SUR LES MALADIES
une sorte d'épilepsie , surtout lorsque son siège est dans le cer- .veau. Lorsqu'il est dans les pieds , la course et le mouvement l'expulsent. La fièvre en Allemagne est un remède ; car les Allemands se tueraient parleur intempérance, si la fièvre ne survenait ; elle les purge et les rend plus tempérants, i/éteruuementest un très-bon effet résultant d’une cause fâcheuse , de l’obstruction de la tête. »
Le docteur Luther souffrant de la dyssenterie et ressentant aussi les douleurs de la pierre, dit : « Ah ! bon Dieu ! quel bonheur que d'avoir un corps sain et robuste, qui puisse manger, boire , dormir et rendre l’urine ! Que nous sommes ingrats quand nous sommes en possession de ces biens! aussi Dieu a-t-il frappé de diverses maladies notre chair pécheresse. » Et ilditune autre fois : « Dans une durée de mille ans , Dieu n’a donné .i aucun évêque autant de biens qu’à moi ; il est permis de se glorifier des dons de Dieu. J’ai de la colère contre moi-môme, parce que je ne puis me réjouir de tonte mon âme et rendre grâce à Dieu. Soit que nous vivions, soit que nous mourions , nous sommes à Dieu, au génitif singulier et au nominatif pluriel.»
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Il n'y a pas de meilleur l'emède contre le vertige qu’uue petite rôtie prise le matin. Le beurre est une chose très-saine, et je crois vraiment que si les Saxons sont une race d'hommes si robustes, c’est qu’ils font grand usage de beurre. Mais nous dédaignons des remèdes aussi à notre portée que le beurre , que l’eau de cerfeuil, et nous ne voulons recourir qu’à des substances mystérieuses.— Le docteur Jonasdit alors : « Du cumin noir macéré durant deux nuits dans du vin est un excellent remède contre le vertige , et la corne de cerf mêlée dans du vin chaud apaise les |ihis grands maux de tête. » — Le docteur Gaspard Lend répondit : « I.a corne de cerf le cède à celle de la licorne, qui est un excellent préservatif contre les (wisons; il y a cependant des personnes qui nient l’existence de ce dernier animal. »
Le crapaud est doué de propriélés que l’expérience a démontrées. Si l’on perce trois crapauds et qu’on les laisse sécher au soleil, qu’on les applique ensuite sur une tumeur pestilentielle, ils attirent à eux tout le venin, et le malade sera guéri' ; car ils ont la vertu de faire sortir le venin. Lorsque j’étais malade k Snialcade, les médecins me faisaient prendre autant de remèdes que si j'eusse été un gros taureau. Malheureux l’homme qui dépend de l'assistance des médecins! Je ne nie pas que la médecine ne soit un don de Dieu, et je ne rejette pas la science des médecins; mais ou sont ceux qui sont parfaits? Un hon régime produit d'excellents eflets. Lorsque je me sens incommodé, si j'observe la diète et si je vais me coucher à l'heure de none, je puis reposer paisiblement et je me sens bien portant; mais si je perds la tranquillité, alors ma vie est menacée d'être abrégée.
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Le 25 juillet 1540, le docteur Luther étant malade, les médecins lui conseillaient de ne pas prendre un bain, et il dit : « Je trouve juste et convenable que les médecins agissent selon leurs théories, mais ils ne doivent pas rendre les hommes captifs 'de leurs ordonnances. Avicenne et Galien, vivant à d'autres épo-
' L’antiquiié et le moyen Age ont emprunté «ux crapauds toutes sortes de remèdes ; tel chapitre de Pline seul en indique une trentaine, et quelques-uns sont tellement singuliers , qu’il faudrait avoir recours à la langue latine pour tes énoncer. Bornons-nous à dire que le crapaud servait A la fois A celui qui voulait rendre sa femme fidèle et A celui qui voulait se faire aimer de la femme de son voisin. Le duc Frédéric de Saxe avait mis en crédit, pour arrêter le saignement de nez, le procédé de serrer arec force un crapaud entre ses doigts. Il y a soixante-dix ans, l’application d'un crapaud guérissait beaucoup'de cancers au sein ; les journaux de 1775 l'attesteiit : aujourd'hui l’on n'oserait parler d'un pareil remède. Avaler un crapaud tout vif est un moyen héroïque préconisé, en certains cas, parmi le peuple, et de nos Jours l'on a vu plus d'un malade mourir des suites d'un semblable remède. Tout le monde sait d'ailleurs quel réle important joue le crapaud en sorcellerie; il a souvent prêté sa laide figure au diable lorsque celui-ci, pour raisons A lui connues, voulut cacher son pied fourchu, ses cornes et sa queue. Voir d'ailleurs sur l’histoire légendaire du crapaud un curieux article du docteur Roulin dans la Revue des Deux-Vondts, octobre 1835.
sim LES MALADIES.
ques et dans d'autres pays, ont imposé à d'autres hommes des règles différentes ; je ne jurerai point par elles. D'autre part, il n'est rien de funeste comme ces médecins ignares qui laissent faire aux malades tout ce qu'il leur plaît ; ce sont ceux-jà qui peuplent les cimetières. C'est un grand don de Dieu que de rencontrer un médecin instruit et prudent. Ils sont les ministres de la nature, et la vie humaine leur est confiée ; mais elle est exposée à une foule de périls divers, et un moment de négligence peut tout perdre. Je crois que le meilleur médecin est celui qu'animent l'humilité et la crainte de Dieu ; ceux qui agissent sans la crainte de Dieu sont des homicides. »
Le sommeil est une opération de la nature très-utile et trèsnécessaire à la santé. Je regarde comme une contrariété des plus vives d'être réveillé lorsque l'on est plongé dans le sommeil. Hippolyte écrivit d'Italie que, lorsque l’on veut donner la question à des malfaiteurs, on les. prive de tout sommeil; c’est une torture qu’ils ne peuvent endurer longtemps.
C'est une grande audace de la part des médecins et uli grand privilège qu’ils ont de tuer les hommes par des remèdes mal entendus, et en se faisant payer. Lorsqu’une maladie nous menace, je crois que le mouvement et le changement d'air font plus de bien que toutes les saignées et purgations. Personne ne doit user de remèdes sans demander cependant le conseil d’un médecin. Voyez ce qui est arrivé à Pierre Lupinus, qui mourut pour avoir bu de l'huile destinée à un usage extérieur. Il y eut une fois un grand procès par suite d'une dose d'appium donnée par mégarde au lieu d'opium.
Le docteur Luther souffrant extrêmement d’un rhumatisme, au point qu'il avait grande peine à marcher, même en s’appuyant sur un bâton, dit ; « O mon Dieu ! est-ce que je n’ai pas .assez
l-ROl'O^ 1)K TABLE I)K MARTIN Ll'THLR.
vécu ? puisque tu en agis ainsi avec moi, permets-moi de t’adresser la même prière que le prophète Jonas : « Maintenant, ô Eternel, ôte-moi, je te prie, mon àme, car la mort m’est meilleure que la vie. »
A Cobourg, j'allai et je cherchai une place |K>ur ma sépulture ; j’avais rintentio» d’ôlre enseveli dans le chœur, sous la croix; mais j'ai maintenant une autre résolution. Je sais que je n’ai pas longtemps à vivre, car ma tète est comme un couteau dont l’acier est eiitièremeut usé et se trouve réduit à n’èlre que du fer ; ce fer est émoussé et ne coupe plus; il en est de môme de ma tète. J’espère que mon heure n'est pas éloignée. Dieu m’assiste et me console en ce dernier moment ! je désire ne pas vivre davantage.
Le docteur Luther admirait la fragilité du cor))S humain et comment Dieu a formé cette chair d'où il sort taut de fiente, de sueur et de puanteur ; si l’ime n’avail pas été douée de bien plus d'excellence et de beauté, ç’aurail été une bien misérable créature que l’homme. Aussi les Grecs appelaient le corps sonta, ce tjui revient à sema, c’est-à-dire sépulcre.
Le iO juillet 15;I0, le docteur Luther soiilfranl d’un ténesme, dit : « Je ne |>eux refuser à mon derrière l’autorité qu’il possède ', car Dieu exerce ses punitions sur nous, même dans cette partie du corps. On voit an chap. v du livre de Samuel, que les Philistins, s’étant emparés de l’arche du Seigneur, furent rudement châtiés par une maladie à leurs parties honteuses. Ils fu-
' Ce paraj;raplie, dans l'édition latine de Francfort, 157I, est intitulé en marge : Cuti reijimeu. De sa retraite de la Warlbourg, Luilicr écrivait un jour A Mclanchton ; Domhius percussit me in posieriore gravi dolore; lam dura sititl excremenla ut milita ri atqae ad sudorem exiruderc cogar ; et quo diutiiis différa, magis diirescunt ; heri, quarto die, excrevi semel.
PROGNOSTICATION DU DOCTEUR I.UTHER.
rent doue forcés de faire offrande à Dieu de cinq ligures de fondements en or et de cinq souris on or pour expier leurs péchés. Dieu est puissant en toutes les créatures, il mortifie et il vivifle. »