, il ne peut ni il ne veut (expressions plusieurs fois répétées) agir différemment. D’ailleurs il continuera de bien traiter sa première épouse et de cohabiter avec elle. [Eidem omiie bonum prcetlare, neque ab eadem absiinere.)

«Le landgrave ajoutait qu’en cas de refus des docteurs de 'Wiliemberg, il solliciterait une dispense de l’empereur, et qu’il se Oaitail de l’obtenir en donnant de fortes sommes â quelques-uns des ministres de ce souverain, mais on pourrait lui imposer en même temps des conditions défavorables aux intérêts de la réforme. Si Luther et Philippe (Mélanclhou) lui venaient en aide en des choses qui n’ciaienl point contraires é ht loi divine, ils le trouveraient prêt i leur accorder ce qu’ils lui demanderaieni,

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fuaseiil les biens des couvents ou autres objets. (Sive monasieriorum bona seu alia conceriiut. ihl me promplum reperieni.y

La réponse à des demandes aussi pressantes ne se (U pas attendre : elle vint sous la forme d’une consultaiion en vingt-quatre articles, hérissée de subtilités, bourrée de citations bibliques; après avoir représenté que l’introduction de la polygamie donnerait lieu à des scaitdales aflligeanls, après avoir engagé le landgrave à vivre dans la chasteté, on finissait par dire : « Si votre altesse est complètement résolue à épouser une seconde femme, nous jugeons qu’elle doit le faire secrètement ( qaod xi denique vêtira celsiludo otunim coiicluxerii adhuc uiiam conjugem ducere, judi-

camut id secreio faciendum) C’est ainsi que nous l’approuvons (sic

hoc (ipprobamus); car l’Evangilé n’a ni révoqué, ni défendu ce qui avait été permis dans la loi de Moïse é l'égard du mariage et n’en a point changé la police eitérieure, mais il a ajouté la vie éternelle, prescrivant la véritable obéissance aux ordres de Dieu et s'efforçant de réparer la corruption delà nature.»

Cette consultation était signée de Luther, de Mélanchton, de Ducer, de Corvin, de Lenningue, de Wintferte et de Melaiither. On ne peut douter qu’elle ne coûtât fort aux réformateurs, mais ils sacrifièrent tout scrupule à l'urgence de ne pas mécontenter un prince qui était leur plus ferme appui.

Peu de temps après, Denys Melander, prédicateur du landgrave , célébra dans la chapelle du château de Rotenbourg le mariage du prince avec Marguerite de Saul; parmi le petit nombre de témoins qui assistèrent à cette cérémonie tenue secrète, l’acte dressé par le notaire Balthasard Rand (itmrumentum copulalionis) mentionne Mélanchton et Itucer. Une circonstance curieuse dans une affaire de tout point si étrange, c’est qu’il fut produit une déclaration de la première femme légitime du landgrave ; la duchesse consentait de bonne grâce â ce qu’on lui donnât une compagne afin de servir l'âme et le corps de son très-cher époux et de contribuer à l’accroissement de la gloire de Dieu [DilecUssimi marin animas et corpor servirei cl honor Dei promovereiur).

Le landgrave eut six enfants de Marguerite de Saul.

On peut rapprocher de ce que Luther disait de la pluralité des femmes, ce qu’il écrivit en d'autres occàsions sur le même sujet; M. Michelet (t. Ifl, p. 62 ) a extrait de la correspondance du réformateur les passages suivants :

U II faut que le mari soit certain par sa propre conscience et par la

parole de Dieu que la polygamie lui est permise Pour moi, j’avoue que

je ne puis mettre d’opposition â ce qu’on épouse plusieurs femmes, et que cela ne répugne pas â l’Ecriture sainte. Cependant je ne voudrais pas quecet exemple s'introduisit parmi les chrétiens,à qui il convient de s’abstenir, même de ce qui est permis, pour, éviter lu scandale. (13 janvier 1324.)

» La polygamie, permise autrefois aux Juifs et aux gentils, ne peut, d'après la foi, cvifler chex les chrétiens, si ce ti’cst dans un cas d'absolue

DU PAPE, DE l’aNTECHRIST ET DES PAPISTES. 1(H

nécessité, comme quand oo est obligéde ae séparer de sa femme lépreuse.» (21 mars IW7 )

Ajoutons que divers écrivains se sont constitués les champions delà polygamie. L’un des plus célèbres est le suédois Jean Lyser, dont le gros in-A», Polygamin triumphitrix, 1682, publié sous le nom de Théophilus Alelheus, rempli d'hisiorieltes scabreuses et de détails hasardés, fut brûlé de la main du bourreau ; persécuté, chassé de partout, ce malheureux bossu, qu’une seule femme aurait fort embarrassé, à ce que prétend Rayle, mourut de misère en soutenant jusqu’à son dernier soupir que la polygamie était nnn-seulement permise, mais encore ordonnée en certains cas. Plus récemment, un théologien anglais, Martin Madan , mort en 1790, mit au jour en 1 772, sous le titre de Thehiphiora or Esxay on female ruin, un ouvrage en 3 volumes in-8®, qui justifie la polygamie, se fondant sur ce que la première cohabitation avec une femme est 'un mariage virtuel. Cet écrit (Il grand bruit et fut l'objet des critiques les plus sévères. Ochin, l’un des apéiresde la réforme, avait avancé, dans le vingt et unième de ses trente dialogues (Bftie, 1563), la proposition suivante : « Du homme marié qui a une femme stérile, infirme et d’humeur incompatible, doit d’abord demander à Dieu la continence. Si ce don, demandé avec foi, ne peut s’obtenir, il peut suivre sans péché l’instinct qu’il connaîtra certainement venir de Dieu, et prendre une seconde femme sans rompre avec la première.» Par contre, un littérateur français mort à Berlin, Prémontval, a pris la peine de réunir toutes sortes de raisons, d’autorités et d’exemples contre la pluralité des femmes, en trois volumes in-8°, intitulés; La Monogamie ou l'Unité dans le mariage, 1750.

mm

Ol' PAPE, UE L’ANTECHRIST ET UES PAPISTES.

Le diable engendra les ténèbres , les ténèbres engendrèrent l’ignorance; l’ignorance engendra l’erreur et ses frères; l’erreur engendra le libre arbitre et la présomption ; le libre arbitre engendra le mérite; le mérite engendra l'oubli de Dieu; l’oubli engendra la transgression ; la transgression engendra la superstition ; la superstition engendra la satisfaction ; la satisfaction engendra l’offrande de la messe; l’olfrande de la messe engendra le prêtre; le prêtre engendra l’incrédulité ; l’incrédulité engendra le roi Hypocrisie; l’hypocrisie engendra le trafic des offrandes en vue du gain ; le trafic en vue du gain engemlra le purgatoire; le purgatoire engendra les vigiles solennelles de l’année ; les vigiles de l’année engendrèrent les liénéfices ecclé-

siastiques ; les l)énéfices ecclésiastiques engendrèreul l'avarice ; l’avarice engendra l’enfliire du superflu; l’enflure du superflu engendra l’abondance ; l’abondance engendra la rage ; la rage engendra la licence ; la licence engendra l’empire et la domination; la domination engendra lu pompe; la pompe engendra l’ambition ; l’ambition engendra la simonie; la simonie engendra le pape et ses frères vers l’époque de la captivité de Babylone. Apres la captivité de Babylone , le pape engendra le mystère d’iniquité ; le mystère d'iniquité engendra la théologie sophistique ; la théologie sophistique engendra le rejet de l’Écriture sainte; le rejet de l’Écriture sainte engendra la tyrannie ; la tyrannie engendra le meurtre des saints; le meurtredes saints engendra le mépris de Dieu ; lu mépris de Dieu engendra la dispensation ; la dispensation engendra le péché volontaire ; le péché volontaire engendra l’abomination ; l’abomination engendra la désolation ; la désolation engendra le doute ; le doute engendra la recherche des bases de la vérité , et c’est ce qui révèle la désolation ou l’antechrist , c’est-à-dire le pape.

Saint Paul se plaignait et disait : « Le temps viendra où les hommes ne souffriront plus la saine doctrine. » Et ailleurs ; « Sachez aussi que , dans les derniers jours , il viendra des temps périlleux , car les hommes n’aimeront qu’eux-mémes. »

Lorsque je lus d’abord ces passages, je ne tournais pas les yeux vers Rome , et je crus que l’apôtre avaiteu en vue les Juifs et les Turcs.

La manière de vivre est aussi déréglée parmi nous que parmi les papistes; aussi ne les combattons-nous pas au sujet de leur conduite, mais pour leur doctrine. Wicleff * et Huss furent les

‘ Jean Wiclef ou De WiclilTc, l’un des plus célèbres précurseurs de Luther, naquit en 1324 dans le Yorksliire ; il fut professrur à Oiford et il obtint la faveur du roi Édouard 111. Se flant sur sou crédit à la cour, I attaqua le pouvoir des papes ; il refusa à l’Église de Rome toute prééminence sur les autres églisc.i^; il ne mcn.vgea pas davantage les dogmes,

DU PAPE, DE l'aNTECURIST ET DES PAPISTES. 105

euuemis et les assaillants du genre de vivre et de la conduite déréglée des papistes. Je m'oppose et je résiste surtout à leur doctrine, j'ailiriue avec netteté et maturité qu'ils n'enseignent pas la vérité; aussi suis-je appelé. Je prends l'oie par le cou et je mets le couteau à la gorge. Lorsque je puis prouver que la doctrine du pape est fausse ( ce que j'ai prouvé et établi ), alors je puis facilement prouver que leur conduite est mauvaise. Le pape a détruit la parole et la doctrine jiures ; il a ap[)orté une autre parole et une autre doctrine qu'il a accrochées ù l'Église. J'ai ébranlé toute la papauté avec ce seul point ; j'enseigne avec droiture et ne me mêle de rien autre. Nous devons insister sur la doctrine , car elle casse le cou au pape. Aussi le prophète Daniel a-t-il bien justement tracé le portrait 3u pape, en disant que ce serait un souverain qui agirait selon sa volonté, c'esb-àdirequi n'aurait égard ni au spirituel ni au temporel, mais qui dirait nettement et brièvement : « Je veux que ceci et cela soit ainsi. » Car le pape ne lire son institution et sou autorité ni du droit divin ni du droit humain ; c'est une créature humaine qui s'est choisie elle-même et un intrus. Saint Paul avait

D'après lui, Jésus-Christ ii’étail dans l’eucharistie qu’en figure i la confession des péchés n’était point nécessaire lorsque l’on ressentait une sincère contrition ; il n’était besoin ni de la présence , ni du ministère d’un prêtre pour le mariage, lequel se trouvait valide dès qu'il y avait consentement des parties. Devançant sur quelques points les opinions de Luther, WicIcIT roulait que l'on interdit absolument le mariage i ceux qu’un trop grand .'igc met hors d’état d'avoir des enfants. Il ajoulait que les enfants morts sans baptême pouvaient être sauvés. Le 17 mai iaS3, un concile réuni à l.ondres condamna vingt-quatre propositions extraites des ouvrages de Wiclef. Celui-ci quitta Oxford et se retira à Lutterworth dans le comté de Lcicester, où il était investi d'un riche bénéfice ; il y vécut sans être inquiété, et succomba, le 31 décembre 1387, à une attaque d’apoplexie. Les WicIcfUes sc foudireiil avec les Lollards , dont le chef, Wa ther Lollard, avait élé brûlé h Cologne en 1325. Plusieurs conciles condamnèrent .successivement les ouvrages de Wiclef;en I4i5,le concile de Conslance ilélrii sa mémoire; en H28. l’évéque de Lincoln fll exhumer le cadavre; les oss'meni s furent brûlés, les cendres jetées .à la voirie. La vie de Wiclef a élé écrite plusieurs fois (Xurcniberg , I54S; Oxford, 1613; Londres 1730 et 1836). En 1843 , un archéologue instruit, James Kenthorn Todl,a publié â Londres un curieux ouvrage attribué i cet hérésiarque ; An Apology for Lollard doctrines, petit iii-4®.

i04 PROPOii DE TABLE DE MARTIN LUTHER.

lu Daniel avec attention , et il fait usage à peu près des mêmes mots lorsqu'il dit : « L'homme de péché , le fils de perdition , s'élève au-dessus de tout ce qui est nommé Dieu ou qu'on adore. »

ÿSÊ,

De mon temps , lorsque j'étais à Rome , une dispute eut lieu publiquement, à laquelle assistèrent (sans me compter ), trente savants docteurs, et qui fut contre le pouvoir du pape , lequel se vantait de commander, de sa main droite, aux anges dans le ciel et de tirer, de sa main gauche , les âmes du purgatoire, et de ce que sa personne était mêlée avec la divinité. Mais Calixte disputa contre ces assertions et montra que c'était seulement sur la terre que pouvoir avait été donné au pape de lier et de délier. Les autres docteurs l'attaquèrent à ce sujet avec une excessive véhémence, et Calixte finit alors par dire qu'il ne parlait ainsi que par manière de dispute , et que ses sentiments intimes différaient de ses paroles.

Pendant bien des siècles il n'y a pas eu un évêque qui ait montré quelque zèle au sujet des écoles, du baptême et de la prédication ; ç’aurait été trop de peine et de travail pour eux , tant ils étaient ennemis de Dieu. J’ai entendu divers docteurs respectables affirmer que l'Église avait, depuis longtemps, besoin d'une réforme ; mais personne n’avait eu la haixliesse d’attaquer la papauté , car le pape avait urlmré sur sa bannière : JVoli me tangere, ne me touche pas ; aussi chacun gardait-il le silence. Le docteur Staupitz me dit un jour : « Si vous vous en prenez à la papauté, vous aurez le monde entier contre vous. » Et il ajouta ; « Néanmoins l’Église est bâtie sur le sang, et c'est avec du sang qu’elle doit être arrosée. »

Je voudrais (juc tous ceux qui ont l’intention de prêcher l’Évangile lussent avec attention les abominations des papistes,

DU PAPE, DE L’aNTECHRIST ET DES PAPISTES. 105

leurs décrets et leurs livres , et , sur toutes choses , qu’ils considérassent avec réflexion et d’une manière sérieuse les horreurs de la messe ; cette idolâtrie seule aurait pu provoquer la colère de Dieu et l’amener, dans sa justice , à noyer et détniire le monde entier; de cette manière, leurs consciences seront armées et renforcées contre leurs adversaires.

Le pape et sa bande ne peuvent endurer l’idée d’une réforme; ce mot inspire à Rome plus d'effroi que la foudre venant du ciel ou que le jugement dernier. Un cardinal disait dernièrement : « Qu’ils boivent et qu'ils mangent , et qu’ils fassent ce qu’ils voudront, mais s’ils songent à nous réformer, ce sera en vain , et nous ne le souffrirons pas. » De notre côté , nous autres protestants, nous ne nous contenterions pas qu’on administrât la communion sous les deux espèces et qu’on permit aux prêtres de se marier ; mais nous aurons pure et sans falsiflcation la doctrine de la foi , et nous aurons la droiture qui justifie et qui sauve devant Dieu , et qui chasse toute idolâtrie et fausse adoration ; cela détruit et renversé, la base sur laquelle repose la papauté tombe aussi.

Les papistes allaient en pèlerinage aux tombeaux des saints; ils allaient à Rome , à Jérusalem , à Saint-Jacques de Ckimpostelle , pour expier leurs péchés. Un certain prince d’Allemagne, bien connu de moi , alla à Compostclle , où l’on prétend qu’est enseveli saint Jacques , le frère de saint Jean. Ce prince se confessa à un Franciscain qui était un honnête moine , et comme l’usage était, parmi les papistes, de rapporter de Compostelle de grandes indulgences et des pardons que l’on accordait à ceux qui donnaient de l’argent pour les avoir, le moine demanda au prince s’il était Allemand. Le prince répondit qu’oui, et alors le moine lui dit ; « O mon cher enfant, pourquoi viens-tu chercher si loin ce que tu as bien mieux en Allemagne? J’ai lu et vu les écrits d’un moine aiigiistin , concernant les indulgences et le

106 PROPOS ÜE TABLE UE HAHTIH LUTHER.

paniou des )>éübés , et U y prouve puissamment que la véritable rémission des péchés consiste dans les mérites et souffrances de notre Seigneur Jésus-Christ, en qui se trouve le pardon de toutes nos fautes. Reste donc attaché à cette doctrine et ne souffre pas que l’on t’en éloigne. Je me propose ( avec le bon plaisir de Dieu), de renoncer bientôt à cette vie amichrélienne , de me rendre dans votre Allemagne et de me joindre à ce moine augustin. »

Jésus-Christ a passé trente-trois ans sur la terre, et chaque année il se rendait trois fois à Jérusalem , ce qui fait qu'il y est allé quatre-vingt-dix-neuf fois. SI le pape pouvait faire voir que Jésus-Christ est venu une seule fois à Rome , quei serait son orgueil, et comme il en tirerait vanité! Et, toutefois, Jérusalem a été détruite de fond en comble.

Le célibat que les papistes louent tellement est une grande hypocrisie et un grand mal ; nous sommes déçus sous l'apparence de l’autorité des Pères de l’Église. Augustin fut trompé par les honneurs rendus aux religieuses ; quoiqu’il vécut à une époque bien meilleure que celles qui suivirent , et bien qu’il ait permis aux religieuses de se marier, si elles le voulaient, il dit cependant qu’elles péchaient en agissant ainsi , et qu’elles n’aglssaient pas selon la droiture aux yeux de Dieu. Ensuite, quand vint le temps de colère et d’aveuglement, lorsque la vérité fut poursuivie et que le mensonge prit le dessus, alors, sous couleur de grande sainteté (et ce n’était au fond qu’hypocrisie), les pauvres femmes furent condamnées. Mais Jésus-Christ a détruit tous les arguments d’un seul mot : « Il les créa mâle et femelle. »

J’admire la folie et l’amertume deWelzell, lorsqu’il essaye de beaucoup écrire contre les protestants, et lorsqu’il déclame contre nous sans rime ni raison ; par exemple , lorsqu’il s’emporte

I>1! I*AI*E, DE J.'ANTECHRIiT ET DES PAWSTES. '107

contre ce principe : les œuvres et actions d’un fermier, d’un ciihivateor ou de tout autre bon et pieux chrétien (pourvu qu’elles s’accomplissent avec foi), sont d’un bien plus grand prix aux yeux de Dieu que toutes les œuvres des moines, frères, religieuses, etc. Ce pauvre ignorant se fâche et s’irrite beaucoup contre nous. Il ne fait pas attention aux œuvres que Dieu a commandées et imposées à chacun suivant sa profession et sa vocation. Il ne s’y arrête nullement, mais il ne songe qu’à des pratiques supersrttieuscs et faites pour attirer les regards, pratiques que Dieu n’a point commandées et qu’il n’approuve point. Saint Paul s’est exprimé, au sujet des bonnes œuvres et des vertus , avec plus d’énergie et plus de vérité que les philosophes ; car il loue en termes fort élogieux les œuvres des pieux chrétiens dans leurs occupations en ce monde. Que Wetzell sache que les guerres de David et les batailles qu’il livra étaient plus agréables à Dieu que les jeûnes et prières des plus saints et plus honnêtes d’entre les moines, beaucoup plus que les œuvres de nos moines d’à présent, devenus ridicules et superstitieux .

STÆ

Parmi les papistes tout se fait sans peine; jeûner leur donne moins de peine qu’à nous de manger. Pour un jourofi l’on jeûne, il y a trois jours où l’on dévore. Chaque moine, pour sa collation du soir, a deux quarts de bière , un quart de vin, des gâteaux aux épices ou du pain préparé avec des épices ou du sel , et cela pour donner plus de saveur à ce que l’on boit. Ainsi agissaient ces pauvres frères voués à l’abstinence ; ils étaient si pâles et si maigres qu’ils ressemblaient à des anges en colère.

Beaucoup d’Italiens sont bien disposés pour la religion protestante , ils auraient bien voulu que je ne touchasse pas à la messe, car la rejeter leur semble une hérésie abominable. Ils ont tellement de confiance en la messe qu’ils croient que celui qui l’a entendue est , pour tout le reste du jour, exempt de tout danger, qu’il ne petit commettre de péchés, quoi qu’il fasse, et que

1UM l*ROI>OS DK TABLK DK MAHTi.N LliTHKR.

rien ne {leut lui arriver tic fôchciix ; aussi ativient-il qu'après l’audition du la messe il se commet beaucoup de meurtres et de péchés. Je me souviens que , lorsque j'étais à Rome , il y avait un Italien qui avait cherché durant deux années son ennemi afin de se venger de lui ; enfin il l'aperçut dans l'église où lui-même venait d'entendre la messe et de sc relever de devant l'autel ; il s’avança vers lui et lui donna un coup mortel avec son poignard et s'enfuit ensuite. Mon livre sur l'abolition de la messe est écrit avec beaucoup de véhémence contre les blasphémateurs ; ce n'est pas pour ceux qui commencent à marcher dans la vraie doctrine , pour ceux qui naissent à peine à la parole de Dieu : ceux-là sont offensés de la façon dont je m'exprime , et ce n'est pas étonnant; si quelqu'un avait essayé, il y a vingt ans, de m'arracher la messe , il aurait fallu qu’il tirât bien fort avant que je lui cédasse, car mon cœur y était attaché, et je l’adorais ; maintenant , grâce à Dieu , je suis d'un autre avis , et j’ai la conviction que les raisons sur lesquelles s'appuient la messe et la papauté tout ensemble , ne sont qu’imposture et idolâtrie.

Un capucin dit : « Porte une robe grise et un capuchon, attache un cordon autour de ton corps et mets des sandales à tes pieds » ; un cordelier dit ; « Porte un capuchon noir » ; un papiste dit: «Fais telle ou telle chose, entends la messe, prie, jeûne, fais l'aumône. » Mais un vrai chrétien dit : « Je ne deviens juste et je ne suis sauvé que par la foi en Jésus-Christ, sans aucune œuvre ni mérite qui me soit personnel. » Comparez maintenant, et jugez où est la vraie justice.

En Italie, les hôpitaux sont pourvus de tout ce qui est nécessaire; ils sont bien bâtis, on y a de bonnes choses à boire et à manger; on y est servi avec soin; les médecins sont habiles; les lits et le mobilier sont propres et bien tenus; aussitôt qu'un malade est apporté, on lui ôte ses habits en présence d'un notaire public, qui les enregistre ; ils sont mis de côté avec soin ; le ma-

DU PAPE, DE L'ANTECBRISt ÈT DES PAPISTES.

lade est recouvert d’un vfitemenl blanc et déposé dans un lit bien préparé. Bientôt après, on lui amène deux médecins, et les serviteurs apportent des aliments et des boissons dans des vases et des coupes d’un verre bien net, qu'ils ne touchent qu’avec un seul doigt. Des femmes mariées (dont la figure est voilée) viennent assister et servir les pauvres sans être connues, et retournent ensuite chez elles. Ces œuvres sont bonnes et louables; mais le mal est que les Italiens s’imaginent ainsi mériter le ciel et être sauvés par suite de semblables bonnes œuvres; cela g&te tout.

La tète de l'antcchrist est à la fois le pape et le Turc , car une bête qui est pleine de vie doit avoir à 1a fois un corps et une fime. L’esprit ou l’âme de l’antechrist est le pape , sa chair ou son corps est le Turc. Ce dernier ravage , attaque et vexe l’Église de Dieu corporellement; le premier s’en prend à elle spirituellement. Mais, de même que du temps des apôtres l’Église a remporté la victoire et qu’elle a triomphé des Juifs et des Romains, elle restera, de nos jours, solide et .stable, en dépit des superstitions et des idolâtries du papisme et malgré le pouvoir, la tyrannie et les dévastations du Turc et de ses autres ennemis *.

Le docteur Luther cita un jour ces paroles du prophète Daniel (chap. XII, V. 1 ) : « Ce sera un temps de détresse , tel qu’il n’y en a point eu depuis qu’il y a eu des nations jusqu’à ce tempslà , etc. » Cette prophétie s’applique parfaitement à l’antcchrist, quoiqu’elle porte le nom du roi Antiochus , et tous les interprètes sont d’accord à cet égard ; car l’antechrist n’aura nul respect ni pour Dieu , ni pour la perpétuité de la race humaine ,

' Un écrivain anglais, Matthieu Sulliwe, a composé un volume entier pour développer l’idée de Luther au sujet de la coopération du pape et du Turc: voici le titre de ce bouquin jadis recherché : De Turco-papismo, hoc est de Turcorum et Papistorum adversus Christl Eccleslam et fidem conjti’rations ; Londres, i604, io-t*.

11U PROH>S bE TABLE l>E MARTIN I.ÜTHER.

c'est-à-Uii'e pour lu mariage. Oo doit comprendre que l'antecbrist déteste deux choses : Dieu ( c'est-à-dire la religion ) et les hommes, et comme il est un homme, il n'aura nulle sympathie pour les femmes ; au contraire , il en sera l'ennemi , ce qui veut dire qu'il sera hostile à l’administration civile et domestique, à toutes les lois, aux empereurs , aux rois. Car c'est par les femmes que les enfants sont engendrés , et c’est ainsi que la race humaine se perpétue et que le monde se conserve. Et là où les femmes ne sont pas respectées, il n'y a que mépris pour les lois et les ordres des souverains.

Celui qui témoigne du mépris aux prédicateurs et aux femmes s’en trouvera toujours mal. C’est Dieu et l'espèce humaine qu’il méprise.

Daniel a été un prophète éminent et glorieux , et Jésus-Christ l’a aimé , ainsi qu’il est dit dans saint Matthieu , ch. xxit, v. 15 11 a parlé de la persécution en termes aussi clairs que si déjà il eu avait été témoin. Lisez le douzième chapitre en entier. Il s’applique bien à l’époque où l’empereur Caligula et d’autres tyrans ont régné ; mais il y est indiqué de la façon la plus formelle que c'est dans une ville, entre les deux mers, c’est-à-dire à Rome , en Italie , c’est là que le tyran doit régner. Le Turc règne aussi entre deux mers, à Constantinople , mais ce n’est point une ville sainte ; il ne protège et n’encourage pas le culte du dieu Maosim ( V. 3 ), et il n’interdit point le mariage. C’est donc le pape que le prophète a eu en vue, et il ajoute (v. II ) que le tyran doit être abandonné des forts. C’est ce qui se réalise, car nous voyons que les rois et les princes s’éloignent du pape et le laissent tout seul. Je vous exhorte donc à ajouter foi entière aux paroles de Daniel et à demeurer bien persuadés que le pape est réellement l’antechrist*. '

' L’idcnlilé de l’antechrist et du pape avait déjà été soutenue et développée psr Jean Huas, dans son traité de Anniomia Ànlichritli. Depuia Luther,

DU PAPE, UE l’ ANTECHRIST ET DES PAPISTES. \\\

Quant à ce qui regarde les formes extérieures de la religion , il n’y a aucune différence entre le pape et le Turc, si ce n’est dans quelques cérémonies. La raison en est que le Turc conserve les cérémonies de la loi de Moïse , et que le pape garde les cérémonies cliréliennes; mais tous deux les falsifient et les corrompent. De même que le Turc corrompt et altère les préceptes de Moïse au sujet des ablutions et des bains, de même le pape altère le sacrement du baptême et celui du véritable corps et du sang de notre Seigneur Jésus-Christ.

Le royaume de l’antechrist a été fort bien dépeint et retracé, dans les prophéties de Daniel et dans l’Apocalypse de saint Jean. L’Apocalypse dit ( ch. xiii , v. 17) : « Ils prenaient une marque dans leur main droite ou sur leur front. » Ceci semble d’abord une prédiction relative au Turc et non au papc. Mais un examen attentif du texte montre , ainsi que la suite le prouve , qu’il s’agit de là tyrannie et des cruautés du pape dans les choses temporelles. Nous lisons aussi dans l’Apocalypse ( ch. xii , V. 14) : « Elle est nourrie un temps , et des temps , et la moitié d’un temps. » Ici la question est : qu'est-ce qu’un temps ? Si un temps doit s’entendre d’une année, le passage signifie trois ans et demi , et il se rapporte , en ce sens , à Anliochus, qui persécuta en effet le peuple d’Israël durant une période de cette duree , mais qui mourut enfin dans son ordure et plein de pourriture. Le pape succombera de même et il expirera misérable-

CHtie même thèse fut défendue dans de nombreux ouvrages ; nous n’en citerons que deux ; celui de Ph. Nicolaï, tie Duobus Àniichristii (Marpurgi, 1580 ), et celui de Ceorges Thomson : La Chasse de la béte romaine, oit il est recherché et iv 'tdemnteni prouvé que le pape est V Antéchrist (La Rochelle, 1611 ; Genève, 1612 ). Nous laisserons de côté les flots d’injurei accumules dans Wisan.l {Si/nopsis Aiitichristi romani, spirilu oris Chrisli reve/ati); daus Judex(G-~ai'issimum cdicfiirn clmandoium Del guomodo qnisque sese ativersus Aniichristum romanum gerere et exhibere de~ beat)-, dans le Mandement de Lucifer d l’Antéchrist, pape de Rome et <i tous les suppôts de son Eglise Pareils pamphlets, dont il est impossible de lire aujourd’hui deux lignes, remuèrent alors l’Europe.

Ü2 rnuros de TAbi,E de uahtjn ttriiER.

nient , car ce n’est ps par un effet de la protection divine qu’il a fondé son pouvoir, mais par la superstition cl par une interprétation forcée et outrée de quelques passages de l’Écriture sainte.

La papauté s’est établie sur une base qui amènera sa chute. La prophétie de Daniel (ch. vin, v. 25) le montre : « El par le moyen de son esprit il fera prosprer la fraude en sa main , il .s’élèvera en son cœur et en gâtera plusieurs par la prospérité. » C’est au pape que ceci se rapporte spécialement. Tous les autres tyrans et monarques ne succombent que sous une puissance terrestre, mais celte prophétie s’applique également au Turc cl au pape; car tous deux ont commencé à régner vers la même époque , sous l’empereur Phocas , qui lit cruellement mettre à mort son prédécesseur et souverain , l’empereur Maurice , ainsi que sa femme et ses enfants. Il y a à peu près neuf cents ans que cela s’est passé. Le pape commença à régner spirituellement sur l'Église au moment où Mahomet fonda sa puissance. L'empire temporel du pape a duré à peine trois cents ans, parce qu’il a tourmenté et vexé les empereurs et les rois.

Je ne peux bien délinir et comprendre cette prophétie : « Un temps , deux temps et la moitié d’un temps. » Je ne vois pas si elle s’applique au Turc, qui a commencé à régner après avoir fait la conquête de Constantinople en 1153, il y a 85 ans. Si je calculais un temyisd’après l’âge de Jésus-Christ, trente ans, celte expression signifierait cent cinq ans, et le Turc aurait donc encore dans l’avenir vingt ans de règne. Mais, après tout. Dieu sait bien ce qui en est, et nous ne devons pas nous piquer de tout connaître, ni nous tourmenter pour tout savoir; songeons plutôt à faire pénitence et à nous adonner à la prière.

Je crois que le pape est un démon incarné ut déguisé, puis* qu’il est l’aplechiist. De môme que Jésus-Christ est réellemeut

DU PAPE, DE LANTECURiST ET DES PAPISTES. 113

Dieu et houinie , de môme l'antecbrist est un déniou incarné.

Ou dit ainsi avec vérité que le pape est uu dieu terrestre, car il n'est ni un dieu réel ni un homme réel, mais il mêle eu lui les deux natures. Il s’intitule un dieu terrestre, comme si le seul et vrai Dieu tout-puissant n'était pas aussi Dieu sur celte mémo terre. La domination du pape est vraiment un attentat contre la puissance de Dieu et contre les races humaines. C’est un grand blasphème que commet ainsi un homme qui ose se mettre , dans rfcgiise de Dieu , au-dessus de Dieu , après la venue et la révélation de Jésus-Christ. Si pareille chose était arrivée sous les païens , avant la venue de Jésus Christ, elle aurait été moins surprenante. Quoique Daniel, Jésus-Christ lui-même, les apôtres saint Pierre et saint Paul nous aient diligemment prémunis contre ces bêtes venimeuses et cette peste , nous sommes , nous autres chrétiens, tellement insensés et stupides, que nous avons ajouté foi à tous les mensonges et à l’idolâtrie du pape, et ([ue nous nous somipes laissé persuader qu’il était le seigneur • du monde eiitier , comme héritier de saint Pierre , bien que Jésus-Christ et saiut Pierre n’eussent laissi’; aucune succession sur la terre.

On demanda au docteur Martin Luther d'où venait le nom do pape (papa) donné à l’évêque de Rome, et il répondit; «Je ne saurais donner aucune raison certaine de ce qu’il porte cç nom, à moins ([u'il ne vienne du mot abba, qui aurait été répété deux fois , comme si l’on voulait dire le père des pères. Dans l’antiquiU;, le nom de pape se donnait aux évê(|ues ; saint Jérôme écrivant à saint Augustin , qui était évêque d’Hippone, lui donne la qualification de saint pape ; et dans la légende de saint Cyprien, martyr, on lit que le juge lui demanda : « Es-tu ce Cyprien que les chrétiens appellent leur pape? » Il me semble que c’est un nom qui a pu s’appliquer à tous les évêques; les enfants appellent leurs pères papa , cl les évêques sont aussi les pères des enfants. »

Qui est-ce qui aurait osé , il y a trente ans, dire du pape ce que l’on en dit maintenant? L’on ne pouvait alors s’exprimer

sur son compte qu'en termes de vénération et de supplication , et l'on aurait été cent fois banni et condamné si l'on s'était déclaré son ennemi.

Il y eut trois papes qui se succédèrent dans un court espace de temps. Lorsque le premier fut mort , celui qui le remplaça déclara nuis tousses décrets, lois et ordonnances ; il le lit exhumer et lui fil couper les doigts. Quand celui-là fut mort également, vint le troisième; il défit tout ce qu'avait fait son prédécesseur, et il ordonna également que son cadavre fût déterré , et il le fit jeter dans le Tibre, après qu'on lui eut tranché la tète. Telle était la tyrannie des papes , et voyez à quels excès iis se livraient.

Jules , second du nom , a été un homme habile pour la guerre et l'administration ; il a combattu contre l'emiiereur, les Vénitiens et le roi de France. Lorsqu'un lui annonça que les Français avaient battu son armée à Ravennes, il blasphéma contre Dieu et il dit : «Seigneur, si lu m'abandonnes, je t'abandonnerai aussi. » Il regarda ensuite à terre et il s'écria : « Saint Suisse, prie pour nous! » El il envoya aussitôt l'évèciue de Salzbourg, le cardinal Mathias Langon , à l'empereur MaNimilicn.

r.e pape était Irès-redoulé des cardinaux et des Romains. Il fit tenir les rues de Rome si jirupres que de son temps il n'y eut aucune peste. Chaque jour il se levait à deux heures du matin , et il s'appliquait aux alTaires jusqu'à cinq ou six heures, s'occupant beaucoup de négociations , de guerres, d'édifices , de monnaies, etc. On dit qu'il avait cinquante-six tonnes pleines d'or. Etant près de rendre le dernier soupir, il les partagea entre ceux qui gardaient son trésor, et ils emportèrent 500,000 florins.

Il aspirait à l'empire et il aurait bien voulu être empereur; il a donné lieaucoup d'embarras au roi de France , Louis. Ce monarque écrivit à toutes les univer.sités de son royaume , leur demandant de combattre , dans des écrits publics, les prétentions du pape. Si j'avais vécu dans ce temps-là, j'aurais été mandé à Paris et traité avec de grands honneurs; mais j'étais alors trop 'eune. Dieu voulut que ce fût par sa sainte parole et non par la

DU 1>APE, DE l’a>T£CHR1ST ET DES PAPISTES. 115

puissance du roi de France que l’empire du pape fût renversé ; car Dieu , lorsqu’il le veut , de rien fait quelque chose , et de même il anéantit ce qui ést. Il n’a qu’un mot à dire : « Tombe, Jérusalem ! Rome , sois réduite en cendres ! Roi , descends de ton trône! Pape, perds ton empire!» Et tout se détruit, tout s’écroule. Il a renversé le pouvoir de la papauté, qui était le plus ^rand de tous.

Le pape Jules voulait être empereur, Alexandre ( VI) voulait élever son lils, et le pape Léon, son frère à l’empire; il le fit roi de Naples , mais il mourut empoisonné. Le pape Clément fut le plus riche de tous, car il entra en possession des trésors du pape Jules. Il était très-rus<* et tn^s-adroit; il était de Florence. C’était d’ailleurs un fils de p....n , un b&tard de la maison de Métlicis.

En somme , il n’y a jamais eu sur la terre de plus grand coquin que le pape Clément VII; aussi Dieu l’a-t-il privé de toute l’autorité et de toute la puissance qu’il po.ssédait. Les fauteurs de Jules disaient (jue depuis saint Pierre il n’y avait eu aucun pape qui eût été en possession d’une pareille suprématie. Voyez ce qui en reste.

Le pa|)e Alexandre était un Marane, c’es-à-dirc un Juif baptisé, qui ne croyait à rien. Le pape Jules , qui lui succéda , avait contre lui des sentiments si hostiles qu’il lit briser et détruire toutes les portes et toutes les fenêtres sur lesquelles étaient les armoiries d’Alexandre.

Il y eut un homme qui avait si grande envie d’étre pa|)C qu'il se donna au diable, à condition que le démon le ferait parvenir à la papauté, et il fut convenu entre eux que le diable n’aurait d’empire sur lui qu’après qu’il aurait dit la messe à Jérusalem. 11 advint que ce pape ayant dit la messe dans une chapelle, à Rome, qui portait le nom de Jérusalem (circonstance qu’il ignorait), les démons accoururent pour le saisir. Il demanda (juel était le nom de la chapelle, et (piand il en eut été informé, il avoua le pacte qu’il avait fait avec les démons et il implora la miséricorde divine, et les démons le mirent en pièces ; mais les

416 rnopos de table de hartin lutiier.

Bomains disent que son repentir Ta sauvé et que sa mort a expié sa faute.

J’ai vu à Rome , dans une grande rue qui mène droit à l’église Saint-Pierre , la slaliie d'une fennue revêtue des insignes de la papauté et tenant un enfant dans ses bras. Nul pape no passe jamais dans cette rue, pour ne pas voir cette statue.

Une femme, nommée Agnès, qui était née à Mayence, avait été , fort jeune encore, conduite en Angleterre par un cardinal , et de là menée à Rome , déguisée eu liomme. Les cardinaux l’élurent pour pape, mais elle se livra à l’impudicité, et sa honte fut si publi(iue qu’elle accoucha dans cette même rue. Je suis étonné que les papes laissent subsister cette statue , mais e’est Dieu qui les frappe d’aveuglement».

■ Persou'ic ne croit mainienanl à l’existence de la papesse Jeanne, érigée en successeur de Léon IV (en ts^) sous ta plume de quelques chroniqueurs crédules et des premiers réformateurs. Celle fable se trouvait déjà dans Gervais de Tilbury, dans le dominicain Étienne Bcllaville de Borbone, et dans divers autres vieux volumes, lorsque Luther s’empressa de l’adopter. Divers ouvrages spéciaux ont été consacrés à reiamen de cette question. Citons les plus remarquables :

Ulondel, Johannapapissa. Amst., I657, in-8".

G. Leibnitz. Flores sparsi in Uitiiulam Paptssce (ouvrage inséré dans la Bibliolh. hislor. Cottingue, 1758, I, 297).

Cooke, Dialogue aiire un protestant et un papiste. Sedan, 1064, in-8®.

Spanheim, De Joh. papissa. (Voir .«es œuvres, l.eyde, 1701, II, 5.)

Ciampi, DwsmniHa d» C. Boicacio intoriio alla papissa Giov. Firenze, 1828, in 8».

W. Smets, Das Màhrchen, v. d. Papslln Juhanna neu erortert. Colin, 1829, in-8<'.

Ajoutons que le catalogue Barré (17I6) indique (n<> 4990-5008) 14 ouvrages sur la papesse Jeanne, et que le catalogue Secousse tn® 9J8-932) en énumère 16. M. Beuchot (Journal de la Libr., 1831, p. 59) a mentionné cinq pièces de ihéllre sur le même sujet.

DU PAPK, UK l.’ANTECUKIbr ET DES PAPISTES. 117

Du temps de Jean IIuss, il y eut à la fois trois papes , et ils s’exconiiuuriiaient umtuellemcnt, eux et leurs adliérents. Juan XXIII tenait sa cour à Rome; Pierre de Luna était en Aragon, et Benoit dans les montagnes de Tltalic. C'était une dissension liorrible qui annonçait que la chute de la papauté était proche. L'empereur Sigismond, ne pouvant tolérer un semblable état de choses, convoqua un conede à Constance. Mais les cardinaux ne voulurent entendre parler d'aucune réforme ; ils dirent , en faisant une faute de langue , que ce n'était pas un schisme { schitmam ). L'empereur répondit : « Ne connaissez-vous pas votre Priscien'? Il faut dire schismael non schittnam. » Un cardinal répliqua ; « Nous sommes au-dessus des règles et des luis , et nous sommes de même supérieurs à Priscien et aux grammairiens. » Les trois papes furent déposés dans le concile et un quatrième fut élu. Mais le pape Jean, qui avait abdiqué dans l'espoir qu'il serait renommé, mourut de chagrin en se voyant trompé dans son attente*; Benoit en lit de même ; Pierre de Luna, retiré en Espagne, y mourut sans avoir cédé un seul point de ses prétentions.

Le pape Jean fut rejeté à cause des crimes qu'on avait à lui reprocher, car il avait tué son père, il avait vendu les évêchés, etc. Lorsqu'on lut publiquement devant lui de semblables inculpations ( elles ne formaient pas moins de trente articles), il dit: « J'ai fait bien pis que tout cela , puisque je me suis laissé persuader de quitter Rome et de passer les monts pour venir ici. Si j’étais resté à Rome, vous ne m'auriez pas déposé. »

' Grammairien latin dont les divers écrits, De octo pariibu* oraiioiiis. De Coiisiriiciione, elc., ont été souvent réimiirimés au quinziéme et au seizième siècle^ il eu a paru à Leydc, en I818, une bonne édition cri.i.pic due aux soins du savant philologue Lendermann.

' Ce fut Martin V qui fut élu. Il n'est pas tout ù fait exact de dire que Jean succomba au chagrin ; il vint trouver 1 Florence son successeur, il se jeta à ses pieds et ratifia pleinement l’acte de son abdication. Le nouveau pape le reçut avec bonté et le lit doyen du sacré collège.

iJ8 PROIES DE TABLE UE MARTIN LUTHER.

Le pape Paul III avait une sœur; avant d'ètre cardinal, il la donna pour maîtresse au pa|>e , et il obtint ainsi la dignité de cardinal; il renvoya ensuite sa femme, car il était marié, et il avait un Dis qui est maintenant cardinal. Les papes ont commis des turpitudes et des abominations que l'on ne saurait concevoir : les ecclésiastiques devaient payer au pape un florin lorsqu'ils avaient un enfant de leurs ménagères , et la mère était tenue également à acquitter un florin. Et de là vint que les prêtres entretenaient, sans honte et sans crainte, des p....ns auprès d'eui.

Je connais une ville où les concubines des ecclésiastiques étaient , lors des réunions et des noces , traitées avec beaucoup d'honneur, et on les appelait madame la doyenne , madame la prévôté , madame la chanoinesse , etc. Ainsi le docteur Staupilz reprit-il en riant l'évèque de M., et il lui dit qu'il était le plus grand teneur de mauvais lieux qu’il y eût en Allemagne, puisqu’il n'y avait pas de maître d'une maison de p....ns qui, même dans les endroits les plus riches, touchât plus de cinquante florins de revenu annuel , tandis que lui , l’évêque , recevait cinq cents florins et plus. Le prélat se mit à rire et répondit : « Oui , cela sert à payer les scribes de la chancellerie. »

Un chanoine de W. enleva à un mari sa jeune femme et il dit à l'époux : « Si tu consens à ce qu'elle reste avec moi , tu trouveras en moi un bon maître, autrement tu auras beaucoup à soutfrir. » — «Voilà, dit le docteur Luther, un trait digne de l’insolence italienne, et un de ces péchés qui crient vengeance au ciel. Et c'est ainsi que Moïse a dit : « Ils ont pris pour femmes celles qu'ils ont voulu , car toute l’imagination des pensées de leur cœur n'était que mal en tout temps. »

DU DAHË, DE I.’aNTECHRIST ET DES PAPISTES. 119

D'où vient que les papes prétendent (|uc ce sont eux qui forment l'Église, tandis qu'ils sont les ennemis de l'Église, et qu'ils n'ont nulle connaissance et surtout nulle intelligence de l'Écriture sainte ? Pape , cardinaux , évêques , aucun d'eux n'a lu la Bible ; elle leur est complètement étrangère ; ce sont de grosses l>edaines, riches, indolentes, paresseuses; ils se reposent sur leur puissance , et ce dont ils se soucient le moins , c'est d'accomplir la volonté de Dieu. Les sadducéens avaient beaucoup plus de piété que les papistes; Dieu nous garde de la sainteté de ceux-ci. Prions atin d’être préservés de la sécurité, car elle engendre l’ingratitude , ensuite le mépris de Dieu , puis le blasphème et enlin la persécution des choses divines. Et c’est ainsi que le diable nous conduit jusqu'au dernier échelon du mal.

Quelqu'un parla un jour des signes et des merveilles qui devaient accompagner la venue de l’anlechrist lorsqu'il se montrerait avant le jugement dernier *, et il dit qu’il devait avoir lin souflSe de feu qui renverserait tous ceux qui s'opposeraient à lui ; le docteur Luther répondit ; « Ce sont des paraboles, mais elles s’accordent en partie avec les prophéties de Daniel ; car le trône du pape est enflammé, et le feu est son arme comme le

' On formerait une bibliothèque considérable en réunissant les différents écrits dont l’antechrist a été le sujet aux seizième et dix-sepiiéme siècles. La base d’une pareille collection serait l’ouvrage du dominicain Blaivcnda , De Antichrûlo Ubri XI (Rome, 1603, in-fol.; Valence, I62i ; Lyon, 1647), volume où s’étalent une érudition immense et des opinions singulières. Une idée assez étrange de quelques ralibitis au sujet de la naissaneede l'anlcclirisl est rapportée dans un bizarre et savant ouvrage anglais ( Nimrod, a discourse on certain passages of hisiory and fable ; Londres, 1828, 4 vol. in-8<>) he will be boni al Edom of ihe tnarble «(alite of a Virgin impregnated by several wicked men (t. lit, p. 88i).Indiquons, pour mémoire, le Traité de Tadvénement de l’Antéchrist (Paris, Verard, 1492, in-fol.); le Vnso di verita dove si tratta delV origine, nascita, vite, opéré e morte delV Antichristo, del P. Al. Porri ( Venetia, 1S97, in-4°); une dissertation de Grotius dans les Critici sacri, 1697, lom. V (le savant Hollandais croit que c’est Caligula) ; les écrila de Cratarolo, de DuatoUn, de Perrier.

ISO PROPOS nr. table de Martin llther.

sabre est celle du Turc. L’antechrist attaque avec le feu et il sera puni par le feu , ainsi que l’exprime le proverbe : « De celui qui aura répandu le sang sera répandu le sang. » Le pape est aujourd'hui saisi de crainte ; il se cache derrière ses montagnes , il est forcé de souffrir bien des choses contre lesquelles il aurait autrefois lancé scs foudres et ses éclairs.

Il y avait, du temps de Léon X, dans un couvent d'augustins. deux moines qui furent révoltés delà conduite impie et horrible des papistes , et dans leurs sermons ils dirent quelque chose contre le pape. Voici que deux assassins s’introduisirent furtivement , pendant la nuit , dans le couvent ; ils égorgèrent ces deux moines , leur coupèrent la tète , leur arrachèrent la langue et la leur mirent au derrière. C’est ainsi qu’agissaient les papes.

Le 8 août, arriva une lettre de Bucer ', où il était dit que le concile de Vienne était terminé et que les cardinaux s'étaient retirés , et que l'Évangile était accueilli à Plaisance et à Bologne avec beaucoup de joie et d’empressement. Le pape en était extrêmement irrité, et il avait mandé à Rome un Allemand qui se nommait Corfentius , en lui accordant un sauf-conduit. Celui-ci s’étant mis en route et voulant savoir pour quels motifs il était mandé , fut arrêté en chemin et jeté dans le Tibre de dessus un pont. Le docteur Luther dit alors : « Telle est la bonne foi des papistes de l'Italie. Heureux celui qui ne se fie

' Martin Bucer, l'un des collaborateurs les plus télés de Luther, né i Strasbourg en H9I, fut d’abord dominicaiif; il prit une part trés-sclire aux controverses qui s’élevèrent dans le sein de la réforme, au sujet de 'eucharistie. En 1549, il passa en Angleterre; il mourut en I55i à Cambridge. Sous le régne de Marie, srs restes furent exhumés et jetés au feu. Il s’élait marié deux fois et il laissa treize enfants de sa première femme qu’il avait tirée du cloître pour l’épouser. Il serait superflu de donner ici la liste de ses nombreux écrits devenus rares et bien peu recherchés de nos Jours.

Dl! PAPE, DE L’aNTECHRIST ET DES PAPISTES. iii

pas à eux! Si les hommes de Dieu qui prêchent l'Évangile en Italie restent fermes , il y aura beaucoup de sang répandu. Voyez quelles machinations et quelles embûches sont ourdies contre nous en Allemagne: nous n’avons pas une seule heure où nous puissions nous dire en sûreté. Que de pièges nous ont tendus les papistes durant cet été! Si Dieu ne veillait pas sur nous et ne nous protégeait pas , nous aurions depuis longtemps succombé. »

Quelqu’un demanda comment saint Jacques avait été à Compostelle. Le docUiur Martin répondit : « Comment se fait-il que l’on trouve dix-huit apôtres, tandis que Jésus-Christ n’en a eu que douze? Car il y en a six à Tolosa ; saint Matthieu s’y trouve, et il est également à Trêves et à Rome. En beaucoup d’endroits, les papistes se vantent de posséder du lait de la vierge Marie et du foin qui a servi à envelopper dans la crèche l'enfant Jésus. Un franciscain se vantait d’avoir de ce foin dans une valise qu’il portait avec lui ; mais un curé le lui déroba subtilement et mit des charbons à la place , et quand le moine voulut montrer au peuple ce foin , il trouva qu’il n'avait que des charbons. Il inventa sur-le-champ un beau mensonge et il dit : « Mes bons amis , je n'ai pas pris la valise que je voulais , mais voici les charbons qui ont servi à griller .saint Laurent. »

Le docteur Luther dit avec véhémence qu'à coup sûr N. ' était possédé du diable , non-seulement spirituellement, mais encore corporellement , et qu’il était parvenu bien près de sa fin , où le diable le poussait ; il n'y avait plus aucun esp<»ir qu’il se repentit ni qu'il fit pénitence. Il faut donc prier contre lui et non pour lui , afin que Dieu retire ce ver empoisonné et le précipite dans l'ablme de feu.

' Il l’agit dans ce paragraphe et dans le suivant du duc Georges de Saxe ; mais en issd, nn n’osait le nommer en toutes lettres.

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