‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 14 sur 326 · MONTAIGNE · texte numérisé non relu

MONTAIGNE

Michel, seigneur de Montaigne, naquit au château de ce nom, en Pcrigord. A vingt et un ans il fut nommé conseiller au parlement de Bordeaux , et il sut s'attirer l'estime et la considération gén^Tale. Son caractère insouciant, exempt d'ambition, ennemi de toute contrainte , et son amour pour une vie tranquille et délicieuse, le firent renoncer à ces fonctions assujettissantes. Il se retira dans son château, et partagea son temps entre la philosophie, la littérature et les soins de sa maison. Il lui vint dans l'idée d'écrire; et il se mit à raconter tn pemétt et ses sentiments dans un livre auquel il donna le nom d'Essais, Ce sont des causeries pleines de bonhomie et de naïveté sur toutes sortes de sujets. Il prend un sujet au hasard, l'examine, en s'appuyant sur l'autorité des anciens et des modernes , sur sa raison et sur son expérience personnelle ; il donne son avis, non comme bon, mais comme sien Tout en se jouant, il ébranle, Tune après l'autre , toutes les fausses doctrines de son temps. 11 attaque notre législation confuse, débris de coutumes diverses ; le pédantisme, l'ignorance et la sévérité des écoles ; l'esprit de faction, qui bouleverse le royaume pour le réformer; les disputes des théologiens, qui se querellent souvent sur des mots ; les fureurs des sectaires, qui s'égorgent pour des opinions ; les injustices judiciaires , la torture, l'inquisition, etc. On trouve dans son livre des conseils excellents sur presque toutes les positions difficiles de la vie : c'est ce qui l'a fait ap|)eler le Bréviaire des hommes. Quoique son style ne soit pas aussi correct qu'il aurait pu l'être, mi^me de son temps, les Essais sont gonsidéré.s comme le premier chef-d'œuvre classique de la littérature française.

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