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prie pour nous ; nous n’avons point péché contre toi, ô diable! ce n’est point toi qui nous as créés ou qui nous as donné la vie : pourquoi nous accuses-tu donc en présence de Dieu? Fusses-tu le plus grand des saints et le juge suprême de tous les saints , reçois le pet que nous faisons en tes mains *, et va-t’en avec à Rome trouver le pape qui est ton ministre.
Le docteur Luther se tournant vers H. W. lui conseilla, lorsqu’il était dans l’abattement, de recourir à la société des hommes et de ne pas rester dans la solitude. « Malheur, dit Salomon, malheur à ceux qui sont seuls! Je fuis la solitude lorsque je ressens de la tristesse. Ce fut quand Jésus-Christ était seul dans le désert qu’il fut tenté par le diable. Les tentations de l’esprit surpassent de beaucoup les souffrances du corps. Un moine, éprouvant des tentations dans sa cellule , s’écria : « Je ne resterai point ici isolé ; mais je sortirai plutôt et j’irai trouver les frères. » Le docteur dit ensuite à quelqu’un qui se plaignait de son sort : « La vie de nul homme n’est tranquille ni exempte de tentation, et personne n’est satisfait de sa destinée. L'homme marié voudrait être célibataire, le célibataire voudrait être marié; le serviteur aspire à être maître, et le pauvre à devenir riche.»
Le 2 août le docteur Luther, après avoir été, la nuit précédente , fort abattu par la dyssenterie , ressentit des douleurs très-vives de sciatique, et il dit ; « Que le nom du Seigneur soit Inmi! ces paroles peuvent encore se dire, parce qu’il y a des tentations que l’on peut supporter ; le péril le plus extrême n’est pas encore venu ; maudit le jour où je suis né. Jésus-Christ était comme mort lorsqu’il fut tenté dans le jardin des Oliviers et qu’il dit : « Mon Père, éloigne de moi ce calice , si telle est ta volonté» ; il y avait là une lutte de la volonté, mais bientôt il se
' In manu sume crepilum venlris.
PROPOg DE TABLE DE MARTIN LUTHER.
résigna à la volonté de son Père et l'ange vint le consoler. Jésus-Christ a été tenté en notre chair ; c’est un puissant intercesseur pour nous auprès de Dieu dans nos tentations. Que la colère de Dieu se manifeste dans les malheurs qui nous frappent ; si nous faisons pénitence dans des sentiments de foi. alors la bonté et la miséricorde de Dieu se manifestent sous sa colère. »
Le 8 août, le docteur Luther était malade et sa femme avait la fièvre, et il dit: «Dieu m’a assez frappéetchâtié, et j’ai été impatient, étant accablé de tant de maux, dysscntcric , sciatique , gravelle ; mais Dieu sait bien de quelle utilité il est pour nous de souffrir, et c’est ce que nous ne pouvons comprendre. Dieu est semblable à un imprimeur qui range les caractères de façon qu’il faut les lire à rebours ; dans l’autre vie cette impression se lira tout naturellement ; en attendant , il nous faut prendre patience. Que de bon cœur je mourrais et quitterais les traces de cette vie ! car je suis faible et épuisé par de grands travaux, et j’ai à peine un instant de tranquillité ; mais puisque saint Paul n’a pu obtenir d'être délivré de l’ange de Satan qui lui donnait des soufflets , nous ne devons pas nous attendre à être exempts de tentation. »
Ah ! si saint Paul vivait encore, que je voudrais apprendre de lui quelle est cette tentation dont il se plaint ! ce ne fut point une révolte de la chair (comme le prétendent les papistes ) et de l’attachement pour Thècle *. Je crois que ce fut un sentiment de désespoir au souvenir de ses anciens péchés. Il y a dans les psaumes des sentiments semblables ; ainsi dans le xxii< : « Mon
* L’histoire apocryphe do sainte Thècle est rapportée dans le Spicilegium Pairuin s<*cuU primi, précieux recueil publié à Oxford en 16U8, par les soins du savant L. Crabe. Cette légende pleine de naïveté , offrant à la fois le double intérêt d’un poème populaire et d'un monument historique, a été l’objet d’une appréciation remarquable de M. Saint-.tlarc-Cirardiii (Revue de Paris, 1629 , t. !•'}. L’ingénieux critique a très-habilement fait ressortir le double caractère de merveilleux d'une part, de vérité de mœurs de l’autre, dont est empreint ce récit.
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Dieu! mon Dieu! pourquoi m’as-tu abandonné?» Le livre de 7o6 est plein de pareilles idées ; les plaintes du patriarche peuvent se résumer en ceci : « Je suis juste et innocent ; donc Dieu n’a nul égard à la justice et à l’innocence des hommes. » Je regarde le livre de Job comme ayant une base historique , mais i’on eu a fait un poëme ; la chose est arrivée, mais les paroles prononcées ont été autres. Saint Jérôme et d’autres Pères n’ont pas été exempts de tentations, mais ce sont des tentations de la chair et puériles , ce n’est rien auprès de l’ange de Satan qui soufQetait l’apôtre ; ne nous y arrêtons donc pas. Si je devais vivre encore quelque temps, j’écrirais un livre au sujet des tentations sans lesquelles nul homme ne peut comprendre l’Ecriture sainte , ni parvenir à la crainte et à l’amour de Dieu. Dans chaque verset des psaumes il n’est guère question que de tentations , de tribulations, d’afflictions. La persécution extérieure est préférable à l’intérieure; mais les justes tomberaient bientôt dans la tiédeur s’ils demeuraient exempts de tentations. — Le docteur Jonas exposa alors diverses tentations qui affligent les gens pieux, et le docteur Luther répondit : « Il faut prendre patience et s'appliquer à l’oraison. Si tout advenait selon ùotre volonté, nous deviendrions négligents , ainsi qu’il arrive aux papistes. La tentation est un remède qui peut devenir fort profitable.»
Le diable s’efforce de nous tenter en nous inspirant des pensées de tristesse et de désespoir. Toute joie et toute paix vient de Dieu, l’Esprit saint est notre consolation et notre encouragement dans les périls et dans les tentations de la mort ; alors il faut dire : « Va-t’en, péché, mort, diable et enfer; si tu veux m’ôter la vie, tu peux me tuer, mais ma mort ne te servira de rien, et quand même tu m’étranglerais, tu ne nuirais en rien à mon âme ; va donc dans le ciel et essaye de faire périr celui qui est ma vie; voilà ce que tu ne pourras faire. » — Un esprit allègre et content est ainsi ub don bien précieux. Dans la loi de Moïse, les gens affligés n’étaient pas admis aux sacrifices, ni près de l’autel.
Les papistes ontécrit au sujet de saint Benoit que, ressentant un jour de violentes tentations d’impureté, il s'était roulé nu parmi des épines,afin de chasser le malin esprit. Ils ontexprimé beaucoup de plaintes au sujet de ce genre de tentations diaboliques; il aurait fallu leur donner le conseil de suivre le précepte et l'institution de Dieu , lorsqu'il a dit : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul. »
Lorsque le diable me trouve oisif, et que je ne pense pas à la parole de Dieu, alors il trouble ma conscience, me suggérant que je ne prêche pas la vérité, mais que j’ai occasionné du trouble dans le gouvernement, et qu’avec ma doctrine j’ai soulevé de grandes rébellions et entraîné de grandes offenses. Mais lorsque j’ai repris la parole de Dieu, alors je reprends le dessus, je résiste au diable, et je lui dis : « Je sais, et, d’après la parole de Dieu, je suis certain que cette doctrine n’est pas de moi, mais la doctrine du Fils de Dieu » ; et je pense en moi-même : quel soin Dieu a-t-il du monde, fût-il dix fois plus vaste qu’il ne l’est! Il a voulu que son Fils fût roi, et il l’a si fermement établi dans son royaume, qu’il ne peut être ébranlé ; car Dieu lui-même a dit: « C’est mon Fils, écoutez-le. » — Le docteur Luther répéta alors ce passage du psalmiste : « Maintenant donc, ô rois, soyez entendus; juges de la terre, recevez instruction. Servez l’Eternelavec crainte, et vous égayez avec tremblement. Baisez le Fils, de peur qu’il ne se courrouce et que vous ne périssiez quand sa colère s’embrasera tant soit peu. Oh ! que bienheureux sonttousceux qui se retirent vers lui! » C’est-à-dire : «vous coaliserez-vous contre le Fils de Dieu? Alors, ainsi qu'il est arrivé aux royaumes des Juifs et à d’autres, vous serez entièrement consumés et anéantis avec tous vos royaumes, principautés, gouvernements, privilèges, ordres, lois, pouvoirs, trésors et richesses. » Soyons pardessus tout sûrs et certains de notre cause. Saint Paul se rend ainsi témoignage à lui-même : « Je suis un apôtre et serviteur de Jésus-Christ, et envoyé pour instruire les gentils. » Aucun homme dont l'esprit est charnel n’est capable de comprendre
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celle espèce de louange de soi-mème, qui alors élail aussi nécessaire el indispensable pour saiulPaul qu’un arlicle de foi.
Le docteur Luther dit un jour : «Aucun papiste ne se jettera de lui-mème dans le feu, tandis que nos gens affrontent volontiers le feu et la mort, imitant en cela l’exemple des saints martyrs, de sainte Agnès, sainte Agathe, saint Vincent et saintLaurent. Si l’on voulait menacer du feu les papistes qui tiennent à leur doctrine, vous verriez combien ils se bâteraient de l’abandonner. Les empereurs, les rois, les princes, les seigneurs traquent et massacrent aujourd’hui les chrélieus; mais le Turc les châtiera. Les papistes rejettent la domination de Dieu; ils auront celle du diable. Nous sommes, nous, des brebis destinées à la boucherie, oves occitionis.
Tout récemment on a brûlé, à Paris, à la fois, deux nobles el deux magistrats pour la cause de l’Evangile ; les théologiens ont pressé le roi de France si bien, qu’il a mis de ses mains le feu au bûcher'. Nous sommes un innocent troupeau de moutons qui n’ont point la liberté d’aller paître dans les prairies, mais qui sontre-
' Luther enchérit un peu sur la conduite de François I»; ce monarque porta cependant le zélé Juaqu’à déclarer que ai l’un dea membres de son corps venait à être infecté de l’hérésie, il ne balancerait pas à le faire couper, et que si l’un de ses fils avait le malheur d’avaler ce poison, il l’immolerait de sa propre main. Le 3i janvier 1535, il fit brûler, à la suite d’une procession expiatoire, six luthériens et une femme, accusés d'avoir affiché dea placards injurieux à l’Eucharistie et au clergé. On avait renchéri sur le supplice ordinaire en imaginant une estrapade ou balançoire qui élevait et faisait retomber plusieurs reprises dans les flammes les malheureux condamnés. Il y a souvent dans l’histoire des hommes, des traits qui souilleraient celle des bétea féroces. Quelques auteurs ont prétendu que François I" portait une torche et que, parvenu auprès du bûcher, il la remit au cardinal de Lorraine ; voir Théodore de Béze, Hist. ecclMattique, 1. 1, p. 21 ; SIeidan, I. IX, fa 144 ; Belcarius, I. XX, p. 644 ; Garnier, t. XII, p. 652; Daniel, t. V, p. 654 ; Gaillard, Bût. de François l»', t, VI, p. 458 ; Sismondi, Hist. des Français, t. XVI, p. 452, etc.
tenus à l’étable; ils attendent qu’on vienne les mettre à la broche ou les jeter dans le poêlon.
Le chancelier du comte Albert de Mansfeld, George Lauterbacb, arriva de Francfort à Eisleben en 1546, et, étant à table avec le docteur Luther, il lui dit que l’empereur Charles et le pape étaient extrêmement courroucés contre l’évêque de Colo^ gne, Herman, et qu’ils voulaient le priver de scs Étals; le docteur dit : « Ils ne peuvent s’armer contre nous de la parole de Dieu et de l’Écriture sainte; ils emploient alors pour nous nuire la ruse, la force, la trahison et l'astuce. Eux-mêmes nous rendent ainsi le témoignage que la sagesse, la vérité et la parole de Dieu sont de notre côté. Il arrive ce qu'a annoncé le psalmiste: « Les rois de la terre se trouvent en personne, et les princes consultent ensemble contre l'Éternel. » Mais quel sera le résultat de leurs complots? c'est encore ceque nous apprend le même psaume (ii, v. i): « Celui qui réside aux cieux rira, le Seigneur se moquera d'eux. » Ces petits messieurs en colère ne peuvent rien contre le Seigneur ; ils ne gagneront que les remerciements du diable. Dieu leur dit: « Voici six mille ans que je règne et que je fais toutes les lois ; mes petits amis, ne faites pas les insolents ; écartez-vous de la muraille, ou elle tombera et vous écrasera la tête. Instruisez-vous, rois et juges de la terre; soumettez-vous à Jésus-Christ, ou le diable vous enlèvera tous.
Le docteur Juste Jonas ^ demanda un jour au docteur Luther si les pensées et les paroles du prophète Jérémie, lorsqu’il maudit le jour de sa naissance, étaient dignes d’un chrétien. Lcdoc-
‘ La correspondance de Luther édiiée par Aurifaber (Eisleben, fol. 2Ti) renferme un billet difiBciie à rendre dans notre langue, et qui moolre que Jonas attachait peu de prix aux bienséances de k société : « Kon de
leur lui répondit : Il nous faut de temps à autre presser le Seigneur par de semblables paroles. Jérémie avait raison de murmurer ainsi. Notre*Seigneur Jésus-Christ n'a-t-il pas dit : « O vous, génération perverse et infidèle, combien de temps seraije avec vous, et jusqu'à quand vous supporterai-je ! » Moïse aussi mit à Dieuie marché à la main (pour employer ici un proverbe), lorsqu'il dit {IVotnbres, ch. xi, v. 11) : « Pourquoi as-tu affligé ton serviteur? Est-ce moi qui ai conçu tout ce peuple, ou l’ai-je engendré ? »
Il est impossible qu'un homme ne soit pas plongé dans une amère affliction, lorsqu'au fond de son cœur il veut le bien, et lorsqu'il reste délaissé. Je ne puis jamais me défaire de ces pensées, en désirant que je n'eusse jamais commencé mes discussions avec le pape. De même, je désire être mort plutôt que d’entendre mépriser la parole ou les serviteurs de Dieu ; c’est la fragilité de notre nature qui nous livre ainsi, par moments, au découragement.
Ceux qui condamnent les mouvements de colère contre des antagonistes, sont des théologiens qui ne s’occupent que de spéculations ; ils jouent avec les mots, et ne s'occupent que de sub- « tiiités ; mais lorsqu'ils commencent à se réveiller et à prendre un intérêt réel à l'aifaire , alors ils s’échauffent et ils montrent qu’ils peuvent être piqués au vif.
Le docteur Luther dit un jour: « 11 y a peu de temps qu’un prêtre papiste, un flatteur hypocrite, me réprimanda et me blâma très-vertement de ce que j’avais mis tant de colère dans mes écrits, et de ce que j’avais si rudement gourmandé le peuple. Je
cloaca papyrutn sutno, quemadmodunnJonaaDOster, qui le nibil pluris æslitnal quant ut diguua sis qui schedas natales, hoc est de nalibus purgatis, legas.»
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lui répondis « ; Le Seigneur notre Dieu doit envoyer d’abord un violent orage accompagné de tonnerre et d’éclairs , et le faire suivre d’une pluie douce ; alors le sol est complètement humecté. De même, je puis aisément trancher avec mon couteau une branche de saule; mais s’il s’agit d’un gros chêne, ce n’est pas trop d’employer des haches, des pioches pour l’ahattTe et le déraciner, et l’on n’eu vient pas à bout sans peine. »
Il y a beaucoup de personnes qui se plaignent de' moi, trouvant que je suis trop emporté et trop violent contre le papisme. Moi, au contraire, je me plains, hélas ! que je suis beaucoup trop doux ; je voudrais pouvoir souffler des foudres contre le pape et le papisme, et que chacune de mes paroles fût un coup de tonnerre.
üu demanda au docteur Luther pourquoi le Christ maudit avec tant de rigueur dans le psaume cix, tandis qu’il a défendu de maudire, et le docteur répondit: « Un chrétien ne maudit point et ne se venge pas s’il s’agit de sa propre personne, mais la foi maudit et se venge elle-même. Pour comprendre ceci exactement, nous devons faire une distinction entre Dieu et l’homme, entre la personne et la cause. Pour ce qui concerne Dieu et sa cause, nous ne devons point avoir de patience, et nous ne devons point hénir. Ainsi, par exemple, lorsque les impies persécutent l’Evangile, cela concerne Dieu et sa cause; alors nous ne devons pas bénir ni souhaiter une heureuse réussite, mais nous devons maudire et anathématiser les persécuteurs et leurs efforts. C’est ce qu’on appelle les malédictions de la foi, et, plutôt que de souffrir que la parole de Dieu fût supprimée et l’hérésie établie, la foi voudrait que toutes les créatures périssent dans les supplices; car l’hérésie nous fait perdre Dieu lui-même. Mais les hommes ne doivent pas se venger eux -mêmes; ils doivent tout endurer et faire du bien à leurs ennemis, ainsi que le reconi
mandenl la doctrine de Jésus-Cbrist et les préceptes de la charité. »
Le docteur Luther dit un jour : « Si des pensées fôcheuseset inquiétantes se saisissent de toi, chasse-les en employant les meilleurs moyens que tu pourras ; parle et entretiens-toi avec de bons amis de choses dans lesquelles tu prends plaisir. On dit parfois : sans une pensée sérieuse, il ne peut s’effectuer rien de bon. A cet égard, je fais une distinction : il est des pensées de plus d'un genre. Les pensées de l'esprit ne produisent pas de mélancolie ; ce sont les pensées de la volonté qui causent de la tristesse, comme lorsqu'un s’afflige d’une chose ou lorsque l’on soupire et se plaint; mais l’entendement n’est pas mélancolique. »
Lorsque j’écris contre le pape, je ne suis pas mélancolique, car alors je travaille de tête et d’intelligence, et j’écris avec la joie dans le cœur. Le docteur Reisinbusch me disait il n’y a pas longtemps : « Je suis fort étonné que vous soyez aussi joyeux; si pareille situation était mienne, il s’en faudrait de peu qu’elle ne me tuât. » Je lui répondis : « Ni le pape ni toute sa bande rasée ne peuvent m’attrister, car je sais que ce sont les ennemis de Jésus-Christ ; aussi je combats contre eux avec une intrépidité singulière et pleine d'allégresse. »
Depuis que Silvestre Prierias a écrit contre moi et qu’il s’est intitulé, au débutde sou livre, maître du sacré palais S depuis que
' Prierias, dominicain, jouissant d’une haute faveur i la cour de Léon X. li adopta, pour combattre Luther, la forme du dialogue. Le Saxon ne se piquait point de parler avec modération des écrits dirigés contre lui. Il qualifia l'ouvrage ultramontain i’epiiomen lot laniisque blasphemiis a capiie ad pedes usque refertum , ut in medio Tariaro, ab ipsomet Satana edUtan libellum exlstimem.
j’ai VU cet ivrogne barbouiller pareil fatras, je n’al fait qu’en rire et je me moque de lui, de son maître le çape et de toute sa bande de papistes. Rien ne dissipe la tristesse qui m’assaille parfois comme le spectacle de leur fureur.
Maintenant, à mon âge, rien ne me vexe et ne me tourmente, si ce n’est les tribulations du diable qui marche avec moi dans la chambre où je couche; il Se moque cruellement de moi. Quand il ne peut rien gagner sur mon cœur, il tombe sur ma tête et il me tourmente beaucoup. Souvent il me trouble au sujet de la prière. Il me glisse dans le cœur la pensée que je néglige de prier avec assiduité ; je sais pourtant que dans un seul jour je prie plus que tous les prêtres papistes et que tous les moines ; seulement, je ne bredouille pas autant qu’eux. Je conseille bien de ne pas mépriser les prières écrites ; un homme qui récitera un psaume, en forme de prière, s’en trouvera tout échauffé.
Souvent le diable me fait des objections contre la cause dont (avec l’aide de Dieu) j’ai entrepris la défense. Il fait aussi des objections contre le Christ ; mais que le temple s’écroule plutôt que si Jésus-Christ y restait caché.
Ce que j’enseigne, écris, prêche et prétends, tout cela je l’expbse au grand jour, je ne le déguise pas dans un coin. Je règle et dispose tout d’après l’Évangile, d’après le baptême et d’après l’Oraison dominicale. C’est là qu’est Jésus-Christ ; je ne peux le renier; c’est sur l’Evangile que j’asseois ma cause. Nonobstant tout cela, le diable me tracasse tellement avec ses disputes subtiles et insidieuses, que la sueur de l’angoisse tombe souvent de mon front ; souvent je peux sentir et voir qu’il dort plus près de
moi que ne le fait ma femme Catherine, c'est-à-dire qu'il me tourmente plus qu'elle ne me console ou ne me satisfait.
Tous ceux qui sont en proie à de semblables luttes spirituelles doivent fréquenter la compagnie de leurs connaissances et, pardessus tout, ne pas rester seuls, ne pas se cacher, se tourmenter, se mordre eux -mêmes de pareilles idées et de celles que suggère le diable ; l'Esprit saint a dit : « Malheur à celui qui est seul ! » Quand je me trouve mélancolique, triste, la tête lourde, alors je quitte ma retraite, je vais voir les gens et je cause avec eux.
Les pensées fâcheuses amènent des indispositions ; lorsque l'àme est troublée et que le cœur est inquiet, le corps se ressent de ce triste état. Saint Augustin l'a bien dit ; « L'àme est là où elle aime, plus que là où elle anime. » Quand les soucis, les tracas, les inquiétudes l'emportent, le corps s'en trouve tout affaibli ; sans Tâme, il est mort ou comme un cheval privé de conducteur. Mais quand le cœur est tranquille et en repos, alors il prend soin du corps et lui donne ce qui lui revient. Nous devons donc résister aux pensées lâcheuses et les chasser par tous les moyens possibles. La plus grande lutte que j'aie à soutenir est lorsque le diable m'assaille avec mes propres pensées.
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J'ai éprouvé par moi-même que dans mes plus vives tribulations (qui tourmentaient et épuisaient mon corps au point que je pouvais à peine respirer) j'étais sec et pressé comme une éponge. Aucune créature n'était capable de me consoler, au point que je disais : « Suis-je donc le seul homme réservé à de semblables tribulations spirituelles? » Mais il y a de ceci dix ans, lorsque j'étais solitaire et isolÿ. Dieu me consola par le mi-
nislère de ses anges et il m'anima à combattre et, à lutter contre le pape.
Le docteur Jérôme Weller étant en proie à de grands accès de mélancolie, le docteur Luther lui dit : « Prends courage; tu n’es pas le seul qui endures la tribulation ; je suis dans le même cas; et quant aux péchés, j’en ai sur mol de plus grands que toi et ton père, car j’ai blasphémé mon Dieu quinze ans de suite, en célébrant cette abominable cérémonie idolâtre de la messe ; je voudrais de tout mon cœur avoir été plutôt, durant tout ce tempslà, un voleur ou un débauché. »
Lorsque je suis troublé d’idées mélancoliques concernant les affaires temporelles ou domestiques, alors je prends un psaume ou une sentence de saint Paul et je me couche pour me reposer et pour dormir. Mais les pensées qui me viennent du diable me sont bien plus à charge ; il faut que je veille alors rigoureusement sur moi et que je me mette fortement à l’œuvTe pour m’en débarrasser.
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Je ne fais nulle meilleure besogne que celle que m'inspirent le zèle et la colère. Que je veuille dicter, écrire, prier, prêcher, il faut que je sois en colère ; alors tout mon sang s’allume, mon intelligence devient plus perçante, toutes les tentations et les pensées malhonnêtes me laissent en paix.
La patience est la plus excellente des vertus ; le Saint-Esprit la recommande très-fortement en maint passage des Ecritures; quoique les philosophes l’aient beaucoup louée, ils ne pouvaient connaître sa véritable base. Epictète a dit une belle maxime : « Supporte et abstiens-toi. »
Quelqu'un se plaignait d'être en butte à la haine de beaucoup de gens, quoiqu'il vécût en paix avec tous ; le docteur lui dit : « Prends patience et ne te courrouce pas, si tu es haï. Quel mal avons-nous fait au diable pour qu'il nous déteste et s'acharne après nous comme il le fait ? Si le Seigneur te donne de la nourriture, mange ; s'il t'inflige des privations, résigne-t'y ; s'il t'envoie des honneurs, reçois-les; s'il te jette en prison, souffre-le; s'il veut que tu sois roi, suis son appel ; s'il t'abat, n'en aie point de souci. »
Veillons et prions, parce que Satan ne s'endort pas. — Cktmme l’on parlait au docteur Luther des trêves stipulées à Francfort, il dit : « Je ne puis me persuader qu'entre nous et les papistes il puisse y avoir de trêve ; c’est une guerre continuelle, comme celle entre la semence de la femme et le serpent. Lorsque les rois sont épuisés par de longues guerres, ils concluent entre eux une trêve de quelques années. Mais, pour ce qui nous concerne, cela ne peut avoir lieu, parce que nous ne pouvons renoncer, comme les papistes le demandent, à observer l’Évangile ; eux, ils ne veulent point renoncer à leurs idolâtries et à leurs abominations; le diable ne veut pas consentir à ce qu'on lui coupe les pieds. Jésus-Christ ne veut point laisser arrêter le cours de sa parole ; il ne peut donc être question d'aucune trêve entre Jésus-Christ etBélial. »
Le 11 mai, le docteur Luther harangua le peuple avec beaucoup d'allégresse, l’engageant à rendre grâces pour la paix qui avait duré cette année, parce que Dieu veillait pour nous protéger contre les sanguinaires papistes qu’anime contre nous une haine diabolique et qui, chaque année, respirent la guerre, altérés qu’ils sont de notre sang ; mais Dieu les a souvent confondus et les confondra. Il nous a déjà maintenus en paix d’une manière miraculeuse, l'impie duc George ayant péri. Ainsi, rendons grâce, prions et faisons pénitence, car il n’y a aucune paix à espérer tant que régnera le pape, et la clarté de l’Évangile at-
tire, de la part des impies, une haine perpétuelle. Prions afin que Dieu nous protège contre les hommes de sang.
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Le docteur Luther dit : « L’homme adonné à la colère sera éternellement malheureux ; le diable se trouve bien à son aise là où règne la tristesse, ainsi que Syrach a fort bien dit, ch. xxxviii. n Il cita ensuite quelques exemples de gens en proie à la mélancolie. Un homme s’était persuade qu’il était malade au point de ne ..plus pouvoir boire ni manger; plus on l’engageait à prendre de la nourriture, plus il s’y refusait, disant: «Ne voyez-vous pas que je suis mort? comment donc puis-je manger? » Après avoir passé quelques jours dans une abstinence entière, il se retira dans une cellule écartée, et il y vint un moine très-vorace qui, trouvant une table fort bien servie, se mit à manger de grand appétit et à boire avec fracas ; alors le malade irrité s’approcha et dit : « Je ne puis m’empècher, fussé-je cent fois mort, de boire avec toi.» Et, ayant avalé un coup, il s’en trouva bien ; il voulut alors manger, et il fut bientôt guéri de sa mélancolie.— Le docteur Gaspard Lindeman raconta alors l’histoire d’un hypocondriaque qui se croyait changé en coq ; il soutenait qu’il avait une crête sur la tête, un bec au visage, et on ne pouvait le dissuader de cette idée. Il courait à la façon des coqs. D’après le conseil des médecins, on mit avec lui quelqu’un qui prétendit aussi être un coq et qui, après avoir passé quelques jours à sauter et à chanter ensemble, dit : « Je ne suis plus un coq, mais un homme, et tu as éprouvé le même changement. » Et de la sorte le malade fut persuadé. — Un troisième cas d’hypocondrie est celui d’un homme de loi qui entendit un moine dire en chaire qu’un certain saint s’était tenu trois ans de suite sur un seul pied, et qu’un autre avait pris pour demeure le sommet d’une colonne *, et qu’il était resté trois ans
■ Saint Siméon Siylile, mort en 459, à l’âge de soixante-douze ans. Il s’était retiré, vers l’an 423, sur une colonne dont le dessus était entouré d’une balustrade, et d'oü il adressait deux fois par Jour des exhortations aux auditeurs qui se pressaient pour l’entendre. Il changea trois fois de demeure aérienne, et elles étaient placées dans une enceinte dont les
sans boire ni manger, au point que des vers tombaient de ses pieds et se changeaient en pierres précieuses aussitôt qu’ils touchaient la terre ; ce moine conclut par dire : « Ce n’est qu’ainsi et à force de mortifications que vous ferez la conquête du royaume des deux. » Et l’homme de loi résolut de ne plus pisser, et on ne put le persuader de renoncer à cette détermination durant tlDis jours entiers ; il disait qu’il avait fait un vœu. Il vint quelqu’un qui lui dit : «Tu as raison de te mortifier pour entrer dans le royaume des deux et de persévérer dans ce que tu as promis. Moi aussi, j’avais fait un vœu semblable, mais comme je tirais vanité, de mon vœu, j’ai vu que je commettais un plus grand péché et j’ai cédé *. Tu seras accusé d’arrogance et d’orgueil ; , satisfais donc un besoin de la nature. * Et ce raisonnement convainquit l’hypocondriaque.
Parlant un jour du cardinal de Salzbourg, le docteur Luther dit : « Ce cardinal n’est pas un frère d’ignorance, mais un frère de malice ; il affecte des semblants de bon vouloir et de douceur , mais il n’est pas sincère ; il peut artificieusement se préparer et s’accommoder aux humeurs des gens, comme font les Italiens, qui donnent de belles paroles tandis que leurs cœurs restent remplis de malice. » — Et le docteur Luther ajouta en soupirant
femines n’avaient pas la liberté d’approcher. Ce Tut sur une colonne qui avait quarante coudées de hauteur que cet anachorète passa les vingt-deux dernières années de sa vie, dans le diocèse d’Antioche. Théodoret a écrit sa Vie ; elle se trouve, avec d’autres écrits relatifs au même saint, dans les Acia Sanctorum, recueillis par les Bollandistes, t. I<r de janvier. F, G. Lautensach a publié en 1700 , à Wittemberg, une DUseriatio de Simeone SiylUa. A l’exemple de ce solitaire , on a vu, dans l’Orient, des aiif/Oea jusqu’i l’époque où le mahométisme établit sa domination. Dans l’Occident, on ne cite que saint Vulfilaïc qui mena quelque temps, non loin de Trêves, ce genre de vie, au rapport de Grégoire de Tours.
‘ Idèo ftUnxf.
profondément : « Ah ! Seigneur Jésus ! donne-moi assez de vie et de force pour que je puisse raser la tête de ce prélat, car il tourne grandement ton nom en dérision ; c'est un coquin fieffé ; il ne se gêne pas pour se vanter qu'il est peu de ses stratagèmes qui ne lui aient réussi. Dernièrement j'écrivis en termes trèsrudes et très-durs à ce prélat et je lui reprochais avec beaucoup d’amertume et ses dérisions et ses mépris ; alors il avoua que dans les choses de la religion il avait tort, et qu'à cet égard il céderait volontiers le devant à Luther et se laisserait reprendre par lui ; mais que, dans les autres affaires et les circonstances temporelles, il ne plierait en rien devant lui. Je vois que je dois le piquer encore. *Ah ! Seigneur! nous ne devons pas jouer avec toi, ni abuser de ton saint nom; il suffit que nous ayons péché contre toi ; nous devons nous repentir et être contrits de nos fautes. A coup sûr, ce cardinal est comme un soldat qui vint dernièrement à moi, et quand je lui conseillai de renoncer à sa conduite déréglée, il me répondit : « Si je pensais ainsi, je ne retournerais ja- « mais à la guerre !» 11 en est de même de ce cardinal. »
La bonne et pieuse princesse électrice de Saxe me demanda dernièrement s'il restait quelque espoir que le cardinal de Salzbourg se convertit. Je lui répondis : « Je ne le crois pas; cependant ce serait une grande joie pour moi s'il rentrait à temps en ^
lui-même, revenait à la vérité et se repentait; mais il ne faut 1
guère s'y attendre : je l'aurais plutôt pensé de Pilate, d'Hérode et de Dioclétien, qui péchèrent ouvertement. » La princesse me répliqua ; « Dieu est tout-puissant et miséricordieux, et il aurait accueilli Judas s'il s'était repenti. » — Je répondis : « C'est vrai, madame, et Dieu ferait aussi miséricorde à Satan si, du fond de son cœur, il pouvait dire : Que Dieu ait pitié d'un pécheur comme moi. Mais hélas ! il n'y a pas d'espoir pour ce cardinal, parce qu'il s'oppose à la vérité reconnue. Il y a peu de jours qu'il a fait massacrer misérablement onze chrétiens, parce qu'ils avaient reçu la communion sous les deux espèces. 11 est vrai que Dieu est tout-puissant et miséricordieux ; il peut accomplir au delà
l.hS ADVERSAIRES DE LUTHER.
de ce que nous sommes en élat d’espérer, mais il ne peut faire que ce qu’il a prédestiné de faire, comme dit saint Paul : Ceux qu'il prédettine, il les appelle. Quand le Seigneur Dieu dit : « Je ne ferai pas ceci ou cela », alors il èst temps pour nous de laisser nos cœurs s’abandonner au repos, comme Dieu dit à Samuel : Pourquoi pleures-tu pour Saül, voyant que je l'ai rejeté? Aussi ai-je perdu tout espoir au sujet de ce cardinal ; je remets ce qui adviendra à Dieu ; il y pourvoira. »
Le docteur Luther dit une autre fois : « Le cardinal m’a souvent écrit en termes fort affectueux, pensant huiler mes lèvres, au point que je lui ai conseillé de prendre une femme ; mais, en même temps, il cherchait, sous le voile de ces paroles flatteuses, à me tromper. A la diète impériale d’Augsbourg, je reconnus son véritable caractère ; il faisait encore montre d’une grande amitié pour moi, et, dans les cas importants, il me choisissait pour arbitre. Lors<|ue je fus parti, m’éloignant de la diète, il assembla les habitants de la ville et il leur adressa ces paroles : « Bonnes «gens, soyez-moi soumis et recevez la communion sous une « seule espèce, et non-seulement je serai pour vous un seigneur « affectionné, mais de plus un père, un frère et un ami, et j’ob- « tiendrai pour vous de l’empereur de grands privilèges. Mais « dans le cas que vous refusiez de m’obéir, je serai votre ennemi « déclaré et je jetterai vous et votre ville dans la plus grande « confusion. » N’étaient-ce pas les paroles d’un empereur turc plutôt que d’un prélat chrétien?»
« Au sujet de ce cardinal » , dit une autre fois le docteur Luther, «je laisserai derrière moi ce témoignage, qu’après Néron et Caligula, il est le plus acharné des persécuteurs qui se soient élevés contre les serviteurs de Jésus -Christ. »
Depuis vingt ans, j’ai vu plus de cinquante sectaires qui ont prétendu m’instruire ; mais Dieu m’a mis en garde contre eux ;
il a dit : «Je te montrerai ce que tu dois souffrir cQmon nom. » Saint Paul a dit aussi ; « 11 faut qu’il y ait des hérésies. » Puisqu’il en était ainsi du temps de l’apôtre, devons-nous nous attendre à être mieux traités que nos pères ? Dès que la tyrannie et la persécution cessent, l’hérésie se déclare.
On raconta qu’un grand nombre d’anabaptistes ayant été mis à mort, avaient péri avec beaucoup de fermeté et de joie. Pierre Weller demanda au docteur Luther s’ils étaient sauvés; le docteur répondit : « Nous devons juger et prononcer d’après l’Evangile ; il est écrit : « Celui qui ne croit pas est déjà condamné. » Nous devons donc tenir pour assuré qu’ils sont dans l’erreur, et qu’ils sont réprouvés. Toutefois, Dieu peut faire quelque chose en dehors des règles établies, ce qui nous est interdit. »
On demanda si l’on pouvait mettre à mort les anabaptistes ; le docteur Luther répondit : « Il y a deux sortes d’anabaptistes; les uns sont des séditieux déclarés ; leur doctrine est l’ennemie de l’autorité; un prince peut les juger et les condamner à mort; d’autres sont des fanatiques qui ont des opinions folles et étranges; pour ceux-là il faut d’ordinaire les bannir
iSC
Le docteur Jacques Schenk, qui a été prédicateur de l’électeur Jean Frédéric, a agi de façon que, dit-il la vérité, on ne peut plus le croire. Il parle sans discernement au sujet du péché.
' Luther avait dit une autre fois dans un moment d'humeur tolérante ; «Chrisliu non volait vi et igné cogéré hominesad fidem.» Cependant MélancihoD conseilla et approuva le supplice de trois anabaptistes. Juste Muller de Schœnau, J. Peisker d'Eutersdorf et Henry Kraul, tailleur i Esperfelt; il applaudit à la mort de Servet.
ainsi que je l’ai moi-même entendu dire eu chaire à Eisenachi car il s’exprimait ainsi :« Le péché, le péché, le péché n’est rien*. Dieu recevra les pécheurs, et il a dit qu’ils entreraient dans son royaume.» Schenk ne fait pas la distinction entre les péchés qui ont été commis et ceux que l’on commet au moment même et que l’on a l’intention de commettre. Lorsque le vulgaire entend dire que Dieu recevra les pécheurs, il dit : « Eh bien, péchons donc! » C’est une doctrine fort erronée. Quand il est dit que Dieu recevra les pécheurs, cela s’entend des pécheurs qui auront fait pénitence; il y a une distinction imi)ortante à faire entre agnitum peccatum qu’accompagne le repentir, et velle peccarê qui est une inspiration du diable.
Philippe Mélanchton écrivit de Francfort, qu’il avait à lutter avec les antinomicns, et qu’ils avaient séduit beaucoup de gens dans cette ville où ils avaient grandement répandu leurs opinions. Le docteur Luther dit : « Le diable est déchaîné, il se démène et frémit. Il occasionne de grands malheurs par l’entremise des antinomicns; il s'ensuivra bien des résultats fôcheux lorsque la loi sortira ainsi de l’Église pour passer dans l’Hôtelde-Ville.»
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Le 15 avril 15.39, on reçut des propositions imprimées à Leipzick et que l’on disait avoir été soutenues par Jean Hammer ; il y disputait avec beaucoup de subtilité ; il divisait la pénitence en trois espèces différentes, disant que celle des juifs, celle de.s païens et celle des chrétiens n’étaient pas les mômes. Le doc-
‘ Luther avançait bien quelque chose «l’analogue , lorsqu’il écrivait à Mélanchton, le i<«août 1S21 -. « Sois pécheur et pèche énergiquement, mais que ta foi soit plus grande que ton péché.... Il nous sulüt que nous reconnaissions, par les richesses de la gloire de Dieu , l’agneau qui efface les péchés du inonde, et dont le péché ne peut nous arracher, quand même nous commettrions en un seul jour un millier de milliers de fois la fornication ou le meurtre (aê hoc non avellit nos peccalum etlamsi millies uno die fornicemur aut occidamits). »
leur Luther dit : « Qui aurait pensé que l'on pût rencontrer des esprits aussi extravagants? Distinguer la pénitence d'après les personnes, est une erreur pernicieuse et condamnable ; il n'est qu'une pénitence pour tous les hommes, puisque tous les hommes, les uns aussi bien que les autres, ont offensé un même Dieu, qu'ils soient juifs, chrétieus ou païens. Autant vaudrait dire qu'il y a une espèce de pénitence pour les hommes, et une pour les femmes; une pour les princes, et une pour les sujets; une pour les maîtres, une pour les valets ; une pour les riches, et une . pour les pauvres. Est-ce que Dieu fait ainsi acception des personnes? »
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Lorsque les hérétiques, a dit saint Hilaire, se prennent aux cheveux et se battent, la véritable Église a la paix. C'est ainsi que la secte d'Arius s'était développée après les sabelliens, et d'elle vinrent les eunomiens et les macédoniens'; tandis qu'ils étaient en train de se mordre et de se déchirer, l'Eglise put goûter du repos et du calme. •
En 1542, maître Mathesius et les autres commensaux lurent à la table du docteur Luther l'ouvrage du juif baptisé Antoine
' Le Byitème de SabelliuB n’rst qu'imparfaitemenl connu ; selon saint Ëpiphane, il était emprunté à un évangile apocryphe répandu en Egypte, écrit sous l’inspiration de la philosophie juive d’Alexandrie. Autant qu'il «si permis de le reconnaître à travers l’obscurité des temps, Sabellius enseignait que Dieu et le monde étaient identiques, et que le Fils n’avait été qu’une forme de l’unité divine tombée passagèrement dans l’humanité. — Eunome, évéquc de Cyzique, avait cherché i concilier l’arianisme et le sabellianisme ; il avançait que le Fils et le Saint-Esprit étaient des créatures, et que le Saint-Esprit était une production du Fils. Il ajouta, pour multiplier ses prosélytes, que ceux qui conserveraient sa doctrine, ne pourraient perdre la grâce, quelques péchés qu’ils commissent. Cette secte s’éteignit promptement, ainsi que celle de Macédonius, patriarche de Constantinople, qui, après avoir professé le semi-arianisme, fut déposé en 360 par les Ariens purs, et qui enseigna que le Saint-Esprit n’était qu’une simple créature semblable aux anges, quoique d’un ordre supérieur, assertion condamnée en 38i par le concile de Constantinople.
Margarita, De variis rilibus et ceremoniis Judaorutn; le docteur dit : «Toutes les religions qui sont en opposition avec lu véritable se fondent sur Voptit operatum, sur l'œuvre accomplie, disant : « Je ferai ceci ou cela, ce sera agréable à Dieu.» Mais il faut faire attention à une règle essentielle ; c'est que toute œuvre semblable est un acte d'idolâtrie. Les papistes n'admettaient pas ce principe, et chez eux ce n'était qu'œuvres de ce genre, ils eu avaient beaucoup emprunté aux Juifs. »
Martin Cellarius, ce drôle fort impie >, me flattait en me disant : « Ta vocation est supérieure à celle des apôtres. » Je répondis : « Âh ! je ne suis nullement à comparer aux apôtres. » Il m'envoya quatre gros cahiers qu'il avait écrits au sujet du temple de Moïse et des allégories qu'il présentait; il s'y vantait arrogamment et il me louait aussi beaucoup, m'élevant au-dessus des apôtres. Satan a employé ces paroles pour me vexer. Je ne voulus pas le croire, et il m'insulta grossièrement ; je lui répondis : «Va-t'en, et fais ce que tu voudras. » Un autre vint me trouver du fond de la Basse-Allemagne, voulant disputer avec moi point sur point; c'était un ignare et je lui dis : « Nous ne disputerons qu'au sujet d'un pot de bière. » Il partit et me laissa.
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On parla d'un anabaptiste fameux qui, pendant trois jours, avait erré dans la solitude sans boire ni manger, et qui, revenant ensuite dans la ville, convoqua tous les habitants, les gens instruits comme les ignorants. 11 les plaça en deux endroits séparés, et lorsqu'il s'adressa aux savants, il s'emporta beaucoup
' Cellariui, gurnommé Borrhœua, après avoir été un des plus rigides sectateurs des dogmes de Luther, devint un anabaptiste des plus zélés -, il mourut à Bêle en 1564. Il avait, sur ses derniers jours , embrassé les opinions des sociniens. Ses nombreux écrits théoiogiq.ies, ses commentaires sur la Bible, rentrent dans la classe passablement considérable des livres qui sont comme si jamais ils n’avaient été.
contre la sagesse du inonde ; lorsqu’il parla aux ignorants, H loua et exalta beaucoup leur simplicité. Le docteur Luthet dit f n Les anabaptistes n’ont rien écrit contre moi; ils n’ont ni docteur ni personnage illustre parmi eux. C’est une canaille séditieuse. »
Les anabaptistes sont d’abominables coquins ; ils se vantent d’ètre d’une extrême patience, ils disent qu’ils ne veulent pas porteries armes, et ils sont toujours altérés de sangL Ils n’ont pas l’image de Dieu, mais celle d’un vrai diable. Carlostadl fut un anabaptiste, il laissa mourir son fils sans baptême.
Le roi d’Angleterre a écrit contre moi, mais c’est le diable qui l’à inspiré, et c’est du diable qu'il recevra sa récompense; il voudrait bien me poursuivre jusqu’en Allemagne; Dieu se chargera de nous défendre *.
' Au sujet des anabaptistes, voir leur llisloire par le P. Catrou, le Panthéon anabaplisticum et enthusiaslicum de Kornmayer, 1703 , folio , etc. On connaît les fureurs et la fin tragique de Jean de Leyde, qui avait établi i Munster la polygamie et la communauté des biens. Parmi les nombreuses ramiflcaiions del’anabapiisme, on peut signaler les ApottoUque» qui; prenant à la lettre un précepte de l’Evangile, ne prêchaient que sur les toits des maisons, les Taciturnes, qui s’imposaient la règle d’un silence inviolable, les Impeccables, qui prétendaient ne pouvoir commettre un péché, une fois leur régénération spirituelle consommée, les Sabbataires, qui rejetaient le dimanche et fêlaient le samedi.
' Nous avons rapporté quelques-unes des invectives dont Luther couvrit Henry VIII. Extrayons encore de la gigantesque collection des œuvres de l’cx-moine trois ou quatre lignes qu'il aurait payées de sa tète s’il s’était trouvé au pouvoir de son adversaire ; «Ut nescias an ipsa mania sic Insanire posait, sut ipsa ktolidiias lam faïua sit, quam est caput hoc lienrici nostri... Damnabilis putredo ista et vermis. Jus mihi erit majestatem
anglicam luto suo et stercore conspergere... Impudens mendacium
morbus virulentissimi animi sui.... pus invidiæ et malitiœ os impu-
rum Pudescitne tua Irons, llenrice, non jamrex,sed sacrilegus latro...
Nonne et ipse Ilenricus cum suis pnreis et asinis docuerunt... cum insensatis monstris me hoc libro agere, qui omnia mea optima et modesta scripts, tum humillimam meam submissionem contempsérunt, et magis ex nlea modestia induruerunt. Deinde a virulentia et malitiis abstinui.
On montra au docteur Luther le livre de Guillaume Postel sur la concorde de l’univers', dans lequel cet auteur s’efforce de déduire de la nature et de la raison les articles de la foi, et de ramener les Juifs, les Turcs et tous les hommes, aün que tous les cultes divers se réunissent en une même foi. Le docteur Luther dit ; « 11 a trop voulu entreprendre. Avant notre époque, il a été composé d’autres livres de théologie où l’on s’efforçait de démontrer la religion chrétienne par les ressources de la raison naturelle. Mais Postel a montré la vérité du proverbe : les Français manquent de cervelle. Ce sera folie de la part de ceux qui voudront ramener auprincipe de la foi toutes les idolâtries diverses. » Philippe Mélauchton dit alors qu’un marchand lui avait dit avoir vu des Indiens adorer des serpents et rendre les plus grands hommages à un dragon monstrueux. — « Le monde, répondit le docteur Luther, est très-attaché à ses sectes diverses ; il aime les cérémonies resplendissantes. Voyez cependant combien il se répandait de larmes lors de la profession des religieux. Ah ! que de pleurs devaient couler aussi lorsque des parents faisaient à Moloch un horrible sacrifice de leurs enfants! »
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Un Hongrois proposa par écrit au docteur Luther des questions futiles et extraordinaires, et le docteur dit :«Qh! plût à Dieu que
' De orbis lerrœ concordia {Vaut, 1543 ; Bâle, vers 1544). Celte dernière édition forme un in-f» de 454 pages. Il est divisé en quatre livres : le premier est consacré à une explication rabinico-scolastiquede la doctrine chrétienne; c’est un morceau fort obscur et que personne ne cherchera â comprendre. Le second livre discute et réfute l'Alcoran. Le troisième développe les principes de la loi naturelle, tels qu’ils sont répandus chez tous les peuples ; il pèse les théories de la justice et du droit, les mêmes dans toutes les religions. Le quatrième livre enfin expose les moyens de faire embrasser la religion chrétienne aux Juifs, aux Musulmans et aux idolâtres. En dépit de toutes ses extravagances, Postel fut un homme d’un immense savoir ; on peut consulter son Histoire, écrite par le P. Desbillons (Liège, iTiî),etl'Uistoire{ea allemand) de ta folie humaine, par Ade lung, 1788, l. VI, p. ioü'206. Dans une intéressante notice sur la 61bliographie des feux, M. Nodier lui a accordé quelques lignes remarquables.
5â4 PROPOS UE TAREE DE MARTIN I.ETHER.
nous demeurassions dans la volonté que Dieu nous a révélée ! c’est en Jésus-Christ qu’il nous a proposé tout ce que nous devions entendre, c’est en lui qu’il veut nous donner toutes choses, pourvu que nous nous humiliions dans une sincère obéissance ; mais c’est ce que nous n’admettons pas, et nous demandons pourquoi Dieu a fait ceci et cela. Grande est la sottise des hommes; c’est comme si le vase de terre voulait dire au potier comment il faut s’y prendre pour le former. Nous sommes hors d'état de comprendre même les choses dont nos yeux sont témoins, et nous prétendons disputer avec Dieu au sujet du salut, de la régénération, du baptême des enfants, des mystères des sacrements. Imbéciles que nous sommes, pouvons-nous seulement expliquer l’origine du vent qui s’échappe de nos entrailles •? L’Écriture dit ; « Que le monde entier tremble, si Dieu prononce une seule parole. » Il faut alors croire et se soumettre. ’V'oyez ces papistes qui osent mettre l’autorité d’une prétendue Église au-dessus de celle de la parole de Dieu. C’est un blasphème affreux et intolérable.
Je ne répondrai à aucun des livres que Cochlœus pourra composer contre moi, et cela redoublera sa colère ; si je lui répondais, il s’en enorgueillirait; mais il ne mérite pas que je lui fasse cet honneur “.
‘ Vnde ventât nobis crepilus venirls,
' Le chanoine Cochlœus écrivit la Vie de Luiher, dont il avait été l’infatigable adversaire ; cette biographie , oü l'impartialité ne se montre guère, a été imprimée en 1S49, en ises, en 1568. Plus tard, le cordelier Taillepied réunit , dans une autre Vie du réformateur , nombre de petits coûtes qui avaient cours parmi les adversaires du protestantisme : donnonsen quelques échantillons, en consultant aussi VHUtoire de la naissance, progrès et hérésie de ce siècle , par Florimond de Rémond (Rouen, 1618, il vol. i”),
Luiher naquit le 22 octobre, à il heures 36 minutes. Sa mère, Marguerite, gagnait sa vie à décrasser ceux qui allaient laisser leurs ordures aux estuves publiques. On raconte des choses estranges de l’accouplement d’un démon avec ceste femme , lorsque le diable , en forme de marchant lapidaire , vint loger chez son père, le ne veux entrer en caution de la vérité de cette histoire que sa mère se fUst jouée arec un démon. Erasme
Ifcs ADVERSAIRES 1)E IX'TIIEft.
Cochlæus écrivit un traité où il appela le docteur Luther une l)ête à sept têtes, et l’on rapporta à table que le fils du margrave avait dit : «Si Luther a en effet autant de têtes, il sera donc bien invincible ; jusqu’ici il n’en a eu qu’une seule, et personne n’a pu venir à bout de lui. »
Mon petit livre contre le duc George n’a pas provoqué autant de courroux que deux antres écrits de ma façon, celui contre les écrits de l’empereur, et Vy/vertissemeni à mes cfiers Alle-^
en parle i mots couverts dans une de ses épistres. Vier l’a rcciicc comme chose fabuleuse ; Codée et Simon Fontaines, comme histoire véritable.. .. Le diable fut vu par l'empereur Maximilien sur les épaules de Luther, en 1518, à Augsbourg; Bredenbachius en fait le récit en son septième livre, chapitre 4i. En hébreu, en grec, en latin, le nom de Luther donne le chiffre mystérieux de 668 , le nombre de la bêle de l’Apocalypse... Nesenus , compagnon de Luther, estant un iour prés de la rivière d'Albir (l'Elbe), se noya, de quoy Luther en fut fest marry tellement qu’avec certaines oraisons qu'il prononça auprès du corps , en grande affection, s’efforça à le miraculeusement resusciter, mais il perdit scs peines. Aux confins et limites de Wuitemberg, naguéres avoit une vache fait un fort horrible monstre, à sçavoir un veau ayant la teste charnue et pelée, sembloit qui fust encbapcroiiné du froc de Luther. Ce que Dieu avoit permis pour monsirer rabojnination de Luther. Ainsi l'ont interprète tous gens doctes et de saine réputation. Il y avoit en un village nommé Chéol plusieurs démoniacles qu’on avoit conduits là pour estre guéris par les intercessions et prières d’un saint honoré en ce lieu. Tout à coup ces pauvres créatures affligées des malins esprits furent délivrées. Ce fut le même jour que Luther trépassa. C’est chose qui fut au veu et sceu de tout le monde. Mais le jour apres, ces mesmes esprits rentrèrent dans le corps des tourmentez. Interrogez où ils estoient allez le jour precedent, ils firent response que, sur le commandement de leur prince, ils avoientélé appeliez au convoi de l'ame du grand prophète et de leur compagnon Luther. Un sien serviteur conllrma cecy ayant raconté depuis que la nuit mesme, ayant ouvert la fenestro pour donner de l'air à la chambre où le corps de son maistre reposoit, il vit non sans beaucoup d’effroy, plusieurs
fantosmes en diverses formes dansans et saulcians Lu.her voulaut
une fois exorciser une possédée , le diable le prit par le collet, le lirassa par la chambre et l'eusi étranglé sur l’heure s’il n'eust été secouru. Staflie son disciple, qui fut présent à cette farce, l’a écrite au long ; l.uther lautoit et vircvoltoit autour de la table , puant et sale de ce qu'il avoit lasebé dans ses chausses. Staflie craignant que le diable ne s’en pris! à lui, enfonça la porte avec une coignée. •'
32<i PROPOS DE TABLE DE MARTIN LUTHER.
mandt Le duc George ue put y tenir, il écrivit à cet égard à l’électeur, il fit écrire contre moi Meuchler de Dresde, il excite à présent cette cuiller de cuisine de Cocfalæus ; mais ils trouveront leur maître. J'ai été fort modéré dans cet écrit , j’ai parlé avec beaucoup de douceur ; dorénavant je répondrai de façon à secouer rudement ces bavards , à jeter à bas leurs messes, de sorte qu'ils ne sauront plus s’ils auront encore ou non le sacrement sur l’autel.
Le docteur Luther dit que le docteur Eck avait du talent et d’heureuses dispositions : il ne serait pas fort disposé à soutenir la cause du pape et se tiendrait volontiers entre les deux partis; mais il penche vers le pape,afin de satisfaire son ventre. C’est un véritable pourceau , très-avide d’argent ; à la diète d’Augsbourg, comme il n’avait pas reçu un canonicat qui avait été vendu à un autre pour une somme de quatre cents florins, il menaça de déserter la cause du pape. Dans les disputes et les conférences , il se montre instruit et habile , mais il est très-froid dans ses écrits et dans ses prédications. Il ne serait pas fâché de rester neutre , mais pareilles gens sont ceux qui font le plus de mal. Les Athéniens, en gens sages et prudents, prononcèrent la peine de mort contre ceux qui voulaient tirer gloire et honneur des deux partis à la fois.
' Warnung an meine lieben Deutschen. Cet écrit audacieux parut aimullanément en latin : CommonUio D. M, Lulheri ad Germanossuos. Il s’aRisaait de savoir si l’on pouvait Taire, en sûreté de conscience, la guerre à l'empereur. Luther levait tout scrupule à cet égard dans ce pamphlet dont M. Audin a reproduit les principaux traits : « Quand des égorgeurs et des chiens de sang n’ont qu’un désir, celui de tuer, de brûler, de rûtir, il n’y a pas de mal à s'insurger, à opposer la force é la force, le glaive au glaive. II ne faut pas traiter de rébellion ce que ces chiens de sang appellent rébellion. Qui s’élève contre le droit ne se révolte pas', car alors toute négative du droit serait une révolte. Donc, résister à ces chiens de meurtriers, ce n’est pas faire de la rébellion ; qui dit : papiste, dit oppresseur. »
Charles de Miltitz , homme vain et arrogant , vendit son patrimoine pour 6000 florins, aspira à une position plus élevée, se rendit en Italie, y obtint de grasses prébendes et de bons canonicats. Il chercha à m’entraîner avec lui et à me livrer au pape; il apporta de Rome une rose d’or que le pape envoyait à l’électeur Frédéric ; enlin , il fut légat de l’archevêque de Mayence et il se noya dans le Rhin.
Le docteur Schmidt, évêque de Vienne , prononça publique • ment ces paroles à la diète de Spire : « Avant d’embrasser les croyances de Luther , je croirais à l’ Alcoran, car les Turcs observent nombre de cérémonies et de bonnes œuvres, telles que la prière, le jeûne, etc. » Le docteur Luther dit à cet égard : « Il prophétise mieux qu’il ne pense , car il embrassera en effet l’AIcoran avant d’arriver à la connaissance de la vérité. »
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Il y avait à Wittemberg un poète, nommé Lemnius, qui flt des vers contre le docteur Luther *, et le docteur les ayant vus,
‘ Albert , archevêque de Mayence et de Strasbourg, frère de l’électeur de Rrandebourg et l’un des adversaires les plus déterminés de Luther. Il eut une bonne part dans les invectives dont l’ex-moine saxon gratifiait si libéralement ceux qui lui déplaisaient; il faudrait remonter jusqu’à Aristophane pour trouver un exemple d’un pareil débordement d’épithétes injurieuses, qui ne sauraient passer d’une langue dans une autre; cardinal d’enfer, bourreau de cardinal, fripon de valet, tête folle, épicurien forcené, assassin , chien couvert de sang, ver impudent qui souille de sa fiente la chambre de l'empereur, voleur, brigand, coureur de p — ns, frère cadet de Ca'in ; il aurait fallu te pendre dix fois à une potence trois fois plus haute que le faite d'une maison ; Luther te réserve une bonne et joyeuse nuit de carnaval. Apprête-toi à te trémousser; c'est Luther qui jouera du fifre, etc.
’ Lemnius (ou Lemchen) indisposa contre lui les docteurs de Wittemberg en dédiant deux livres d’épigrammes à l'archevêque de Mayence ; il fut accusé d’avoir insulte l’électeur de Saxe en le peignant sous les traits de Midas ; il prit la fuite, il fut condamné à un bannissement perpétuel, il trouva un asile à Caire, oû il fut nommé recteur de l’école municipale ; il
dit : « Voyez combien le diable nous en veut , il dirige de toutes parts ses flèches contre nous. Il a à son service, parmi les papistes, des coquins qu’il emploie à nous harceler et â nous combattre. Il n’en use pas de même avec le Turc qu’il laisse bien tranquille ; mais comme nous voulons prêcher l’Evangile, il nous poursuit comme un lion furieux. Mais il ne faut avoir ni peur, ni étonnement, ni chagrin de tout ceci; souvenons-nous de ce qui est écrit en saint Jean (chap. xv, v. 19) : « Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui est sien; mais parce que vous n’êtes point du monde et que je vous ai élus, le monde vous hait. » Ce béjaune dit de nous toute sorte de mal ; il loue les évêques qui nous persécutent et il les appelle saints. Quoiqu’ils sachent bien que notre doctrine est bonne, ils la condamnent. C’est de pareilles gens que saint Paul a dit qu’ils étaient autocatacriti, c’est-à-dire condamnés par eux-mêmes. Bien que les croyants soient les plus grands coquins, ils ne veulent pas suivre ceux qui enseignent mieux qu’eux. Ils n’ont aucun autre motif, si ce n’est qu’ils sont riches, grands et puissants, tandis que nous sommes pauvres, faibles et débiles. Or,, vous savez ce qu’a dit Salomon {Proverbes, ch. xvii, v. 15) ; « Celui qui déclare juste le méchant et celui qui déclare méchant le juste sont tous deux en abomination à l’Eternel. » Il nous faut donc nous opposer aux méchants et aux papistes et ne point nous taire. Il faut dire hautement que le pape est l’antechrist ; les princes et les seigneurs ne valent pas mieux que les évêques qui ont fait pacte et alliance avec le pape : vous êtes tous des réprouvés, d’impies coquins et des ennemis de Dieu. »
mourut de la peste en 1550. Il a laissé diverses poésies , des églogues , quatre livres d’Amores , une traduction en vers latins de VOdyssée , une comédie peu édiflante (Monachopornomachla , 1538) d'une extrême rareté et que Gottsched a analysée dans son UiUoire du Théâtre allemand ( 2 "»' partie, p. 192). Lemnius grossit le fâcheux recueil de sesépigramines d’un troisième livre oü il dirigea contre Luther des traits sanglants ; il composa aussi un mémoire justificatif auquel Schelhorn a consacré une notice dans ses AmœiiUnies (l. I, p. 850), et dont le titre indique assez le style acrimonieux : Apologia contra decretum quod, itnperio et tyrannideUari. Lutheri et JustiJonas, Witemb. Viiiversitas coacia iniquissime et mendaciasime evulgavit. Coloniæ, isto.
On iDonlra au docteur Lutber un autre écrit de Lemnius où il y avait aussi beaucoup d’injures contre le pauvre sexe féminin, et le docteur dit : « C'est bon ; qu'ils dirigent contre nous leurs invectives et leurs calomnies ; Jésus-Christ a dit : « Vous serez bienheureux quand un vous aura injuriés et persécutés, et quand, à cause de moi, on aura dit contre vous, en mentant, toute mauvaise parole. Réjouissez-vous et vous égayez, parce que votre salaire est grandauxcieux. » (Saint Matthieu, ch. v, v. 11).
On parla de Jean Faber, le méchant et venimeux calomniateur, et le docteur Luther dit : « Pareils individus, pleins de poison, sont ce qu'il y a de plus nuisible et de plus détestable ; il ne faut ni disputer, ni avoir affaire avec eux ; ils ne viennent point droit devant vous, mais ils agissent par une haine furieuse. Tels étaient Cochlæus, Emser, Eck etc.
Le 11 octobre 1538, on parla de l'animosité affreuse de Cochlæus et de Tetzcl qui ont écrit contre la confession d’Augsbourg et qui vantent beaucoup l’autorité des Pères ; le docteur Luther dit : « Je ne lirai point leurs livres. Qu’importe? Nous avons au ciel un Père qui est au-dessus de tous les pères ; leur tas de guenilles rapetassées ne signiGent rien. Ils écrivent sous l’inspiration d’un cœur corrompu et vicieux, et chacun sait bien que leurs ouvrages ne sont qu’un tissu d’impudents mensonges. »
Le docteur Luther dit : « Voici comment s’opère la génération d’un papillon. C'est d’abord une chenille qui se suspend à
' Donnons encore un échantillon de l’animosité de la polémique engagée enire ces écrivains ; Carlostadt compose, en 1520, sous la dictée de Luther, un écrit contre Eck et l'intitule : Contra brutisslmum asinum et assertiim doctorculum. Luther , après avoir traité Emser de bouc , écrit à Uélanchton : « Emsero non respondebo... nisi is dignior s'il, quam lU cum stercore commiitatur. » Il disait aussi : « Àsinos ponlificios non euro ; indigni enim suni qid. de laboribus mets judicent, »
une muraille et se forme un abri ; ensuite , au printemps, lorsque le soleil a de l’éclat et de la chaleur, elle sort de sa coque et elle s’envole sous la forme d’un papillon. Quand approche l’heure de sa mort, il se suspend à une feuille ou à un arbre et il pond une longue Iralnée d’œufs d’où éclosent autant de jeunes chenilles. Il y a donc là ce qu’on appelle generatio reciproca, ce qui a d’abord été chenille redevient chenille. J’ai trouvé dans mon jardin diverses espèces de chenilles , je crois que c’est 1e diable qui les y a apportées. Elles ont aussi des cornes sur le nez. Il est dans tout ceci de grandes ressemblances avec les sectaires. Les chenilles offrent à l’œil de belles boucles d’or et d’argent, leur robe est belle et brillante ; mais au dedans elles sont pleines de poison. Les sectaires se présentent sous des dehors pieux et saints, mais ils avancent des doctrines fausses, erronées et corrompues. De même que d’une chenille il vient beaucoup de chenilles, un fanatique, séduisant beaucoup de monde, produit une foule de fanatiques et de visionnaires.»
Un autre fois le docteur Luther compara les sectaires à des fruits piqués des vers et non parvenus à maturité, qu’un peu de vent fait tomber de l’arbre.
Le 18 août 1538, le docteur Luther exprima son étonnement au sujet de l’insolence et delà présomption d’Agricola •, qui cherchait à dominer et qui, étant devenu puissant, laissait à l’écart et
' Jean Agricola , né en M90, eut une part remarquable aux travaux , aux actes qui assurèrent le succès de la rcrormalion. Son véritable nom élût Schnllier ou Moissonneur, qu'il latinisa suivant l’usage de son siècle. Il donna naissance à la secte des aniinomiens , en soutenant contre Mélanchton l’inutilité de la loi de Moïse dans l’œuvre de la conversion chrétienne. Les disputes que souleva sa doctrine le déterminèrent i quitter Wittemberg en 154S et à accepter la place que lui oITraii l’électeur de Brandebourg, de premier prédicateur de ta cour de Berlin; U mourut dans cette ville en 1566.
dédaignait la cause de l’Evangile. Philippe Mélanchton répondit: « Les gens occupés de grandes affaires temporelles font peu d’attention à leur conscience et ils en étouffent la voix ; aussi Dieu les châtie-t-il souvent en les abaissant et en les renversant. » Le docteur Luther répliqua : a Qui aurait prévu la secte des antinomiens? J’ai vu s’élever et cesser trois orages violents ; Munzer , les sacramentaires et les anabaptistes : mais dès qu’une secte est éteinte , il en renaît une nouvelle. Il n’y a nul terme à la nécessité d’écrire. Je ne désire pas que ma vie se prolonge, car il n’y a plus de paix à espérer. Les anciens, comme saint Bernard, ont eu raison de dire ; « Il faut prêcher « sur quatre choses , sur les vertus et sur les vices, sur les ré- « compenses et les menaces divines. » C’est une belle sentence. »
Lorsque Munzer était à Zwickau, il alla trouver une jeune fille qui était d’une grande beauté, et il lui dit « qu’il venait vers elle obéissant à une voix divine qui lui avait prescrit do coucher avec elle ; autrement il ne pourrait pas enseigner la parole de Dieu.» C’est ce qu’à son lit de mort cette fille a révélé à son confesseur *.
■ Munzer, curé d’AIslaedl dans la Tburinge, sc mit à la tête dea sectaires qui, sortant des entrailles de la réforme , et poussant à leur dernière limite les doctrines du libre examen et de l’indépendance individuelle, se mirent en révolte ouverte contre toute autorité. Lutber n’avait voulu briser que la tiare et la mitre ; les novateurs , en rudes logiciens , prétendirent fouler aux pieds le diadème et l’épée, jeter aux vents les codes et les lois. Le style de ces nouveaux prophètes est brusque, coupé, rempli d’images bibliques, étincelant d’expressions audacieuses ; lisez les prédications de .Munzer , de Storeb , de Stubner ; vous croirez avoir sous les yeux une page des Paroles d'un croyant. «Voici ce que je vous annonce, » s’écriait Storeb ; « Dieu m’a envoyé son ange. Que l’impie tremble , que le juste espère. Le règne de l’impie durera peu ; l’élu de Dieu montera sur le trône. Des vêtements simples, une nourriture grossière , du pain et du sel ; alors Dieu descendra sur vous. » Entraînés par ces déclamations frénétiques , les paysans de la Franconie se soulevèrent ; les princes, réunis par un danger commun, marchèrent contre les insurgés ; on se choqua é Frankbausen en i525 ; mal armés et sans discipline, les paysans furent écrasés sous les pieds des chevaux, leur déroute fut complète. Munzer , blessé et pris , fut décapité. L’insurrection s’éteignit avec lui.
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Le 29 sepleoibre 1538, le docteur Luther parla beaucoup de l’insolence des sectaires et de leurs chefs. Carlostadt était orgueilleux.*, opiniâtre, enflé de l’idée qu’il avait de soi ; Zwingle fut d’abord un homme juste , pieux et recommandable^, mais tel devint son aveuglement qu’il osa dire et écrire : « Je soutiens qu’aucun homme au monde n’a cru que le corps et le sang de Jésus-Christ fussent dans l’eucharistie. » C’est ainsi qu’il a eu l’audace de s’exprimer, bravant l’autorité et la foi de tous les hommes. Aussi a-t-il péri misérablement.
' Luther .écrivait dans ton traité Contre les prophètes célestes : » Carlosladt dit ne pouvoir raisonnablement comprendre que le corps de Jésus- Christ se réduise dans un si petit espace. Mais si l’on consulte la raison, on n'aura plus foi à aucun mystère.» — A la page suivante, Luther ajoutait cette phrase étrange, que M. Michelet qualifle de bouffonnerie et d’une incroyable audace ; « Tu penses apparemment que l’ivrogne Cbrist ayant trop bu i souper, a étourdi ses disciples de paroles superflues.» Une autre fois, Lutber attaquant en chaire Carlostadt sur sa doctrine de l’Eucharistie , s’oublia jusqu'à dire : « Prenez garde , Dieu ne peut souffrir qu’on se joue à lui, comme font les saints : qulii üeus non poiest ferre jocum, sicut sancti ferunt » (serm. Dom. prim. quadrag.).
* Zwingle, né en 1484 et successivement curé à Emsiedlen et à Zurich , attaqua la doctrine des indulgences dans un sermon prononcé en I516, devançant ainsi Luther d'une année. En IS24, il parvint à f.iire prononcer, dans le canton de Zurich, l’abolition de la messe et du culte des images. Il se maria la même année, et il eut à soutenir avec Luther une vive controverse au sujet de la présence de Jésus-Christ dans l’eucharistie. Le Saxon admettait la réalité , le Suisse s’en tenait à la figure. La dispute s’échauffa de plus en plus. Zwingle n’épargna rien pour adoucir l’esprit de Luther , mais le docteur de Wittembcrg resta inflexible et ne voulut entendre à aucun accommodement. Le landgrave de liesse s’efforça de réunir les deux partis; Marbourg fut choisi pour le lieu de la conférence; Zwingle s’y rendit en 1529 avec Sucer, OEdion et OEcolampade ; Luther avec Mélanchton , Jonas , Agricola et Osiander. Après beaucoup de conférences particulières et de contestations publiques, ces théologiens rédigèrent quatorze articles contenant l’exposition des dogmes controversés, et ils les signèrent d’iin commun accord. La paix ne fut troublée qu’aprés la monde Zwingle ; il péril le 10 octobre 1581, dans un combat qui eut lieu à Cappel entre les catholiques et les Zurichois. Il se publie en ce moment (novembre 1843) à Zurich un choix des Praktisihe Schrifien de Zwingle, traduits du latin ou rajeunis ; le septième volume in-i 2 de celle collection a vu le jour.