‹ Les propos de table de M. LutherChapitre 57 sur 62 · CC · texte numérisé non relu

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Qu'est-ce qu'un juriste? Un cordonnier, un fripier, un tailleur de soupes, qui fait métier de disputer les choses qui ne sentent guère bon, du sixième commandement de Dieu, par exemple. Je n'aurais pas cru qu'ils pussent être si papistes qu'ils le sont; je crois qu'ils sont dans la m.... jusqu'au cou,. lourdauds qui ne

savent pas distinguer le sucre de la m Otnnis jurista est

aut nequista, aut ignorista. Quand un juriste veut disputer avec vous, dites-lui : « Écoute, mon garçon, un juriste ne doit jamais parler avant d'entendre p.... un cochon '. »

s. Tract, procuraioris éditas sub nomine diaboli, quando petiitjustitiam coram Deo, et Beata Firgo Uaria se opposait contra ipsum : et obtinail nec lion obmutuit pugna contra gênas humanum. On connaît sii éditions exécutées au quinzième siècle; c'est d’ailleurs une imitation du Uber Belta/ de Jacques de Theramo, ouvrage souvent réimprimé avant 1520 , traduit en diverses langues et au sujet duquel on peut recourir au Dictionnaire de Prosper Marchand, t. II, p. liT-123; i un article de Jaucourt dans l’Encyclopédie ; au Dictionnaire des Anonymes de Barbier, n» U884, etc.

' Nous nous sommes servi de la version de M. Audinpource passage, extrait du feuill. 557 de l’éJition d’Eisleben. Il ne faudrait pas en trouver beaucoup de semblables pour justifier ce qu’avant la publication des Tisekreden écrivait Cochlæus (Fila et acripia Lutheri, 1565, feuill. 62): «Qui nihil habet in ore, preeter latrinas, merdas, stercora, quibus fœditis et spurcius quam allas unquam scurra scurratur, ■>

LES lURISCONSULTES, LE DROIT, LES USURIERS, ETC. 3?i7

Il se présente des cas sur lesquels les jurisconsultes diffèrent, et que les lois ne décident point. Supposez qu'une tille fût violée, étant couchée sur la frontière d’un pays, laquelle frontière se trouverait juste à sa ceinture, de sor).e que la tête serait dans un pays, les pieds dans un àutre ; quel serait le pays qui aurait le droit de punir? Le docteur Luther répondit; «Le corpsentier est là où est la tète. C’est la règle pour les cadavres que l’on peut rencontrer. »

Quelqu’un devant être promu au grade de docteur en droit, le docteur Luther dit : « Demain une nouvelle vipère acharnée contre les théologiens recevra l’existence. »

Juristes, j’ai un conseil i vous donner : laissez dormir le'vieux chien ; vous ne pouvez nous régenter, nous autres théologiens ; la direction et la supériorité dans l'Eglise nous appartiennent. Voudriez-vous nous refuser vos bons offices, vous seriez tout de même contraints de nous servir, et le diable ne vous en aurait nulle obligation.

En 1538, on écrivit au docteur Luther qu’il s’était passé le fait suivant : un habitant de la campagne avait porté son grain à la ville pour le vendre, mais il le tint à si haut prix que personne ne voulut l’acheter, et il dit : « Je ne le donnerai pas à moins, dussé-je le rapporter chez moi pour le voir manger par les rats.» Aussitôt il se présenta dans l’édifice où était déposé le grain, une immense quantité de rats, et ils dévorèrent tout. Le propriétaire revint chez lui, et il trouva que d’autres rats avaient dévasté ses moissons, tandis qu’ils n’avaient pas touché aux champs de ses voisins. Le docteur Luther dit : « Si la chose est vraie, elle indique un juste châtiment de Dieu et une malédiction trèscertaine. Le Seigneur punit l’avarice. »

En 1539, le docteur Luther s’emporta très-vivement contre la cupidité des cultivateurs qui cachaient leurs grains dans l'attente d’une disette. Dieu a donné aux hommes ce qu’il leur fallait, mais le diable leur inspire des pensées d’avarice, et de là résultent des vols et de grands malheurs. Jésus-Christ a dit :«J’ai eu faim et vous ne m’avez point nourri » : c’est la condamnation de ceux qui font renchérir les denrées nécessaires, et celui qui est cause que son prochain meurt de faim sera sévèrement puni. Que tous ies gens pieux mettent donc leur confiance dans le Seigneur, le suppliant de leur accorder le pain quotidien, et de confondre ceux qui causent la famine, ou de leur inspirer des sentiments de pénitence.

Le» avril 1539, l’électeur envoya au sénat un ordre de veiller à ce que les pauvres ne périssent pas de faim; car telle était la disette, que l’on ne pouvait acquérir ni pain de froment, ni pain de seigle. Le soir, le consul T. K. se rendit chez le docteur Luther, et lui dit que les grains étaient arrêtés dans la marche, et qu’on ne les laissait pas venir jusqu’à la ville. Le docteur Luther répondit : « Ah ! où notre prince n’est pas en personne, les nobles se montrent bien perfides; lis achètent tous les blés des cultivateurs et ils les cachent ; ils ne veulent pas qu’on en apporte ici (lour en vendre ; ils amènent ainsi une famine qui n’a pas de cause raisonnable. Croyez-vous que Dieu laissera impunie une telle méchancheté? Ah! Seigneur! puisque telle est la malice des hommes, je suis prêt à mourir avec joie.»

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Le docteur Luther dit un jour : « Les lois civiles elles-mêmes prohibent l’usure. Echanger quelque chose avec quelqu'un en gagnant sur l’échange, ce n’est pas faire œuvre charitable, c'est voler. Tout usurier c.st un voleur digne du gibet. J’appelio usuriers ceux qui prêtent à cinq et six pour cent. Aujourd'hui, à Leipzick, celui qui prête cent florins en exige quarante au bout d’une seule année i>our l’intérêt de son argent. Croyez-vous que

DE l’ivrognerie.

Dieu tolérera semblable chose? 11 n'y a rien sous le soleil que je haïsse autant que celte ville de Leipzick, tant il y a là d’usure, d'avarice, d'insolence, de supercherie et de rapacité'. »

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On ne doit pas observer les promesses faites aux usuriers; il ne faut point les admettre aux sacrements, ni les ensevelir en terre sainte.

Le docteur Henning demanda : « Si j’avais ramassé une somme d’argent dont je ne voulusse pas disposer, et qu’un homme vtnt me prier de la lui prêter, pourrais-je lui répondre : a Je n'ai point d’argent?» —Le docteur Luther répondit; « Oui, c’est comme si l’on disait : « Je n’ai point d’argent dont je veuille disposer.» ^ésus- Christ nous a recommandé de faire l’aumône , mais il ne nous enjoint pas de donner à tous les dissipateurs et à tous les prodigues. Voyez dans notre ville de Wittemberg; il n’y a rien qui y soit dans une indigence pire que les étudiants. Ils sont pauvres, mais ils sont encore plus fainéants et libertins. Je n’irai pas priver ma femme et mes enfants de pain, afin de faire l’aumône à des drôles à qui rien ne profite. »

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DE L'IVROGIÏERIE.

Un délit commis dans un moment d’ivresse est-il excusable? Le docteur Luther répondit: «Nullement; au contraire, l’ivresse aggrave la faute. Les péchés cachés se manifestent durant l’ivresse , comme dit le proverbe : ce qui est dans le cœur de l’homme sobre, est dans la bouche de l’ivrogne ; aussi les hom-

‘ Capitale et résideoce du duc George de Saxe , Leipzick se montra hostile aux débuts et aux progrès de la réforme ; de là l'animosité de Luther . U Je hais cette Sodome, senline des usures et des maux de tout genre. Je n’y entrerai qu’autant qu’il sera nécessaire pour en arracher Lotb. » (Lettre du 36 octobre isss.)

mes astucieux observent-ils ce que dit un homme ivre.» — Maître Spalatin dit alors : « Les Italiens ont horreur des ivrognes qui vomissent. » — Et il raconta l'histoire d'un gentilhomme allemand qui , étant dans une hôtellerie en Italie , et trouvant tous les lits occupés par des Italiens , feignit de vomir , et aussitôt les Italiens se levant, s’enfuirent tous, car ils croient que les matières rejetées par le vomissement sont empoisonnées. — On parla ensuite de la variété des bons vins, et le docteur dit : « Nous abusons de la boisson , et nos excès sont à notre détriment; ils nous causent diverses maladies , la pierre , la goutte. Ceux qui font toujours usage de vin sont le plus souvent goutteux; la bière produit l'hydropisie. »

L’an 1534, le jour de saint Jean-Baptiste , le docteur Luther prononça une exhortation très-vive contre les buveurs qui faisaient tapage dans les tavernes, en dépit des préceptes de Dieu et des ordonnances de l’électeur, et qui donnent scandale aux étrangers. Il rappela aux magistrats qu’il était de leur devoir de punir de semblables désordres , de peur que la punition de Dieu ou de l’électeur ne vint les frapper eux-mêmes. Pareils scandales ne doivent pas être tolérés dans la ville, à cause de l’Évangile.

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Maître George Spalatin dit une fois à la cour de l’électeur de Saxe , Frédéric , que Corneille Tacite a écrit que , parmi les anciens Allemands, il n’y avait aucune honte à boire le jour et la nuit. Un gentilhomme entendit cela, et demanda depuis combien de teipps c’était écrit; Spalatin répondit que c’était depuis quinze cents ans, et le gentilhomme dit : « Ah ! Seigneur, puisque copieusement boire est une coutume d’aussi vieille et honorable race , ne la laissons jamais de côté. »

Plutarque écrit dans ses Propos de table, que les convives à un repas peuvent se comparer aux lettres de l’alphabet. Quel-

«)K 1,’lVROr.NF.RIE.

<|ii<'s-iins iloivi'iil sf! faire enleiuln* avec force, tels sont h*; inaüres <lii lo{i!is, les professe ui’s , les prC-lres. D'aiiires (loiv<“nl ne faire entendre qu’une denii-arliculation; ce sont les personnes honorables d'un rang ordinaire. Les jeunes gens doivent être tout à fait inuels et se borner à écouter.

Si rAlleni.agne n'avait pas besoin de lanl de soieries et de salin, cl d'épiceries, elle serait ccries bien plus riche. Nous pourrions bien renoncer à l’orge , cl boire de l’eau au lieu de bière ; mais si les jeunes gens n’ont pas de bière , il leur semble qu'ils ne peuvent avoir aiu'une snlisfaclion.

Le 19 mai 1539, jour du dimanche Exandi, le docteur Luther prononça nn sermon très-véhément, sur un texte des Eptires de saint Paul contre l’habitude brutale ' de l’ivresse à laquelle s’adonnent les Allemands, se rendant la fable de toutes les nations, se privant des biens corporels , do l’honneur et de la santé , et se fermant le ciel. C’est un vice qui mérite l’excuminunicatioii et qu’il faut combattre de toutes manières; autrement les femmes cl les enfants au berceau s’enivreront , et au jour du jugement dernier, le monde se trouvera rempli d’ivrognes. — Il parla de la sobriété desTurcs qui vivaicntbien plus frugalementet qui faisaient usage d’une boisson qu’ils appellent maslack, faite avec des herbes et du miel. El ils avaient trois sortes de boissons différentes ; la première, pour l’usage de tous les jours, la seconde, lorsqu’ils voulaient aller à la guerre, la troisième, quand ils voulaient approcher d’une femme *, comme la bière de Torgau.

Nous autres Allemands , nous somme» bien malheureux , car nous ne pouvons avoir aucune boisson bonne (>l franche. Les

‘ Suitiam, digne des pourceaux.

’ Ad coUum.

50i PP.OPO.^ bP. TABI.E DP MARTIN LPTIIKR.

vins qui noiis vitnineul üu Rbiu ou d'ailleurs sont fraudés par les conducteurs. Aussi les Italiens se moquent de nous, et disent que celui qui boit de nos vins devient bydropique. Voici ce qui m'est arrivé : un prince très-honorable m’envoya un tonneau rempli d’excellent vin du Rhin, et les conducteurs burent une (lortion de ce vin et substituèrent de l’eau à la place.

Le docteur Luther raconta qu’un juif fort opulent étant mort, avait ordonné que son corps fût porté à Ratisbonnc ; mais comme le cadavre d’un juif ne pouvait voyager sans s’exposer à payer des taxes considérables , les autres juifs déposèrent en secret le cadavre dans un tonneau plein de vin. Les voituriers , ignorant cette circonstance , burent souvent furtivement , durant la route, de ce vin où séjournait le cadavre du juif; ils furent bien attrapés.

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