MOLINA DANS LA CAVERNE DES SERPENTS
Molina arrive , en rampant , au bas d'une roche escarpée ; et , à la lueur des éclairs , il voit une caverne dont la profonde et ténébreuse horreiu* l'aurait glacé dans tout autre moment. Meurtri , épuisé
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de fatigne , il se jette au foiid de cet antre ; et là , rendant grâces au ciel , il tombe dans Faccablement.
L'orage enOn s'apaise : les tonnerres , les vents cessent d'ébranler la montagne ; les* eaux des torrents , moins rapides , ne mugissent plus à l'elitour; et Molina sent couler dans ses veines le baume du sommeil. Mais un bruit , plus terrible que celui des tempêtes , le frappe au moment raêine qu'il allait s'endormir.
Ce bruit , pareil au broiement des cailloux , est celui d'une multitude de serpents , dont la caverne est le refuge. La voûte en est revêtue ; et , entrela* ces l'un à l'autre, ils forment, dans leurs mouvements , ce bruit qu'Alonzo reconnaît. Il sait que le venin de ces serpents est le plus subtil des poisons; qu'il allume soudain , et dans toutes les veines , un feu qui dévore et consume , au milieu des douleurs les plus intolérables, le malheureux qui en est atteint. Il les entend , il croit les voir rampants autour de lui , ou pendus sur sa tête , ou roulés sur eux-mêmes, et prêts à s'élancer sur lui. Son courage épuisé succombe ; son sang se glace de frayeur; à peine il ose respirer. S'il veut se traîner hors de l'antre , sous ses mains , sous ses pas , il ti^emble de presser un des dangereux reptiles. Transi , frisson nant , immobile , environné de mille morts , il passe la plus longue nuit dans une pénible agonie , désirant, frémissant de revoir la lumière; se reprochant Iq crainte qui le tient enchaîné , et faisant sur
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lui-même dlniUiles efforts pour surmonter cette faiblesse.
Le jour qui vint Téclairer justiQa sa frayeur. l\ vit réellement tout le danger qu'il avait pressenti ; il le vit plus horrible encore. Il fallait mourir ou s'échapper. Il ramasse péniblement le peu de forces qui lui restent ; il se soulève avec lenteur , se courbe , et, les mains appuyées sur ses genoux tremblants, il sort de la caverne, aussi défait, aussi pâle qu'un spectre qui sortirait de son tombeau. Le même orage qui l'avait jeté dans le péril l'en préserva ; car les serpents en avaient eu autant de frayeur que luimême ; et c'est l'instinct de tous les animaux , dès que le |)éril les occupe, de cesser d'être malfaisants.
{Les Incas,)