‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 141 sur 326 · LES PARIAS · texte numérisé non relu

LES PARIAS

Brama a divisé le peuple en tribus ou casteij , séparées les unes des autres par des principes de politique et de religion.... Il y a une de ces tribus, la dnquième, qui est le rebut de toutes les autres. Ceux qui la composent exercent les emplois les plus vils de ia société : ils enterrent les morts , ils tran^rtent [es immondices , ils se nourrissent de la viande des animaux morts naturellement. L'entrée des temples et des marchés publics leur est interdite. On ne leur permet pas l'usage des puits communs. Leurs habitations sont li l'extrémité des villes, ou forment des hameaux isolés dans les campagnes ; il leur est même défendu de traverser les rues occuj)ées iKir des bramines. Comme tous les f ndiens , ils peuvent vaquer aux travaux de l'agriculture, mais seulement pour les autres castes ; et ils n'ont jamais des terres en propriété, ni même à ferme. L*horreur qu'ils in-^ spirent est telle que, si par hasard ils touchaient quelqu'un qui ne fût pas de leur tribu , on les priverait impunément d'une vie réputée trop vile pour mériter la protection des lois.

Tel est le sort de ces malheureux , connus à la côte de Coromandel sous le nom de Parias....

La plupart sont occupés à la cullure du riz. Près des cliamps qu'ils exploitent est une espèce de hutte ; ils s'y réfugient lorsque des cris , toujours poussés

de loin , leur annoncent un ordre de celui dont ils dépendent, et ils répondent sans sortir de leur asile. Ils prennent la même précaution si un bruit confus les avertit de rapproche de quelque homme que ce puisse être. Le temps leur manque-t-il pour se cacher, ils se prosternent la face contre terre avec toute rhumilité que doit leur donner le sentiment de leur opprobre. Si les récoltes ne répondent pas à Tavidité d*un maître oppresseur, le cruel met quelquefois le feu aux cabanes des malheureux laboureurs, et il tire impitoyablement sur eux lorsque, ce qui arrive rarement, ils tentent d*échapper aux flammes.

Tout est horrible dans la condition de ces malheureux , jusqu'à la manière dont on les force de pourvoir à leurs plus pressants besoins. Â l'entrée de la nuit , ils sortent en troupes , plus ou moins nombreuses, de leur retraite ; ils dirigent leurs pas vers le marché, et poussent des rugissements à quelque distance. Les marchauds approchent; les parias demandent ce qu'il leur faut. On le leur fournit, et on le dépose dans le lieu môme où était compté d'avance l'argent destiné au paiement. Lorsque les acheteurs peuvent être assurés que personne ne les verra, ils sortent de derrière la haie qui les dérobait à tous les regards, et enlèvent précipitamment ce qu'ils ont aajuis d'une manière si bizarre.

{Histoire philosophique des deux Indes.)

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