‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 105 sur 326 · ROUSSEAU · texte numérisé non relu

ROUSSEAU

Jean-Jacques Rousseau , le plus éloquent écrivain du dixhuitième siècle, était fils d'un horloger de Genève. Sa vie ne fut guère qu'une longue suite de chagrins et d'infortunes, causés presque toujours par son humeur inquiète, son caractère susceptible et son union avec une femme indigtie de lui. On le vit tour à tour élève d'un ministre, clerc de greffier, apprenti-graveur, catéchumène , laquais , valet de chambre , séminariste , professeur de musique , interprète d'un charlatan , employé au cadastre, précepteur, secrétaire d^ambassade , caissier d'un banquier, com-

25fi PROSATEURS FRANÇAIS.

positeur d^opéras, copiste de musique et homme de lettres. C'est au milieu de cette vie errante , coupée par une foule d'incidents romanesques , quelquefois exposée à la misère et à la faim , que se forma et se développa le génie le plus rêveur, le plus original et le plus éloqucmment passionné peut-être que nous offre l'histoire littéraire du monde.

Rousseau, sincèrement ami de la justice, de la morale et de la vertu , défendit de grandes vérités ; mais chez lui la vérité devient souvent erreur par l'exagération. Son style est d'une rare perfection. La lecture de ses œuvres est attrayante , mais dangereuse.

Les principaux ouvrages de Rousseau sont : Emile , ou de l'Éducation, son chef-d'œuvre, utopie d'un homme de génie, où l'on trouve de grandes vérités mêlées à une foule d'erreurs ; LA Nouvelle HéloKse, roman fiévreux et plein d'une éloquence passionnée qu'on ne peut lire sans danger pour la morale; ses Confessions, ouvrage où il avoue ses fautes avec une franchise mêlée d'orgueil, et qui serait la lecture la plus agréable et la plus attrayante si sa libre imagination avait passé sous silence des détails que la bienséance aurait dû lui interdire ; des Rêveries, écrites avec une délicieuse fraîcheur de style, au retour de ses longues promenades aux environs de Paris ; le Contrat social, ouvrage politique, où il proclame la souveraineté du peuple, et qui fut la Bible de nos terroristes de 1793; un Discours sur les lettres, brillante déclamation contre les lettres, qu'il regarde comme la cause de la corruption et de l'incrédulité; un Discours sur V inéyalité , diatribe radicale inspirée par la monarchie avilie do Louis XV ; une Lettre à d'Alembert sur les spectacles, anathëme foudroyant contre le théâtre et les auteurs ; les Lettres de la Montagne, chef-d'œuvre de polémique et de controverse, dicté par le radicalisme le plus ardent; une Lettre à V archevêque de Paris, réponse pleine de dialectique et d'éloquence au mandement publié contre Emile, On a encore de Rousseau le Devin du village, petit opéra dont il fît les paroles et la musique, un Dictionnaire de Musique, des Lettres sur la Botanique, etc.

Jean-Jacques mourut à Ermenonville, soupçonné, mais sans preuves suffisantes, d'avoir abrégé ses jours par le suicide.

DIX-HUITIÈME SIÈCLE. aS7

Page 1