‹ Les propos de table de M. LutherChapitre 36 sur 62 · DE LA GUERRE ET DE DIVERS GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

DE LA GUERRE ET DE DIVERS GÉNÉRAUX

un voleur ; il y reçut un bon accueil et il vit une jeune fille qui pleurait ; il la questionna en secret, et elle lui dit qu’elie était forcée de résider parmi des brigands, et que l’hôte, dans la nuit, donnerait un signal qui ferait venir des paysans des environs, instruits qu’en pareil cas il y avait des voyageurs à égorger et à dépouiller. Conrad se tint sur ses gardes et passa la nuit tout armé ; quand les paysans vinrent, il les attaqua avec l’aide de ses serviteurs, il en tua plusieurs et il emmena l’hôte bien garrotté.

La guerre est la plus grande des calamités, et la sédition est ce qui peut arriver de plus funeste à une ville. En 1536, George Spalatin écrivit qu’il y avait eu de grands désordres à Cologne, ville supérieure en étendue à Florence, à Rome, à Augsbourg et à Nuremberg. Les habitants s’étaient soulevés, avaient attaqué la cathédrale, mis en fuite les concubines des ecclésiastiques, maltraité plus de deux cents moines et religieuses, et pillé les reliques des saints. — laî docteur Luther ayant entendu la lecture de cette lettre, dit avec eOToi : « Ah ! ces violences scandaleuses ne sont pas un bon signe ; elles arrêtent les progrès de l'Évangile ; elles redoublent la colère des tyrans. Daniel et saint Paul ont dit que l’antecbrist devait être frappé de l’arme de la parole et renversé par le souffle des lèvres. C’est par ses propres armes et son propre glaive que le pape doit être mis à mort ; le royaume du pape n’a pas besoin qu'on empioie la force et la violence pour le détruire, puisqu’il repose sur le mensonge. C’est la parole de vérité qui doit détruire le règne de la superstition ; je déteste ceux qui nuisent par leur violence aux progrès de la vraie doctrine. Ils désobéissent à Dieu, qui enjoint de prêcher et d’attendre tout secours de lui ; ils n’écoutent pas la parole et ils se livrent au scandale, tandis que nous devons recommander la paix nécessaire à l’édUication de l’église. »

Lorsque le docteur Luther parlait des places fortes qu’il avait vues, il mettait au-dessus de toutes les autres la ville de Bruns-

244 PHOPOS DE TABLE i>E MARTIN LUTHER.

M’ick, comme étant très-dilBcile à prendre. «Cependant, dit-il, toute forte qu’elle est, un &ne chargé d’or trouverait encore moyen de s’y introduire. » Il donnait ainsi à entendre qu'elle pourrait être prise par trahison. L’on dit que le roi de France dépense autant d'argent pour soudoyer des traîtres que pour lever et entretenir scs armées, et qu’il a dû beaucoup de ses succès à la trahison. Il y a quelques années, lorsqu’il était en guerre avec 1e papeJulcset avec les Vénitiens, il mit en déroute, avec quatre mille hommes, les troupes du pape composées de vingt mille hommes ; ce qui fut l’effet de la trahison.

L’empereur Maximilien a battu avec peu de forces les Vénitiens, nation trés-fière et superbe. L’empereur n’avait que quatre mille hommes, et le général en chef, Barthélemy de Schabatto, marcha contre lui à la tête d’une nombreuse et puissante armée, et. Maximilieu ayant pris la fuite, il le poursuivit jusque dans une vallée. Les Impériaux étant investis de tout côté et se trouvant saus issue, le lier Vénitien dit : «Je battrai les Allemands, que Dieu le veuille ou non. » Et il envoya des messagers à Padoue et à tous les lieux voisins, afin que tous vinssent voir quel carnage il allait faire des bêtes d’Allemagne, et hommes et femmes accoururent, revêtus de leurs plus riches habits. Voyez quel stratagème et quel expédient Dieu employa ; tandis que les Impériaux étaient réduits au désespoir et hors d’état de s’enfuir de la vallée, il permit qu'un chariot chargé de poudre se bris&t ; la poudre se répandit par terre et sur le terrain où les Vénitiens avançaient; elle prit feu, il y eut une grande explosion, et les Vénitiens reculèrent dans un désordre extrême. Alors les Allemands se précipitèrent sur eux, les massacrèrent tous et prirent les riches bourgeois et les belles dames qui étaient venus croyant assister à une victoire assurée. C’est ainsi que Dieu accorde la victoire et le succès. Pensez à Annibal, le plus célèbre et le plus entreprenant des capitaines, lui qui déconfit si bien les Romains, les chassa de l’Afrique, de la Sicile, de l’Espagne, de la France, et qui parcourut en maître toute ritalie. Je crois qu’il n’a guère

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