‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 154 sur 326 · VISITE DE CATINAT AUX INVALIDES · texte numérisé non relu

VISITE DE CATINAT AUX INVALIDES

La demeure royale de ces guerriers qui ont donné leurs jours à la pairie, et dont elle nourrit la vieillesse , ce prytanée militaire était aussi Tobjet de ses fréquentes visites. Un enfant (c*était le fils de son homme d'affaires) qui l'avait entendu parler avec éloge de ce vénérable édifice , vint un jour , avec l'empressement naïf de son âge , prier le maréchal de Catinat de le mener à l'hôtel des Invalides ; il y consent , prend l'enfant par la main , le mène avec lui , arrive aux portes. A la vue du maréchal , ja

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gArde se range sous les armes , les tambours se font entendre , les cours se remplissent ; on répète de tous côtés : Voilà le père (a Pensée ! Ce mouvement , ce bruit , causent à Tenfant quelque frayeur. Gatinat le rassure : « Ce sont , dit-il , des marques

• de l'amitié qu'ont pour moi ces hommes respecta-

• bies. » Il le conduit partout , lui fait tout voir. L'heure du repa^ sonne ; il entre dans la salle où les soldats s'assemblent , et , avec cette noble simplicité, cette franchise de mœurs guerrières qui rapprochent ceux que le même courage et les mômes périls ont rendus égaux : « A la santé, dit-il, de mes anciens ca- » marades. » 11 boit , et fait boire l'enfant avec lui. Les soldats, debout et découverts, répondent par des acclamations qui le suivent jusqu'aux portes ; et il sort, emportant dans son cœur la douce émotion de cette scène, trop au-dessus de l'âme d'un enfant, mais dont le récit , conservé dans les mémoires de sa vie , a pour nous , encore aujourd'hui , quelque chose d'attendrissant et d'auguste.

{Eloge de Catinat.)

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