‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 145 sur 326 · VISITES DE PRINCES CHEZ DIDËEOT · texte numérisé non relu

VISITES DE PRINCES CHEZ DIDËEOT

Tous les princes héréditaires qui viennent à Paris vont visiter la retraite de Denis Diderot, dit le Philosophe. On peut se rappeler la visite qu'il reçut du prince héréditaire de Brunswick- Wolfenbuttel ; il vient d'en recevoir une pareille du prince héréditaire de Saxe-Gotha. J*avais été l'introducteur du premier de ces princes ; il n'était pas possible de faire ce rôle une seconde fois sans trahir le secret qu'on voulait dérober au philosophe. Ainsi le prince héréditaire de Saxe-Gotha s'y présenta en compagnie d'un autre voyageur de Strasbourg de sa connaissance, et sous le nom de M. £hrlich , jeune homme de Suisse. Le philosophe le reçut avec sa bonhomie ordinaire, et eut un plaisir inûni à causer avec lui. Au bout de quelques jours, il trouva M. £hrhch dans la maison de M. le baron d'Holbach à dîner ; il alla à lui les bras ouverts, l'embrassa de toutes ses forces, et lui dit : « £h! qui vous aurait cherché dans la synagogue ? » Pendant le dîner, il me demanda si Je connaissais ce jeune homme. Je lui dis froidement ; « Un ikîu. » C'est, me dit-il , un enfant charmant En vérité , conlinua-t-il , il me vient de votre pays des jeunes gens si aimables, si inatrufts^

si modestes et si sages, qu'ils me rendent la jeunesse de ce pays ci absolument insupportable. Ce n'est pas , ajouta-t-il , le premier ni le seul jeune homme de ce mérite et de cette modestie qui me vienne de ce pays-là; j'en ai reçu plus d'un. » Après le dîner, on lui apprit le véritable nom de M. Ehrlich , et le philosophe trouva que cela ne changeait en rien les sentiments qu'il avait pris pour lui.

{Correspondance. )

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