‹ Les propos de ValentinChapitre 1 sur 16 · RENTRÉE · texte numérisé non relu

RENTRÉE

Les dernières feuilles sont tombées, l'automne nous a fait ses adieux jusqu'à l'année prochaine, voici l'hiver, l'hiver des almanachs et le printemps des collectionneurs. Tout germe et s'apprête à sortir de terre, les marbres et les faïences, les livres et les peintures, les armes et les médailles. La Chine et le Saxe ont déjà paru sur le marché, ce sont les primevères. L'air apporte des senteurs nouvelles, le parfum avant-coureur du passé qui revient. La nuit on a des visions : sur des chars héroïques, chargés de trophées, de vases, de tapis et de statues, dépouilles opimes du passé, défilent en longs triomphes les Diane et les Pompadour, les Aspasie et les Imperia, les Gabrielle et les du Barry ; des troupes de nymphes et d'amours, entourant le cortège, versent à pleines mains les bijoux, les pierres gravées, les étoffes de soie, de pourpre et d'or, les émaux et les orfèvreries. On rêve de conquêtes tapageuses, de trouvailles

inespérées, de trésors inconnus, de rivaux humiliés, de concurrents anéantis. Le sang circule plus chaud, le pouls bat plus vite; on a la fièvre, le frisson des amoureux. Décembre est le mois de mai de la curiosité.

Six mois durant l'amateur sommeille ; il habite les bords de la mer, les villes d'eaux ou la campagne ; il est chenille et chrysalide. En décembre, le papillon sort de sa coque et rentre à Paris plus brillant que jamais, les ailes poudrées d'or et le ventre bourré de billets de banque. Il en vient des quatre points cardinaux, des bleus, des rouges, des multicolores, des jeunes, des vieux, des grands, des petits, des mâles et des femelles; il y a le provincial, le mérovingien, le classique, le dévot, le médecin, le libertin, le carrossier, le bourgeois, l'armurier, le fossoyeur, le désagréable, le préhistorique, l'Allemand, le Turc, le Péruvien, le Russe, l'Italien, l'Américain, l'Anglais, l'Égyptien, que sais-je encore ! J'aperçois nos vieilles connaissances Peregrinus, Fantasio; ils sont de retour avec Lentulus, Valère, Laërte, Octave, Matteo, la fine fleur de la curiosité. On attend Lelio, Beauvoir et Raphaël; les barons Von Lucullus sont à leur poste. Et tous nous reviennent repus, saturés de couchers de soleil, de bonheurs champêtres, de glaciers, de petits ruisseaux, de plages, de lacs et de cascatelles.

Quelques salons ouvrent leurs portes. On

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