COMPOSES DANS LESQUELS LES REACTIONS DE L’ARGENT SONT DISSIMULEES
: EL — AMINES ET IMIDES ARGENTIQUES.
Les amines et imides argentiques ne sont pas des sels mais des combinaisons dans lesquelles le métal est fixé à l'azote d'un groupement amidogène ou imidogène. Ces combinaisons azotées ont l’avantage de retenir l’atome de métal d’une façon assez énergique pour que les réactions de l'argent soient dissimulées. C’est la réaction alcaline propre à ces groupements qui se manifeste, celle-ci est encore une cause de causticité quoique moindre que -celle qui caractérise les sels organiques de l'argent. |
De ces combinaisons la plus utilisée a été l’argentamine qui a été préparée en 1894, elle est donc antérieure aux sels organiques.
L’Argentamine. — L'argentamine est un phosphate
d’éthyldiamine et d'argent ; on l’obtient en dissolvant 10 parties de phosphate d'argent dans une solution de
10 parties d'éthyldiamine dans 100 parties d'eau. La solution ainsi obtenue est incolore, elle a une réaction alcaline, ne précipite ni avec les liquides contenant du chlorure de sodium ni avec les liquides albumineux, elle s’altère à la lumière et doit être conservée dans des flacons colorés. Sa teneur en argent est de 6,36 %.
SCHAEFFER, en 1894, a étudié l’action de l’argentamine au point de vue bactériologique et au point de vue clinique. La solution au 1/4.000+ tue le pyocyanique dans l'eau en vingt minutes, le staphylocoque doré est tué en deux minutes et le gonocoque en dix.
L’argentamine présente sur le nitrate d'argent l’avantage de pénétrer dans les tissus plus profondément. La raison qui empêche la pénétration dans le cas du nitrate d'argent, formation d’une couche d’albuminate n'existe pas ici, de plus l’action de l'éthylène diamine favorise la pénétration de l'argent dans les milieux organiques.
SGHAEFFER à expérimenté les injections d'argentamine dans la gonorrée et a constaté leur efficacité, les gonocoques ont disparu rapidement des sécrétions uréthrales, mais ces injections causent encore une violente irritation et provoquent une augmentation passagère de l'écoulement.
Hoor, en 1896, à recommandé l'argentamine dans les affections oculaires, son action irritante est tolérée, car elle n'est pas accompagnée de la formation de précipités sur la cornée malade. Il l'employait en solution à 3 ou 5 %. |
Actuellement, l'argentamine n’est plus guère utilisée; dans le traitement de la blennorrhagie on l'a considérée comme trop irritante ; en ophtalmologie, selon DaRïER,
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son action serait efficace dans les conjonctivites granuleuses, mais serait sans grand effet sur les conjonctivites d’origine gonococcique.
Il. — LES COMBINAISONS ALBUMINOIDES DE L'ARGENT.
Nous avons vu que dans les amines argentiques le . Métal était fixé à un groupement azoté d’une façon assez solide ; dans les combinaisons albuminoïdes de l'argent il s'agit de molécules très complexes et dont l’architecture est mal connue, celles-ci renferment l'atome d’argent et le retiennent d’une façon plus énergique encore. Dans ces combinaisons organiques les réactions caractéristiques de l'argent sont complètement dissimulées et malgré cela les propriétés bactéricides sont conservées dans une certaine mesure. On a pu de la sorte réaliser des composés qui n’exercent qu'une action irritante très réduite et qui sont encore assez actifs pour pouvoir être proposés comme des succédanés sérieux du nitrate d’argent.
Ces combinaisons sont obtenues en soumettant à l’action d’une solution d’albumose les précipités des sels d'argent avec les matières protéiques (albumine de l'œuf, fibrine, albumines végétales, albumoses, peptones, etc.), ces liqueurs sont ensuite évaporées à sec ou additionnées d’alcoo! pour précipiter la combinaison métallique.
Le Protargol. — Le protargol est une combinaison d'argent avec une substance protéinique, il contient 83 % d'argent, sa teneur en ce métal est donc assez
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faible. Il se présente sous l'aspect d'une poudre fine de coloration jaune brunâtre. Il est insoluble dans l’alcool et dans l’éther, soluble dans l’eau froide et chaude qui en dissout la moitié de son poids, il est également soluble dans le sérum sanguin, dans l’eau albumineuse, dans la glycérine. Les solutions obtenues avec ce corps ne sont pas réduites par la lumière, ne précipitent ni par les sulfures, ni par les alcalins, ni par l’albumine.
Avec le chlorure de sodium le protargol précipite mais ne donne pas de chlorure d'argent, il s’agit d’un précipité du protargol lui-même, qui se redissout d’ailleurs en ajoutant un peu d’eau.
NEISSER et SCHAEFFER ont mis en évidence les propriétés bactéricides du protargol. Le bacillus prodigiosus, le staphylocoque doré, le bacille de LüFFLER, le bacille du choléra, cultivés sur Agar Agar continuent à se développer en présence de solution à 1/5.000°, mais à 1/2.000° ils n'apparaissent pas sur les cultures. Ils remarquèrent aussi son pouvoir bactéricide sur le gonocoque.
BENARIO a étudié le pouvoir de pénétration des solutions de protargol, il a ensemencé un tube d'Agar Agar et déposé à sa surface une mince couche de protargol en solution à 0,5 %, les microbes ne se développent sur cette culture qu’à une profondeur de 13 à 14 millimètres, on mesure ainsi l’action pénétrante de cette solution.
Enfin et surtout le protargol est peu caustique et Ners- SER le comparant au nitrate d'argent estime que la soluton à 1/4.000° de celui-ci présente un effet aussi irritant qu'une solution de protargol à 1/400e.
Le protargol est done 10 fois moins irritant que le nitrate d'argent.
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Le protargol a pu ainsi être employé à la place du nitrate d'argent en ophtalmologie, dans le traitement des uréthrites gonococciques, des cystites et pour la désinfection des plaies.
En ophtalmologie. — L'emploi du protargol en ophtalmologie est dû à DARIER, qui l’a essayé avec succès dans les conjonctivites aiguës catarrhales, dans la conjonctivite diphtérique, dans la conjonctivite blennorrhagique. DARIER a constaté que le protargol était peu douloureux et était facilement supporté par la conjonctive.
VALUDE reconnaît avec DARIER son innocuité et son efficacité dans les conjonctivites catarrhales, par contre il l'estime inférieur au nitrate d'argent dans le traitement de l’ophtalmie des nouveau-nés et de la conjoncüivite blennorrhagique de l’adulte. DARIER utilisait dans les conjonctivites catarrhales des solutions à 5 %. Dans la conjonctivite blennorrhagique il allait jusqu’à 20 % et 50 % avec deux instillations par jour.
A Lyon, M. JAcQuEAU utilise le protargol à la place du Crédé et se sert de solutions au 1/6, s’il s'agit d’ophtalmie déclarée, de solution au 1/4 en renouvelant les instillations plusieurs fois par jour, s’il est nécessaire d'agir énergiquement.
En ophtalmologie, le protargol présente sur le nitrate d'argent des avantages indiscutables qui doivent lui faire donner la préférence : son innocuité d’abord, son pouvoir pénétrant ensuite. Il faut ajouter cependant que son action est inférieure à celle du nitrate d'argent et que dans les cas de conjonctivites blennorrhagiques de ladulte elle est manifestement insuffisante.
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En vénérologie. — L'emploi du protargol dans les uréthrites gonococciques est dû à Neisser, qui l'a utilisé toujours en raison de son action peu irritante. Il pratiquait quotidiennement 3 injections d'une solution au 1/5 qu'il élevait peu à peu à 1/2. Au bout de peu de temps le malade pouvait recevoir une seule injection. NoGuës a utilisé le protargol selon la méthode de NEïs- SER, il cite 15 observations, 4 d’entre elles relatives à des malades au début de leur uréthrite, 7 relatives à des lésions torpides, les 4 autres présentaient des malades en période aiguë, il y a eu dans un de ces derniers cas un échec complet.
L'indolence de ces injections est presque complète.
En urologie. — Le protargol a donné des résultats avec BaLzER, NoGUËS, GUILLON, dans les cystites calculeuses et les cystites gonococciques. En ce qui concerne celles qui sont dues à des néoplasmes vésicaux, il n'a donné aucun résultat favorable, il en a été de même dans les cystites tuberculeuses.
ALEXANDER signale l'emploi qu’il a fait du protargol dans les affections du larynx et dans l’empyème du sinus maxillaire. CoHN à conseillé l'usage du protargol par la voie buccale dans les diarrhées des tout jeunes enfants, il le faisait prendre par cuiller à café avec une solution de O0 gr. 05 dans 50 cc. d'eau. Cette dernière indication ne s’est pas maintenue.
En résumé, le protargol a été d’un bon emploi parce que peu irritant, toutefois son action antiseptique paraît peu élevée, bien qu'il ait pu être employé en solutions très concentrées.
L’Argyrol. — L'argyrol est un vitellinate d'argent découvert par BaRNes et HIiLLes, de Philadelphie, qui l'ont décrit pour la première fois en mai 1902. On ne sait rien d'exact sur sa composition chimique, il a été obtenu par combinaison de l'argent avec une protéide du blé. Il se présente sous l'aspect de cristaux bruns, onctueux, qui contiennent 33 % d'argent et sont solubles dans l'eau dont une cuiller à dessert en dissout 20 grammes.
L'argyrol ne présente pas les réactions vis-à-vis des chlorures et des albumines, ses solutions s’altèrent à la lumière.
Tout comme le protargol il a un grand pouvoir de pénétration et n'est pas caustique, même si on le laisse séjourner au contact des tissus ; il est bon toutefois de ne se servir que de solutions fraîchement préparées. Etudié en Amérique, il a été introduit en France par DARIER.
GUILLON, JANET et DE SARD l'ont introduit, le premier en ophtalmologie, les autres en vénérologie, il a reçu les mêmes applications que le protargol.
En ophtalmologie. — L'argyrol, aussi indolore que le protargol a été utilisé à titre prophylactique et à titré curatif contre les conjonctivites.
On s’en sert actuellement dans un certain nombre de maternités à la place du Crédé. ELLETT, de Memphis, l’a employé dans les ulcères de la cornée et VEasy, de Philadelphie, dans le trachome : toutes les deux ou quatre heures on pratique un lavage de l’œil avec une solution d'acide borique et on instille une goutte de la solution d’argyrol à 25 %.