‹ Les Propriétés Antiseptiques des Composés Argentiques en Général et de L'Argentothiglycéérine Sulfonate de Sodium Cryptargol en ParticulierChapitre 7 sur 64 · II — LES SELS ORGANIQUES D'ARGENT · texte numérisé non relu

II — LES SELS ORGANIQUES D'ARGENT

En créant les sels organiques d'argent on avait pensé obtenir des composés bien moins caustiques que le nitrate d'argent, l'acide minéral étant remplacé par un acide organique, mais la cause de la causticité réside principalement dans les réactions propres à l'argent plutôt que dans le fait que le nitrate d'argent est obtenu par l’acide azotique.

CNT: DE

Les sels organiques de l'argent, analogues aux sels minéraux au point de vue de leur constitution, présentent les mêmes réactions dues à l'argent vis-à-vis des chlorures et des albumines ; leurs solutions sont également décomposées par la lumière et tachent les tissus.

Sans doute les réactions de ces composés ne sont pas aussi brutales, leurs solutions moins irritantes ont pu être employées en proportions plus élevées, mais comme elles présentent des propriétés antiseptiques moins actives il ne semble pas que, en définitive, elles aient sur le nitrate d'argent une supériorité bien marquée. Nous rappellerons les principaux de ces sels :

L’Itrol. — L'itrol ou citrate d'argent est préparé en neutralisant une solution d'acide citrique par du carbonate de soude, puis en l’additionnant de nitrate d'argent.

C’est une poudre blanc jaunâtre, inodore, insipide, insoluble dans tous les dissolvants organiques, peu soluble dans l’eau, renfermant 63 % d'argent.

Introduit en thérapeutique par CRÉDÉ, en 1897, il a été utilisé pour le pansement des plaies sous la forme de poudre ou de pommade, celle-ci formée d’une partie d'itrol pour 50 à 100 gr. d’excipient.

. La solution aqueuse à raison d’une partie dans 4 à 5.000 parties d’eau a été employée pour la désinfection des mains, des instruments, des cavités naturelles du

corps.

L'usage de ce médicament s’est peu étendu en thérapeutique.

L’Actol. -- L'actol s'obtient en traitant une solution

aqueuse de nitrate d'argent par un excès de carbonate dé

De

soude, on dissout ce carbonate d'argent par de l'acide lactique. C’est une poudre gris blanchâtre, inodore, insipide, soluble dans l'eau au 1/15°, renfermant 50 % d'argent et qui doit être conservée à l'abri de la lumière. Son action antiseptique est bonne, une solution à 1 % tue les microbes pathogènes en cinq minutes, une solution de 1/80.000: entrave le développement des bactéries.

CRÉDÉ, en 1896, essaya l’actol dans la pratique chirurgicale et traita deux cas de pustule maligne et cinq cas d’érysipèle par des injections dans le tissu cellulaire abdominal. Il se servit pour les cas de pustule maligne de solution de 0 gr. 05 d’actol dans 0 gr. 20 d’eau et pour l’érysipèle de 0 gr. 3 à 1 gr. d’actol pour 100 à 200 d’eau. Ces injections furent très douloureuses.

L'actol est employé en solution à 1/50° en gargarismes et en lavages pour la désinfection des plaies, son application est douloureuse.

Le Silberol. — Le silberol est un sulfophénilate d'argent ; il a été introduit en thérapeutique par Zanarpt et Pint. On l’a essayé en ophtalmologie et comme antiblennorrhagique. Lorsque l’on veut l’employer à la place du nitrate d'argent on se sert de solutions deux fois plus concentrées que les solutions de nitrate d'argent correspondantes. ;

Le Picratol. — Le picratol ou trinitrophénate d'argent contient 30 % de ce métal. On l’a utilisé sous la forme de crayons uréthraux et de tampons vaginaux dans la blennorrhagie.

AR

L’Argentol. — L'argentol ou quinaseptolate d'argent est obtenu par réaction du nitrate d'argent et de l'oxyquinoline.

C'est une poudre jaune, peu soluble dans l’eau, son emploi est dû à CRÉDÉ, comme celui du lactate et du citrate d'argent. Cette combinaison précipiterait sous forme d’oxyquinoline et d'argent métallique finement divisé et agit par les propriétés antiseptiques de ces deux Corps.

Très difficilement soluble dans l’eau, l’argentol n'a pu être utilisé en solution, on peut cependant réaliser avec lui des émulsions mucilagineuses.

Ces émulsions à 1/1:000° ou 1/3.000° ont été employées en injections uréthrales dans la blennorrhagie. CIPRIANI, en 1899, l'avait préconisé comme antiseptique intestinal : poudre inodore, insoluble dans le suc gastrique, il n’est décomposé que dans l'intestin en oxyquinoline et argent qui exercent à l'état naissant une action antiseptique. Sa dose quotidienne aurait pu être portée à un gramme par

jour.

L’Ichtargan. — L'ichtargan est une combinaison d'argent et d’acide ichtyosulfonique, c’est un thio-hydrocarburo sulfonate d'argent. Poudre gris clair, soluble dans l’eau et contenant 27 % d'argent et 16 % d’ichtyol, il agit par l’action antiseptique de l'argent d'une part et l’action cicatrisante de l’ichtyol d'autre part.

Cette double action l'a fait utiliser dans le traitement de la blennorrhagie, on se sert pour les injections de solutions à 4 et 2? % et pour les lavages de solutions à

4 /8.000° et 1/2.000°.

Nr ur

Les résultats que l’on a obtenus par l'emploi des sels organiques d'argent n'ont pas permis de les substituer au nitrate d'argent. Certains d’entre eux présentent un certain intérêt, l’argentol a pu être utilisé comme antiseptique intestinal, l’ichtargan est d’un bon emploi comme agent astringent dans les -uréthrites gonococciques. À côté de cela l’itrol est difficilement soluble, l’argentol ne l’est pas du tout, enfin l'application de ces substances est souvent douloureuse.

Dans l’ensemble, nous l’avons déjà dit, les propriétés antiseptiques des sels organiques sont inférieures à celles du nitrate d'argent et les réactions du métal n’y sont pas dissimulées, ils possèdent tous, à des degrés différents, une certaine action caustique.

III. — COMBINAISONS DE NITRATE D'ARGENT ET DE MATIÈRES COLORANTES ANTISEPTIQUES.

Ces préparations sont parmi les plus récentes qui aient été créées. Il ne s’agit pas de sels doubles d’argent mais d'association du nitrate d'argent avec des matières colorantes telles que le bleu de méthylène ou l’acridine, ces substances présentent les propriétés de leurs composants mais elles ne sont pas pourvues de propriétés nouvelles propres à la combinaison elle-même.

Elles ont été utilisées en injections intra-veineuses ou sous-cutanées dans un but d’antisepsie générale et pour provoquer une leucocytose réactionnelle favorable pour la défense de l'organisme ; on a voulu avec ces corps réaliser les indications des préparations colloïdales de l'argent que nous étudierons plus loin.

C'est ainsi qu'ont été créés l’argochrome et le septacrol.

PR, (ere

L’Argochrome. — L'argochrome, qui a été fabriqué en Allemagne, est une association de nitrate d'argent et de bleu de méthylène.

Son action désinfectante serail variable avec les milieux, dans l’eau pure cette action est assez active, elle diminue dans l’eau physiologique et disparaît totalement dans les milieux protéiques (sérum de cheval).

L'argochrome a été employé dans les septicémies en injections intra-veineuses.

Le Septacrol. — Le septacrol est une combinaison de nitrate d'argent et de dimethyl diamino-methylacridine.

C'est une poudre cristalline rouge brun soluble dans l’eau, surtout à chaud et contenant 22 % d'argent. Son action bactéricide est due au nitrate d'argent et à l’acridine qui est une base quinoléique et qui possède donc les propriétés antiseptiques des dérivés de la quinoline. Une solution au 1/70.000° arrêterait le développement des microbes pathogènes.

Dans l'organisme ce corps se dédouble en ses deux composants et son action est due au cumul des propriétés antiseptiques propres aux deux substances.

Le nitrate de diméthylacrédine est éliminé par le rein au bout de quelques heures, l’argent est retenu dans les tissus, maïs étant donné les faibles doses que l’on est appelé à administrer, les accidents d’argyrisme ne sont pas à craindre.

Les solutions de ce corps précipitent en présence des chlorures, sont sensibles à l’action de la lumière et doivent donc être conservées à l'obscurité.

On a utilisé pour l’usage externe la solution faible à

Lo

5/1.000* pour le pansement des plaïes. A l’intérieur on a employé la même solution en injections sous-cutanées ou intra-veineuses dans les états infectieux : grippe, pneumonie. 11 agirait par exaltation du pouvoir leucocytaire, augmentation des fonctions d'élimination et par l’action bactéricide de l'argent et de l’acridine.

Les deux combinaisons que nous venons d'examiner agissent plutôt comme des associations de deux substances antiseptiques que comme des médicaments nouveaux. Elles sont loin de réaliser l'idéal du médicament efficace contre l'infection bactérienne générale.

Leurs solutions, tout comme celles du nitrate d'argent, précipitent par les chlorures, sont décomposées par la lumière.

Leur emploi par voie intra-veineuse ne constitue pas une indication nouvelle propre à ces substances, les solutions faibles de nitrate d'argent ont été employées ainsi par voie intra-veineuse. Le Docteur HUME, de Baltimore, a pratiqué ces injections dans des cas d'infections streptococciques accompagnées de symptômes de toxémie. Il injectait chaque fois 500 ce. d'eau où était versé 1/2 ce. d’une solution de nitrate d'argent à 10 %.

Ces injections auraient exercé une influence favorable sur l’évolution des processus infectieux.

Page 1