‹ Les propos de table de M. LutherChapitre 56 sur 62 · LES JURISCONSULTES, LE DROIT, LES USURIERS, ETC. 3S · texte numérisé non relu

LES JURISCONSULTES, LE DROIT, LES USURIERS, ETC. 3S

Le 13 février 1539, le docteur Luther parla avec beaucoup de force sur l’excommunication; il attaqua ensuite vivement les juristes et les canonistes qui méprisaient les doctrines de l'Évangile, et qui égaraient par les leçons des décrétales et les abominations des papistes les étudiants encore sans connaissance; de plus, ils parlaient avec lieaucoup de mépris des théologiens, les appelant tètes d’ânes. « Pendant trois ans je me suis tu, mais je ne tolérerai plus semblable chose ; s'ils veulent me condamner, qu’ils tâchent de le faire en s’appuyant sur la parole de Dieu et non sur les lois du pape; alors, je serai en effet condamné. Ils devraient respecter notre doctrine qui se fonde sur la parole de Dieu, telle qu’elle est sortie de la bouche de l’Esprit saint. Quoiqu’il y ail beaucoup de canons qui soient bons, je ne voudrais pas cependant être lié par eux. Nous n’adorerons pas les excréments du pape à cause des juristes. Je leur accorde de défendre leur droit, mais que ce ne soit pas au détriment de notre Église. »

Le principal argument des canonistes contre nous, est celui-ci : « Notre affaire est d’enseigner ce qui est approuvé par l’empereur et par les rois. Les luthériens ne sont pas approuvés, mais condamnés. » Moi, je réponds que Dieu prévaudra sur les rois, sur l’empereur et sur les juristes, car Balde a dit ; « La loi divine doit vaincre tous les empereurs. » Si Balde et Barthole avaient vécu de nos jours, ils nous auraient donné raison. Balde était leplus actif de tous les juristes; il a laissé beaucoup d’excellents ouvrages, bien qu’il soit mort à quarante-six ans’. On dit

' Balde de Ubaldi, natif de P6rouse, mort en itoo, des suites de la morsure d’uM chien enragé. Il a été durant prés de deux siècles l’oracle de la Jurisprudence. Ses leçons sur les Institutes et le Digeste ont, de 1473 à 1615, reparu au moins soixante-dix fois (voir Graesse, Lehrbuch einer allg. litei-argesch., ii, 3, p. 533-536 ; et Savigny, Gesch. der romlschen Kechls, VI, 185-218;. Quant é Barthole, il mourut en 1343. Sans cesse réimprimés durant le premier siècle qui suivit la naissance de la typographie, ses écrits ont été réunis à Venise, en 1615, en onze volumes in-folio. Le seul qui ne soit pas plongé dans l’oubli le plus complet, c’est un bizarre ouvrage Intitulé : QuettUo inier virginem Mariam et diabolum.

qu'il ne mangeait qu'après avoir pesé ses aliments. Nos canonistes sont des agents du diable qui crient sciemment: ils scandalisent l’Kglise, et n'ont jamais été sincères.

Entre les juristes et les théologiens, il y a un combat perpétuel ; c'est la même lutte qu'entre la loi et la grSice. La jurisprudence est une belle fiancée, mais il ne faut pas qu'elle sorte de son lit nuptial. Si elle entre dans un autre lit, et si elle veut prendre la supériorité sur la théologie, elle n'est plus qu'une grande p — n. Le droit doit ôter son bonnet et s'incliner devant la théologie.

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