‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 152 sur 326 · UNE ÉRUPTION DU VOLCAN DE QUITO · texte numérisé non relu

UNE ÉRUPTION DU VOLCAN DE QUITO

La ville de Quito est dominée par un volcan terrible , qui , par de fréquentes secousses , en ébranle les fondements.

Un jour que le peuple indien , répandu dans les campagnes , labourait , semait , moissonnait ( car ce riche vallon présente tous ces travaux à la fois ) , et que les filles du Soleil, dans l'intérieur de leur palais, étaient occupées, les unes à filer, les autres à ourdir les précieux tissus de laine dont le pontife et le mi sont vêtus , un bruit sourd se fait d'abord entendre dans les entrailles du volcan. Ce bruit ,

semblable à celui de la mer lorsqu'elle conçoit les tempêtes , s'accroît et se change bientôt en un mugissement profond. La terre tremble, le ciel gronde, de noires vapeurs l'enveloppent, le temple et les palais chancellent et menacent de s'écrouler ; la montagne s'ébranle , et sa cime entr'ouverte vomit , avec les vents enfermés dans son sein , des flots de bitume liquide et des tourbillons de fumée qui rougissent, s'enflamment et lancent dans les airs des éclats de rochers brûlants qu'ils ont détachés de l'abîme : superbe et terrible spectacle , de voir des riyières de feu bondir à flots étincelants à travers des monceaux de neige , et s'y creuser un lit vaste et profond !

Dans les murs , hors des murs , la désolation , l'épouvante , le vertige de la terreur se répandent en un instant Le laboureur regarde et reste immobile. Il n'oserait entamer la terre qu'il sent comme une mer flottante sous ses pas. Parmi les prêtres du Soleil , les uns tremblants s'élancent hors du temple ; les autres consternés embrassent l'autel de leur dieu. Les vierges éperdues sortent de leur palais , dont les toits menacent de fondre sur leur tête ; et , courant dans leur vaste enclos , pâles , échevelées , elles tendent leurs mains timides vers ces murs, d'où la pitié même n'ose approcher pour les secourir.

[Le^ Incas.)

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