‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 13 sur 326 · BONHEUR DE ROME SOUS NUMA · texte numérisé non relu

BONHEUR DE ROME SOUS NUMA

Janus avait à Rome un temple, ayant deux portes, lesquelles on appelle les portes de la guerre, pour ce que la coutume est de Touvrir, quand les Romains ont guerre en quelque part, et de le clorre, quand il y a paix universelle, ce qui est bien mal aisé à voir, et advient bien peu souvent Mais durant le règne de Numa , il ne fut jamais ouvert une seule journée : ains demeura fermé l'espace de ^3 ans entiers, tant étaient toutes occasions de guerre et partout éteintes

et amorties; à cause que non-seulcinent à Rome le peuple se trouva amolli et adouci par Texemple de la justice , clémence et bonté de Numa , mais aussi ès-viile d*alenviron commença une meiTcilleusc nmtations de mœurs, ne plus ne moins que si c*eust été quelque douce haleine d*un veut salubre et graiicux qui leur eût soufflé du côté de Rome pour les rafraîchir; et se coula tout doucement es cœurs des hommes un désir de vivre en paix , de labourer la terre, d'élever des enfants en repos et tranquillité, et de servir et honorer les dieux ; de manière que par toute Tltalie n'y avait que fêtes, jeux, sacrifices et banquets. Les peuples hantaient et trafiquaient les uns avec les autres sans crainte ne danger, et s'enlrevisitaient en toute cordiale hospitalité , comme si la sapiencc de Numa eût été une source de toutes bonnes et honnêtes choses, de laquelle plusieurs ruisseaux se fussent dérivés pour arroser toute l'Italie, et que la tranquillité de sa prudence se fût de main en main communiquée à tout le monde; tellement que les excessives figures de parler, dont les poètes ont accoutumé d'user, ne seraient pas encore assez amples pour suffisamment exprimer le repos de ce règne-là.

{Fie de Numa,)

Page 1