CORNEILLE ET RACINE
Corneille dut avoir pour lui la voix de son siècle dont il était le créateur ; Racine doit avoir celle de la postérité dont il est à jamais le modèle. Les ouvrages de l'un ont dû perdre beaucoup avec le temps, sans que sa gloire personnelle doive en soufTrjr ; le
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mérite des ouvrages du second doit croître et s*agrandir dans les siècles avec sa renommée et nos lumières.
Peut-être les uns et les autres ne doivent point être mis dans la balance : un mélange de beautés et de défauts ne peut entrer en comparaison avec des productions achevées qui réunissent tous les genres de beautés dans le plus éminent degré , sans autres défauts que ces taches légères qui avertissent que l'auteur était homme.
Quant au mérite personnel, la différence des époques peut le rapprocher malgré la différence des ouvrages ; et si Timagination veut s'amuser à chercher des titres de préférence pour Tun ou pour Tautre , que Ton examine lequel vaut le mieux d*avoir été le premier génie qui ait brillé après la longue nuit des siècles barbares , ou d'avoir été le plus beau génie du siècle le plus éclairé de tous les siècles.
Le dirai-je ? Corneille me paraît ressembler à ces Titans audacieux qui tombent sous les montagnes qu'ils ont entassées : Racine me paraît le véritable Prométhée qui a ravi le feu des cieux.
{Éloge de Racine, )
BDFFON.
L'historien de la nature est grand, fécond , varié, majestueux comme elle ; comme elle , il s'élève sans effort et sans secousse ; comme elle , il descend dans
les plus petits détails , sans ôtre moins attachant ni moins beau. Son style se plie à tous les objets , et en prend la couleur : sublime , quand il déploie à nos regards l'immensité des êtres et les richesses de la création , quand il pciiU les révolutions du globe , les bienfaits ou les rigueurs de la nature : orné quand il décrit , profond quand il analyse , intéressant lorsqu'il nous raconte l'histoire de ces animaux devenus nos amis et nos bienfaiteurs. Juste envers ceux qui l'ont précédé dans le même genre d'écrire , il loue Pline le naturaliste et Aristote , et il est plus éloquent que ces deux grands hommes. En un mot , son ouvrage est un des beaux monuments de ce siècle, élevé pour les âges suivants, et auquel l'antiquité n'a rien à opposer. {La Harpe.)