‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 142 sur 326 · MABLY · texte numérisé non relu

MABLY

Gabriel Bonnot de Mablt naquit à Grenoble d'une famille de robe. Il étudia d'abord la théologie et fut reçu sous-diacre. 11 y renonça pour ne s'occuper que d'histoire. II a laissé des Observations sur l'histoire dp France, ouvrage lumineux et nécessaire à ceux qui veulent connaître à fond la marche de notre gouvernement; le Traité de l'étude de V histoire et de la manière de l'écrire, qui se recommande par des idées saines et un mérite réel ; des Entretiens de Phocion, où l'on trouve une diction toujours pure et un certain vernis d'antiquité ; le Droit public en Europe, qui valut à l'auteur un rang distingué parmi les publicistes ; des Observations sur les Grecs et les Romains, etc. On reproche à l'abbé de Mably de colomnier les premiers temps de notre histoire, et de ne rien trouver de beau que dans les républiques de l'antiquité.

MOBT DE PHOCION.

Phocion avait, dans Athènes corrompue, les mœurs simples et frugales de l'ancienne Lacédémone. Né avec une fortune très-médiocre, sa pauvreté lui était chère. Il regarda les richesses comme un fardeau incommode pour le sage qui sait s'en passer, et comme un écueil pour la vertu qui n'est pas parvenue à les mépriser. Il refusa constamment les dons qu'Alexandre et Antipater voulurent lui faire. Condamné , comme Socrate, par une assemblée du peuple à boire la ciguë , il n'eut pas de quoi payer

le poison qu*on lui préparait. « Puisqu'il faut acheter la mort à Athènes, dit-il à un de ses amis, acquittezmoi de cette dette , et donnez douze drachmes à l'exécuteur.

Lui seul fut tranquille dans cette assemblée tumultueuse qui le condamna, et dont on n'exclut ni les esclaves, ni les étrangers, ni les hommes notés d'infamie. Les gens de bien n'y portèrent que leur consternation....

En allant à sa prison après avoir entendu sou jugement, Phocion, dit Plutarquc, conserva le même visage que quand il sortait de la place de l'assemblée, aux acclamations du peuple , pour aller se mettre à la tête de l'armée, ou qu'il reparaissait dans le sénat après avoir vaincu les ennemis. Il eut la générosité de pardonner sa mort à ses concitoyens, et ordonna à son fils de ne jamais penser h le venger. Les Athéniens ouvrirent bientôt les yeux sur leur injustice , et connurent la |>erte qu'ils avaient faite. Ils allèrent chercher à Mégare les cendres d'un homme à qui ses ennemis avaient fait refuser les honneurs de la sépulture dans l'Attique. On lui éleva un tombeau et une statue aux dépens de la république, et on fit mourir ses accusateurs , ou du moins leur chef Agonides* {Entretiens de Phocion.)

DIX-HUITIEME SIECLE. 3il

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